Emilio Terry
Jose Emilio Terry y Dorticos (1890-1969), dit Emilio Terry, est un architecte, dessinateur, décorateur et paysagiste cubain dont la carrière est surtout connue en France.
Créateur de meubles, de tapisseries et d'objets d'art, influencé par le château de Chenonceau que sa famille posséda de 1891 à 1913, il a inventé un style à la fois classique et baroque, le « style Louis XVII ».
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Biographie [modifier]
La famille Terry y Dorticos, d'origine hispano-irlandaise, a fait fortune dans les plantations de canne à sucre de Cuba.
Pendant trente ans, jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, la vie d'Emilio Terry se partage entre Paris et La Havane.
Sa sœur, Natalia Terry y Sanchez, a épousé Stanislas de Castellane (1876-1959), frère cadet de « Boni » (1867-1932), le célèbre dandy.
Propriétaire d'une villa sur la Côte d'Azur, Emilio Terry possède également un appartement à Paris, au 2, place du Palais-Bourbon qui a appartenu à Boniface de Castellane, qui le lui a vendu en 1914, et précise dans ses Mémoires : « Je n'avais plus d'argent […] M. Terry, frère de ma belle-sœur Stanislas […] tomba amoureux de mon appartement, et […] me demanda de lui céder mon bail. […] Je vendis mon mobilier à ce noble Cubain. » [1]
Le 24 juin 1934, Emilio Terry rachète à son beau-frère Stanislas une demeure historique : le château de Rochecotte, près de Langeais (Indre-et-Loire), célèbre pour avoir appartenu à Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, et accueilli Talleyrand lors de ses fréquents séjours. Pendant 35 ans, Emilio Terry va restaurer ce château et surtout le décorer selon son style propre[2].
Il léguera le domaine de Rochecotte à son petit-neveu, Henri-Jean de Castellane, qui le vendra en 1978; l'acquéreur vida de son mobilier la demeure, devenue un château-hôtel de luxe.
Œuvres [modifier]
À la fois néo-classique et baroque, Emilio Terry crée des meubles, des tapis, des objets, dessine des maisons et des jardins, décore des appartements et des châteaux. Il lance ce qu'il nomme le « style Louis XVII », c'est-à-dire un mobilier et une architecture d'un style imaginaire qui s'inspire librement d'exemples historiques, notamment de créateurs comme Palladio ou Claude Nicolas Ledoux.
En 1922 il conçoit avec un de ses collaborateurs, Jack Cornaz, une maison de bains à Lutry sur le lac Léman, "délicieux hommage à Palladio" (Gaillemin), et en 1930 une maison du même genre à Boulogne pour Gilbert des Crances, un ami d'Arturo Lopez.
En 1927 il dessine pour le château de Clavary une console "rocheuse" inspirée des bénitiers de Pigalle pour l'église Saint-Sulpice à Paris.
En 1933 ses dessins sont exposés à la galerie Jacques Bonjean à Paris, dont les habitués sont Eugène Berman, Pavel Tchelitchev, Giorgio de Chirico, Jean Hugo, Dali, Bérard - une partie sera reprise à l'exposition "Fantastic art, Dada et Surrealism" de 1936 au musée d'Art Moderne de New-York - et il réalise la maquette d'une maison à double spirale, dite « en colimaçon », qui illustre l'un de ses propos : l'art de l'architecture exprime un « rêve à réaliser »[3].
Jean-Michel Frank lui donna l'occasion de créer des meubles aux côtés de Paul Rodocannachi, Alberto Giacometti et Christian Bérard. ainsi il dessina une banquette néo-classique et une console en bois naturel pour le magasin de Frank inauguré en 1935.
Une chaise dont le dessin est attribué à Terry (vers 1935) au dossier frappé des initiales E.T. ornait en 1994 la bibliothèque de l'appartement parisien - jadis occupé par Colette - du décorateur Jacques Grange (cf. Lisa Lowatt-Smith, Intérieurs parisiens, Taschen, édition trilingue, 1994, p. 177).
En 1947 Toulouze réalisa sur ses dessins une console pour son appartement.
Un portrait d'Emilio Terry par Salvador Dalí[4], en 1936, montre la maquette la "maison colimaçon" au premier plan du tableau.
L'expression et les critères du « style Louis XVII » se retrouvent chez le paysagiste Achille Duchêne et chez la décoratrice Madeleine Castaing. Dans ce dernier cas, une rivalité tout amicale oppose les deux décorateurs au cours des années 1950, Madeleine Castaing et Emilio Terry affirmant l'un et l'autre être l'auteur de tel ou tel motif d'ornementation[5].
Parmi ses clients, l'armateur grec Stávros Niárchos pour l'hôtel de Chanaleilles à Paris, Marie-Blanche de Polignac dans un immeuble dessiné pour elle par Louis Sue, mais aussi Rainier de Monaco, qui lui fait décorer un appartement destiné à la princesse Grace[2], ou encore la famille de Beauvau-Craon, pour qui il redessine les jardins "à La Française" du château d'Haroué en Lorraine pour le prince Marc de Beauvau-Craon.
