Emma Woodhouse

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Mr Woodhouse, le père d'Emma, est catastrophé par le mariage de la « pauvre Miss Taylor », l'ancienne gouvernante de sa fille (Chris Hammond, 1898).

Emma Woodhouse est un personnage de fiction créé par la femme de lettres britannique Jane Austen. Elle est le personnage central du roman de celle-ci, Emma, publié en 1815.

Présentation du personnage[modifier | modifier le code]

Emma Woodhouse, « belle, intelligente, et riche », comme l'annonce l'incipit du roman, est âgée de 21 ans. Elle demeure avec son père, un veuf âgé et hypocondriaque, dans leur beau domaine de Hartfield, dans le Surrey. Parfaitement satisfaite de son sort, pleine d'affection pour son vieux père, elle se sent malgré tout un peu seule, maintenant que Miss Taylor, plus une amie qu'une gouvernante, l'a quittée pour épouser un aimable voisin, veuf depuis des années, Mr Weston. Cela explique sans doute qu'elle se soit entichée de la jeune et jolie Harriet Smith, de parents inconnus, mais qu'elle se plait à croire de bonne naissance. Car elle regarde avec une certaine condescendance les gens d'un rang moins élevé que le sien.

Persuadée qu'elle a joué un rôle dans le mariage de Miss Taylor, elle ne veut pas s'arrêter en si bon chemin : son esprit vif trouve plaisir à manœuvrer ses proches pour parvenir à marier telle personne avec telle autre, pour leur plus grand bonheur, pense-t-elle. Elle verrait bien sa nouvelle amie épouser Mr Elton, le jeune curé de la paroisse, par exemple, au lieu de Robert Martin, le fermier de Mr Knightley.

Innocemment égocentrique, et plus ou moins prétentieuse, mais aussi généreuse et droite, elle acceptera que ses amis, Mrs Weston et surtout Mr Knightley, la remettent dans le bon chemin. Très sensible aux reproches que ce dernier lui fait, elle va faire des efforts... qui ne seront pas vains.

Caractère[modifier | modifier le code]

Les manœuvres d'Emma Woodhouse pour marier ses proches, qui sont au cœur de l'intrigue, mettent en lumière son caractère indépendant, sa propension à n'en faire qu'à sa tête, sans tenir compte des avis contraires, qui fait d'elle une héroïne féminine si atypique. Lorsqu'elle se met en tête de prendre Harriet sous sa protection, elle agit sans tarder, « avec sa promptitude et ses manières décidées » (quick and decided in her ways)[1]. Seule aussi parmi les héroïnes de Jane Austen, elle ne subordonne jamais ses actions à l'autorité masculine, pas même celle de son père : lorsque celui-ci fait ses recommandations diététiques à Mrs et Miss Bates, « Emma permet à son père de parler » (Emma allowed her father to talk), mais s'empresse de prendre le contrepied de ses recommandations en offrant à ses visiteuses des mets plus satisfaisants[2]. Véritable maîtresse de Hartfield, sûre de son intelligence, de sa fortune et de son rang, elle considère que le premier rang lui revient de droit, et ne le cède à Mrs Elton lors du bal à l'auberge de la Couronne qu'au regard des prérogatives de femme mariée de celle-ci[N 1]. Mais « ce fut presque assez pour lui mettre en tête de se marier » (It was almost enough to make her think of marrying), pensée caractéristique à la fois de l'idée qu'elle a de son rang et du peu d'utilité qu'elle trouve d'habitude au mariage pour renforcer son propre statut[3].

Mais réduire le personnage d'Emma à celui d'une jeune fille indépendante et hautaine est loin du compte : Jane Austen, par de nombreuses notations, nuance ce portrait et permet de comprendre pourquoi elle aimait cependant son héroïne. Emma reste en effet au fond d'elle même sincère et droite, prête à reconnaître ses torts ; si elle pèche souvent par excès de confiance, si lors du pique-nique à Box Hill elle lâche sans réfléchir une méchanceté à l'égard de Miss Bates, elle est immédiatement sensible aux reproches que lui adresse ensuite Mr Knightley : loin de s'insurger contre ses critiques virulentes, elle est au contraire « pleine de colère envers elle-même, mortifiée, et profondément touchée » par ce qu'elle entend (anger against herself, mortification, and deep concern)[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le statut de la femme mariée prime alors sur celui des jeunes filles célibataires, comme le rappelle Lydia à sa sœur aînée Jane, après son mariage avec Wickham (Orgueil et Préjugés).

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source primaire 
  • (en) Jane Austen, Emma, R. Bentley & Son,‎ 1882 (première édition en 1815), 419 p.
  • (en) « Emma », sur The Republic of Pemberley (permet une recherche par mots-clé)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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