Émile Durkheim

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Émile Durkheim

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Biographie
Naissance 15 avril 1858
Épinal (Vosges)
Décès 15 novembre 1917 (à 59 ans)
Paris
Nationalité Drapeau : France Français
Thématique
Formation École normale supérieure
Titres professeur des universités
Approche Fondateur de la sociologie française
Travaux * De la division du travail social (1893)

Émile Durkheim

philosophe français

XIXe et XXe siècle

Naissance 15 avril 1858
Décès 15 novembre 1917 (à 59 ans)
Nationalité Français
École/tradition Structuralisme, Positivisme, Rationalisme, Sociologie
Principaux intérêts Religion, Moralité, Connaissance, Suicide, Ethnographie, totémisme
Idées remarquables fait social, anomie, conscience collective, représentations collectives
Œuvres principales Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), Le Suicide (1897), Les Règles de la méthode sociologique (1895), De la division du travail social (1893), L'éducation morale (1902), Pragmatisme et sociologie (1913-1914), Sociologie et philosophie (1924), Le Socialisme. Sa définition - Ses débuts - La doctrine saint-simonnienne (1928)
Influencé par Emmanuel Kant, René Descartes, Platon, Herbert Spencer, Aristote, Montesquieu, Jean-Jacques Rousseau, William James, John Dewey, Charles Sanders Peirce, Auguste Comte, Pierre-Joseph Proudhon
A influencé Marcel Mauss, Claude Levi-Strauss, Talcott Parsons, Maurice Halbwachs, Pierre Bourdieu, Charles Taylor, Henri Bergson, Emmanuel Levinas, Steven Lukes, Alfred Radcliffe-Brown, E. E. Evans-Pritchard, Paul Fauconnet, Robert Bellah, Edward Tiryakian, W.S.F. Pickering, Lucien Lévy-Brühl, Mary Douglas, Alain Finkielkraut

David Émile Durkheim (15 avril 1858, Épinal - 15 novembre 1917, Paris[1]) est l'un des fondateurs de la sociologie moderne.

En effet, si celle-ci doit son nom à Emmanuel-Joseph Sieyès et a été popularisée par Auguste Comte à partir de 1848, c'est grâce à Durkheim et à l'École qu'il formera autour de la revue L'Année sociologique[2] (1898) que la sociologie française a connu une forte impulsion à la fin du XIXe siècle.

Formé à l'école du positivisme, Durkheim définit le « fait social » comme une entité sui generis, c'est-à-dire en tant que totalité non réductible à la somme de ses parties. Cette définition lui permet de dissocier l'individuel du collectif et le social du psychologique, et de fonder logiquement les conditions de possibilité d'une action contraignante de la société sur les individus. « Extériorité, étendue et contrainte caractérisent le fait social » : cette thèse fit de lui le véritable fondateur de la sociologie en tant que discipline autonome et scientifique. Durkheim est à l'origine de plusieurs termes qui sont aujourd'hui très connus, comme anomie et conscience collective.

L'apport de Durkheim à la sociologie est fondamental puisque sa méthode, ses principes et ses études exemplaires, comme celle sur le suicide ou la religion, constituent toujours les bases de la sociologie moderne. Toutefois, l'apport de son œuvre va bien au-delà de cette discipline et touche presque toutes les disciplines dans les sciences humaines, dont l'anthropologie, la philosophie, l'économie, la linguistique, et l'histoire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de formation[modifier | modifier le code]

Émile Durkheim appartenait à une lignée de huit générations de rabbins[3]. Agnostique, il refuse de devenir rabbin, et entre à l'École normale supérieure. Il obtient l'agrégation de philosophie en 1882.

Cette éducation lui permet de s'inscrire dans une double tradition culturelle judaïque et classique. Il devient professeur et est notamment chargé des cours de pédagogie et de sciences sociales à Bordeaux en 1887. Jeune agrégé, il est envoyé en Allemagne, où il est marqué par le fonctionnement des universités allemandes, et par des philosophes sociaux qui s'intéressent au rôle de l'État moderne.

Il rencontre des hommes comme Henri Bergson ou Jean Jaurès et décide de défendre Dreyfus.

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

C'est à Bordeaux qu'il commence la rédaction de ses ouvrages de sociologie. Durkheim dispute alors l'hégémonie intellectuelle sur la discipline naissante face à Gabriel Tarde (1843-1904), bénéficiant d'une renommée internationale mais ne constituant aucune école, et face à René Worms (1858-1917) qui créa en 1893 la Revue internationale de sociologie puis l'année suivante l'Institut international de sociologie. Pourtant, l'École durkheimienne s'impose grâce à des idéaux intellectuels et institutionnels. À Bordeaux, Durkheim a publié plusieurs œuvres, dont De la division du travail social (1893), Les Règles de la méthode sociologique (1895), et Le Suicide (1897). Il a également fondé en 1898 une revue des sciences sociales intitulée L'Année sociologique.

En 1902, Durkheim est nommé à la faculté des lettres de l'université de Paris[4]. Il est également professeur des Écoles normales qui forment les instituteurs de la République HEI-HEP : c'est lui qui impose la sociologie comme discipline universitaire. C'est à cette époque qu'il publie Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), ainsi que plusieurs autres articles.

Le traumatisme de la Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dès le début de la Première Guerre mondiale, Durkheim rejoint l'Union sacrée et devient secrétaire du Comité d'études et de documentation sur la guerre présidé par Ernest Lavisse[5]. Les fruits de cette collaboration sont des analyses psycho-sociales du culte allemand pour la toute-puissance expansionniste de l'État, telle L’Allemagne au-dessus de tout (1915). Dans une « Lettre aux Français » rédigée par leurs soins, l'historien Gérard Noiriel souligne que « la théorie des représentations collectives que Durkheim avait construite pour expliquer le caractère universel de l'esprit humain est transformée en un pamphlet nationaliste » traitant de la « mentalité allemande », « rendue responsable du cataclysme[5] ».

Son fils André meurt au combat en décembre 1916. Durkheim sombre alors dans une grande tristesse, qui explique en partie son décès précoce en 1917. Son œuvre majeure, La Morale, reste inachevée, avec juste une introduction provisoire.

Opinions politiques[modifier | modifier le code]

Politiquement, Durkheim est resté assez discret. Il connaissait les idées de Karl Marx. Cependant il a rejeté son œuvre, qu'il considérait trop dogmatique et peu scientifique, ainsi que le marxisme, qu'il trouvait trop réactionnaire, violent, et conflictuel[6]. Il fut un dreyfusard de la première heure, membre fondateur de la Ligue pour la défense des Droits de l’Homme. Toutefois il se refusa à influencer ses étudiants sur l’innocence ou la culpabilité du capitaine. Ami de Jean Jaurès, le sociologue défendit parfois des thèses socialistes-réformistes[7].

Père fondateur de la sociologie française[modifier | modifier le code]

Durkheim apparaît pour beaucoup comme le père fondateur de la sociologie française. En effet, s'il ne fut pas le premier sociologue en France, il fut le premier à s'engager pour faire de la sociologie une discipline autonome se distinguant des autres sciences sociales concurrentes comme la psychologie et la philosophie. Il a fondé le premier département de sociologie à l'Université de Bordeaux dans les années 1890[réf. nécessaire].

Tout d'abord, il œuvre à asseoir la sociologie comme indépendante institutionnellement parlant. Ainsi il écrit en ouverture de son cours de science sociale en 1888 que "le seul moyen de démontrer que la sociologie est possible, c'est de faire voir qu'elle existe et qu'elle vit". Il va alors profiter de son statut de professeur pour commencer la diffusion d'un esprit sociologique dans des cours à l'université comme sur la famille, la solidarité sociale, le suicide, la sociologie criminelle, le socialisme, la religion, la pédagogie ou l'histoire de la sociologie. C'est toujours dans cette optique que Durkheim fonde la revue L'année sociologique en 1898. Cette revue permit à Durkheim de fédérer une école autour de lui tout en y diffusant les textes fondamentaux des sciences sociales de l'époque.

Ainsi, Durkheim par ses cours et sa revue pose les bases d'une sociologie française comme science autonome comprenant des cours, un objet, une revue et une démarche spécifique. De plus, il est l'auteur de célèbres ouvrages de sociologie tels que :

Influences Intellectuelles[modifier | modifier le code]

Paris, rue Saint-Jacques, no 260 : maison qu'habita Émile Durkheim entre 1902 et 1917

Deux des plus importantes influences pour Durkheim sont Auguste Comte et Herbert Spencer. Le premier voulait appliquer la méthode scientifique des sciences naturelles aux sciences sociales, et le second développa une approche utilitariste évolutionnaire pour étudier la société humaines. Durkheim fut influencé par le positivisme de Comte, ainsi que par son approche scientifique de l'humanité, par lequel Comte appliqua la méthodologie des sciences dures à l'étude des sociétés humaines. Durkheim, par contre, développerait une méthode complètement nouvelle et spécifique à la société. À Spencer, Durkheim emprunta des éléments de fonctionnalisme et d'analogie organique. Néanmoins, Durkheim est très critique des deux à cause de ce qu'il considérait comme des assomptions métaphysiques, qui se trouvent, selon lui, dans leurs modèles unilinéaires d'évolution sociale[8]. Il faut mentionner aussi Alfred Espinas, l'auteur de Les Sociétés Animales (1877). Durkheim a remarqué que ce livre était le premier à élaborer une science des faits sociaux[9].

Durkheim a été également influencé par ses professeurs à l'École Normale Supérieure, dont Émile Boutroux, avec lequel Durkheim a lu Comte, et Gabriel Monod, et Numa Denis Fustel de Coulanges, qui l'ont introduit à des méthodes empiriques et comparatives pour étudier l'histoire. Charles Renouvier a été très important aussi, car il a formé en large mesure les vues de Durkheim sur Kant[10].

Entre 1885 et 1886 Durkheim passa une année scolaire en Allemagne, ou il rencontra Fred Wagner, Gustav Schmoller, Rudolph von Jehring, Albert Schäffle, et Wilhelm Wundt. Ces penseurs étudiaient la moralité d'une manière scientifique et mettaient l'accent sur l'aspect social de la moralité. Wundt a été peut-être le plus important pour Durkheim car, comme ce dernier le ferait plus tard, Wundt rejetait l'individualisme méthodologique et argumentait que la moralité est un phénomène sui generis[11]. Ensemble, ces penseurs fournirent les bases de la théorie du réalisme social que Durkheim développerait plus tard, en critiquant la vision utilitaire (voir de Spencer) de la morale qui voit l'origine de la moralité dans l'intérêt rationnel de l'individu[12].

