Emiliano Zapata

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Emiliano Zapata Salazar
Emiliano Zapata.
Emiliano Zapata.

Surnom El Caudillo del Sur, El Atila[1] del Sur
Naissance 8 août 1879
San Miguel Anenecuilco, Morelos, Drapeau du Mexique Mexique
Décès 10 avril 1919 (à 39 ans)
Chinameca, Morelos, Drapeau du Mexique Mexique
Origine Drapeau du Mexique Mexique
Allégeance Ejército Libertador del Sur
Grade Général (nommé par Francisco Madero)
Conflits Révolution mexicaine

Emiliano Zapata Salazar dit El Caudillo del Sur (8 août 187910 avril 1919) fut l'un des principaux acteurs de la révolution mexicaine de 1910 contre le président Porfirio Díaz, puis de la guerre civile qui suivit le départ en exil de celui-ci en 1911.

Origines et antécédents[modifier | modifier le code]

Emiliano Zapata, est né à San Miguel Anenecuilco, un village de la municipalité d'Ayala au Morelos, petit État situé à 86 kilomètres au sud de la capitale et peuplé en 1910 de 180 000 habitants qui représentaient alors 1,2 % de la population du pays[2]. Avant-dernier enfant de Gabriel Zapata et de Cleofas Salazar, il avait neuf frères et sœurs : Pedro, Celsa, Loreto, Eufemio, Romana, María de Jesús, María de la Luz, Jovita et Matilde. Il suivit des cours à l'école primaire d'Anenecuilco, où il acquit des rudiments de comptabilité[3]. Son père mourut lorsqu'il avait 17 ans.

La famille de Zapata avait atteint un certain niveau d'aisance, elle possédait ses propres terres[4]. Le capital personnel d'Emiliano Zapata en 1910 étant évalué à 3 000 pesos-or soit 7 745 francs-or[5], soit une somme considérable, le revenu d'un ouvrier agricole au Mexique étant en 1908 de 31,6 centavos par jour[6],[7]. Cette somme de 3 000 pesos représentait 2,25 kg d'or (Le peso mexicain à l'époque contenait exactement 0,75 g d'or pur[8]). Zapata travaillait dans la petite entreprise de transport de matériaux de construction qu'il avait fondée et cultivait les terres lui appartenant[9]. Il confia un jour que l'un des plus beaux jours de sa vie fut quand il vendit pour 5 ou 600 pesos sa récolte de pastèques[9],[10].

Zapata a toujours été un homme bien habillé, vêtu comme l'exigeait la classe sociale à laquelle il appartenait, il s'agissait d'être respecté en apparaissant en public[11]. Il ne porta jamais le costume traditionnel des villageois (calzón) ni l'habituel sombrero de paille. Il veilla toujours à ne jamais être vêtu qu'en charro ce qui coûtait très cher[12], il n'existe aucune photographie de lui habillé autrement. Son attrait pour les beaux vêtements le faisait plutôt ressembler aux hacendados bien que ceux-ci affectionnassent une mode plus européenne.

Apprécié et respecté des habitants d'Anenecuilco, Emiliano Zapata alors âgé de trente ans accéda à la tête du « comité de défense », un poste qui fit de lui un défenseur des intérêts de son village. Les générations précédentes avaient été « porfiristas » (partisanes de Díaz).

Emiliano Zapata se « maria » au moins 27 fois, son dernier mariage étant le seul qui prit des apparences de légalité[13]. Les plus connues des femmes avec qui il se maria sont : Inés Alfaro Aguilar, Josefa Espejo Merino (Sánchez) [14], Margarita Sáenz Ugalde, Petra Portillo Torres (dont la fille qu'elle eut avec Zapata, Ana María, fut députée fédérale et reçut Charles de Gaulle lors de sa visite au Mexique [15], María de Jesús Pérez Caballero, Georgina Piñeiro, Gregoria Zuñiga, Luz Zuñiga, Agapita Sánchez, Matilde Vázquez[16]. Il possédait en outre une espèce de harem, composé de femmes blanches, métisses et indigènes dont il eut au moins quinze enfants recensés officiellement et cela de neuf femmes différentes. Il avait l'habitude de porter deux gros revolvers et une machette, outil agricole qui lui servait aussi bien à corriger ses enfants, qu'à battre ses femmes ou faire sauter une tête[17],[18].

À la veille de la Révolution[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

À l'époque, le Mexique était gouverné par le général Porfirio Díaz qui accéda au pouvoir en 1876[19].

Après le départ de Santa Anna en 1855 une nouvelle constitution fut promulguée en 1857 par le congrès de prédominance juariste. Après une guerre de trois ans contre les conservateurs (1858-1860) dite Guerre de Réforme, les libéraux (juaristes) promulguèrent des lois de nationalisation des biens ecclésiastiques qui dépouillèrent l'Église catholique romaine de ses terres qui furent achetées à bas prix après la chute de l'Empire de Maximilien (qui protégeait personnellement le village d'Anenecuilco, une de ses maîtresses indigènes habitant non loin)[20] en 1867, par des spéculateurs issus des milieux juaristes libéraux vainqueurs et des propriétaires terriens[21] Maximilien fit publier un décret qui reconnaissait la personnalité juridique des villages pour défendre leurs intérêts et exiger la restitution de leurs terres. Le 16 septembre 1866 il fit publier une loi agraire qui parlait de restitution et de dotation de terres et qui en son essence est en avance de 50 ans sur la Constitution de 1917. Cette loi ne dura pas plus longtemps que le second empire mexicain[22].

De plus la nouvelle Constitution de 1857 ne garantissant plus la propriété collective des terres appartenant aux villages, les hacendados en profitèrent pour s'emparer peu à peu de la plupart d'entre elles, raflant au passage les petites et moyennes exploitations individuelles.

En juin 1874 déjà, José Zapata, « gouverneur » d'Anenecuilco et natif de Mapaztlán, écrivait à Porfirio Díaz : « Les plantations de canne à sucre sont comme une maladie maligne qui s'étend et détruit, et fait disparaître tout pour prendre possession de terres et encore de terres avec une soif insatiable. »

En 1910, le Mexique comptait officiellement 15 160 369 habitants dont 80 % vivaient à la campagne[23]. Des élections devant avoir lieu en 1910, Díaz se représenta. Certains politiciens, vu le grand âge de celui-ci et la lassitude engendrée par une si longue période de pouvoir, tentèrent leur chance, à l'instar de Francisco I. Madero, le plus connu d'entre eux, en qui les politiciens américains voyaient un successeur plus docile que Díaz[24],[25].

Zapata s’engage dans la lutte[modifier | modifier le code]

En 1906, Zapata fit la connaissance de deux hommes, qui contribuèrent à l'influencer intellectuellement.: Pablo Torres Burgos (es) qui venait de s'établir à Anenecuilco, et grâce à qui il put lire les journaux d'opposition El Diario del Hogar et Regeneración, ainsi qu'un instituteur de Villa de Ayala, Otilio Montaño Sanchez (es), qui admirait l'arnarchiste russe Pierre Kropotkine[26].

