Empúries

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Empúries
Carte du site archéologique d'Empuries
Carte du site archéologique d'Empuries
Localisation
Pays Drapeau de l'Espagne Espagne
Coordonnées 42° 08′ 06″ N 3° 07′ 10″ E / 42.135, 3.119444 ()42° 08′ 06″ Nord 3° 07′ 10″ Est / 42.135, 3.119444 ()  

Géolocalisation sur la carte : Espagne

(Voir situation sur carte : Espagne)
Empúries
Empúries
Grand cratère grec à figures rouges du IVe siècle av. J.-C., montrant une ménade poursuivie par un satyre.

Empúries (nom officiel, en catalan), en castillan Ampurias, est un port antique gréco-romain, situé sur la commune de L'Escala, près de Gérone, en Catalogne (Espagne).
Empúries vient du latin Emporiæ, issu lui-même du grec Eμποριον, Emporion, signifiant « marché », « entrepôt ».
Fondée vers -580 par des colons phocéens, la ville fut ensuite occupée par les Romains, et presque abandonnée au haut Moyen Âge, après avoir donné son nom au comté d'Empúries.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le site archéologique présente en réalité trois ensembles radicalement différents et séparés géographiquement, correspondant à trois étapes distinctes d'occupation :

La période grecque[modifier | modifier le code]

Drachme d'Emporion, période -241/-218.

Vers 600 avant J.-C., les Phocéens, venant de la cité grecque de Phocée, en Ionie (Asie Mineure), fondent des villes autour de la Méditerranée, dont Massalia (Marseille) et Alalia (Aléria, Corse, vers 565). Peu après, la fondation de Massalia, ils créent un comptoir nommé Emporion (Ampurias)[1]. Le mot grec emporion désigne un comptoir destiné au commerce, par opposition aux colonies de peuplement[2].

La Paléopolis[modifier | modifier le code]

Ces fondateurs phocéens choisissent de s'établir sur une île proche de la côte, de dimensions modestes et facile à défendre, dominant une anse aménageable en port, ce qui est loin d'être un cas isolé en Méditerranée : Syracuse, Tarente et bien d'autres cités présentent une configuration géographique similaire au moment de leur fondation.
Cette Paléopolis (nom donné par les archéologues au site du premier établissement phocéen), ancien îlot aujourd'hui rattaché au continent par l'envasement du port antique, reste mal connue, car de nos jours en totalité occupée par le village de Sant Martí d'Empúries. De fait très peu de fouilles ont pu être entreprises en cet endroit habité et très resserré. Elles ont révélé quelques vestiges romains et médiévaux, ainsi qu'une courte section d'enceinte grecque, probablement du -IVe siècle.

La Néapolis[modifier | modifier le code]

En -546, les habitants de Phocée sont chassés de leur cité ionienne, détruite par les conquérants perses de Cyrus le Grand. Forcés à l'exode, ils affluent vers leurs colonies, dont Emporion : l'îlot fondateur se trouve alors surpeuplé, et les nouveaux habitants vont s'établir de l'autre côté du port, dans des maisons à la grecque, faites de petites pièces construites selon la place disponible. Ces constructions en dehors du site de la Paléopolis établissent une nouvelle ville (appelée la Néapolis par les archéologues). La construction d'une enceinte fortifiée pour protéger cette partie de la ville devient alors nécessaire. Les imposants vestiges de cette muraille sont encore visible au sud du site de la Néapolis.

La période romaine[modifier | modifier le code]

Emporion, de par sa parenté et ses relations avec Massalia, se trouvait aux IIIe et IIe siècle av. J.-C. une cité alliée aux Romains. Scipion l'Africain débarqua à Emporion en -218 avec l'intention de couper l'arrière-garde de l'armée d'Hannibal qui s'avançait vers l'Italie. C'est aussi à partir d'Emporion que Caton l'Ancien, en -195, pacifie les indigènes de toute la région[3]. Puis la ville finit par perdre son autonomie, et l'installation des vétérans de Pompée, en -45, en fait la très romaine Emporiæ.
La nouvelle ville romaine, bien différente des deux premiers établissements grecs qui continuent cependant à exister, est établie sur le large plateau qui domine le port et les quartiers grecs. Il devait y avoir un certain contraste entre d'un côté les artisans et le petit peuple du port s'activant dans les ruelles basses, et de l'autre les riches négociants romains établis en hauteur dans leurs vastes et somptueuses domus.
La ville atteint son apogée aux Ier et IIe siècles. De nos jours seul un cinquième du site romain a été fouillé.