D'autres penseurs ont ete importants pour la pensée de Durkheim. Il a écrit sur Rousseau et Montesquieu, qu'il considère des précurseurs de la pensée sociologique[13]. En 1895 Durkheim a lu Lectures on the Religion of the Semites de William Robertson Smith, un livre qui a profondément changé la perspective de Durkheim sur la religion. Plusieurs autres philosophes ont beaucoup influencé Durkheim. Le plus important, peut-être, est Kant, dont les théories morales et épistémologiques trouvent une place privilégiée dans l'œuvre de Durkheim. Platon, William James, et Descartes, parmi d'autres, sont tous présents dans l'œuvre de Durkheim et ont influencé sa pensée dans de différentes manières[14].

Réception de Durkheim[modifier | modifier le code]

La réception de la pensée de Durkheim est assez mitigée. D'un coté, son œuvre sociologique et anthropologique est largement connue est célébrée, même si elle reste également critiqué à plusieurs reprises. Dans la sociologie et l'anthropologie, Durkheim a influencé plusieurs membres de son équipe de recherche, incluant Marcel Mauss, Paul Fauconnet, Célestin Bouglé, et Lucien Lévy-Bruhl. D'autres penseurs, comme Maurice Halbwachs, Talcott Parsons, Alfred Radcliffe-Brown, et Claude Levi-Strauss ont également été profondément marqués par l'œuvre de Durkheim. Plus récemment, des théoriciens sociales, comme Steven Lukes, Robert Bellah, et Pierre Bourdieu, ont reconnu l'appui de Durkheim sur leur pensée[15].

De l'autre coté, ses contributions à la philosophie sont encore largement négligées. Cela est dû en partie au fait que beaucoup de ses meilleurs étudiants sont décédés pendant la Première Guerre mondiale, au fait qu'il a fait un tel effort de diviser la sociologie des autres disciplines, comme la psychologie, mais aussi la philosophie, ou, bien, au fait que l'œuvre de Durkheim a été, et continue à être, largement incomprise, simplifiée, et donc ignorée par les philosophes[16]. Dans un long article intitulé Sociologie et philosophie en France depuis 1945: mort et résurrection de la philosophie sans sujet, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron examinent le legs méconnu de Durkheim non seulement dans les sciences sociales, mais aussi dans la philosophie. Ils notent que plusieurs philosophes ont manqué de voir l'importance philosophique de la sociologie de Durkheim ou ont été ouvertement hostiles à son œuvre, et pas forcément pour des raisons légitimes. En conséquence, les idées de Durkheim qui ont une importance philosophique et qui sont très présentes dans les sciences humaines ne sont pas reconnues en tant que telles. Elles sont, donc, entrées dans le jeu inconsciemment. Comme les auteurs disent, « toutes les sciences sociales vivent dans la maison du Durkheimisme, à leur insu, pour ainsi dire, parce qu'ils y sont entrés à l'envers[17]. »

Malgré cette réception philosophique muette, plusieurs philosophes ont reconnu l'influence de Durkheim sur leur propre pensée, dont Henri Bergson et Emmanuel Levinas. L'œuvre de Durkheim est aussi présent chez Jacques Lacan et Maurice Merleau-Ponty. En addition, les idées de Durkheim sont latentes dans le structuralisme français qui est apparu après la Deuxième Guerre mondiale, par exemple dans l'œuvre d'Alain Badiou, Louis Althusser, et Michel Foucault. Cependant, ces penseurs ne discutent jamais longuement de Durkheim, et ne reconnaissent pas de dette intellectuelle envers lui. Plus récemment, des philosophes comme Charles Taylor et Hans Joas ont été influencés par la pensée de Durkheim[15].

Durkheim versus Searle[modifier | modifier le code]

La méconnaissance de l'œuvre de Durkheim de la part des philosophes existe encore aujourd'hui. Cela peut se voir dans un échange animé entre John Searle, un philosophe analytique renommé, et plusieurs sociologues, dont Neil Gross et Steven Lukes. En fait, Neil Gross estime que le livre, La construction de la réalité sociale (1998) de Searle, n'avance pas la théorie sociale beaucoup plus loin qu'avait déjà fait Durkheim il y a presque un siècle. Cela est parce que Searle prend presque les mêmes positions et introduit presque les mêmes concepts que Durkheim, dont l'idée de représentations collectives, le concept d'institution sociale, le concept de fait social, ou l'idée que la société est une réalité sui generis. Ainsi, Gross déclare que le livre de Searle a des racines durkheimiennes et qu'il constitue un durkheimisme reconstruit et non reconnu[18]. En réponse, Searle a écrit un article dans lequel il critique Durkheim violemment, et réfute tout lien entre lui et Durkheim. Searle déclare que l'œuvre de Durkheim est encore pire que ce qu'il pensait à l'origine[19]. En réponse aux accusations de Searle, Steven Lukes défend Durkheim et contredit chacun des points de critique de Searle. Il attribue la faiblesse de la critique de Searle en partie à une erreur de lecture, mais aussi à une ignorance de l'intégralité des textes de Durkheim; Searle avoue que sa lecture de Durkheim est limitée au premier chapitre des Règles de la méthodes sociologique, au Division du travail social, et à l'article, 'Représentations individuelles et représentations collectives'[20].

L’Étude de la société[modifier | modifier le code]

La Société[modifier | modifier le code]

Selon Durkheim, tous les éléments de la société, y compris la moralité et la religion, sont des produits de l’histoire. Vu qu’ils n’ont pas d’origine transcendante et font partie du monde naturel, ils peuvent être étudiés scientifiquement[21]. En particulier, pour Durkheim, la sociologie serait « la science des institutions, de leur genèse et de leur fonctionnement. » Pour lui, une institution veut dire, « toutes les croyances et tous les modes de conduite institués par la collectivité[22]. » Or, avant de pouvoir étudier des institutions sociales, il faut savoir en quoi elles consistent exactement. Répondre à cette question revient à se demander ce qu’est précisément la société même.

Pour Durkheim, une société n’est pas un groupe d’individus qui habitent dans le même endroit géographique, elle est « avant tout un ensemble d’idées, de croyances, de sentiments de toutes sortes, qui se réalisent par les individus[23]. » Elle indique une réalité qui est produite quand des individus agissent l’un sur l’autre, ce qui résulte dans la fusion des consciences individuelles. Cette réalité est sui generis, c’est-à-dire qu’elle est irréductible à ses parties composantes, et impossible à expliquer, sauf par les moyens qui lui sont propres. La société est plus que la somme de ses parties ; elle dépasse dans tous les sens l’existence de n’importe quel individu, et est d'un ordre complètement différent des parties dont elle est composée. Le terme conscience collective est parfois utilisé par Durkheim pour décrire cette réalité psychique. La société et les phénomènes sociaux ne peuvent être expliqués que dans des termes sociologiques. Les termes biologiques ou psychologiques sont insuffisants, et les faits sociaux ne peuvent pas être réduits aux formes matérielles d’une société et ses nécessités vitales, comme est fait dans le matérialisme historique[24].

Pour mieux déterminer et analyser le contenu de cette réalité psychique, Durkheim invente le concept de fait social. Les faits sociaux sont essentiels, puisqu’ils constituent et expriment la conscience collective d’une société.

Le fait social[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fait social.

« Voilà donc un ordre de faits qui présentent des caractères très spéciaux : ils consistent en des manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s'imposent à lui[22]. »

Voici comment Durkheim définit un fait social. Selon Durkheim, les faits sociaux ont une réalité objective qui peut être étudiée comme un physiciste étudie le monde physique. Il faut ajouter un corollaire important à cette définition et rappeler que les faits sociaux sont aussi internes aux individus, et qu’il y n'a qu'à travers les individus que les faits sociaux peuvent exister[25]. Dans ce sens là, l’externalité indique simplement, interne aux individus autre que l’individu sujet. De cette conception découle la déclaration contradictoire que les faits sociaux sont à la fois internes et externes aux individus, déclaration qui n’a pas toujours été comprise et qui a suscité des critiques à maintes reprises[26].

Comme les faits sociaux sont extérieurs à l'individu et doivent être expliqués « par les modifications du milieu social interne et non pas à partir des états de la conscience individuelle » afin de ne pas confondre les faits sociaux avec d'autres variables telles que la psychologie du sujet, son contexte familial, culturel, etc, ces faits sociaux existent sans que nous ayons nécessairement conscience ni de leur existence ni de leur autonomie. En effet, un fait social peut être indépendant de l'individu, les fait sociaux existent « indépend[amment] de [leurs] manifestations individuelles[27]. » Le fait social s'impose à l'individu, qu'il le veuille ou non, et non le contraire. Il correspond à un système de normes établies pour et par la société et n'est que rarement modifiable autrement que par un bouleversement social ; l'homme acquiert nombre d'entre elles dès le début de son éducation et tend à en intérioriser une grande partie. L'éducation détient le rôle d'institution socialisante par excellence, elle fait de l'enfant un être social. Puisque présent dès l'enfance, le caractère contraignant des faits sociaux se fait moins évident et devient une habitude : c'est le principe même de la socialisation.

Un des critères pour reconnaître les faits sociaux consiste à déterminer la résistance au changement d’une chose : « on reconnaît principalement une [fait social] à ce signe qu'elle ne peut pas être modifiée par un simple décret de la volonté[28]. » Ça ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas changer, mais il faut un effort laborieux pour le faire. Cette qualité des faits sociaux est liée à leur caractère contraignant qui se voit à travers diverses institutions sociales, qu'elles soient formelles ou non: on peut prendre les exemples du code juridique qui condamne le vol, d'un homme d'affaires qui doit bien s'habiller ou risquer une sanction de son supérieur, ou encore des moqueries et des regards amusés que peut recevoir un individu qui ne se conforme pas aux normes quotidiennes...

Un autre moyen pour déterminer un fait social consiste en l’usage de statistiques, qui permettent de neutraliser les variations entre individus et finalement d'étudier une moyenne qui, pourtant, ne sera pas apparente dans la société, ceci à cause des variables précédemment citées. Le fait social représente donc « un certain état de l'âme collective[29] ».