Le premier acte politique de Zapata consista à appuyer, en 1909, un candidat indépendant,Patricio Leyva, au poste de gouverneur du Morelos. En septembre de la même année, il fut élu président du comité de défense (junta de de defensa en espagnol) du village d'Anenecuilco (une sorte de « calpuleque », chef de village dans la lignée de la tradition préhispanique[27]), ce qui lui permettait de parler au nom de tous. Il avait pour fonction de répartir chaque année les terres du village, de répartir les récoltes, il devait être d'une intégrité absolue et jouissait ainsi de la confiance de tous. Il commença par établir grâce à des actes datant de la colonie espagnole les droits des paysans sur des terrains objets de disputes.

En janvier 1910, Zapata fut mis en prison trois jours sous prétexte d'ébriété publique, mais en réalité pour l'obliger à faire son service militaire[28]. Il fut conscrit le 11 février 1910 au 9e régiment de cavalerie à Cuernavaca et placé sous les ordres du colonel Bouquet. Il fut démobilisé le 29 mars 1910, grâce à l'intervention d'un puissant hacendado qui l'avait employé et qui avait de l'estime pour lui, don Ignacio « Nachito » de la Torre y Mier, beau-fils de don Porfirio Diaz (il avait épousé Amada Díaz le 16 janvier 1888)[29]. Il avait le grade de soldat[30]. Contrairement à une légende Zapata n'a pas servi en 1908 sous les ordres de Pablo Escandon[31].

Au printemps 1910, les habitants d'Anenecuilco, inquiets de ne pas pouvoir cultiver des terres dont la possession leur était contestée par la Hacienda Hospital s'adressèrent aux autorités, qui les éconduisirent. Après son retour au village, Zapata et quatre-vingt hommes finirent par occuper les parcelles contestées. À partir de ce moment, sa réputation commença à s'étendre[32].

Il s'impliqua dans la lutte des villageois spoliés par de puissants investisseurs mexicains et étrangers. Il supervisa alors la restitution pacifique des terres de certaines haciendas à leurs légitimes propriétaires. En mai 1910 il prit par la force des terres à Villa de Ayala. Il fut alors acteur de nombreux conflits opposant les villageois entre eux et aux propriétaires souvent absents et aux gérants des haciendas, des planteurs de canne à sucre, à propos de l'accaparement des terres des villages et fut témoin des brutalités commises par les rurales, police formée par des gens du cru mais au service des hacendados.[réf. nécessaire]

Durant de nombreuses années, il milita avec persévérance pour les droits des villageois. Puis, il essaya de convaincre le gouverneur de l'État de faire rendre les terres à leurs propriétaires légitimes, mais irrité par l'inertie dont faisaient preuve les autorités et par celle des tribunaux de la République qui ne reconnaissaient pas les titres de propriété datant des rois d'Espagne, il s'arma pour prendre possession des terres disputées.

À cette époque, Porfirio Díaz était menacé par la candidature de Francisco I. Madero. Zapata s'allia alors à Madero (un démocrate libéral) qui passait pour celui qui permettrait un changement profond au Mexique.

La révolution[modifier | modifier le code]

Eufemio et Emiliano Zapata

De l'aube de la révolution à la chute de Porfirio Diaz[modifier | modifier le code]

Au niveau national, le 20 novembre 1910 marqua le début d'une insurrection lancée par Francisco I. Madero contre le président Porfirio Diaz. Dans le nord du pays, des groupes de guérilleros engagèrent la lutte contre les troupes gouvenrementales. Les habitants du village d'Anenecuilco commencèrent à discuter du plan de San Luis Potosi, dont un point, même s'il était fort vague, évoquait la restitution de terres aux villageois spoliés.

Le Morelos se tint d'abord à l'écart du mouvement, se contentant d'envoyer à Madero un émissaire chargé de s'enquérir de ses intentions[33]. En février 1911, un vétéran de la guerre contre l'Intervention française au Mexique, Gabriel Tepepa [4] lança une des premières attaques contre les forces gouvernementales au Morelos.

Le 10 mars, Pablo Torres Burgos de retour de San Antonio (où il avait rencontré Madero et fut nommé chef du mouvement maderiste pour le Morelos), un cousin de Zapata, Rafael Merino et Emiliano Zapata en personne se rassemblèrent avec quelques partisans sur la place de Villa de Ayala et passèrent ouvertement à l'action. Le plan de San Luis Potosi fut lu et le petit groupe s'empara de la localité de Jojutla. Le pillage de commerces tenus par des espagnols entraîna la réprobation de Torres Burgos, qui se retira. Il fut tué le lendemain par les troupes fédérales. Après sa mort, Zapata, qui n'était encore qu'un chef révolutionnaire parmi d'autres, occupa la première place et fut désigné «chef suprême du mouvement révolutionnaire du Sud»[34] (il faut entendre par là du sud de la ville de Mexico, où se situe le petit État de Morelos et non de l'ensemble du sud du pays).

En avril 1911, Zapata fut reconnu comme le chef du mouvement madériste au Morelos, avec le titre de général de l'Ejército Libertador del Sur ( armée libératrice du Sud), au même titre qu'Ambrosio Figueroa, le chef des forces révolutionnaires dans l'Etat voisin du Guerrero, avec lequel il avait conclu un accord. En mai, Zapata attaqua la ville de Cuautla, qui occupait une position stratégique. Il fallut six jours de combats sanglants pour prendre la ville défendue par une unité d'élite, le «cinquième régiment d'or». Entre-temps la situation avait évolué en faveur des révolutionnaires partisans de au Chihuahua et le 26 mai, après le départ de Diaz, León de la Barra devenait président intérimaire du Mexique, ouvrant une période de transition en attendant des éléctions, dont Francisco I. Madero serait sans doute le vainqueur .

Zapata et Madero : des relations difficiles[modifier | modifier le code]

La prériode transitoire se révéla désastreuse pour Zapata. Après la prise de Cuautla, il pouvait se croire en position de force au Morelos et espérer devenir gouverneur de l'Etat. La désillusion fut amère : après le départ de Porfirio Diaz, profitant de la transition, de nombreux porfiristes continuèrent à occuper des positions importantes tandis que les planteurs relevèrent la tête et firent nommer gouverneur Juan Carreon, qui leur était acquis. Le nouveau président intérimaire, León de la Barra, était hostile à Zapata[35] et la famille Figuerroa conclut un accord avec Patricio Leyva, mettant Zapata politiquement hors jeu.