Du Moyen Âge à nos jours[modifier | modifier le code]

Cathédrale de Castelló d'Empúries, avec son portail gothique

La ville est détruite à la fin du IIIe siècle par une invasion venue du nord, à l'origine de la basilique paléochrétienne visible de nos jours, siège d'un épiscopat wisigothique. Cet établissement est à son tour saccagé par une invasion normande.
Les musulmans arrivent en 718 et trouvent des habitants dans l'ancien îlot fondateur sur lequel s'élève aujourd'hui le village de Sant Martí d'Empúries. Ils l'occupent donc un temps, puis ce furent les Francs, et Charlemagne, qui y établit une garnison solide. C'est ainsi, nous dit Eginhard (tome I) que le comte Ermengol mit les musulmans en déroute, capturant huit navires et repoussant les autres vers Majorque.
L'endroit étant devenu peu à peu insalubre, les populations des alentours se regroupèrent pour fonder, à 15 km vers le nord, la cité épiscopale de Castelló d'Empúries, où l'on vit se construire une magnifique cathédrale, d'abord romane, puis gothique.
Des moines, établis sur le site antique, fondèrent le couvent de Sainte Marie de Grâce, au-dessus de la Néapolis, là où se trouve actuellement le musée monographique.

Le site archéologique[modifier | modifier le code]

La ville grecque[modifier | modifier le code]

La Paléopolis[modifier | modifier le code]

La Néapolis[modifier | modifier le code]

Le visiteur moderne entre dans le site par une porte de la nouvelle enceinte grecque, d'aspect très redoutable, avec ses tours et murailles en grand appareil. Puis il parcourt le dédale des ruelles, rencontrant un habitat simple et accueillant : l'entrée des maisons conserve des mosaïques de petits galets, parfois avec des paroles de bienvenue encore lisibles, comme cet « HΔY KOITOΣ » (èdu koïtos), qui signifie en grec « agréable repos ».

La ville romaine[modifier | modifier le code]

Le Cardo Maximus

La ville romaine est établie sur le large plateau qui domine le port et l'établissement grec. Aujourd'hui à peine un cinquième de la ville romaine a été fouillé ; ont notamment été dégagés le front sud du rempart romain, les fondations de l'amphithéâtre, le forum, des thermes, et trois domus. Le tracé des rues, rectilignes et orthogonales (les cardo et decumanus), est parfaitement visible.

L'enceinte romaine[modifier | modifier le code]

L'enceinte, de plan rectangulaire, entourait, de manière plus symbolique que défensive au regard des vestiges conservés, l'intégralité de l'établissement romain, soit une superficie d'environ 22 hectares. Le pan oriental de l'enceinte, qui séparait la ville grecque de la ville romaine, fut démantelé peu après sa construction, pour une raison qui demeure encore inconnue à ce jour. Les tronçons septentrionaux et occidentaux sont très ruinés, mais le pan méridional de la muraille est très bien conservé.
La muraille sud est construite sur une base puissante, faite de grands blocs, et surmontée autrefois d'un parement maçonné qui encadrait un remplissage de gravats, qui reste encore en place aujourd'hui. Deux portes s'ouvrent dans ce pan de mur, une au sud-ouest, et l'autre au niveau du cardo maximus, axe nord-sud allant au forum[4].

L'amphithéâtre[modifier | modifier le code]

L'amphithéâtre, extérieur à la muraille (42° 07′ 48″ N 3° 07′ 02″ E / 42.13, 3.11722 ()), est très modeste, mais bien lisible au sol : on voit bien la forme assez allongée de l'arène, ainsi que les murs rayonnants des fondations de la cavea.