Après 1936, Carlos (ou Charles) de Besteigui lui demanda de lui concevoir une maison avant de choisir d'acquérir en 1938 une demeure assez banale du début du XIXe siècle non classée et donc "disponible" pour ses vastes projets.
C'est à partir des années 1950 que Terry entreprend d'agrandir (deux pavillons d'angle reliés au corps de logis central par des galeries à colonnades) et de décorer le château de Groussay, à Montfort-l'Amaury (Yvelines). Il en décore chaque pièce, dessine les meubles, crée un théâtre à l'Italienne où se produiront des artistes de la Comédie-Française, dessine un nouveau parc à l'Anglaise et lui ajoute des « fabriques », dessinées avec Alexandre Serebriakoff, dans le goût du XVIIIe siècle[6].
En 1949 il dessine la terrasse de la maison de Charles de Noailles à Grasse, travaille dans cette région pour Roland de l'Espée, pour Jacques Loste sur la côte Basque, à Boulogne où Marcel Nahmias lui commande une « maison Directoire » ; devenu plus soucieux de réalisme et de simplicité, il développe un style néo-classique épuré.
Terry décorateur d'intérieur.
- en 1956 la princesse Bibesco le mentionne comme "illustrateur" avec Jean Hugo de la maison "Calaoutça", dans son article sur cette résidence basque de la comtesse François de Castries (cité en bibliographie), où l'auteur séjourna avec l'abbé Mugnier; une photographie montre la boiserie de la bibliothèque qu'il a dessinée, et la légende d'une autre illustration précise : "On reconnaît son style dans bien des pièces de la maison". Le profil de Terry en ombre chinoise figurait avec celui de quatre autres amis de la propriétaire sur une grande carte en trompe-l'œil également reproduite ds l'article;
- une autre boiserie de style néo-classique en acajou, ébène et bronze doré, comprenant une porte surmontée d'un fronton triangulaire créée par lui vers 1940 pour la bibliothèque de l'hôtel parisien de Marie-Blanche de Polignac - fille de Jeanne Lanvin - a été présentée par la maison Féau et cie à la Biennale des Antiquaires de Paris[7].
-
Hôtel particulier à Boulogne-Billancourt (1932)
-
Jardin et temple votif d'Anna de Noailles à Publier, 1938
-
Pont Palladien du Château de Groussay (1960)
Notes [modifier]
- Cf. Boni de Castellane, Mémoires, Perrin, 1986, p. 343
- Cf. le site sur Rochecotte cité en lien externe.
- Cf. le site du musée des arts décoratifs cité en lien externe.
- Fitxa de l'obra - Catàleg raonat de Salvador Dalí
- Cf. Madeleine Castaing et Peggy Guggenheim, documentaire télévisuel réalisé par Xavier Lefebvre, France 5, 2006, pour la série Le Bal du siècle, produite par Jean-Louis Remilleux. Voir aussi, dans la même série, l'émission consacrée à Charles de Beistegui.
- Cf. le site sur Groussay cité en lien externe.
- cf. "Connaissance des Arts" no 663 - septembre 2008, p. 168
Bibliographie [modifier]
Ouvrages [modifier]
- princesse Bibesco, "Calaoutca ou la rose dans la maison" ("Plaisir de France", no 212, juin 1956, p. 9 à 13 - archives personnelles);
- Emilio Terry, Sièges d'Emilio Terry : Projets, musée des arts décoratifs, R.M.N., 1996),
- Emilio Terry, Tapis d'Emilio Terry (Musée des Arts Décoratifs, R.M.N., 1996);
- Boni de Castellane, Mémoires, Introduction et notes d'Emmanuel de Waresquiel (Perrin, 1986);
Articles [modifier]
- Jean-Louis Gaillemin, « Emilio Terry, le rêveur obstiné », Vogue Décoration, no 8, décembre 1986, p. 41 à 44 reprod. son portrait par Bérard (1931) d'une photo de lui au palais Labbia lors des préparatifs du Bal Besteigui (1951), de lui à cette soirée « déguisé en Jean-Jacques Rousseau », du plan et l'élévation du monument votif d'Amphion, de plusieurs de ses créations et de deux photographies du salon de son appartement parisien vers 1969
Filmographie [modifier]
Le château et le parc de Groussay ont servi de décor au film de Marc Allégret, Le Bal du comte d'Orgel, avec Jean-Claude Brialy, et la bibliothèque a été le cadre de l'émission télévisée de Frédéric Mitterrand, Plaisir de France.
Voir aussi [modifier]
Liens internes [modifier]
- Achille Duchêne
- Madeleine Castaing
- Jacques Garcia
- Anne-Aymone Giscard d'Estaing
- Famille de Castellane