Le 8 juin 1911, Zapata, qui attendait beaucoup de Madero, le rencontra à Mexico.. Ils discutèrent de la restitution des terres aux villageois, sans que Zapata obtienne autre chose que de vagues promesses. Madero évoqua également un problème qui allait assombrir leurs relations, la démobilisation des troupes révolutionnaires. La visite de Madero à Cuernavaca, la capitale de l'Etat, le 12 juin, n'arrangea rien : il prêta l'oreille aux plaintes des planteurs tandis que Zapata commettait l'erreur de boycotter la visite. Il obtint néanmoins le poste de chef de la police du Morelos mais dut superviser le début de la démobilisation de ses propres troupes. La situation se dégrada d'avantage lorsque Zapata saisit un lot d'armes que le gouverneur lui avait refusé pour sa police. Le 20 juin, par souci de conciliation, Zapata renonça au poste de chef de police. Les conservateurs et ses opposants en général avaient surnommé Zapata « l'Attila du Sud », la presse de la capitale (El Imparcial du 20 juin 1911) le qualifiait elle, d'« Attila moderne »[36].

La situation demeurait donc très crispée. En août, des troupes fédérales, commandées par le brigadier général Victoriano Huerta, un indigène Huichol réputé pour son efficacité mais haï pour sa brutalité, pénétrèrent au Morelos. Madero tenta de calmer le jeu en se rendant sur place où il rencontra à nouveau Zapata, qu'il appela son général le plus intègre[37], et obtint de lui un accord prévoyant la démobilisation des dernières forces zapatistes et le retrait des troupes fédérales. S'ensuivit une période de tractations avec le gouvernement provisoire de León de la barra, dont les deux hommes sortirent dupés. Ils se heurtèrent à la mauvaise foi de Huerta, qui n'attendait qu'un prétexte pour en terminer avec Zapata. Le 31 août, Huerta marcha sur Cuautla. Le lendemain, Zapata échappa de peu à la capture dans une hacienda.

Il reprit le combat rapidement. Les recrues affluèrent et en octobre, ses troupes, qui opéraient également en dehors du Morelos, s'avancèrent jusqu'à 25 km du centre de la capitale. Huerta fut remplacé à la tête des troupes fédérales au Morelos. L'élection triomphale de Madero à la présidence le 6 novembre 1911 ne modifia pas la situation. Il se montra intransigeant et exigea officiellement que Zapata dépose les armes sans conditions. La guerre reprit et à la fin du mois de novembre, Zapata et ses commandants, réunis à Ayoxustla, rendirent public un document qui devint célèbre sous le nom de «Plan d'Ayala», qui consacrait sa rupture avec Madero. Non seulement ce dernier avait déçu Zapata en tant qu'individu, mais sa position timide sur la réforme foncière ne satisfaisait pas le chef du Morelos et ses partisans comme le montre l'article 14 du plan d'Ayala :

« Si le président Madero et autres éléments dictatoriaux du régime actuel et passé désirent éviter les immenses infortunes qui affligent la patrie et s'ils possèdent de vrais sentiments d'amour envers elle, qu'ils renoncent immédiatement aux postes qu'ils occupent et par là, ils étancheront un peu les graves blessures qu'ils ont ouvertes au sein de la patrie, car s'ils ne le font pas, le sang et l'anathème de nos frères retomberont sur leurs têtes. »

Le plan d'Ayala (cosigné par Zapata et de nombreux autres officiers), dont le mot d'ordre était « Libertad, justicia y ley ». en 1911 est légèrement modifié en 1915 pour devenir « Reforma, libertad, justicia y ley » et restera inchangé jusqu'à la mort de Zapata. Il faut relever que ce plan ne demandait la nationalisation et l'expropriation que des 2/3 des terres des grandes propriétés foncières et que sur le plan extérieur il n'a aucune référence ni appel à l'internationalisme révolutionnaire, c'est plutôt dans un retour aux passés colonial et préhispanique vu comme des âges d'or qu'il faut chercher la particularité du mouvement zapatiste[38].

En décembre 1911, lorsque des émissaires de Madero pressentirent Zapata, la seule proposition qu'ils purent lui faire, était de garantir sa sécurité, s'il s'exilait. Furieux, Zapata répondit en accusant Madero d'être l'homme le plus inconstant et le plus indécis qu'il ait jamais connu, et en le traitant de traître, comme il l'avait déjà fait dans le plan d'Ayala, ajoutant qu'il viendrait le pendre à l'un des plus grands arbres du parc du château de Chapultepec à Mexico[39]. La rupture entre les deux hommes était définitivement consommée.

Zapata contre Huerta[modifier | modifier le code]

En février 1913 eut lieu un coup d'état militaire, connu sous le nom de Décade tragique, au cours duquel le président Madero, ainsi que le vice-président Pino Suárez (en) furent démis et assassinés sur ordre de Victoriano Huerta, qui devint président.

Tandis que dans le nord du pays, l'opposition à Huerta s'organisait avec Venustiano Carranza, qui s'était proclamé primer jefe de la révolution, et avec la division del Norte, dirigée par Francisco Villa, composée principalement des partisans de Madero encadrés par des anciens militaires de carrière de l'armée fédérale formés dans les meilleures écoles européennes, dont le général Felipe Ángeles, Zapata n'avait aucune raison de renoncer à son objectif de récupération des terres villageoises selon le Plan de Ayala. Il le réaffirma dans deux communiqués, le 2 et le 4 mars 1913. Il poursuivit la guérilla dans le Morelos et fit exécuter les émissaires que luiavait envoyés Victoriano Huerta. Ce dernier confia la répression au Morelos au général Juvencio Robles. Robles sema la terreur, regroupant les villageois dans les grandes villes et incorporant de force dans l'armée fédérale les hommes en âge de porter les armes[40]. Le seul résultat fut de gonfler les rangs des zapatistes. Le 30 mai 1913, Zapata institua une junte de six membres, dont il était le président et le commandant en chef. En août 1913, face à une offensive de Robles qui s'empara de son quartier-général à Huautla, Zapata poursuivit la lutte dans les États voisins de Puebla et du Guerrero. Le limogeage de Robles n'améliora pas la situation de Huerta. Le 24 mars 1914, Zapata s'empara de la ville de Chilpancingo, capitale de l'État de Guerrero[41].

Zapata hésitait à rencontrer Villa suite au rejet par ce dernier du plan d'Ayala.

Huerta qui n'avait pas le soutien des États-Unis, incapable de faire face à fois à l'insurrection dans le nord et au Morelos, fut renversé.

La convention d'Aguascalientes et ses conséquences[modifier | modifier le code]

Suite à sa défaite, les constitutionnalistes mirent en place une convention chargée de constituer le nouveau gouvernement. Zapata refusa d'y assister, notamment parce qu'aucun des conventionnels n'avait été élu. Les chefs de Morelos envoyèrent à la place une délégation pour présenter le plan d'Alaya et observer la tenue de la convention.