En exposant le concept du fait social, Durkheim présente comment la société, par l'intermédiaire des faits sociaux, influence la manière de penser et d'être d'un individu. Bien qu’au début de sa carrière, Durkheim se concentrait principalement sur la nature contraignante, et donc négative, des faits sociaux, il privilégia peu à peu, dans ses œuvres plus tardives, le coté positif des faits sociaux, c’est-à-dire leur nature libératrice. Comme Steven Lukes a noté, loin d’être des instances de ‘coercition’ ou de ‘contraintes’, les faits sociaux que Durkheim explore, par exemple, dans Les Formes, montrent comment des individus sont amenés à penser ou à sentir d’une certaine manière, à connaître et à valoriser certaines choses, et à agir en conséquence. Dans ses œuvres matures, le mot ‘contraint’ n’est même plus présent[30].

À travers son œuvre, Durkheim montre comment faire une analyse sociologique des faits sociaux. Dans Division, il examine comment la démographie et la technologie des transports et de la communication peuvent changer la conscience collective d’une société. Durant son étude Le Suicide, Durkheim cherche à prouver que ce fait social, qui peut sembler si dépendant de notre volonté, de notre liberté d'action, dépend également de facteurs sociaux. Durkheim cherche, à travers ce célèbre ouvrage, à trouver ces facteurs. Dans Les Formes, il analyse la religion, la pensée logique et la langue comme des faits sociaux d’origine sociale. Il étudie également la moralité comme fait social à plusieurs reprises, notamment dans son article ‘La Détermination du fait moral’ (1906).

La méthode sociologique[modifier | modifier le code]

« La première règle et la plus fondamentale est de considérer les faits sociaux comme des choses […] »

— Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique[31]

Après avoir expliqué ce qu’un fait social est, Durkheim introduit des règles pour leur étude, la première et plus importante étant de traiter les faits sociaux comme des choses. Effectivement, l'étude du fait social en tant qu'objet n'a pas pour intention de le ramener à un sujet purement matériel mais plutôt de lui donner une forme concrète afin d'éviter un glissement vers une sociologie spontanée et subjective. Il faut avant tout définir le fait social objectivement pour donner une légitimité à son étude, le distinguer de l'idée.

Pour instaurer cette nouvelle discipline qu'est la sociologie, Durkheim exprime sa volonté d'installer une méthodologie spécifique garantissant sa scientificité et sa spécificité. « Il n'y a, en effet, qu'un moyen de faire en science, c'est de l'oser, mais avec méthode » (De la Division du travail social). Un point important de l'étude sociologique est l'objectivité du sociologue : Comment étudier un objet qui, dès le départ, conditionne l'observateur ? L'observation doit être la plus impersonnelle possible, se débarrassant de ses préjugés pour éviter toute déformation perceptive, mais ne le sera jamais parfaitement. C'est pourquoi la méthode de Durkheim s'appuie sur la comparaison plutôt que sur l'étude d'un fait social pris indépendamment (méthode de comparaison) : le fait social sera étudié en fonction des autres faits sociaux et non en fonction de la personne qui l'étudie. De plus Durkheim, suivant un programme de réalisme social, étudiera tout fait social par le social, sans s'appuyer sur une étude psychologique des acteurs alors soumis aux contraintes sociétales.

Durkheim appliquera ces règles à des évidences empiriques qu’il tirera de la statistique, l’ethnographie, et l’histoire. Il se servira également de la méthode comparative historique, qu’il voit comme le cœur de l’analyse sociologique. Cela lui permettra d’éliminer des causes exceptionnelles et de trouver des lois générales. D’une manière rationaliste, il appliquera la loi de causalité aux faits sociaux, cherchant les causes et les fonctions des faits sociaux lorsqu’il changent au cours du temps[32].

Le Réalisme social de Durkheim[modifier | modifier le code]

Une importante, et souvent incomprise, partie de la méthode sociologique de Durkheim est son réalisme social, ou l’idée que la société est une entité objectivement réelle qui existe indépendamment et autonome des individus particuliers, un avis démontré parfaitement par sa prescription de traiter les faits sociaux comme des choses. Cette position introduit des éléments ontologiques et épistémologiques très importants à sa théorie de la société[33].

Cependant, ces éléments de la sociologie de Durkheim ont pu être sources de confusion. Plusieurs critiques ont accusé Durkheim d'affirmer que les faits sociaux existent indépendamment et en dehors de tous les individus, ce qui les a amené à croire que Durkheim préconisait l’existence d’une sorte d’‘esprit de groupe’ métaphysique[30]. D’autres critiques ont soulevé que Durkheim était coupable d’un ontologisme ou d’un réalisme dans lequel il considérait les faits sociaux comme des propriétés matérielles de la vie sociale.

Durkheim réfutait fermement ces accusations. En réponse à la première, il faut se souvenir que les faits sociaux sont à la fois externes et internes aux individus, avec l’externalité indiquant simplement, que les faits sociaux sont internes aux individus autre que l’individu sujet. Dire que les fais sociaux existent indépendamment de tous les individus est une position insensée que Durkheim ne préconise sûrement pas[33]. Seulement au niveau méthodologique, afin d’étudier les faits sociaux du dehors, comme ils se présentent à l’individu, est-ce que le sociologiste abstrait les faits sociaux des individus dans lesquelles ils sont présents[34]. En réponse à la deuxième critique, Durkheim maintient que les faits sociaux, en tant que manifestations d’une réalité psychique, ou idéationnelle, n’ont pas de substratum matériel[35]. Ils ne peuvent être observés que par la réalité phénoménale, plus ou moins systématisée, qui les exprime[35].

En déclarant de cette façon la réalité du domaine idéationnel des faits sociaux, on peut dire que le réalisme social de Durkheim essaie de combiner des écoles philosophiques divergentes, telles que le réalisme avec le nominalisme, ou l’empirisme avec l’idéalisme[36].

La Sociologie de la connaissance: Durkheim et le logos[modifier | modifier le code]

Durkheim, avec Friedrich Nietzsche et Karl Marx (et au moins cinquante ans avant des philosophes structuralistes français tels que Michel Foucault, auquel la théorie de Durkheim peut être rapprochée sur de nombreux points), peut être considéré comme un des premiers philosophes à déconstruire le modèle de l'égo cartésien qui conceptualise l'individu rationnel dans un état pur et absolument autonome, déconnecté des influences extérieures qui peuvent obscurcir sa logique et son jugement. Pour lui, le milieu social de l’individu influence définitivement sa perception du monde. Sa déclaration définitive sur la connaissance est Les Formes élémentaires de la vie religieuse, un livre dédié non seulement à la religion, mais aussi à la genèse de la pensée logique. D’autres œuvres, comme son Pragmatisme et sociologie élabore ses théories. Selon Durkheim, non seulement sont nos croyances, idées, et langue déterminées par le milieu social, mais même les concepts et les catégories nécessaires pour la pensée logique, comme le temps, l’espace, la causalité, le nombre, ont des origines sociales. Sans cette structure logique commune que les aident à interpréter le monde, les individus seraient inintelligibles l’un de l’autre et l’humanité n’existerait pas[37]. Et puisque chaque société a un tel système de pensée, « il n'y a pas eu de période historique pendant laquelle les hommes auraient vécu, d'une manière chronique, dans la confusion et la contradiction[38]. »

Afin de comprendre l’analyse de Durkheim sur ce sujet, il faut examiner un concept clé de sa sociologie de la connaissance, les représentations collectives.

Représentations collectives[modifier | modifier le code]

D’après Durkheim, aucune connaissance du monde n’est possible sans le représenter d’une manière ou autre. En outre, Durkheim rejet l’idée du Ding an sich, ou l’être en soi transcendant. Cela veut dire que le monde n’existe que comme il est représenté[39]. Naturellement, les représentations sont au cœur de sa théorie de connaissance. Les représentations collectives sont le corps de représentations qui exprime la façon dont le groupe se pense dans ses rapports avec les objets qui l'affectent[40]. Cependant, bien qu’elles soient des représentations, les représentations collectives ne sont pas des simples reflets de la réalité : « [u]ne représentation n'est pas, en effet, une simple image de la réalité, une ombre inerte projetée en nous par les choses ; mais c'est une force qui soulève autour d'elle tout un tourbillon de phénomènes organiques et psychiques[41]. » Au contraire, les représentations collectives résultent de l’interaction entre le monde externe et la société. Les représentations collectives sont infusées avec l’expérience collective de la société, ce qui donne aux choses leur valeur et leur signification[42]. Les représentations collectives sont donc les dépôts et les transmetteurs de l’expérience collective et ainsi incarne et exprime la réalité de l’existence collective d’une société[43].

Les représentations collectives peuvent prendre plusieurs formes, incluant des slogans, des photographes, ou l’imagerie religieuse. Peut-être la représentation collective la plus importante pour Durkheim est la langue, ce que Durkheim voyait plus tard dans sa vie comme l’élément fondamental pour toute vie sociale.

La Philosophie du langage de Durkheim[modifier | modifier le code]

L’analyse de Durkheim de la langue montre non seulement ce qu’il veut dire par le terme représentation collective, mais aussi montre comment il voit l’opération de la société à un niveau fondamental. Selon Durkheim, les mots, ou les concepts, ne sont pas comme des représentations sensorielles individuelles, qui sont en flux constant et qui ne sont pas capables de donner une pensée stable et consistante. Les concepts sont impersonnels, ils sont comme en dehors du temps et du devenir, et la pensée qu’ils génèrent est fixée et résiste au changement[44]. En conséquence, la langue est aussi la première intuition du règne de la vérité, puisqu’il est à travers la langue que les individus peuvent concevoir un monde d’idées stables qui sont communes à d’autres esprits. La langue conforme, donc, aux deux critères de la vérité que Durkheim présente : l’impersonnalité et la stabilité[45]. Ces deux critères sont aussi précisément ce qui permet la communication intersubjective. La langue est, donc, évidemment un produit sui generis de l’interaction sociale ; la langue ne peut venir en existence qu’à travers la fusion de consciences individuelles, avec un résultat irréductible aux parties composantes[46]. Durkheim continue: « La nature du concept, ainsi défini, dit ses origines. S'il est commun à tous, c'est qu'il est l'œuvre de la communauté. Puisqu'il ne porte l'empreinte d'aucune intelligence particulière, c'est qu'il est élaboré par une intelligence unique où toutes les autres se rencontrent et viennent, en quelque sorte, s'alimenter. » La langue correspond, donc, « à la manière dont la société dans son ensemble se représente les objets de l’expérience[47]. » À cause de cette qualité de la langue, les mots dépassent les limites de l'expérience personnelle, et on se trouve condensée dans le mots une gamme d'expérience collectives[48]. Cette déclaration porte une intrigue herméneutique particulière, puisque la signification de tout mot peut être tracé à cette source infinie d’expérience collective[46].