Le forum[modifier | modifier le code]

L'implantation du forum sur un espace incluant deux insulae est prévue dès la fondation de la ville romaine. L'évolution historique et architecturale du forum est ensuite assez complexe, et certaines zones d'ombre subsistent encore aujourd'hui.
De l'état premier du forum, datant de l'époque républicaine tardive, on ne connaît avec précision que les côtés nord et sud. Au sud s'élevait un bâtiment à usage commercial, et au nord un temple, voué à la Triade Capitoline, entouré d'une double colonnade s'élevant sur un cryptoportique, délimitant ainsi une aire sacrée. De cet ensemble il ne subsiste plus aujourd'hui que les fondations du podium et du cryptoportique[5].
À l'époque d'Auguste (Ier siècle av. J.-C.) le forum républicain est profondément remanié : l'aire sacré du temple capitolin est ceinte d'une muraille, la place est repavée en grès, et un nouveau portique construit. Ce portique, supporté par des colonnes d'ordre ionique, a été partiellement reconstitué. Une basilique, dont il ne reste que quelques fondations, est adjointe au côté est de la place. Enfin, deux petites chapelles furent établies de part et d'autre du grand temple. Une d'entre elles a été intégralement reconstituée[6].

Les domus et leurs mosaïques[modifier | modifier le code]

Trois domus, luxueuses maisons urbaines, numérotées 1, 2A et 2B ont été dégagées dans l'angle nord-est du forum.
On y voit de vastes pièces, avec de luxueuses mosaïques de sol à décors artistiques souvent polychromes.

Les thermes[modifier | modifier le code]

Juste au nord-est du forum, les bains publics, datés du Ier siècle et du IIe siècle ont été dégagés.

Le port antique[modifier | modifier le code]

Le port antique est situé entre les deux villes grecques. Il est totalement ensablé, mais présente un môle antique d'une longueur de 80 m environ (42° 08′ 12″ N 3° 07′ 16″ E / 42.13667, 3.12111 ()). Le môle est constitué d'un double parement en grand appareil (opus quadratum) avec remplissage en mortier (opus caementicium).
Du fait de la forte exposition du port aux houles d'Est, on peut imaginer la présence impérative d'un brise-lames pour protéger les quais du port. Selon J.M. De La Pena[7] ce môle protégeait un canal reliant le "vieux port" (phocéen) au Nord et le "nouveau port" (romain) au Sud.
On distingue par ailleurs des restes submergés du port antique sur les photos aériennes.

Les vestiges paléochrétiens[modifier | modifier le code]

Le musée archéologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Musée d'archéologie de Catalogne.

Les fouilles archéologiques ont commencé à la fin du XIXe siècle. Elles se poursuivent encore de nos jours : le musée présente le mobilier découvert dans les trois parties de la cité, ainsi que des expositions thématiques.

Au centre de la salle principale est exposé le grand cratère à figures rouges du IVe siècle av. J.-C. montrant une ménade poursuivie par un satyre, dans le style du peintre de Capoue.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lefèvre 2007, p. 128
  2. Lefèvre 2007, p. 129
  3. Tite-Live, 34,3.
  4. Collectif, Empúries, Tarragona, El Mèdol, coll. « Guides du Museu d'Arqueologia de Catalunya »,‎ 2001 (ISBN 84-95559-27-7), p. 79-81
  5. Collectif, Empúries, Tarragona, El Mèdol, coll. « Guides du Museu d'Arqueologia de Catalunya »,‎ 2001 (ISBN 84-95559-27-7), p. 84-86
  6. Collectif, Empúries, Tarragona, El Mèdol, coll. « Guides du Museu d'Arqueologia de Catalunya »,‎ 2001 (ISBN 84-95559-27-7), p. 96-100
  7. J.M. De La Pena, E.J.M. Prada, M.C. Redondo, Mediterranean ports in ancient times. PIANC Bulletin N° 83/84, pp 227-237, Brussels, 1994.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martin Almagro Basch, Ampurias, historia de la ciudad y guía de las excavaciones, 1951.
  • Martin Almagro Basch, Guía breve de las excavaciones y museo, 1971.
  • Eduardo Ripoll Perelló, Ampurias, description des ruines et musée monographique, Institut de préhistoire et archéologie de Barcelone, 1982.
  • Collectif, Empúries, Tarragona, El Mèdol, coll. « Guides du Museu d'Arqueologia de Catalunya »,‎ 2001 (ISBN 84-95559-27-7)
  • François Lefèvre, Histoire du monde grec antique, Livre de poche,‎ 2007.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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