Zapata face aux partisans de Carranza[modifier | modifier le code]

Peu après, Carranza prit la tête du nouveau gouvernement révolutionnaire dit « gobierno constitucionalista ». Avec Álvaro Obregón qui était un fidèle de Venustiano Carranza, ils avaient vaincu Pancho Villa, à qui les approvisionnements en armes et munitions n'étaient plus assurés par les États-Unis.

Le 2 août 1914 Zapata essaya d'attirer l'attention des États-Unis dans une longue lettre ouverte au président Wilson dans laquelle il condamnait « Monsieur Venustiano Carranza et sa clique de politiciens ambitieux ». Plus tard, dans une lettre au général Francisco Villa il dit que le moment était venu d'établir un gouvernement provisoire formé de chefs révolutionnaires. Au cas où Carranza agirait dans un autre sens Zapata assura qu'il disposait de 70 000 hommes armés de fusils Mauser, en fait Zapata ne disposa jamais de plus de 28 000 hommes qui n'étaient pas tous aussi bien armés. (voir Mauser mexicains).

Pendant plusieurs mois la diplomatie américaine avait essayé de rapprocher les partisans de Zapata avec les constitutionnalistes de Carranza.
En désaccord avec les zapatistes ce gouvernement, bien qu'issu de la révolution, mena alors une guerre à outrance contre eux. Les habitants du Morelos en furent les victimes et inventèrent le verbe carrancear qui pour eux voulait dire détruire, violer, piller. Les zapatistes, néanmoins, restèrent mobilisés, mais perdirent peu à peu leur force. Ils durent aussi lutter contre les bataillons rouges de la milice ouvrière anarchosyndicaliste de la Casa del Obrero Mundial (en) qu'Álvaro Obregón avait envoyés contre eux. Zapata craignait aussi que la politique neutre de Carranza pendant la guerre mondiale, dont la politique pétrolière avait plutôt favorisé les intérêts allemands, d'avoir selon ses propres termes « offensé le capital français et britannique » ne fâchât les États-Unis. Il tenta de se concilier l'opinion publique de ce pays en publiant une lettre écrite avec Francisco Vásquez Gómez où il dénonce les idées socialistes enragées de zapatistes comme Palafox et se déclare en faveur de l'esprit d'entreprise dans tous les secteurs économiques sauf pour les monopoles qui constituent une menace pour le libre jeu des forces sociales[42].

Le gouvernement constitutionnaliste de Carranza ne trouva pas d'autre moyen que la trahison pour éliminer Zapata, l'espérant surtout de la part de zapatistes repentis. Il essaya également d'éloigner les autres chefs de l'armée zapatiste, mais aucune proposition n'eut de succès. Zapata fut accusé d'être sanguinaire et d'avoir fait exécuter d'autres rebelles avec qui il eut des différents, ses ennemis et des militaires prisonniers, on lui reproche les victimes innocentes d'attentats contre les trains, en réalité il le fut sans doute moins que Carranza ou Villa et que d'autres acteurs de la guerre civile. Il lui fut également difficile de contrôler tous les faits et gestes de ceux qui se réclamaient de lui.

Pendant l'occupation de la ville de Mexico par la Convention représentée militairement par les forces de Zapata, des pièces de monnaie de 1 et 2 centavos en bronze furent frappées durant le mois de juillet 1915, identiques à celles circulant alors mais de plus petit module, cette monnaie fut déclarée illégale en septembre 1916 par les constitutionnalistes (Carranza) qui avaient chassé de la ville les conventionistes[43] Les forces de Zapata (qui tenait à ce que les gens aient des moyens d'échange car le numéraire national en argent métal et en or avait été thésaurisé par la population) émirent dans leurs zones d'influence de la monnaie de cuivre, des billets de banque de circulation forcée et aussi de la monnaie portant le slogan du plan d'Ayala « reforma, libertad, justicia y ley » qui fut plus appréciée car en argent.

Plan d'Ayala[modifier | modifier le code]

Citation complète[44] :

Plan libérateur des fils de l'État de Morelos affiliés à l'armée insurgée qui défend l'accomplissement du Plan de San Luis, avec les réformes qu'il a cru bon d'ajouter pour le bien de la Patrie mexicaine.

Nous soussignés, constitués en junte révolutionnaire pour soutenir et réaliser les promesses que la révolution de 20 novembre 1910 dernier a faites au pays, déclarons solennellement à la face du monde civilisé qui nous juge et devant la Nation à laquelle nous appartenons et que nous aimons les propos que nous avons formulés pour en finir avec la tyrannie qui nous opprime et sauver la Patrie des dictatures qu'on nous impose, lesquels sont exposés dans le plan suivant :

  1. Attendu que le peuple mexicain, commandé par Don Francisco I. Madero, est allé verser son sang pour reconquérir les libertés et revendiquer ses droits et non pour qu'un homme s'empare du pouvoir, bafouant les principes sacrés qu'il a juré de défendre sous la devise « suffrage effectif - pas de réélection » outrageant ainsi la foi, la cause, la justice et les libertés du peuple ; attendu que cet homme auquel nous nous référons est Don Francisco I. Madero, celui-là même qui a commencé la révolution précitée, qui imposa par norme gouvernementale sa volonté et son influence au gouvernement provisoire de l'ex président de la République Lic. Francisco de La Barra, causant par cet effet des effusions de sang répétées et des malheurs multiples à la Patrie, de manière dissimulée et ridicule, n'ayant pas d'autre visée que de satisfaire ses ambitions personnelles, ses instincts démesurés de tyran et sa désobéissance aux lois préexistantes émanées du code immortel de 1857 écrit avec le sang révolutionnaire d'Ayutla.

    Attendu que le prétendu chef de la révolution libératrice du Mexique; Don Francisco I. Madero, par manque d'intégrité et par la plus grande faiblesse, n'a pas mené à une fin heureuse la révolution qu'il a glorieusement commencée avec l'appui de Dieu et du peuple, puisqu'il a laissé debout la majorité des pouvoirs dirigeants et les éléments corrompus du gouvernement dictatorial de Diaz qui ne sont ni ne peuvent être en aucune manière la représentation de la souveraineté nationale et qui, étant nos plus âpres adversaires ainsi que ceux des principes qu'aujourd'hui même nous défendons, provoquent l'inconfort du pays et ouvrent de nouvelles blessures au sein de la Patrie pour lui donner son propre sang à boire ; attendu que le susmentionné Don Francisco I. Madero, actuel président de la République, tente d'éviter de tenir les promesses qu'il a faites à la Nation dans le Plan de San Luis restreignant les promesses précitées aux accords de Ciudad Juarez et par le moyen de fausses promesses et de nombreuses intrigues contre la Nation annulant, poursuivant, emprisonnant ou tuant les éléments révolutionnaires qui l'ont aidé à occuper le haut poste de président de la République ;

