Elinor Dashwood

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Elinor Dashwood
Personnage de fiction apparaissant dans
Raison et Sentiments

Elinor, vue par Chris Hammond (1899)
Elinor, vue par Chris Hammond (1899)

Origine Norland, Sussex, (Royaume-Uni)
Sexe Féminin
Activité(s) dessin, lecture
Caractéristique(s) intelligente et raisonnable, 19 ans
rivale Lucy Steele
Famille Mrs Dashwood(mère) Marianne et Margaret (sœurs)
Entourage Sir et Lady Middleton, Edward Ferrars, colonel Brandon

Créé par Jane Austen
Roman(s) Sense and Sensibility

Elinor Dashwood est un personnage fictif du roman Raison et Sentiments (Sense and Sensibility) de la femme de lettres britannique Jane Austen. Elle partage avec Marianne, sa sœur cadette, la fonction de protagoniste principal, puisque le roman raconte les aventures sentimentales parallèles[1] des deux sœurs.

À 19 ans, Elinor, qui vient de perdre son père, prend en main son destin, celui de sa mère et de ses deux sœurs plus jeunes, montrant une grande maturité et une grande force de caractère, ce qui ne l'empêche pas d'avoir le cœur tendre. Mais, en aînée responsable et raisonnable, elle fait passer ses devoirs avant ses sentiments, cachant soigneusement ses peines de cœur. Préférée de sa créatrice, qui l'appelle affectueusement « mon Elinor »[N 1], elle attire moins le lecteur moderne que sa sœur Marianne, dont la vivacité et l'émotivité correspondent plus à l'idée romantique qu'il se fait d'un personnage de roman.

Biographie[modifier | modifier le code]

Article principal : Sense and Sensibility.

Portrait[modifier | modifier le code]

Jane Austen présente son héroïne dès le premier chapitre, en précisant d'abord ses qualités intellectuelles : une intelligence solide (strength of understanding), un jugement lucide (coolness of judgement) malgré son jeune âge[2]. Viennent ensuite ses qualités de cœur : son tempérament était affectueux et ses sentiments profonds (her disposition was affectionate, and her feelings were strong), mais contrairement à sa mère et ses jeunes sœurs, elle sait comment les maîtriser (she know how to govern them).

Le portrait physique n'est donné qu'au chapitre X, lorsque Willoughby vient prendre des nouvelles de Marianne et il tient en une phrase : Miss Dashwood avait le teint délicat, des traits réguliers et un physique remarquablement gracieux (Miss Dashwood had a delicate complexion, regular features, and remarkably pretty figure). Marianne est plus grande et encore plus jolie, quoique de teint mat.

La responsable[modifier | modifier le code]

John serait très satisfait de voir Elinor épouser le colonel Brandon (Chris Hammond 1899)

Depuis la mort de son père, Elinor qui est parfaitement consciente des difficultés que va leur causer leur relative pauvreté[3], assume auprès de sa mère un rôle de conseiller financier, et celle-ci a la sagesse de l'écouter. Elle l'a dissuadée de louer au-dessus de leurs moyens, la convainc de vendre leur équipage dès que l'occasion se présente. C'est Elinor qui décide du nombre de domestiques à garder à Barton Cottage : deux servantes et un valet. Mrs Dashwood de toutes façons n'a pas un sens aigu des réalités financières, elle qui envisage de réorganiser le cottage « grâce aux économies réalisées sur un revenu annuel de cinq cents livres par une femme qui n'avait jamais économisé de sa vie »[4].

C'est encore Elinor qui fait prendre conscience à sa sœur qu'il est impossible d'accepter la jument que veut lui offrir Willoughby, et pas seulement pour des raisons de bienséance et de morale, que Marianne rejette d'ailleurs avec vivacité car elle « connaît [Willoughby] bien davantage que toute autre personne au monde en dehors de [sa] mère » et de sa sœur[5], mais pour des raisons matérielles dont Marianne a beaucoup de mal à accepter le bien-fondé : l'entretien du cheval et la nécessité d'engager un autre valet (pour le soigner et accompagner Marianne dans ses promenades). C'est en faisant appel à son amour filial et à la nécessité de ne pas laisser leur mère se lancer dans des dépenses imprudentes qu'elle arrive à la convaincre[5].

