Emmurement

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Reconstitution : un chevalier du XVIe siècle, que l'on croyait emmuré dans un mur du château de Kuressaare, en Estonie.

L'emmurement signifie littéralement être mis dans des murs. C'était une condamnation classique des tribunaux de l'inquisition consistant en un emprisonnement à perpétuité. C'est aussi une tradition, mi-réelle mi-légendaire, qui consistait à enfermer une créature vivante (humaine ou animale) dans les soubassements d'un pont ou d'un bâtiment pour en assurer la solidité et le protéger du mauvais sort.

Châtiment[modifier | modifier le code]

L'emmurement semble trouver ses origines dans la Grèce antique[réf. nécessaire] et est mentionnée dans le mythe d'Antigone et le récit de la mort de Pausanias .

Dans la Rome antique, il s'agissait d'une méthode d'exécution très rare, pratiquée comme moyen de mise à mort des vestales ayant manqué à leur vœu de chasteté comme Rhéa Silvia par exemple[1].

Au Moyen Âge, le mot « emmurement » signifiait mettre entre les murs et était synonyme d'emprisonnement à perpétuité[2]. Il existait le « mur étroit », soit la prison proprement dite, et le « mur large », avec un statut comparable à notre actuelle mise en résidence surveillée. En cas de deuil familial, de maladie ou pendant les périodes de fêtes religieuses, les prisonniers pouvaient obtenir des permissions qu’ils passaient chez eux. « Le pouvoir d’atténuer les sentences était fréquemment exercé », souligne Henry Charles Lea[3], la peine d'emprisonnement étant alors commuée en obligation d'effectuer un pelerinage, le plus souveant en Terre Sainte, ou en condamnation à une amende. Il existait toutefois une aggravation du mur étroit, le carcer strictissimus, où le condamné était enchainé dans un cachot et privé de tout contact jusqu'à sa mort[4].

Réclusion religieuse volontaire[modifier | modifier le code]

Emmurement d'une moniale recluse
Article détaillé : Reclusoir.

Certains moines ou moniales, appelés reclus, décidaient librement d'adopter une forme extrême de pénitence en se faisant volontairement enfermer, pour un temps ou jusqu'à leur mort, dans un espace restreint appelé cellule ou reclusoir. En général la porte en était simplement scellée mais, dans les cas extrêmes, on bâtissait un mur devant l'entrée en ne laissant subsister qu'une étroite fente pour faire passer quelques nourritures[5].

Rite de protection[modifier | modifier le code]

Une coutume barbare qui semble ne pas avoir été uniquement légendaire, au moins dans l'Antiquité, consistait à sacrifier un être vivant qu'on enterrait dans les soubassements d'une maison pour garantir sa solidité et assurer sa protection :

Selon Henry O'Shea « De là cette coutume chez tant de peuples d'origine touranienne, d'emmurer des victimes, humaines ou pas, dans les fondations de la maison en l'honneur du fondateur qui, le premier, avait allumé la flamme du foyer. En Écosse et dans le Pays de Galle, on enterrait sous la première pierre des fondations soit un corps humain soit celui d'un animal. Le fait est presque universel, depuis les Hébrides jusqu'à l'île de Bornéo. »[6].

Ce rituel sinistre a été repris dans de nombreuses légendes dont beaucoup concernent des enfants ensevelis sous des ponts[7].

Si les sacrifices humains réels ont disparu au fil du temps, l'emmurement d'animaux, fréquemment des chats ou des coqs, a perduré au moins jusqu'à la Renaissance[8],[9] et était destiné à payer tribut le Malin (le Diable)[10],[11]. Ainsi, lors de travaux d’archéologie ou de restauration, on a trouvé des chats que la pierre et le temps avaient conservés momifiés, desséchés, par exemple dans une partie édifiée au XVIe siècle du château de Saint-Germain-en-Laye[11],[12],[10] ou une tour de la même époque au château de Combourg[13].

Dans les arts populaires[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Ismail Kadaré dans Le Pont aux trois Arches (1978) mentionne la pratique d'un tel sacrifice dans les Balkans ottomans afin de s'assurer de la bonne construction de ponts.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Elizabeth Abbott, Histoire universelle de la chasteté et du célibat, Fides,‎ 2001 (lire en ligne)
  2. Jean Sévillia, Historiquement correct, Pour en finir avec le passé unique, Perrin, Saint-Amand-Montrond 2003, p. 61.
  3. Cité par Jean Guiraud, L'Inquisition Médiévale, Grasset, collection « La Vie chrétienne », 1929
  4. Didier Le Fur, L'Inquisition: Enquête historique : France XIIIe - XVe siècle, Tallandier, p. 40
  5. Louis-Antoine-Augustin Pavy, Les recluseries, Briday, Lyon 1875 lire en ligne
  6. Henry O'Shea, La maison basque : notes et impressions, Imprimerie de L. Ribaut, Pau, 1887 pp. 25-26 Lire en ligne
  7. Revue des traditions populaires, édité par la Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro, 17e année, tome 17, no 5 pp. 277-278 Paris Lire en ligne
  8. « M. W. Webster cite le fait, dont il a eu personnellement connaissance, de l'emmurement d'un coq avec toutes ses plumes au milieu d'un mur au centre d'une maison du XIVe siècle, qu'il vit démolir sous ses yeux à Borce, dans la vallée d'Asp » cité par Henry O'Shea, La maison basque : notes et impressions, Imprimerie de L. Ribaut, Pau, 1887 p. 26 Lire en ligne
  9. Revue des traditions populaires, édité par la Société des traditions populaires au Musée d'ethnographie du Trocadéro, 6e année, tome 6, no 5 pp. 288-289 Paris Lire en ligne
  10. a et b Micetto
  11. a et b Le chat momifié de Saint-Germain, 1862
  12. « Les chats emmurés », article du « Petit Parisien » du 3 septembre 1904, n° 10172
  13. Bruno Martinet, Maisons et paysages du Loiret, Créer, Collection Architecture, 1988 p. 161 (ISBN 978-2902894598)

Articles connexes[modifier | modifier le code]