    Attendu que le si souvent nommé Francisco I. Madero a essayé de faire taire par la force brutale des baïonnettes et de noyer dans le sang les pueblos qui demandent, sollicitent ou exigent l'accomplissement des promesses, en les appelant bandits ou rebelles, les condamnant à la guerre d'extermination sans concéder ni octroyer aucune des garanties que prescrivent la raison, la justice et la loi ; attendu également que le président de la République Francisco I. Madero a fait du suffrage effectif une farce sanglante aux dépens du peuple, soit en imposant à la vice-présidence de la République le Lic. José Maria Pino Suarez, ou les gouverneurs d'États désignés par lui comme le soi-disant général Ambrosio Figueroa, bourreau et tyran du peuple de Morelos ; soit en consommant une scandaleuse alliance avec le parti Cientifico, les propriétaires féodaux d'haciendas et les caciques oppresseurs, ennemis de la révolution par lui proclamée, afin de forger de nouvelles chaînes et de suivre le modèle d'une nouvelle dictature plus honteuse et plus terrible que celle de Porfirio Diaz ; car il a été clair et flagrant qu'il a outragé la souveraineté des États, foulant aux pieds les lois sans aucun respect pour les vies et les intérêts comme cela est advenu dans l'État de Morelos et d'autres encore, les conduisant à l'anarchie la plus horrible qu'enregistre l'histoire contemporaine.

    De par ces considérations, nous déclarons le susdit Francisco I. Madero inapte à réaliser les promesses de la révolution dont il fut l'instigateur car il a trahi les principes dont il s'est servi pour abuser la volonté du peuple et à l'aide desquels il a pu monter au pouvoir ; incapable de gouverner car il ne respecte ni la loi ni la justice des pueblos ; et traître à la Patrie qu'il a mise à feu et a sang en humiliant les Mexicains qui désirent les libertés, afin de plaire aux Cientificos, propriétaires d'haciendas et caciques qui font de nous des esclaves et à partir d'aujourd'hui nous entamons la poursuite de la révolution par lui commencée jusqu'à l'obtention du renversement des pouvoirs dictatoriaux existants.
  2. Pour les raisons ci-devant exprimées, le chef de la révolution et président de la République Monsieur Francisco I. Madero n'est plus reconnu comme tel et des efforts sont entrepris pour précipiter le renversement de ce fonctionnaire.
  3. L'illustre Citoyen Général Pascual Orozco, second du Caudillo Don Francisco I. Madero, est reconnu comme chef de la révolution libératrice et au cas où il n'accepterait pas ce poste délicat, le Citoyen Général Don Emiliano Zapata sera reconnu comme chef de la révolution.
  4. La junte révolutionnaire de l'État de Morelos manifeste à la Nation par serment formel : Il est fait sien le Plan de San Luis avec les additions qui sont exprimées comme suit pour le bénéfice des peuples opprimés et qu'elle se fera le défenseur des principes qu'elle défend jusqu'à la victoire ou la mort.
  5. La junte révolutionnaire de l'État de Morelos n'admettra ni transaction ni compromis avant d'avoir obtenu le renversement des éléments dictatoriaux de Porfirio Diaz et de Francisco I. Madero, car la Nation est lasse des hommes faux et des traîtres qui font des promesses comme des libérateurs et qui une fois arrivés au pouvoir, les oublient et se constituent en tyrans.
  6. La partie additionnelle du Plan que nous invoquons consigne par écrit : Que les terrains, bois et eaux qu'ont usurpés les propriétaires d'haciendas, les Cientificos ou les caciques, à l'ombre de la justice vénale, seront repris immédiatement par les pueblos ou les citoyens qui possèdent des titres correspondant à ces biens immeubles et à ces propriétés dont ils ont été dépouillés par la mauvaise foi de nos oppresseurs, maintenant à tout prix, les armes à la main, la possession ci-mentionnée, quant aux usurpateurs qui se considéraient comme ayants droit (à ces biens immeubles) ils pourront recourir à des tribunaux spéciaux qui seront établis après triomphe de la révolution.
  7. En vertu du fait que l'immense majorité des pueblos et des citoyens mexicains ne sont guère plus maîtres que du terrain qu'ils foulent et qu'ils souffrent les horreurs de la misère sans pouvoir améliorer en rien leur condition sociale ni pouvoir se livrer à l'industrie ou à l'agriculture car les terres sont monopolisées par quelques mains ; pour cette raison les puissants propriétaires de celles-ci seront expropriés après indemnisation préalable d'un tiers de ces monopoles afin que les pueblos et citoyens du Mexique obtiennent des ejidos, des colonias ou des fonds légaux pour créer des pueblos ou des champs pour semer ou pour travailler, et pour que, en tout et pour tous la prospérité et le bien-être des Mexicains soit amélioré.
  8. Les biens des propriétaires d'haciendas, des Cientificos ou des caciques qui s'opposeraient directement ou indirectement à ce Plan seront nationalisés et les deux tiers de ce qui leur correspond seront destinés aux indemnisations de guerre, pensions pour veuves et orphelins des victimes qui succombent dans la lutte pour le présent Plan.
  9. Afin d'exécuter les mesures concernant les biens ci-mentionnés, des lois de désamortissement et de nationalisation seront appliquées selon le cas ; en effet celles qui furent mises en vigueur pour les biens ecclésiastiques par l'Immortel Juarez peuvent nous servir de modèle et d'exemple ; celle qui châtient les despotes et les conservateurs qui de tous temps ont prétendu nous imposer le joug ignominieux de l'oppression et de la régression.
  10. Les chefs militaires qui ont pris les armes à l'appel de don Francisco I. Madero pour défendre le plan de San Luis qui s'opposeraient par la force des armes au présent Plan seront jugés traîtres à la cause qu'ils ont défendue et à la Patrie car aujourd'hui nombre d'entre eux, afin de complaire aux tyrans et pour une poignée de sous ou par corruption ou subornation, versent le sang de leurs frères qui réclament l'accomplissement des promesses que Don Francisco I. Madero a faites à la Nation.
  11. Les dépenses de guerre seront prises conformément à l'article 11 du Plan de San Luis Potosi et tous les procédés employés dans la révolution que nous entreprenons seront conformes aux instructions mêmes que détermine le plan mentionné.
  12. Une fois triomphante la révolution que nous menons sur la voie de la réalité, une junte des principaux chefs révolutionnaires des différents États nommera ou désignera un président intérimaire de la République qui préparera des élections pour l'organisation des Pouvoirs fédéraux.
  13. Les principaux chefs révolutionnaires de chaque État désigneront en junte, le gouverneur de l'État auquel ils appartiennent et ce haut fonctionnaire organisera des élections afin d'installer dûment les pouvoirs publics et avec comme objet d'éviter des consignes forcées qui causent le malheur des pueblos comme la consigne bien connue d'Ambrosio Figueroa dans l'État de Morelos et d'autres encore, qui condamnent au précipice des conflits sanglants soutenus par le caprice du dictateur Madero et du cercle de Cientificos qui l'ont incité.
  14. Si le président Madero et autres éléments dictatoriaux du régime actuel et passé désirent éviter les immenses infortunes qui affligent la patrie et s'ils possèdent de vrais sentiments d'amour envers elle, qu'ils renoncent immédiatement aux postes qu'ils occupent et par là, ils étancheront un peu les graves blessures qu'ils ont ouvertes au sein de la patrie, car s'ils ne le font pas, le sang et l'anathème de nos frères retomberont sur leurs têtes.
  15. Mexicains, considérez que la ruse et la mauvaise foi d'un homme versent le sang de manière scandaleuse, car il est incapable de gouverner ; considérez que son système de gouvernement garotte la Patrie et méprise, par la force brutale des baïonnettes, nos institutions ; et de même que nous avons empoigné nos armes pour l'élever jusqu'au pouvoir, de même que nous les retournerons contre lui car il a manqué à ses engagements envers le peuple mexicain et il a trahi la révolution par lui commencée, nous ne sommes pas personnalistes, nous sommes partisans des principes et non des hommes.

