Emilio Terry

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Jose Emilio Terry y Dorticos (1890-1969), dit Emilio Terry, est un architecte, dessinateur, décorateur et paysagiste, né à Paris le 13 décembre 1890 dans une famille d'origine cubaine, mort dans cette ville le 11 décembre 1969.

Pétri de culture classique, concevant le décor comme une architecture, ce créateur puisait ses sources chez Vignole, Palladio et Ledoux.

En matière de mobilier ses préférences vont aux formes de la fin du XVIIIe siècle, dont il fait de nombreuses citations dans ses créations.

Biographie[modifier | modifier le code]

La famille Terry y Dorticos, d'origine hispano-irlandaise, a fait fortune dans les plantations de canne à sucre de Cuba.

Les vingt premières années de la vie de Terry se partagent entre Paris, le château de Chenonceau que sa famille posséda de 1891 à 1913, et quelques voyages à la La Havane. Sa culture est avant tout française, même si il conserva toute sa vie un passeport cubain.

Sa sœur, Natalia Terry y Sanchez, a épousé Stanislas de Castellane (1876-1959), frère cadet de « Boni » (1867-1932), le célèbre dandy.

Propriétaire d'une villa sur la Côte d'Azur, Terry possède également un appartement à Paris, 2, place du Palais-Bourbon ayant appartenu à Boniface de Castellane, qui le lui céda en 1914, comme il l'indique dans ses Mémoires : « Je n'avais plus d'argent […] M. Terry, frère de ma belle-sœur Stanislas […] tomba amoureux de mon appartement, et […] me demanda de lui céder mon bail. […] Je vendis mon mobilier à ce noble Cubain. » [1]

Le 24 juin 1934, Terry rachète à son beau-frère une demeure historique : le château de Rochecotte, près de Langeais (Indre-et-Loire), qui avait appartenu à Dorothée de Courlande, duchesse de Dino, et accueilli son oncle par alliance et probable amant Talleyrand lors de ses fréquents séjours; pendant 35 ans Terry va restaurer ce château et le décorer selon son style propre[2].

Il léguera le domaine à son petit-neveu, Henri-Jean de Castellane, qui le vendra en 1978; le nouvel acquéreur vida de son mobilier la demeure, devenue depuis un château-hôtel de luxe.


Œuvres[modifier | modifier le code]

À la fois néo-classique et baroque, Terry crée des meubles, des tapis, des objets, dessine des maisons et des jardins, décore des appartements et des châteaux. Il lance ce qui sera nommé par la suite le « style Louis XVII », c'est-à-dire un mobilier et une architecture d'un style imaginaire qui s'inspire librement d'exemples historiques, notamment de créateurs comme Palladio ou Claude Nicolas Ledoux.

En 1922 il conçoit avec un de ses collaborateurs, Jack Cornaz, une maison de bains à Lutry sur le lac Léman, "délicieux hommage à Palladio" (Gaillemin), et en 1930 une maison du même genre à Boulogne pour Gilbert des Crances, un ami d'Arturo Lopez.

En 1927 il dessine pour le château de Clavary une console "rocheuse" inspirée des bénitiers de Pigalle pour l'église Saint-Sulpice à Paris.

En 1933 ses dessins furent exposés à la galerie Jacques Bonjean à Paris, dont les habitués sont Eugène Berman, Pavel Tchelitchev, Giorgio de Chirico, Jean Hugo, Dali, Bérard - une partie sera reprise à l'exposition "Fantastic art, Dada et Surrealism" de 1936 au musée d'Art Moderne de New-York - et il réalise la maquette d'une maison à double spirale, dite « en colimaçon », qui illustre l'un de ses propos : l'art de l'architecture exprime un « rêve à réaliser »[3].


Mobilier

Jean-Michel Frank lui donna l'occasion de créer des meubles aux côtés de Paul Rodocannachi, Alberto Giacometti et Christian Bérard; ainsi il dessina une banquette néo-classique et une console en bois naturel pour le magasin de Frank inauguré en 1935.

Une chaise dont le dessin est attribué à Terry (vers 1935), au dossier frappé de ses initiales ornait en 1994 la bibliothèque de l'appartement parisien - jadis occupé par Colette - du décorateur Jacques Grange (cf. Lisa Lowatt-Smith, Intérieurs parisiens, Taschen, édition trilingue, 1994, p. 177).

Une table d'esprit Restauration en placage de citronnier, acajou et ébène à plateau marqueté (vers 1938), "pièce unique, au château de Rochecotte jusqu'en 1978", est passée en vente publique à Paris le 19 juin 2013 (reprod. ds "La Gazette de l'Hôtel Drouot" n°23 du 14/06/2013, p.61).

En 1947 Toulouze réalisa sur ses dessins une console pour son appartement.

Un portrait de Terry par Salvador Dalí[4], en 1936, montre la maquette la "maison colimaçon" au premier plan du tableau.

L'expression et les critères du « style Louis XVII » se retrouvent chez le paysagiste Achille Duchêne et chez la décoratrice Madeleine Castaing; dans ce dernier cas, une rivalité amicale oppose les deux décorateurs au cours des années 1950, Madeleine Castaing et Emilio Terry affirmant l'un et l'autre être l'auteur de tel ou tel motif d'ornementation[5].