Puisque la langue a ces qualités, elle est aussi infusée avec l’autorité de la société. Face à la langue, l’individu est contraint à assimiler les concepts et de les approprier comme les siens, bien que cette assimilation n’est jamais parfaite. Durkheim dit : « En face de ce système de notions, l'esprit individuel est dans la même situation que le nous de Platon en face du monde des Idées. Il s'efforce de se les assimiler, car il en a besoin pour pouvoir commercer avec ses semblables[49]. » Pour ainsi dire, la langue fixe l'entrée de jeu de toute expression linguistique.

La langue, en tant que représentations collectives, a en outre la qualité unique qu’elle structure activement la perception de la réalité d’un individu. Comme dit Durkheim, les objets de l’expérience n’existent pas indépendamment de la société qui les représente. Ils n’existent qu’à travers la relation qu’ils ont avec la société, une relation qui peut révéler des aspects de la réalité très différents en fonction de la société. Comme nous explique Durkheim :

« Mais si ce sont, avant tout, des représentations collectives, ils ajoutent, à ce que peut nous apprendre notre expérience personnelle, tout ce que la collectivité a accumulé de sagesse et de science au cours des siècles. Penser par concepts, ce n'est pas simplement voir le réel par le côté le plus général ; c'est projeter sur la sensation une lumière qui l'éclaire, la pénètre et la transforme. Concevoir une chose, c'est en même temps qu'en mieux appréhender les éléments essentiels, la situer dans un ensemble ; car chaque civilisation a son système organisé de concepts qui la caractérise[50]. »

La manière dont un individu voit, littéralement, le monde, et le savoir qu’un individu peut avoir sur l’existence, est donc profondément informé par la langue que l’individu parle[46].

Durkheim et les catégories[modifier | modifier le code]

Selon Durkheim, la société est aussi à l’origine des catégories de la pensée, comme le temps, l’espace, le nombre, la causalité, la personnalité, etc. Durkheim est très critique à l’égard des rationalistes, comme Kant, qui disent que les catégories sont universelles, indépendantes des influences externes—qu’elles sont présentes à l’humanité a priori, ou logiquement antérieur à l’expérience. Pour Durkheim, les catégories ne sont pas vagues et indéterminées comme avait imaginé Kant. Ils ont des formes et des qualités spécifiques (minutes, semaines, nord, sud, puces, kilomètres). Les catégories, en outre, varient, parfois beaucoup, d’une culture à l’autre, ce qui amène Durkheim à croire qu’elles ont d’origines sociales[51]. Or, Durkheim est également critique des empiristes, qui disent que les expériences individuelles sont à l’origine des catégories. D’après Durkheim, les catégories ont les mêmes propriétés que les concepts, c’est-à-dire stabilité est impersonnalité, ce qui est nécessaire pour la rencontre de deux esprits. Les catégories ont donc une fonctionne purement sociale et sont le produit de l’interaction sociale. Les individus ne pourraient jamais créer leurs propres catégories[52]. Durkheim cherche donc à réconcilier cette opposition entre les rationalistes et les empiristes en expliquant la raison sans oublier les données empiriques. Pour ainsi faire, il traite les catégories comme des représentations collectives[53].

Comme dit Durkheim, les catégories sont les produits sui generis des individus qui vivent ensemble et qui agissent l’un sur l’autre. Ils s’imposent aux individus, qui n’auraient pas la possibilité de penser les catégories autrement. Encore plus,

« Non seulement c'est la société qui les a instituées, mais ce sont des aspects différents de l'être social qui leur servent de contenu : la catégorie de genre a commencé par être indistincte du concept de groupe humain; c'est le rythme de la vie sociale qui est à la base de la catégorie de temps ; c'est l'espace occupé par la société qui a fourni la matière de la catégorie d'espace ; c'est la force collective qui a été le prototype du concept de force efficace, élément essentiel de la catégorie de causalité[54]. »

Une autre catégorie, celle de la totalité, a des origines sociales, provenant de l'idée de l'ensemble d'un groupe, ou d'un groupe dans sa totalité[55]. Même si les catégories ont une origine sociale, elles sont appliquées à l’univers entier, permettant aux individus d'expliquer rationnellement le monde autour d’eux[53].

Cependant, cette partie de la théorie de Durkheim a un défaut majeur. Comme Steven Lukes a montré, Durkheim ne distingue pas entre les facultés de la pensée catégorique, comme la catégorie du temps, et le contenu de ces facultés, la division du temps en unités, comme des minutes, ans etc. Pour Durkheim, la capacité et le contenu de la pensée catégorique sont inscrits sur l’esprit de l’individu en même temps. En tant que tel, Durkheim manque de voir les capacités innées pour la pensée catégorique ou logique. Par exemple, il peut exister de différentes classifications dans une société, mais afin de reconnaître ces classifications en premier lieu, un individu doit déjà avoir la capacité de reconnaître des classifications. Même si cette partie de la théorie de Durkheim est problématique, l’idée que les catégories sont modelées sur l’organisation de la société et sur la vie sociale, s’est montrée influente et utiles pour d’autres penseurs[56].

La Classification du savoir[modifier | modifier le code]

La société joue aussi le rôle important dans la construction du savoir humain en ce qu’elle organise les objets de l’expérience dans un système classificatoire cohérent. Ces systèmes donnent l’ordre au monde car, dans ces systèmes classificatoires, il devient possible de « rattacher les choses les unes aux autres », c’est-à-dire de « rétablir entre elles des relations qui nous les fassent apparaître comme fonction les unes des autres, comme vibrant sympathiquement suivant une loi intérieure, fondée dans leur nature[57]. » Encore plus, Durkheim dit que c’était à travers la religion que les premiers systèmes classificatoires étaient mis en place, dans la forme des mythes. La religion est donc le premier endroit où les êtres humains pouvaient expliquer rationnellement le monde autour d’eux. Pour ces raisons, Durkheim dit que « l’évolution logique est étroitement solidaire de l’évolution religieuse et dépend, comme cette dernière, de conditions sociales[58]. »

Durkheim dit, en essence, que la religion est à l’origine de tout savoir humain. Cela peut paraître bizarre pour la science moderne, qui se croit indépendante de toute influence religieuse. Or, c’est, en effet, à travers la religion que la logique et les concepts nécessaires pour la pensée scientifique ont pris forme et ont été élaborés[59].

La Philosophie de la science de Durkheim[modifier | modifier le code]

Avec une telle théorie de la connaissance, Durkheim se montre comme relativiste culturel. Il argumente que chaque culture a un réseau de logique et de concepts autoréférentielle qui créent des vérités qui sont légitimes et, même si pas fondées dans la réalité du monde physique, fondées dans la réalité de leur cadre social respectif[60]. Les vérités de ce genre sont des ‘vérités mythologiques’[61].

En opposition à ce genre de vérité, Durkheim défend le rationalisme scientifique et l’idée qu’il existe une vérité qui n’est pas dépendante aux contextes culturels et qui exprime la réalité ‘en soi’. Cette vision est principalement élaborée dans son Pragmatisme et sociologie, mais aussi dans Les Formes. Ces ‘représentations scientifiques’ qui expriment les vérités scientifiques, sont soumises à une vérification plus rigoureuse, et donc sont plus parfaites et fiables, même si les représentations qui les expriment ne seront jamais qu’approchées[62].

La Théorie de la religion de Durkheim[modifier | modifier le code]

Définition de la religion[modifier | modifier le code]

Durkheim consacre Les formes élémentaires de la vie religieuses à une étude de la religion. En le faisant, il propose d'étudier la religion comme fait social. Suivant sa méthode, il définit la religion ainsi:

« Une religion est un système solidaire de croyances et de Pratiques relatives à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelée Église, tous ceux qui y adhèrent[63]. »

Il est important de noter que Durkheim évite le mot Dieu dans sa définition, préférant le concept d'objet sacré. Les objets sacrés sont au cœur de toute religion mais ils ne font pas nécessairement allusion à une force surnaturelle, comme Dieu ou Allah. Par exemple les quatre nobles vérités sont l'objet sacré pour les bouddhistes. D'autres objets physiques, comme une plume, un drapeau, une croix, ou une pierre, peuvent être infusés de ce pouvoir collective et ainsi sert comme représentations physiques de l'objet sacré d'une société, devenant sacré dans cette manière.

Cette définition relève d'une étude des ethnologies de plusieurs tribus dans le monde (principalement les aborigènes d'Australie et les indiens de l'Amérique du Nord). Il a fait une comparaison croisée de leurs rites et croyances pour trouver ce qu'ils ont de commun. En faisant cela, il a trouvé les notions de sacré, église, rites, et communauté morale que nous voyons dans sa définition de la religion.

Il est également important de noter l'importance du social dans sa définition de la religion. Effectivement, Durkheim lutte contre des interprétations animistes ou naturistes de la religion. Les animistes trouvent l'origine de la religion dans les phénomènes psychologiques, comme les rêves, une thèse défendue par Spencer. Les naturistes trouvent l'origine de la religion dans la tentative d'expliquer les événements naturels (orages, tremblements de terre) par des forces surnaturelles, une thèse défendue par Edward Tylor, et James Frazer, et plus tard par Sigmund Freud. Durkheim argumente que ces interprétations sont appris socialement, et ne sont que le résultat d'une religion déjà établie, pas sa cause[64]. Pour refuter la thèse naturaliste, Durkheim note également que la foi à la religion se maintient, même quand la religion exprime les forces naturelles d'une manière erronée, ou, bien quand elle est contredit par les faits naturels[65]. La cause de la religion doit donc se trouver ailleurs.

Les origines et le fonctionnement de la religion[modifier | modifier le code]

D'après Durkheim, la religion trouve ses origines dans des forces sociales qui sont toujours présentes dans une communauté. Il ne s'agit pas, donc, de chercher l'origine ultime de la religion (une question métaphysique inutile selon lui), mais de chercher comment ces forces sociales peuvent se traduire par la forme concrète qui est la religion[66].