Peuple mexicain, appuie ce plan les armes à la main et tu feras la prospérité et le bien-être de la Patrie.

LIBERTE, JUSTICE et LOI.

Ayala, 25 novembre 1911

Signé : Général en Chef EMILIANO ZAPATA, les généraux Eufemio Zapata, Francisco Mendoza, Jesus Navarro, Otilio E. Montaño, José Trinidad Ruiz, Proculo Capistrán, les colonels Pioquinto Galis, Felipe Vaquero, Cesáreo Burgos, Quintín Vaquero, Pedro Salazar, Simón Rojas, Emigdio Marlolejo, José Campos, Felipe Tijera, Rafael Sanchez, José Pérez, Santiago Aguilar, Margarito Martínez, Feliciano Domínguez, Manuel Vergara, Cruz Salazar, Lauro Sánchez, Amador Salazar, Lorenzo Vázquez, Catarino Perdomo, Jesús Sánchez, Domingo Romero, Zacarías Torres, Bonifacio García, Daniel Andrade, Ponciano Domínguez, Jesús Capistrán, les capitaines Daniel Mantilla, José M. Carrillo, Francisco Alarcón[45], etc.),

Sa mort[modifier | modifier le code]

Le cadavre de Zapata est exhibé à Cuautla (Morelos) le 10 avril 1919.

En avril 1919, le colonel Jesús Guajardo (es) complota une embuscade contre Zapata avec son supérieur le général Pablo González Garza (en) (qui a connu aux Etat-Unis les frères Magón par l'intermédiaire de son cousin germain Antonio I. Villarreal), un proche de Carranza. Pour gagner la confiance de Zapata, il simula de la sympathie pour lui et fit attaquer une colonne de soldats fédéraux (ses propres hommes), en tuant 57. Il obtint ainsi de lui parler de son ralliement, lui promettant des hommes, des fusils et de l'artillerie. Ils prirent rendez-vous à l'hacienda de San Juan Chinameca, Zapata tomba dans le piège : des hommes armés l'y attendaient et il fut abattu à bout portant.

Guajardo, pour avoir mené à bien et de manière satisfaisante la difficile mission qui lui a été confiée, reçut une récompense de 50000 pesos en monnaies d'or (soit 37,5 kilos d'or fin) et fut nommé général sur ordre personnel de Venustiano Carranza.

Le samedi suivant son assassinat, au cimetière de Cuautla, il fut enterré très profondément pour que ses partisans n'emportent pas sa dépouille. Sa tombe porte le numéro 23. On peut y lire :

« Al hombre representativo de la revolución popular

al apóstol del agrarismo, al vidente que jamás abandonó la fé
al inmortal
EMILIANO ZAPATA
dedican este homenaje sus compañeros de lucha. »

« À l'homme représentatif de la révolution populaire

À l'apôtre de l'agrarisme, au visionnaire qui jamais ne perdit la foi
À l'immortel
EMILIANO ZAPATA
rendent cet hommage ses compagnons de lutte. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Ses compagnons le décrivirent ainsi : la restitution des terres prises par les hacendados à son village natal, San Miguel Anenecuilco, au Morelos, fut le principal objectif de sa rébellion. Zapata ne cherchait pas à imposer des idéaux abstraits tels que la liberté ou la démocratie. Il voulait simplement que les hacendados restituent les terres dont les villages avaient des titres de propriété expédiés au temps de la Colonie espagnole.

Cependant sur la base du Plan d’Ayala rédigé par son conseiller le maître d'école (Zapata était illettré) et général Otilio E. Montaño on l'identifia comme un précurseur de la réforme agraire au Mexique[46]. Un siècle plus tôt, en 1815, José Gervasio Artigas avait promulgué en Uruguay une des premières, sinon la première réforme agraire dans les anciennes colonies espagnoles des Amériques[47].

En tant qu'homme il aima les femmes, le jeu de cartes, les coqs de combat, la cuisine française, le cognac[48] et les cigares. Il était aussi grand connaisseur des chevaux.

Zapata ne laissa aucun écrit. Il ne sortit de l'État de Morelos qu'en de rares occasions et on pense qu'il ne vit jamais les océans qui bordent le Mexique. Bien que général, Emiliano Zapata, contrairement à Francisco Villa, ne porta jamais l'uniforme de l'armée fédérale. Il avait pour maxime : « Es mejor morir de pie que vivir toda una vida arrodillado » (« Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux »).

Après sa mort, l'Armée de libération du Sud se divisa en plusieurs factions dont les cinq plus importantes élurent plus tard le successeur de Zapata, leurs chefs se querellant dans d'inextricables intrigues, causant la mort de plusieurs d'entre eux le général Francisco Estrada, Antonio Silva, Antonio Barona [49] disparaissant définitivement après que la rébellion d'Obregon eut déposé et fait assassiner Carranza qui fuyait Mexico pour Veracruz. Le successeur de Zapata fut Gildardo Magaña Cerda (en) aidé par l'avocat Antonio Díaz Soto y Gama, qui avait rejoint Zapata en avril 1914 et fut aussi son délégué à la Convention d'Aguascalientes. En 1920 bien que sa valeur militaire fût insignifiante, le zapatisme représentait par son seul nom un gros enjeu politique et tout aspirant à la présidence chercha à le mettre de son côté. Le chef rebelle Manuel Peláez (en) qui alors « régnait » sur les zones pétrolifères de Tampico avait besoin d'alliés dans d'autres régions et fit vainement aux chefs zapatistes des offres formidables en termes d'aides financières, promettant de leur donner tout l'argent dont ils avaient besoin.