La sœur aînée[modifier | modifier le code]

Le couple formé par Marianne et Elinor n'est pas sans rappeler celui que forment Jane et Elizabeth Bennet, mais ici l'action dramatique tourne autour des relations entre les deux sœurs[3] et du parallélisme parfait de leurs aventures sentimentales[6]. Toutes deux tombent profondément amoureuses d'un homme qui a un autre engagement et une vie parallèle, toutes deux sont confrontées à Londres à une situation très désagréable : pour Marianne c'est l'attitude de Willoughby au bal, pour Elinor, la visite inattendue d'Edward alors que Lucy est avec elle[7]. Elinor, lorsqu'elle y réfléchit, prend assez vite conscience de cette situation, tandis que Marianne ne découvre la profondeur des sentiments de sa sœur que quand celle-ci lui confie, une fois le secret dévoilé, ce qu'elle a dû souffrir, dans son magnifique[8]discours du chapitre 37 : « J'ai enduré la peine d'un attachement sans profiter de ses avantages » (« I have suffered the punishment of an attachement, without enjoing its advantages »).

Mais elle a une conscience aiguë de ses devoirs à l'égard de sa famille, comme elle l'explique à Marianne qui, stupéfaite d'apprendre qu'elle savait depuis des mois les fiançailles d'Edward et de Lucy, l'accuse de tiédeur : « Je n'aimais pas que lui et j'étais heureuse d'épargner le spectacle de mes souffrances à ceux dont le bonheur m'est cher »[9]. C'est « le sentiment qu[elle] faisai[t] [s]on devoir » qui a lui permis de maîtriser sa souffrance et de faire face, au lieu de « hurler de douleur » (« scream with agony ») comme l'a fait égoïstement Marianne en recevant la « lettre de rupture » de Willoughby.

L'amie et la confidente[modifier | modifier le code]

Willoughby vient se justifier.(C. E. Brock (1908).

Elinor est, à son corps défendant, prise pour confidente et dépositaire de secrets.

Les révélations de Lucy 

Ce sont d'abord les confidences soigneusement distillées que fait Lucy Steele, qui a dû comprendre, par les conversations ou la correspondance d'Edward Ferrars, le danger que représente Elinor pour elle. Le quiproquo initial (Elinor pense qu'elle parle de Robert Ferrars avant de réaliser qu'elle parle d'Edward) se retrouve à la fin du roman, inversé (Elinor est persuadée qu'elle a épousé Edward).

Les confidences du colonel Brandon 

Elinor est la seule à vraiment apprécier Brandon, il est aussi le seul dans la société de Barton Park qui a une culture et une conversation correspondant à ce qu'elle aime. Elle est aussi la seule à qui il peut confier ses sentiments pour Marianne, puis ce qu'il sait de Willoughby et la triste histoire des deux Eliza. Cependant leurs relations amicales entraînent un certain nombre de quiproquos. Ainsi John Dashwood est persuadé, malgré les dénégations d'Elinor, qu'il est prêt à l'épouser.

La confession de Willoughby 

Elinor, d'abord choquée par la venue de Willoughby à Cleveland lorsqu'il a appris la maladie de Marianne, et peu désireuse d'entendre ses explications, se surprend à écouter avec compassion et à plaindre « ce pauvre Willoughby », dont la confession sincère la touche beaucoup trop[10], ce qui montre combien les héroïnes austeniennes, même sensées et rationnelles, sont à la merci de ce type d'homme, enjôleur et manipulateur, un danger pour les jeunes filles que leur éducation ne prépare pas à résister aux sollicitations des libertins[11]. Elle videra ces confidences de toute charge émotionnelle lorsqu'elle les transmettra à Marianne.

L'amoureuse raisonnable[modifier | modifier le code]

Edward est venu demander à Elinor de l'épouser (Chris Hammond 1899)

Elinor, parce qu'elle est consciente de sa situation de jeune fille pauvre de la gentry, refuse de céder à la sensibilité et analyse avec beaucoup de rigueur les sentiments que lui inspire Edward à Norland : elle a une très haute opinion de lui, l'estime grandement et l'aime bien (I think very highly of him—I greatly esteem, I like him) mais ne veut pas rêver à quelque chose d'irréalisable, puisqu'il ne se déclare pas et qu'il n'est pas indépendant financièrement[12].

Mais au fur et à mesure que se déroule le récit, son calme et sa maitrise de soi sont mis à rude épreuve, en particulier par Lucy Steele, intelligente manipulatrice qui la réduit très adroitement au silence par des confidences calculées et subtilement cruelles.