Selon Durkheim, ces forces sociales se concrétisent dans des moments de ce qu'il nomme 'effervescence collective'. Ces moments arrivent quand tous les individus d'un groupe sont rassemblés pour communiquer "dans une même pensée et dans une même action[67]". “Une fois les individus assemblés il se dégage de leur rapprochement une sorte d’électricité qui les transporte vite à un degré extraordinaire d’exaltation[68]." Durkheim appelle cette énergie 'mana'. On peut voir aujourd'hui cette force mana dans les stades de football ou lors des réunions nationales politiques. Ensuite, pour que la société puisse prendre conscience de cette force mana, il faut qu'elle soit projetée sur un objet extérieur, matériel. Comme il dit, "La force religieuse n’est que le sentiment que la collectivité inspire à ses membres, mais projeté hors des consciences qui l’éprouvent, et objectivé. Pour s’objectiver, il se fixe sur un objet qui devient ainsi sacré.”[69] Ainsi, la société devient consciente de soi, de sa propre unité, et une religion est née.

Il est important de comprendre que le symbole religieux ne fait qu'hypostasier la force de la société, et le pouvoir de la société coule à travers l'objet sacré. Cette force est réelle, souligne Durkheim, et donc, même si le dogme ou la doctrine de la religion sont faux, l'expérience religieuse est fondée sur une force physique, une sorte d'électricité que nous ne pouvons pas écarter comme une simple illusion.

L'énergie collective dégagée pendant ces moments d'effervescence doit être ranimée pour que la religion maintienne sa force parmi ses adhérents. C'est pour cette raison qu'il y a tellement de rites religieux ou d'autres cérémonies collectives, comme les rites mimétiques (induire les événements naturels tels que la pluie), les rites piaculaire (funéraire), célébratoire, sacrificiel etc. Si la société n'arrive pas à accomplir ces rites, elle risque de mourir. Comme dit Durkheim, “Que l’idée de la société s’éteigne dans les esprits individuels, que les croyances, les traditions, les aspirations de la collectivité cessent d’être senties et partagées par les particuliers, et la société mourra.”[70] Ces rites sont, donc, d'ordre primaire pour la société.

Tous les groupes humains ont une religion, ce qui mène Durkheim à dire que la religion, est une caractéristique de la condition humaine. Autrement dit, aussi longtemps que l'homme se trouve rassemblé en groupe, il va se former une religion d'une certaine forme.

La mort des dieux[modifier | modifier le code]

« Les anciens dieux vieillissent ou meurent, et d’autres ne sont pas nés[71]. »

— Durkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse

Dans presque toute l'œuvre de Durkheim, une des thématiques les plus importantes est celle du malaise dont la société occidentale a souffert aux XIXe et XXe siècles. Il note, déjà dans De la division du travail social les transformations majeures et rapides qui ont marqué la société européenne depuis plus d'un siècle. Cela inclut non seulement la montée de la science moderne, mais aussi l'industrialisation, l'urbanisation de la population et des transformations dans la communication et le transport (chemins de fer, téléphone, machine à vapeur etc.) qui arrivent à rendre la population beaucoup plus mobile. Cela donne à la modernité des conditions de vie radicalement différentes à celles qui précédaient. Ces transformations mènent, suivant Durkheim, à « un affaiblissement de toutes les traditions »[72]. Il indique que la religion chrétienne ne tient plus la société occidentale en forme et que la vie moderne dépasse de loin la doctrine du christianisme. Il dit ainsi :

« Les grandes choses du passé, celles qui enthousiasmaient nos pères, n'excitent plus chez nous la même ardeur, soit parce qu'elles sont entrées dans l'usage commun au point de nous devenir inconscientes, soit parce qu'elles ne répondent plus à nos aspirations actuelles ; et cependant, il ne s'est encore rien fait qui les remplace. Nous ne pouvons plus nous passionner pour les principes au nom desquels le christianisme recommandait aux maîtres de traiter humainement leurs esclaves, et, d'autre part, l'idée qu'il se fait de l'égalité et de la fraternité humaine nous paraît aujourd'hui laisser trop de place à d'injustes inégalités[73]. »

Les normes, la moralité, et la métaphysique chrétiennes n'ont plus du sens et ne nous inspirent plus. Il s'agit, alors, d'une crise de moralité importante, dont d'autres auteurs (comme Nietzsche, par exemple) parlent. Cette situation laisse la société sans centre fixe, sans autorité, et dans un état de déségrégation. Elle est vulnérable à un taux de suicide plus élevé, un individualisme sans freins, et à un sentiment plus aigu d'anomie, ou de nihilisme, dans lequel « les règles traditionnelles ont perdu leur autorité »[74],[75].

Le culte de l'individu[modifier | modifier le code]

Cours de 1896, première publication chez Alcan en 1928 par Marcel Mauss

Malgré ce pronostic pessimiste, Durkheim voit dans la mort des anciens dieux l'avènement de nouvelles formes de religion qui vont pouvoir diriger la société occidentale. Durant le XVIIIe et XIXe siècles, la société occidentale connaissait une forte division du travail, la croissance des villes, l'industrialisation, ce qui a eu l'effet d'individualiser de plus en plus la population. Cette individualisation a eu lieu au point ou la seule chose que tous les individus avaient en commun, était, justement, leur individualité. Pour cette raison, un culte centré autour de l'individu semble tout à fait naturel ; c'est la seule chose encore capable de réunir et unifier toutes les conscience individuelles. Cette religion, que Durkheim nomme 'le culte de l'individu', a comme objet sacré (son dieu) l'individu.

Important pour le concept d'individu de Durkheim, c'est que "c'est celui de Kant et de Rousseau, celui des spiritualistes, celui que la Déclaration des droits de l'homme a tenté, plus ou moins heureusement, de traduire en formules[76]". Cette religion a aussi sa propre moralité. Comme Durkheim nous explique, “Ce culte de l'homme a pour premier dogme l'autonomie de la raison et pour premier rite le libre examen.”[77] Cette religion cherche aussi à alléger la souffrance des individus partout dans le monde, cela étant une partie fondamentale de sa moralité. Aussi, dans le culte de l'individu, la métaphysique chrétienne est remplacée par la science moderne (notre cosmologie) qui fournit désormais une représentation de l'univers. On trouve donc déjà, dans le culte de l'individu, plusieurs caractéristiques d'une religion: objet sacré, communauté morale, cosmologie. Pour l'église et les rites, Durkheim porte son regard vers la Révolution française, le premier cas d'effervescence collective pour cette religion, et les mouvements socialistes qui sont les héritiers de ce mouvement initial.

Cette nouvelle religion est encore présente dans notre société, surtout avec la Déclaration universelle des droits de l'homme, ainsi que les discours de plusieurs groupes anarchistes/communistes et les discours du parti socialiste. Elle se voit d'ailleurs dans la propagation des démocraties modernes partout dans le monde. La dominance de la science moderne d'aujourd'hui aussi fait écho aux analyses et prédictions de Durkheim.

La Moralité[modifier | modifier le code]

La « Structure » de la moralité[modifier | modifier le code]

Durkheim définit la moralité comme « un système de règles de conduite[78] ». Son analyse de la morale est très marquée par Emmanuel Kant et sa notion du devoir, dont Durkheim est très critique, mais seulement pour le réhabiliter et l'utiliser dans sa propre théorie morale.

D'abord, Durkheim note, comme Kant, un élément obligatoire dans la morale. À l'intérieur de la morale il y a « une autorité morale qui, en se communiquant à certains préceptes de conduite qui lui tiennent particulièrement à cœur, leur confère un caractère obligatoire[79]. » La morale nous dicte d'en haut comment nous devons nous comporter. Il existe une certaine norme morale pré-établie à laquelle nous devons nous conformer. Ici, Durkheim critique la notion du devoir kantien, tout en le reprenant et l'insérant dans un contexte social, et pas analytique, comme le fait Kant. Ensuite, il y a un élément désiré dans la morale, une idée qui a échappé à Kant, nous dit Durkheim. Le fait que la moralité est désirée est aussi important que sa nature obligatoire. Comme cela, l'individu se soumet volontiers au code moral et croit qu'il sert le bien en le faisant.

Cependant, pour pouvoir accomplir ce double mouvement, la moralité doit être bien fondée aux yeux de ceux à qui elle parle. Comme dit Durkheim, « pour que le caractère obligatoire des règles soit fondé, il suffit que la notion d’autorité morale soit fondée elle aussi, car à une autorité morale, légitime aux yeux de la raison, nous devons obéissance simplement parce qu’elle est autorité morale[80]. » D'après Durkheim, cette autorité morale se trouve au sein de la religion d'une société. Seulement elle a les ressources, le respect et le pouvoir, afin d'être à la fois obligatoire et objet de désir, de bien commun. L'objet sacré d'une société, donc, peut être considéré comme représentant visible de l'idéal moral d'une société.

Le Changement moral[modifier | modifier le code]

Est-ce que la théorie morale de Durkheim indique que la moralité est réfractaire à tout changement? Certainement pas. Il nous explique dans l'introduction de son œuvre inachevée La Morale, « L'idéal moral n'est pas immuable ; il vit, évolue, se transforme sans cesse, en dépit du respect dont il est entouré. Celui de demain ne sera pas celui d'aujourd'hui. Des idées, des aspirations nouvelles jaillissent qui entraînent des modifications, et même des révolutions profondes dans la morale existante[81]. » Qu'est-ce qui peut être à l'origine de ces changement? Selon Durkheim, une modification rapide au sein d'une société peut provoquer un ébranlement profond de l’organisme social tout entier, et donc de sa conscience collective. Cela peut se traduite également dans une déséquilibration de la morale d'une société. On peut voir, donc, qu'en fait un ensemble de « courants moraux » traversant continuellement les sociétés, ce qui permet l’émergence de nouvelles organisations sociales et également de différentes formes de moralité[82].

Encore plus, la déviance sociale peut être à l'origine d'un changement de la morale : « L’existence d'une criminalité avait une utilité généralement indirecte et quelquefois directe; indirecte, parce que le crime ne pourrait cesser d'être que si la conscience collective s'imposait aux consciences individuelles avec une autorité tellement inéluctable que toute transformation morale serait rendue impossible ; directe, en ce que parfois, mais parfois seulement, le criminel a été un précurseur de la morale à venir[83]. » La théorie de morale de Durkheim laisse, donc, largement place pour le libre arbitre et l'autonomie individuelle.