Zapata, comme ses troupes dont les soldats arboraient des médailles bénites sur leurs chapeaux, était aussi un fervent catholique, il avait pour bannière une image de Notre-Dame de Guadalupe, il protégea les prêtres qui fuyaient l'armée constitutionnaliste de Carranza dans sa progression vers le sud et Veracruz, il donna asile dans le Morelos à Monseigneur Manuel Fulcheri y Pietrasanta. Quand Zapata et l'Armée du Sud entrèrent à Mexico précédés des images de la Vierge de Guadalupe les cloches des églises sonnèrent en leur honneur. Dans les territoires qu'il contrôlait il fit partout respecter les croyants et les Églises[50].

Cependant, le nom de Zapata fut utilisé tout au long du XXe siècle par tous les présidents successifs, il servit et sert encore d'alibi aux politiques et aux factieux pour tromper nombre de paysans qui espéraient à leur tour devenir des propriétaires et aujourd'hui encore il est utilisé pour le meilleur et le pire, quoique les nouvelles générations qui vivent en ville ne le connaissent pas ou peu, certains ignorant même complètement son existence à presque un siècle de sa disparition.

Divers[modifier | modifier le code]

De nombreuses avenues, rues, places, écoles, localités, etc. portent son nom, par exemple :

  • Emiliano Zapata (912 habitants en 2007, municipio de Cosautlan de Carbajal) situé dans l'État mexicain de Veracruz.
  • Emiliano Zapata Salazar, municipalité de Jáltipan, Ver. 24 habitants.
  • La municipalité d' Emiliano Zapata (précédemment San Francisco Zacualpan et San Vicente Zacualpan) dans l'État de Morelos formée par Tres de Mayo, Tezoyca, Tepetzingo, Tetecalita comptait 69 064 habitants selon le recensement de 2005.

Numismatique[modifier | modifier le code]

  • Face au manque de numéraire pour les transactions quotidiennes et surtout a la thésaurisation des monnaies d'argent émises par le gouvernement par la population, Zapata fit émettre de nombreuses monnaies dans les zones qu'il contrôlait, le monnaies en argent furent particulièrement appréciées car ayant une valeur intrinsèque, contrairement au papier monnaie émis par d'autres révolutionnaires ou factions locales.
  • Il figure en compagnie de Madero, Carranza et Villa sur les monnaies de 200 pesos émises en 1985 (à 98 590 000 exemplaires)[51].
  • Il fut émis, à partir du 3 octobre 1994, un billet de banque (10 pesos) à son effigie, ce billet ne circule plus.
  • Son effigie figure sur les nouvelles pièces de 5 pesos de circulation courante émises en 2009 commémorant le 100e anniversaire de la Révolution de 1910.

Tourisme[modifier | modifier le code]

  • Un circuit touristique dit Ruta de Zapata permet de visiter les ruines de sa maison natale, l'ancienne gare de Cuautla qui lui servit que caserne, de l'hacienda où il périt, ainsi que divers monuments, dont sa tombe.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

L'article ci-dessus est fondé sur les livres suivants :

  • Friedrich Katz, La guerra secreta en Mexico, ERA Ediciones, 1982, Mexico
  • Pedro González Blanco, De Porfirio Díaz a Carranza, Imprenta Helénica, 283 pages, 1916, Madrid
  • INEHRM (gouvernemental), Las comisiones agrarias del Sur, Ed. Librairie Manuel Porrúa, 1961, Mexico, 196 p.
  • Juan de Dios Bojorquez, Forjadores de la Revolución mexicana, INEHRM, 72 pages, 1960, Mexico
  • Fernando Orozco Linares, Porfirio Diaz y su Tiempo, Panorama Editorial, Mexico juin 1986
  • Jesus Silva Herzog, La révolution mexicaine, FM/petite collection Maspero (ISBN 2-7071-0191-5)
  • André Castelot Le calendrier de l'Histoire librairie académique Perrin PARIS 1970 (ISBN 2-7242-2362-4)
  • Nunes, Américo, Les révolutions du Mexique, Paris, Flammarion, 1975; réédition augmentée, Ab irato, 2009 (ISBN 978-2-9119-1754-5[à vérifier : ISBN invalide])
  • Ricardo Flores Magón, Antología, Universidad autonoma de Mexico, 1993, Mexico (Tierra y libertad), 144 p.
  • (es) Enrique Krauze, Biografia del poder : Caudillos de la Revolucion mexicana, TusQuets Editores, coll. « Coleccion andanzas »,‎ 1997
  • (es) Enrique Krauze, Emiliano Zapata. El amor a la tierra, vol. 3 de Biografia del poder, Mexico, Fondo de Cultura economica,‎ 1987
  • John Womack, Emiliano Zapata, cahiers libres, Francois Maspero, Paris, traduit de l'américain
  • Renata Ravelo Lecuona, La revolución zapatista de Guerrero, Universidad autonoma de Guerrero, Chilpancingo
  • Luis Pazos, Historia sinóptica de Mexico de los Olmecas a Salinas, Editorial Diana S.A de C.V-Mexico (ISBN 9-6813-2560-5)
  • T.V. Buttrey & Clyde Hubbard : A guide book of mexican coins, Thomas Michael Editor, Krause publications, Iola WI Library of congress cat. cart nr. 76-49264 (ISBN 0-8734-1193-5)
  • Gildardo Magaña, Emiliano Zapata y el agrarismo en Mexico, trois tomes 1934, 1937 et 1946, Mexico
  • Miguel R. Delgado, El testamento político de Otilio Montaño, 1920, Mexico
  • Ulloa Berta, La encrucijada de 1915, tome 5, de la Historia de la Revolución mexicana, 1979, Colegio de Mexico
  • Chevalier François, La formation des grands domaines au Mexique, terre et société aux XVIe et XVIIe siècles Paris, Institut d'ethnologie, 1952, 480 p.
  • Miranda José, El tributo indígena en la Nueva España durante e siglo XVI, El colegio de Mexico, Mexico, 1950
  • Armando de María y Campos, Reto de Zapata al Constitucionalismo, ABC (revista) 1953
  • Luis González y González, El indigenismo de Maximiliano, I.F.A.L., Mexico, 1965
  • Joaquín Nava Moreno, Datos sobre la vida militante del Ejécito Libertador de Sur del general de division Heliodoro Castillo Castro, Universidad autonoma de Guerrero
  • Moisés Ochoa Campos, La reforma municipal, historia municipal de Mexico, Mexico 1955
  • Octavio Magaña Cerda, Historia documental de la Revolución, paru dans El Universal de mai à décembre 1950.
  • Mario Gill, Zapata, su pueblo y sus hijos, Historia mexicana, vol. 2, 1952, Mexico