Parmi ses clients, l'armateur grec Stávros Niárchos pour l'hôtel de Chanaleilles à Paris, Marie-Blanche de Polignac dans un immeuble dessiné pour elle par Louis Sue, mais aussi Rainier de Monaco, qui lui fait décorer un appartement destiné à la princesse Grace[2], ou encore la famille de Beauvau-Craon, pour qui il redessine les jardins "à La Française" du château d'Haroué en Lorraine pour le prince Marc de Beauvau-Craon.

Après 1936, Charles de Besteigui lui demanda de lui concevoir une maison avant de choisir d'acquérir en 1938 une demeure assez banale du début du XIXe siècle non classée et donc "disponible" pour ses vastes projets.

Vers 1938 il dessina le petit temple votif de style néo-palladien destiné par ses amis à Anna de Noailles (son coeur y fut placé) dans le parc la "villa Bessaraba" à Amphion.

En 1945 il participe avec d'autres aux décors miniatures du Théâtre de la Mode, exposition itinérante de haute couture[6].

C'est à partir des années 1950 que Terry entreprend d'agrandir (deux pavillons d'angle reliés au corps de logis central par des galeries à colonnades) et de décorer le château de Groussay, à Montfort-l'Amaury (Yvelines). Il en décore chaque pièce, dessine les meubles, crée un théâtre "à l'Italienne" où se produiront des artistes de la Comédie-Française, dessine un nouveau parc "à l'Anglaise" et lui ajoute des fabriques dessinées avec Alexandre Serebriakoff, dans le goût du XVIIIe siècle[7].

En 1949 il dessine la terrasse de la maison de Charles de Noailles à Grasse, travaille dans cette région pour Roland de l'Espée, pour Jacques Loste sur la côte Basque, à Boulogne où Marcel Nahmias lui commande une maison Directoire ; devenu plus soucieux de réalisme et de simplicité, il développe un style néo-classique épuré.


Décorateur d'intérieur.

En 1956 la princesse Bibesco le mentionne comme "illustrateur" avec Jean Hugo de la maison "Calaoutça", dans son article sur cette résidence basque de la comtesse François de Castries (cité en bibliographie), où l'auteur séjourna avec l'abbé Mugnier; une photographie montre la boiserie de la bibliothèque qu'il a dessinée, et la légende d'une autre illustration précise : "On reconnaît son style dans bien des pièces de la maison". Le profil de Terry en ombre chinoise figurait avec celui de quatre autres amis de la propriétaire sur une grande carte en trompe-l'œil également reproduite ds l'article;

Uue autre boiserie de style néo-classique en acajou, ébène et bronze doré, comprenant une porte surmontée d'un fronton triangulaire créée par lui vers 1940 pour la bibliothèque de l'hôtel parisien de Marie-Blanche de Polignac - fille de Jeanne Lanvin - a été présentée par la maison Féau et cie à la Biennale des Antiquaires de Paris[8].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Boni de Castellane, Mémoires, Perrin, 1986, p. 343
  2. a et b Cf. le site sur Rochecotte cité en lien externe.
  3. Cf. le site du musée des arts décoratifs cité en lien externe.
  4. Fitxa de l'obra - Catàleg raonat de Salvador Dalí
  5. Cf. Madeleine Castaing et Peggy Guggenheim, documentaire télévisuel réalisé par Xavier Lefebvre, France 5, 2006, pour la série Le Bal du siècle, produite par Jean-Louis Remilleux. Voir aussi, dans la même série, l'émission consacrée à Charles de Beistegui.
  6. Olivier Saillard (dir.), Anne Zazzo (dir.), Laurent Cotta et al. (préf. Bertrand Delanoë), Paris Haute Couture, Paris, Skira,‎ novembre 2012, 287 p. (ISBN 978-2-08128605-4), « La robe Extase et Le Théâtre de la Mode », p. 192
  7. Cf. le site sur Groussay cité en lien externe.
  8. cf. "Connaissance des Arts" no 663 - septembre 2008, p. 168

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Pierre Arizzoli-Clémentel, Emilio Terry 1890-1969, Architecte Décorateur, Édition Gourcuff Gradenigo, 2013
  • princesse Bibesco, "Calaoutca ou la rose dans la maison" ("Plaisir de France", no 212, juin 1956, p. 9 à 13 - arch. pers.);
  • Emilio Terry, Sièges d'Emilio Terry : Projets, musée des arts décoratifs, R.M.N., 1996),
  • Emilio Terry, Tapis d'Emilio Terry (Musée des Arts Décoratifs, R.M.N., 1996);
  • Boni de Castellane, Mémoires, Introduction et notes d'Emmanuel de Waresquiel (Perrin, 1986);

Articles[modifier | modifier le code]

  • Jean-Louis Gaillemin, « Emilio Terry, le rêveur obstiné », Vogue Décoration, no 8,‎ décembre 1986, p. 41 à 44 reprod. son portrait par Bérard (1931) d'une photo de lui au palais Labbia lors des préparatifs du Bal Besteigui (1951), de lui à cette soirée « déguisé en Jean-Jacques Rousseau », du plan et l'élévation du monument votif d'Amphion, de plusieurs de ses créations et de deux photographies du salon de son appartement parisien vers 1969

Filmographie[modifier | modifier le code]

Le château et le parc de Groussay ont servi de décor au film de Marc Allégret, Le Bal du comte d'Orgel, avec Jean-Claude Brialy, et la bibliothèque a été le cadre de l'émission télévisée de Frédéric Mitterrand, Plaisir de France.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]