Morale civique et démocratie[modifier | modifier le code]

La démocratie directe fut critiquée par Émile Durkheim puisqu'elle nie essentiellement le rôle distinct de l'état par rapport à la société[84]. Toute société se doit pour lui d'être dirigée par une minorité consciente et réflective de la pensée irréfléchie de la masse. En ce sens, la démocratie est relative au niveau de conscience qu'a l'état de la société (par la communication qu'il entretient avec elle) et à l'étendue de la diffusion de cette conscience dans le corps social(les domaines de la société non reconnus ou ignorés par l'état étant par définition "inconscients"). Ainsi, la pensée gouvernementale ne devrait pas se confondre avec la volonté des gouvernés : L'état n'est pas un résumé de la pensée populaire, mais bien un organe distinct qui surajoute à cette pensée instinctive une pensée plus médité. Au même titre que le système nerveux central pour l'organisme vivant, il relève de la plus haute concentration réflective du corps social et a le devoir de le diriger de manière la plus rationnelle possible (comprendre en ce sens la plus bénéfique pour l'ensemble).

Si l'état est trop près de la multitude, il sera alors absorbé par elle et il sera impossible qu'elle ne fasse pas la loi. Au contraire, si l'état se détache trop de la population, la communication sera coupée et l'appareil gouvernemental agira essentiellement en tant qu’oppresseur. Durkheim prône donc la mise en place de "groupes secondaires" (territoriaux ou corporatifs) qui agiraient en tant qu'intermédiaires entre la populations et l'état de manière à empêcher la multitude d'imposer sa volonté à l'état tout en la protégeant contre l'attitude oppressive de ce dernier. Il s'agirait finalement d’établir le plus de communication possible entre l'état et la société afin de s'assurer que chacun des groupes qui la compose soient reconnus et représentés. La démocratie pourrait alors s'exercer de manière directe entre la population et ces groupes, ainsi qu'entre ces groupes et l'état, mais la relation entre la multitude des individus qui composent la société et l'état serait essentiellement indirecte.

Le lien social[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Lien social.

La lecture de Durkheim est intéressante pour un autre point : son étude sur ce qu'il appellera le lien social. Il y a deux interprétations, une qui se voit dans les textes du jeune Durkheim qui se présente comme 'solidarité mécanique' ou 'organique' et une deuxième qui se voit dans les textes plus avancés et qui est ancrée dans la religion. Cela est dû au fait que Durkheim reconnaissait de plus en plus l'importance de la religion pour une société, au point ou il publie, en 1912, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, un livre dédié à la religion et à ses effets sur la société. Un lien social n'exclut pas forcément l'autre.

Durkheim développe aussi l'idée, dans Le Suicide, La Division du Travail social, ou même dans Les Formes élémentaires de la vie religieuse que le lien social peut être sujet à des dysfonctionnements. Ainsi une division du travail trop poussée et/ou trop spécialisée peut entraîner l'isolement. Une crise du lien social peut alors apparaître si l'isolement l'emporte sur la solidarité et le partage de quelque chose en commun.

Solidarité mécanique et Solidarité organique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : De la division du travail social.

Témoin de la naissance de la société industrielle, Durkheim se pose la question de savoir comment s'unissent les hommes dans une société qui s'individualise de plus en plus. Dans son livre, La Division du travail social, Durkheim définit ainsi l'évolution de la solidarité : les sociétés traditionnelles passées se fondaient sur une solidarité mécanique impliquant des comportements collectifs et des activités de production faiblement différenciés. Cette solidarité reposait sur la proximité, la ressemblance et le partage d'une histoire et de valeurs communes aux communautés humaines.

Mais cette solidarité doit laisser place à une solidarité devenue organique pour s'imposer dans nos sociétés modernes. Cette solidarité se définit par l'interdépendance et la complémentarité (c'est-à-dire la société fabrique un système de parties spécialisées dont toutes sont nécessaires pour le fonctionnement de la société-par exemple sans le fermier il n'y a pas de boulanger ni de supermarché, sans le supermarché ou le boulanger la nourriture du fermier n'arrive pas à la population qui en a besoin etc.) qu'impose la société moderne aux êtres humains. Celle-ci s'étant mise en place avec la division du travail social produit par la forte densité démographique du pays et l'avance de la technologie. La division du travail se produit parce qu'avec la division du travail social, les individus ne se ressemblent plus, ne vivant plus dans le même lieu et ayant tous des travaux différents. La division du travail social semble alors créer pour Durkheim un lien d'interdépendance, une fonction sociale, entre les êtres humains. Paradoxalement, la société est sauvée par ce qui la met en danger, la diversité de la population.

Le Suicide[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Suicide.

Le Suicide, publié en 1897, est une étude sociologique empirique où Émile Durkheim met en œuvre les principes méthodologiques qu'il a préalablement définis dans Les Règles de la méthode sociologique. Dans cet ouvrage, il défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière — il exerce sur les individus un pouvoir coercitif et extérieur — et, à ce titre, peut être analysé par la sociologie. Ce phénomène, dont on pourrait penser de prime abord qu'il est déterminé par des raisons relevant de l'intime, du psychologique[85], est également éclairé par des causes sociales, des déterminants sociaux. La statistique montre en effet que le suicide est un phénomène social normal : c'est un phénomène majoritaire et régulier que l'on retrouve dans la plupart des sociétés et, au sein de chaque société, les taux de suicide évoluent relativement peu. « Ce qu'expriment ces données statistiques, c'est la tendance au suicide dont chaque société est collectivement affligée[86]. » Durkheim va d'abord s'attacher à dégager les causes du suicide et ensuite proposer une typologie des suicides, selon leurs causes.

Critiques[modifier | modifier le code]

Durkheim le déterministe ? Durkheim l'holiste ?[modifier | modifier le code]

Durkheim fut à maintes reprises accusé de déterminisme et d'holisme (Raymond Aron en particulier attaquerait l'holisme supposé de Durkheim) à cause de ses positions et sa méthodologie. D'autres critiques vont aussi loin en affirmant que Durkheim est anti-individuel, et qu'il ne laisse aucune place à l'individu dans ses théories. Dans ce sens, Durkheim est souvent comparé à Max Weber, qui privilégie l'individu dans ses analyses[87]. En effet, quelle liberté reste-t-il à l'homme dans l'œuvre de Durkheim ? Quelle est la place de l'individu dans l'œuvre de Durkheim ?

Bien que Durkheim tentait d'expliquer les phénomènes sociaux à partir des collectivités, il laisse bien la place aux individus et au libre arbitre dans ses théories et ses analyses, et les accusations de déterminisme ou de holisme manquent de prendre en compte et interprètent de façon erronée plusieurs éléments de son œuvre.

Pour commencer, il faut rappeler que les faits sociaux sont à la fois externes et internes aux individus. Durkheim est très clair en disant que les éléments de la société, comme les croyances religieuses, la moralité, ou la langue, sont incorporés et appropriés par les individus de leur propre façon. Alors qu'il est vrai que, par exemple, les représentations collectives sont l'œuvre de la collectivité et expriment la pensée collective à travers l'individu, quand l'individu les assimile, elles sont réfractées et colorées par les expériences de l'individu, les différenciant dans le processus[88]. Durkheim prend l'exemple de la moralité, et dit: « Bien qu'il y ait une morale du groupe...chaque homme a sa morale à soi: même là où le conformisme est le plus complet, chaque individu se fait en partie sa morale. Il y a en chacun de nous une vie morale intérieure, et il n'est pas de conscience individuelle qui traduise exactement la conscience morale commune, qui ne lui soit partiellement inadéquate[89] » Ainsi dit, chaque individu exprime la société de sa propre manière.

Cela vaut également pour tout fait social qui soit, ce qui permet de détourner les critiques qui disent que la théorie de la religion de Durkheim ne permet pas de foi personnelle. Or, Durkheim explique que la foi religieuse est incorporée et interprétée par chaque individu. Dans ce sens il existe la foi commune, une doctrine ou idéale, partagée par tous les membres d'une société, et la foi individuelle, qui est un mélange de la personnalité et les expériences de l'individu d'une part, et de la foi collective, voire idéale, de l'autre[90].

Il faut se souvenir d'ailleurs que les fait sociaux émergent de la fusion des consciences individuelles. Dans tout cela, il existe une réciprocité délicate entre l'individu et la société qui est négligée par les critiques de Durkheim. Dans l'œuvre de Durkheim, non seulement les individus conservent leur individualité, mais ils ont la possibilité d'enrichir le champ des forces sociales à travers la contribution de leurs propres sentiments et pensées[88].

Dans un autre sens, les critiques de Durkheim à cet égard manquent de voir son analyse de la société moderne. Comme Durkheim l'expose dans De la division du travail social, quand la densité morale d'une société augmente, la division du travail augmente, ce qui crée des différences entre les individus et mène à la solidarité organique. La société, donc, individualise et se différencie par nécessité. En conséquence, les individus sont fournis de plus en plus de liberté pour développer leur personnalité. Au moins dans la société occidentale, l'individu est devenu l'objet d'un culte. L'individu est un objet sacré et la protection de ses libertés personnelles et de sa dignité humaine sont devenues des idéaux moraux de premier rang. Donné que cet individualisme est un produit de la vie collective, la société moderne encourage l'autonomie, la diversité, et la liberté individuelle comme des normes sociales[88].

On peut également indiquer le rôle accordé au libre arbitre par Durkheim dans la vie morale d'une société. Pour lui l'individu n'est pas soumis inconditionnellement aux règles morales. Ils ont toujours l'option de se révolter contre la moralité dominante en vue de la réformer. Pour illustrer ce phénomène, Durkheim fournit l'exemple de Socrate, qui a refusé la morale de son temps et en a installé une nouvelle[91].

Pour toutes ces raisons, accuser Durkheim de déterminisme ou d'holisme n'est pas aussi facile qu'il puisse paraître à première vue. Pour Durkheim il n'existe aucun antagonisme entre la société et l'individu et Durkheim n'efface jamais l'individu de ses analyses. L'individu est au cœur de son œuvre[92].