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1933 : Le compère Mendoza / El compadre Mendoza, film mexicain de Fernando de Fuentes mettant en vedette Alfredo del Diestro dans le rôle de Rosalio Mendoza, hacendado de la région de Zapata, Carmen Guerrero dans le rôle de sa jeune épouse Dolores, et Antonio R. Frausto dans le rôle du général zapatiste Felipe Nieto. Ce général noue des liens très étroits avec Mendoza, son épouse et leur jeune fils, dont il devient le parrain adoré. Même si dans le scénario le rôle est présenté comme étant celui d'un simple général zapatiste, le personnage mis en scène et son destin tragique évoquent pour le spectateur d'aujourd'hui Zapata lui-même. Le film est présenté en France par la Cinémathèque française dans sa programmation "Mélodrames mexicains" d'avril-mai 2011.[réf. nécessaire]
  • 1952 : Viva Zapata !, film américain d'Elia Kazan mettant en vedette Marlon Brando dans le rôle de Zapata. L'écrivain John Steinbeck en écrivit le scénario.
  • 1992 : Zapata mort ou vif, documentaire réalisé au Mexique par Patrick Le Gall, à partir de témoignages de survivants et d'historiens, et d'images d'archives.
  • 2004 : Zapata, El Sueño del Héroe, film mexicain de Alfonso Arau mettant en vedette Alejandro Fernández.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. terme employé pour la première fois par le journal El Imparcíal le 20 juin 1911
  2. 4 958 km², soit 0,25 % du territoire national à l'époque et premier producteur mondial de sucre de canne. H.C. Prinsen Geerligs, The World's cane sugar industry, past and present, Manchester, 1912, p. 164-165 ; et : Consulars reports mars 1908 page 236
  3. Krauze 1987, p. 96
  4. Jan Bazant - Cinco haciendas, tres siglos de vida rural 1600-1910 - Mexico DF 1975 El Colegio de Mexico, centro de estudios historicos
  5. Krauze 1987, p. 41
  6. Publicaciones del Departamento de Estadística Nacional de los Estados Unidos Mexicanos, Mexico DF 1929 pages 34-37
  7. F. Tannebaum, The mexican agrarian revolution, pages 149-150, Washington D.C., 1930
  8. T.V. Buttrey et Clyde Hubbard - A guide book of mexican coins - pages 236 à 241 -Thomas Michael Editor -IOLA _ (ISBN 0-87341-193-5)
  9. a et b (es) Emiliano Zapata de Mexico - Université d'État de San José, Californie
  10. Krauze 1997, p. 96
  11. Krauze 1987, p. 39-43
  12. (es) Zapata - Instituto Nacional de Antropología e Historia
  13. Gutiérrez y Gutiérrez Luis - Zapata - Hoy visita a la viuda de Zapata - Mexico 1953 - et déjà cités ci-dessous Robles Serafin et André Castelot
  14. [1]
  15. [2]
  16. [3]
  17. Robles Serafin M. El Caudillo se casa en Villa de Ayala, Morelos - El campesino 1954 - Mexico et André Castelot-Le Calendrier de l'Histoire, pages 233-234 - Paris, France.
  18. Carlos Mario Gil Velasco, Zapata, su pueblo y sus hijos, Historia mexicana, El Colegio de Mexico, Centro de estudios históricos, volume 2, Mexico DF, 1952
  19. Fernando Orozaco Linares, Porfirio Diaz y su tiempo, Editorial Panorama, page 88 et suivantes, Mexico, juin 1986
  20. Enrique Krauze, Emiliano Zapata: El amor a la tierra, page 31
  21. Henry B. Parkes, Histoire du Mexique, pages 186 à 285, Payot, Paris (ISBN 2-2281-2790-6)
  22. Enrique Krauze, Emiliano Zapata: El amor a la tierra, Fondo de Cultura Económica, Mexico, 1987 (ISBN 9-6816-2288-X)
  23. Chiffres du recensement issus du journal officiel mexicain Diario oficial de la federacion du 27 mars 2002 publié dans sa section 3
  24. Fernando Orozco Linares, Porfirio Díaz y sut tiempo, Panorama Editorial Mexico D.F. Édition de juin 1986
  25. Friedrich Katz, The secret war in Mexico, The university of Chicago, États-Unis, 1986
  26. Krauze 1997, p. 99
  27. Zapata -John Mérionés Shawi - Éditions de Lacortille - Paris 1977 et François Chevalier, Un facteur décisif de la révolution agraire au Mexique : le soulèvement de Zapata, 1911-1919, Annales, 1961, p. 69
  28. Krauze 1997, p. 100
  29. Enrique Krauze, Emiliano Zapata, El amor a la tierra, Biografía del poder - pages 47 et suivantes- Fondo de Cultura económica - Mexico - 1987
  30. Cuando fue consignado E. Zapata ? El Hombre libre 5 avril 1937 et Emiliano Zapata - John Womack - cahiers libres - Maspero - pages 88 et suivantes - Paris (France) (ISBN 2-7071-0653-7[à vérifier : ISBN invalide])
  31. Serafin M. Robles - Emiliano Zapata sienta plaza como soldado en el año 1910 _ El campésino décembre 1951.et John Womack Emiliano Zapata page 89 - déjà ité
  32. Womack 2008, p. 89
  33. Womack 2008, p. 99
  34. Womack 2008, p. 107
  35. McLynn
  36. Américo Nunes, Les révolutions du Mexique, page 145
  37. Krauze 1997, p. 107
  38. Americo Nunes, Les révolutions du Mexique, page 147, Questions d'histoire, Flammarion, Paris (ISBN 2-0821-0487-7)
  39. Womack 2008, p. 167
  40. Womack 1997, p. 218
  41. Womack 1997, p. 236
  42. Américo Nunes, Les révolutions du Mexique, page 149
  43. T.V. Buttrey et Clyde Hubbard, A guide book of mexican coins, pages 176 et 179, Thomas Michael Editor, Iola, Wisconsin (ISBN 0-87341-193-5)
  44. (en) Plan de Ayala - Traduction anglaise intégrale du plan
  45. Jesús Silva Herzog, Breve Historia de la Revolución mexicana, Ed. Sciencias sociales, La Habana, 1969
  46. Luis Pazos, Historia sinóptica de Mexico, page 112, Editorial Diana, Mexico 1994 (ISBN 9-6813-2560-5)
  47. Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l'Amérique latine, pages 162 à 165, Terre Humaine, Librairie Plon, 1981 Paris, France (ISBN 2-7242-1253-3)
  48. Krauze 1987, p. 94
  49. Krauze 1987, p. 101-119
  50. Blancarte Roberto, Historia de la Iglesia Catolica en Mexico, Fondo de cultura economica, El Colegio Mexiquense et Zapata Iconografía José Luis Martínez, Mexico 1995
  51. (es) http://cabezasdeaguila.blogspot.fr/2013/02/1985-las-monedas-conmemorativas-de-175.html 1985: Las monedas conmemorativas de 175 Aniversario de la Independencia Nacional], Cabezas de Aguila, 8 février 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]