Emmurement

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Reconstitution : un chevalier du XVIe siècle, que l'on croyait emmuré dans un mur du château de Kuressaare, en Estonie.

L'emmurement signifie littéralement être mis dans des murs. C'était une condamnation classique des tribunaux de l'inquisition consistant en un emprisonnement à perpétuité. C'est aussi une tradition, mi-réelle mi-légendaire, qui consistait à enfermer une créature vivante (humaine ou animale) dans les soubassements d'un pont ou d'un bâtiment pour en assurer la solidité et le protéger du mauvais sort.

Châtiment[modifier | modifier le code]

L'emmurement semble trouver ses origines dans la Grèce antique. Sans qu'il s'agisse d'une méthode d'exécution courante, il semble qu'elle ait été pratiquée dans l'Antiquité, plusieurs récits en faisant la relation comme moyen de mise à mort d'Antigone, Pausanias ou Rhéa Silvia par exemple.

Au Moyen Âge, le mot « emmurement » signifiait mettre entre les murs et était synonyme d'emprisonnement à perpétuité[1]. Il existait le « mur étroit », soit la prison proprement dite, et le « mur large », avec un statut comparable à notre actuelle mise en résidence surveillée. En cas de deuil familial, de maladie ou pendant les périodes de fêtes religieuses, les prisonniers pouvaient obtenir des permissions qu’ils passaient chez eux. « Le pouvoir d’atténuer les sentences était fréquemment exercé », souligne Jean Guiraud[2]. Il existait toutefois une aggravation du mur étroit, le carcer strictissimus, où le condamné été enchainé dans un cachot et privé de tout contact. Contrairement à la légende, il ne s'agissait pas d'une méthode d'exécution consistant à enfermer les condamnés vivants derrière un mur de maçonnerie pour les laisser mourir de faim et de déshydratation : « jamais les inquisiteurs n’ont fait emmurer vivant qui que ce soit ; un emmuré, c’est un prisonnier... »[3].

Réclusion religieuse volontaire[modifier | modifier le code]

Emmurement d'une moniale recluse
Article détaillé : Reclusoir.

Certains moines ou moniales, appelés reclus, décidaient librement d'adopter une forme extrême de pénitence en se faisant volontairement enfermer, pour un temps ou jusqu'à leur mort, dans un espace restreint appelé cellule ou reclusoir. En général la porte en était simplement scellée mais, dans les cas extrêmes, on bâtissait un mur devant l'entrée en ne laissant subsister qu'une étroite fente pour faire passer quelques nourritures[4].

Rite de protection[modifier | modifier le code]

Une coutume barbare qui semble ne pas avoir été uniquement légendaire, au moins dans l'Antiquité, consistait à sacrifier un être vivant qu'on enterrait dans les soubassements d'une maison pour garantir sa solidité et assurer sa protection :

« De là cette coutume chez tant de peuples d'origine touranienne, d'emmurer des victimes, humaines ou pas, dans les fondations de la maison en l'honneur du fondateur qui, le premier, avait allumé la flamme du foyer. En Écosse et dans le Pays de Galle, on enterrait sous la première pierre des fondations soit un corps humain soit celui d'un animal. Le fait est presque universel, depuis les Hébrides jusqu'à l'île de Bornéo. »[5].

Ce rituel sinistre a été repris dans de nombreuses légendes dont beaucoup concernent des enfants ensevelis sous des ponts[6].

Si les sacrifices humains réels ont heureusement disparu au fil du temps, l'emmurement d'animaux, fréquemment des chats ou des coqs, a perduré au moins jusqu'à la Renaissance : « M. W. Webster cite le fait, dont il a eu personnellement connaissance, de l'emmurement d'un coq avec toutes ses plumes au milieu d'un mur au centre d'une maison du XIVe siècle, qu'il vit démolir sous ses yeux à Borce, dans la vallée d'Asp »[7],[8].

Dans les arts populaires[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Ismail Kadaré dans Le Pont aux trois Arches (1978) mentionne la pratique d'un tel sacrifice dans les Balkans ottomans afin de s'assurer de la bonne construction de ponts.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Sévillia, Jean Sévilla Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 61.
  2. Jean Guiraud, L'Inquisition Médiévale, Grasset, collection « La Vie chrétienne », 1929
  3. Jean Sévillia, ibid., p. 65.
  4. Louis-Antoine-Augustin Pavy, Les recluseries, Briday, Lyon 1875 lire en ligne
  5. Henry O'Shea, La maison basque : notes et impressions, Imprimerie de L. Ribaut, Pau, 1887 pp. 25-26 Lire en ligne
  6. Revue des traditions populaires, édité par la Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro, 17e année, tome 17, no 5 pp. 277-278 Paris Lire en ligne
  7. Henry O'Shea, La maison basque : notes et impressions, Imprimerie de L. Ribaut, Pau, 1887 p. 26 Lire en ligne
  8. Revue des traditions populaires, édité par la Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro, 6e année, tome 6, no 5 pp. 288-289 Paris Lire en ligne

Articles connexes[modifier | modifier le code]