Le changement social ?[modifier | modifier le code]

Emile Durkheim, Division du travail social maitrier.jpg

Durkheim est souvent rejeté en tant que penseur incapable de penser le changement. On l'associe souvent avec un structuralisme rigide et figé. Ces critiques, comme l'a montré Robert Leroux[93], sont loin d'être valables. Non seulement est-ce que Durkheim capable de penser le changement social, le changement social est au cœur de son projet sociologique, voir philosophique. Son œuvre contient une théorie du changement social ainsi que plusieurs analyses dynamiques importantes de la société occidentale.

D'abord, selon Durkheim il y a deux facteurs principaux qui causent le changement social : la croissance de la population et la technologie, surtout les technologies de la communication et du transport. Ces deux éléments changent comment les individus d'une société interagissent, car ils augmentent les relations intra-sociales. Le changement social « progresse donc d'autant plus qu'il y a plus d'invidivus qui sont suffisamment en contact pour pouvoir agir et réagir les uns sur les autres[94]. » Durkheim appelle le taux auquel ces relations sont cultivées « la densité morale ou dynamique de la société[95]. » Avec une augmentation de la densité morale d'une société vient plus de competition pour des ressources, ce qui fait que les individus se spécialisent leur travail pour mitiger cette competition. Il en résulte ce que Durkheim appelle « la division du travail. » Quand les sociétés développent ils vont de la solidarité mécanique à la solidarité organique, une transformation qui est analysée en haut.

Durkheim consacre la majorité de son œuvre, De la division du travail social, à une analyse des effets de la division du travail sur la société occidentale, incluant la transformation de l'Europe d'une société feudale à échelle régionale, à une société moderne, industrialisée, et internationale. Ces changements au niveau économiques et matérielles ont un effet aussi sur la conscience collective de la société. La population devient de plus en plus individualisée, on voit la montée de la science moderne, le christianisme devient de moins en moins pertinent et est remplacé par le culte de l'individu. En effet, il y a toute une gamme de transformations dans l'occident analysées par Durkheim, concernant la moralité, la religion, l'économie, la technologie, le concept de soi, le savoir etc., et cela non seulement dans son premier grand livre, mais aussi dans Le Suicide, Les Formes élémentaires de la vie religieuses, et dans plusieurs articles le long de sa carrière[96].

Le crime[modifier | modifier le code]

Une des affirmations de Durkheim a suscité l'incompréhension chez ses contemporains : dans Les règles de la méthode sociologique, il déclare que le crime a une fonction dans la société et qu'il est par conséquent normal. Un fait social est normal pour un type social déterminé, considéré à une phase déterminée de son développement, quand il se produit dans la moyenne des sociétés de cette espèce, considérées à la phase correspondante de leur évolution. Bien qu'il soit non-conforme aux normes sociales, il est présent dans toutes les sociétés, ce qui fait de lui un phénomène normal. De plus, « le tort qu'il fait à la société est annulé par la peine, si elle fonctionne régulièrement ». Il est donc possible de juger le bon fonctionnement d'une société selon la répression exercée sur les crimes. Disciple et collaborateur de Durkheim, Paul Fauconnet a développé une stimulante analyse sociologique de la responsabilité pénale, qui prolonge les analyses durkheimiennes de la fonction sociale du crime ; il en souligne notamment la dimension sacrificielle.

Critique féministe[modifier | modifier le code]

Durkheim, comme beaucoup d'autres auteurs de son époque, Schopenhauer, Nietzsche, Freud, Darwin parmi plusieurs autres, avait tendance à voir et à essayer d'expliquer ce qu'il apercevait comme l'infériorité des femmes.

Bien que Durkheim ait cherché à fournir des explications sociologiques aux phénomènes qu'il étudiait, il les a tout de même conditionné à un principe biologique et naturel, qui renvoie aux représentations de son époque. Dans le cas de son étude sur le suicide par exemple, Durkheim a écrit que si les femmes se suicidaient moins que les hommes, après un deuil ou un divorce, cela était dû à une différence naturelle qui impliquait selon lui un comportement plus instinctif :

« Mais cette conséquence du divorce est spéciale à l'homme ; elle n'atteint pas l'épouse. En effet, les besoins sexuels de la femme ont un caractère moins mental, parce que d'une manière générale sa vie mentale est moins développée. Ils sont plus immédiatement en rapport avec les exigences de l'organisme, les suivent plus qu'ils ne les devancent et y trouvent par conséquent un frein efficace. Parce que la femme est un être plus instinctif que l'homme, pour trouver le calme et la paix, elle n'a qu'à suivre ses instincts. Une réglementation sociale aussi étroite que celle du mariage et, surtout, du mariage monogame ne lui est donc pas nécessaire[97]. »

Sociologie comme science sociale[modifier | modifier le code]

Durkheim a été vivement critiqué pour avoir tenté d'établir la sociologie comme une science. Certains ont considéré sa définition du fait social comme une vision minimaliste du monde réel. D'autres, comme Robert K. Merton, voient dans les hypothèses de Durkheim « une orientation [qui] ne fournit qu'un cadre très large à l'enquête empirique »[réf. nécessaire].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Éditions posthumes[modifier | modifier le code]

  • 1883 - 1884 - Cours de philosophie dispensé au Lycée de Sens 1883-1884
  • 1902 - 1903 - L'Éducation morale, cours dispensé à la faculté des lettres de l'université de Paris
  • 1918 - Le Contrat social de Rousseau
  • 1922 - Éducation et sociologie
  • 1924 - Sociologie et philosophie, préf. de C. Bouglé, Paris, Alcan
  • 1928 - Le Socialisme, sa définition, ses débuts. La doctrine saint-simonnienne, Paris, Alcan.
  • 1938 - L'Évolution pédagogique en France
  • 1955 - Pragmatisme et sociologie
  • 1977 "Éducation et sociologie"