Traitement littéraire[modifier | modifier le code]

Dans l'esprit de Jane Austen, Elinor est certainement le personnage principal, c'est elle qui ouvre et clôt le roman, et toute l'histoire de Marianne est incluse dans celle d'Elinor[13]. L'histoire parvient au lecteur par Elinor, dont la réflexion se confond souvent avec la voix narrative. Le lecteur ne sait, à propos de Marianne, que ce qu'Elinor elle-même sait, et elle est, pour Marianne, un exemple, un professeur, un conseiller. Le lecteur connaît Willoughby et Brandon à travers les confidences qu'ils font à Elinor, et l'interprétation que fait celle-ci de leur attitude, leurs expressions ou leur regard. Elle n'est pas spirituelle comme Elizabeth Bennet, c'est une intellectuelle, comme Jane Austen elle-même[14], prenant plaisir à analyser les comportements des individus, et, en ce qui la concerne, cherchant toujours à comprendre, puis à se déterminer à penser et agir en accord avec la raison[15]. Son raisonnement est toujours logique et son argumentation rigoureuse. Elle a un esprit philosophique qui se livre au plaisir intellectuel de manipuler les idées, mais toujours dans un but pratique[16], comme on le voit dans le raisonnement qu'elle tient à Marianne pour lui expliquer pourquoi elle n'aurait pas pu être vraiment heureuse avec Willoughby[17]. Cet esprit cartésien n'est pas froid, seulement extrêmement lucide.

Jane Austen, en bon auteur de conduct novel incite ses lecteurs à se méfier des sentiments exacerbés comme ceux qu'ont éprouvés Marianne et les deux Eliza en enchâssant l'histoire de leurs amours malheureuses dans celle nettement moins émotionnellement séduisante pour eux d'Elinor et d'Edward, à reconnaître la valeur de la réserve d'Elinor. Elle ne veut pas qu'on s'identifie à Marianne, mais qu'on admire les efforts d'Elinor pour dominer et maitriser ses émotions[18], comme le fait finalement Marianne, finalement décidée à imiter le sage comportement de sa sœur aînée.

Elinor à l'écran[modifier | modifier le code]

Raison et sentiments a fait l'objet de plusieurs adaptations, mais moins nombreuses que d'autres romans de Jane Austen. Ainsi, Elinor Dashwood est interprétée par :

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Je pense que Mrs K aimera mon Elinor » (I think she [Mrs Knight] will like my Elinor) « Lettre 56 », sur Pemberley.com

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jane Austen 2003, p. xxii (éd Penguin classics)
  2. Jane Austen 1864, p. 4
  3. a et b Karl Kroeber, « Jane Austen as an Historical Novelist », sur JASNA,‎ 1990
  4. Jane Austen 1864, p. 25
  5. a et b Jane Austen 1864, p. 51
  6. Jane Austen 2003, p. xxii-xxiii (éd Penguin classics)
  7. Jane Austen 1864, p. 214
  8. Jane Austen 2003, p. xxix (éd Penguin classics)
  9. Jane Austen 1864, p. 232
  10. Mary Poovey 1985, p. 186-187
  11. Lydia Martin 2007, p. 57.
  12. Jane Austen 1864, p. 17
  13. Stuart M. Tave Some Words of Jane Austen (Chicago, University of Chicago Press, p. 256)
  14. Moreland Perkins 1998, p. 12-13
  15. Moreland Perkins 1998, p. 16
  16. Moreland Perkins 1998, p. 19
  17. Jane Austen 1864, p. 312-314
  18. Mary Poovey 1985, p. 187-188

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jane Austen, Sense and Sensibility, Leipzig, Bernard Tauchnitz (en un seul volume),‎ 1864 (lire en ligne)
  • (en) Jane Austen, Sense and Sensibility, introduction Ros Ballaster, Appendice Tony Tanner, Penguin Classics,‎ 2003, 409 p. (ISBN 9780141439662, lire en ligne)
  • (en) Mary Poovey, The proper lady and the woman writer: ideology as style in the works of Mary Wollstonecraft, Mary Shelley, and Jane Austen, University of Chicago Press,‎ 1985, 287 p. (ISBN 9780226675282, lire en ligne)
  • (en) Moreland Perkins, Reshaping the sexes in Sense and sensibility, University of Virginia Press,‎ 1998, 208 p. (ISBN 9780813918006, lire en ligne)
  • Lydia Martin, Les adaptations à l'écran des romans de Jane Austen: esthétique et idéologie, Editions L'Harmattan,‎ 2007, 270 p. (ISBN 9782296039018, lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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