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Claude Filloux, « Émile Durkheim », Perspectives : revue trimestrielle d’éducation comparée, vol. XXIII, no 1-2,‎ 1993, p. 305-322 (lire en ligne)
  2. Parmi les participants à cette revue aux origines, on peut nommer Célestin Bouglé, Marcel Mauss, Henri Hubert, Robert Hertz, Maurice Halbwachs et François Simiand
  3. Son père, Moïse Durkheim (1806-1896) fut le premier rabbin d'Épinal. Sa fille épousa Jacques Halphen (1880-1964), ingénieur des Arts et Manufactures et président de la Compagnie industrielle des pétroles, ainsi que le beau-frère de Henri Berr.
  4. Où il remplace le philosophe Ferdinand Buisson
  5. a et b Gérard Noiriel, Dire la vérité au pouvoir. Les intellectuels en question, Agone, coll. « Éléments », 2010, p. 226-227.
  6. Voir l'introduction de Marcel Mauss, et la première leçon du premier livre de, "Le Socialisme: sa définition, ses débuts, la doctrine st. simonienne." texte téléchargé (http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/le_socialisme/le_socialisme.html)
  7. Certains éléments de sa réflexion le rapprochaient du radicalisme, voire solidarisme de Léon Bourgeois.
  8. Carls, Paul. 'Émile Durkheim: Section 1) b. Intellectual Development and Influences'. in Internet Encyclopedia of Philosophy: http://www.iep.utm.edu/durkheim/
  9. Thompson, Kenneth. 'Emile Durkheim'. Routledge: London and New York, 2002. p. 23.
  10. Thompson, Kenneth. "Life and Intellectual Background", in Emile Durkheim. Routledge: London and New York, 2002.
  11. Thompson, Kenneth. "Life and Intellectual Background".
  12. Carls, Paul. 'Émile Durkheim', Section 1) b.
  13. voir Durkheim, Émile: "Montesquieu et Rousseau, précurseurs de la sociologie".
  14. Carls, Émile Durkheim.
  15. a et b Carls, 'Emile Durkheim', Section 1) c.
  16. Carls, 'Emile Durkheim', Section 1) c. http://www.iep.utm.edu/durkheim/
  17. Bourdieu, Pierre et Jean-Claude Passeron. “Sociology and Philosophy in France since 1945: Death and Resurrection of a Philosophy without Subject,” in Social Research, vol. 34, no. 1, 1967, p. 167-168. citation originelle: "For, speaking more generally, all the social sciences now live in the house of Durkheimism, unbeknownst to them, as it were, because they walked into it backwards." Voir le reste de l'article pour une analyse plus approfondie: http://www.scribd.com/doc/62808430/Bourdieu-Pierre-1967-Sociology-and-Philosophy-in-France-Since-1945-Death-and-Resurrection-of-a-Philosophy-Whitout-Subject-En-Social-Research-Vo
  18. Gross, Neil. "Comment on Searle", in Anthropological Theory, vol. 6 (1): 45-56. http://www.scribd.com/doc/22379828/Gross-Comment-on-Searle
  19. Searle, John. "Durkheim versus Searle and the waves of thought", in Anthropological Theory, vol. 6 (1): 57-69. http://www.scribd.com/doc/22379838/Searle-Reply-to-Gross
  20. Lukes, Steven. "Durkheim versus Searle", in Intentional Acts and Institutional Facts: Essays on John Searle's Social Ontology Theory, ed. Savas Tsohatzidis, Springer: Dordrecht, The Netherlands, 2007. http://www.scribd.com/doc/17634357/Intentional-Acts-and-Institutional-Facts-Essays-on-John-Searles-Social-Ontology-Theory-and-Decision-Library-a
  21. Durkheim, Émile, Les Règles de la méthode sociologique, p. 31 document téléchargé: http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/durkheim.html.
  22. a et b Durkheim, Règles, p. 18.
  23. Durkheim, Émile, Sociologie et philosophie. Paris, PUF, 1974, p. 79.
  24. Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 2. Voir aussi, Durkheim, Émile, Les Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 400-401. document téléchargé http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/durkheim.html. Durkheim dit « Il faut donc se garder de voir dans cette théorie de la religion un simple rajeunissement du matérialisme historique : ce serait se méprendre singulièrement sur notre pensée. En montrant dans la religion une chose essentiellement sociale, nous n'entendons nullement dire qu'elle se borne à traduire, en un autre langage, les formes matérielles de la société et ses nécessités vitales immédiates. Sans doute, nous considérons comme une évidence que la vie sociale dépend de son substrat et en porte la marque, de même que la vie mentale de l'individu dépend de l'encéphale et même de l'organisme tout entier. Mais la conscience collective est autre chose qu'un simple épiphénomène de sa base morphologique, tout comme la conscience individuelle est autre chose qu'une simple efflorescence du système nerveux. »
  25. Robert Alun Jones. Emile Durkheim: An Introduction to Four Major Works. Beverly Hills, CA: Sage Publications, Inc., 1986. p. 60-81. Document accédé par: http://durkheim.uchicago.edu/Summaries/rules.html, voir la section « critical remarks »
  26. Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 2.
  27. Durkheim, Règles, p. 22.
  28. Durkheim, Règles, p. 29.
  29. Les Règles de la Méthode sociologique, Nouvelle Édition, Éditions Flammarion, Paris, 2010, p. 108.
  30. a et b Robert Alun Jones. Emile Durkheim: An Introduction to Four Major Works: http://durkheim.uchicago.edu/Summaries/rules.html, section « critical remarks »
  31. Les Règles de la Méthode sociologique, 1re éd. : 1895, chapitre II, P.U.F., 1963, p. 15.
  32. Carls, 'Emile Durkheim', Section 2).
  33. a et b Carls, 'Emile Durkheim', Section 2) a.
  34. Durkheim, Émile, Les Règles de la méthode sociologique, p. 28 document téléchargé: http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/durkheim.html. Durkheim dit « Il nous faut donc considérer les phénomènes sociaux en eux-mêmes, détachés des sujets conscients qui se les représentent ; il faut les étudier du dehors comme des choses extérieures ; car c'est en cette qualité qu'ils se présentent à nous. »
  35. a et b Durkheim, "Préface," Règles, p. 8.
  36. Lehmann, Jennifer. Deconstructing Durkheim: A Post-Post Structuralist Critique. New York: Routledge, 1993. p. 231
  37. Carls, ‘Émile Durkheim’, Section 3.
  38. Durkheim, Émile, Les formes élémentaires de la vie religieuse, Presses Universitaires de France, 5e édition, 2003, p.627
  39. Pickering, W.S.F. Durkheim and Representations, Taylor and Francis: London and New York, 2007, p. 52-55.
  40. Durkheim, Règles, p.11.
  41. Durkheim, Émile, De la division du travail social. 11e édition. PUF: Paris, 1986, p. 64.
  42. Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 3) a.
  43. Pickering, W.S.F. Durkheim and Representations, p. 67-68.
  44. Durkheim, Les Formes p.618
  45. Durkheim, Les Formes p.623-4
  46. a, b et c Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 3) b.
  47. Durkheim, Les Formes p.619-20.
  48. Durkheim, Les Formes p.620-621.
  49. Durkheim, Les Formes p. 622.
  50. Durkheim, Les Formes,p. 622
  51. Durkheim, Les Formes p. 14-17.
  52. Durkheim, Les Formes p. 19-22.
  53. a et b Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 3) c.
  54. Durkheim, Les Formes, p. 628
  55. Durkheim, Les Formes p. 630.
  56. Excerpt from Robert Alun Jones. Emile Durkheim: An Introduction to Four Major Works. Beverly Hills, CA: Sage Publications, Inc., 1986. Pp. 115-155. Voir la section « Critical Remarks ». http://durkheim.uchicago.edu/Summaries/forms.html#pgfId=5658; voir aussi Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 3) c.
  57. Durkheim, Les Formes p. 339.
  58. Durkheim, Les Formes p. 336.
  59. Durkheim, Les Formes p. 616.
  60. Carls, ‘Emile Durkheim’, Section 3) e.
  61. Durkheim, Émile, Pragmatisme et Sociologie, Leçon XVIII.
  62. Durkheim, Les Formes p. 613, 625.
  63. Durkheim, Les Formes p. 65.
  64. Carls, http://www.iep.utm.edu/durkheim/#H4.
  65. Formes, p. 640.
  66. Durkheim, Formes, p. 15.
  67. Durkheim, Les Formes, p. 553.
  68. Durkheim, Les Formes, p. 308.
  69. Durkheim, Les Formes, p. 327.
  70. Durkheim, Les Formes, p. 496.
  71. Durkheim, Les Formes, p. 610-11.
  72. Émile Durkheim, De la division du travail social (Paris: Presses Universitaires de France, 1893), 38.
  73. Durkheim, Les Formes, p. 610.
  74. Émile Durkheim, Suicide, PUF, Paris, 1897. p. 281.
  75. Voir aussi, Carls, 'Emile Durkheim', Section 6) c. "The Death of the Gods" : http://www.iep.utm.edu/durkheim/.
  76. Émile Durkheim, “L’Individualisme et les intellectuels.” (ed. Marcelle Bergeron, 1898), 5. Document téléchargé ici: http://classiques.uqac.ca/classiques/Durkheim_emile/durkheim.html
  77. Ibid., 8.
  78. Durkheim, Émile. Sociologie et Philosophie. PUF. Paris, 2004. p. 50.
  79. Durkheim, Émile. Sociologie et Philosophie. Librairie Félix Alcan. Paris, 2004. p. 53.
  80. Durkheim, Émile. Sociologie et Philosophie. PUF. Paris, 2004. p. 67.
  81. Durkheim, Émile. « Introduction à la morale » in Textes. 2. Religion, morale, anomie, 1917, Paris, Les Éditions de Minuit, 1975, p. 316.
  82. Dambra, Sébastien. "Durkheim et la notion de morale", : http://www.revue-interrogations.org/article.php?article=11#2.
  83. Durkheim, "Crime et santé sociale", p. 177.
  84. Voir l'ouvrage "leçons de sociologie" d'Émile Durkheim, Leçons 4 à 8 (p.50-89)
  85. G. E. Berrios & M. Mohanna (1990), « Durkheim and French psychiatric views on suicide during the 19th century: a conceptual history », British Journal of Psychiatry 156: 1-9
  86. E. Durkheim, Le suicide, Paris, PUF, 2007, p. 14
  87. À noter que Weber, qui était économiste et ne s'est fait connaître dans le champ sociologique qu'à partir de 1905 environ, n'a jamais dialogué avec Durkheim. C'est Halbwachs qui a largement contribué à le faire connaître dans l'entre-deux guerres. L'opposition Durkheim contre Weber est une construction a posteriori que l'on doit largement à Raymond Aron, après 1945.)
  88. a, b et c Carls, 'Emile Durkheim', Section 7.
  89. Durkheim, Sociologie et philosophie, p. 115.
  90. Durkheim, Émile. Les formes élémentaires de la vie religieuse, Presses Universitaires de France, 5e édition, 2003. 381-382, 387, 605. Voir aussi: Durkheim, Émile. Sociologie et philosophie, Presses Universitaires de France, 3e édition, 2004. 115. Dans cette section Durkheim discute de la représentation subjective de la morale, ce qui s'applique également à sa philosophie de religion.
  91. Durkheim, Sociologie et philosophie, p. 91-94.
  92. Un livre excellent sur ce sujet est: Tiryakian Edward, Sociologism and Existentialism, Englewood Cliffs NJ: Prentice Hall, 1962. Dans ce livre, il montre comment le sociologisme de Durkheim, tout comme l'existentialisme, cherche à comprendre l'existence des individus par rapport à autrui.
  93. Robert Leroux, "Histoire et sociologie en France. De l'histoire-science à la sociologie durkheimienne'", Paris, Presses Universitaires de France, 1998.
  94. Durkheim, De la division du travail social, PUF. Paris, 1893. p. 238.
  95. Durkheim, De la division du travail social, p. 238.
  96. Pour plus d'information, voir, Carls, 'Emile Durkheim', Section 6, "Social Change and Modernity in the West." http://www.iep.utm.edu/durkheim/
  97. Le suicide, 1897, page 306.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Francophone
Anglophone
  • Robin Horton, « Lévy-Bruhl, Durkheim, and the Scientific Revolution », in: Robin Horton and R. Finnegan (Hrsg.), Modes of Thought, London: Faber & Faber, 1973, S. 249-305.
  • Robert A. Jones, « Emile Durkheim : an introduction to four major works, Masters of Social Theory », vol.2, Sage Publications, 1986
  • Susan Stedman Jones, « Charles Renouvier and Emile Durkheim : 'Les Regles de La Methode Sociologique' », Sociological Perspectives, Bd. 38, 1995, H. 1, S. 27-40
  • Steven Lukes, « Émile Durkheim, his life and work. A historical and critical study ». Allen Lane, London 1973
  • Talcott Parsons: The structure of social action. A study in social theory with special reference to a group of recent European writers. McGraw-Hill, New York 1937
  • Anne Warfield Rawls, « Durkheim and Pragmatism: An Old Twist on a Contemporary Debate », Sociological Theory, Bd. 15, 1997, H. 1, S. 5-29
  • Edward Tiryakian, « Sociologism and Existentialism: Two Perspectives on the Individual and Society », (Perennial Works in Sociology) 1979.
  • W.S.F. Pickering, « Durkheim and Representations», Taylor and Francis: London and New York, 2007
Germanophone
  • Adeline Barnaud, Emile Durkheim im ersten Weltkrieg 1914-1917, schriftliche Arbeit zur Erlangung des Akademischen Grades "Magister Artium", historischer Seminar der Eberhard-Karls-Universität, Tübingen 2004
  • Ole Goos, Zur Reproduktion der Philosophie G.W.F. Hegels bei Georg Simmel und Emile Durkheim. Studien zu den Begriffen Kultur und Gesellschaft. Dissertation, Universität Heidelberg 2006
  • René König, Émile Durkheim zur Diskussion. München/Wien 1976
Italophone
  • Gianfranco Poggi, Emile Durkheim, Il Mulino, Bologna, 2003
  • Sandro Nannini, Educazione, individuo e società in Emile Durkheim e nei suoi interpreti, Loescher, Torino, 1980
  • Anthony Giddens, Durkheim, Il Mulino, Bologna, 1998
  • Anthony Giddens, Capitalismo e teoria sociale. Marx, Durkheim e Max Weber, Il Saggiatore, Milano, 1984
  • Realino Marra, Il diritto in Durkheim. Sensibilità e riflessione nella produzione normativa, Edizioni Scientifiche Italiane, Napoli, 1986.
  • Realino Marra, La religione dei diritti. Durkheim – Jellinek – Weber, Giappichelli, Torino, 2006.
  • Pio Marconi, Durkheim. Sociologia e politica, Jovene, 1974
  • Mario A. Toscano, Evoluzione e crisi del mondo normativo. Durkheim e Weber, Laterza, Roma, 1975.
  • Mario A. Toscano, Trittico sulla guerra. Durkheim. Weber. Pareto, Laterza, Bari, 1996.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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