Eli Cohen

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Cohen et Élie Cohen.

Eli Cohen
אלי כהן

Description de cette image, également commentée ci-après

Eli Cohen (au centre) sur le plateau du Golan

Naissance
Alexandrie (Égypte)
Décès (à 40 ans)
Square Marjeh, Damas (Syrie)
Nationalité Israélienne
Activité principale espion

Eli Cohen (né le à Alexandrie en Égypte - mort pendu le en Syrie) est un espion israélien. Il est reconnu comme l'un des espions les plus efficaces des temps modernes.

Cohen a notamment contribué à des activités pro-israéliennes en Égypte pendant les années 1950, puis a exercé pour les services israéliens d'espionnage en Syrie. Après avoir approché de près les plus hautes autorités syriennes, il est finalement démasqué et pendu sur la place publique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Eli Cohen, pendu en Syrie

Son père, Saul Cohen, né à Alep en Syrie, vit en Égypte depuis ses 7 ans. C'est là que naît Eli dans une famille juive modeste. Il reçoit une éducation religieuse juive orthodoxe. Eli se montre très doué pour les mathématiques (il désire devenir ingénieur après avoir failli opter pour le rabbinat) les langues étrangères et doté d'une mémoire exceptionnelle, ce qui lui rendra service pour ses activités de renseignement.

Activités[modifier | modifier le code]

En 1944, Eli Cohen rejoint le mouvement sioniste d'Alexandrie. Il est impliqué dans des actions clandestines visant à permettre aux juifs égyptiens de rejoindre la Palestine. Il est emprisonné quelques mois pour son implication dans l'affaire Lavon. Il rejoint Israël en 1957 suite à l'expulsion des juifs d’Égypte après la crise de Suez. Il devient analyste pour le contre-espionnage militaire. Blessé par le rejet de sa candidature au Mossad, il quitte l'armée, devient employé de bureau dans un cabinet d'assurance de Tel Aviv et épouse en 1959 Nadia, une nouvelle immigrante d'Irak. En 1960, son dossier de candidature étant rouvert, il est engagé par les services de renseignements israéliens en tant qu'« illégal » : ne bénéficiant d'aucun statut protecteur comme celui de diplomate, il opèrera à l'étranger sous une fausse identité. Il est pris en main par Yitzhak Shamir. Le contrôle de ses activités sera transféré au Mossad en 1964[1].

En 1961, il est envoyé en Argentine (où il existe une forte communauté arabe, un demi million d'exilés) pour y élaborer sa couverture en tant que marchand arabe syrien, notamment de meubles damascènes, sous le nom de Kamel Amin Taabat. Eli Cohen entretient là-bas de nombreuses relations au cœur des communautés arabes locales, notamment le général Amin al-Hafez, attaché militaire syrien à Buenos Aires. Moins d'un an plus tard, il « revient » à Damas et gagne progressivement la confiance de plusieurs militaires et officiels du gouvernement syrien. Il transmet des informations aux services israéliens par radio et lettres secrètes ou même directement une fois tous les 6 mois au cours d'un voyage d’affaires en Europe, profitant à cette occasion pour rendre visite à sa famille à Bat Yam.

Il joue la carte du parti Baas qui est contre le projet de République arabe unie et entretient progressivement des relations d'amitiés avec des personnalités au plus haut niveau du pouvoir syrien, incluant Hafez el-Assad. Quand celui-ci devient Premier ministre, Cohen-Taabat est même pressenti pour un poste d'adjoint au ministre syrien de la Défense.

Cohen réussit notamment à visiter les fortifications syriennes des hauteurs du Golan. Il rapporte ainsi aux services israéliens la disposition des bunkers et des bases de tir syriens organisés en trois lignes. Certains ajoutent qu'il aurait ainsi suggéré aux officiers syriens que des arbres à eucalyptus soient plantés autour des bunkers syriens pouvant viser le territoire israélien, prétendant officiellement que ces arbres pourraient servir d'abris naturels aux postes avancés. La plantation de ces arbres fut décidée par les autorités syriennes, suivant ses conseils. Cela permit surtout aux soldats de Tsahal de pouvoir facilement localiser les bunkers syriens lors de leur bombardement pendant la Guerre des Six Jours.

Cohen transmet également les identités de nombreux pilotes syriens, ce qui aura notamment pour effet d'empêcher le bombardement de Tel Aviv en 1967 par l'aviation syrienne.

Craignant d'être découvert, au bord de l'effondrement, le Mossad ignore les avertissements de Cohen[2]. Après un séjour de quelques mois en Israël fin 1964, l'« espion au rendement exceptionnel »[3] est renvoyé en mission en Syrie. Certains estiment que le Mossad, bien conscient des risques encourus, avait anticipé la capture de Cohen, espérant ainsi déstabiliser les services secrets syriens par la révélation au grand jour d'un espion si bien infiltré[4].

Son frère Maurice Cohen affirme qu'Eli est au troisième rang des prétendants au titre de Président de la Syrie quand il est découvert par des spécialistes du contre-espionnage égyptien ayant localisé (grâce à un nouveau système de radiogoniométrie d’origine soviétique) les ondes radio de messages chiffrés en morse émises depuis un poste émetteur miniature de son appartement.

Découverte et condamnation[modifier | modifier le code]

Plaque à la mémoire d'Eli Cohen au Mont Herzl, à Jérusalem

Cohen est torturé au cours de l'enquête en vue du procès à la fin duquel il est condamné à mort. Malgré les interventions de nombreux chefs d'État (France, Belgique, Canada), et du Pape Paul VI qui demandent au gouvernement syrien de revenir sur cette sentence[5], Eli Cohen est pendu sur une place publique à Damas le .

Les autorités syriennes ont toujours refusé de renvoyer le corps de Cohen à sa famille pour qu'il soit enterré en Israël. Les demandes de sa famille sont ignorées par le gouvernement syrien. En , un officiel turc confirme que son gouvernement est prêt à jouer le médiateur pour obtenir le retour des ossements de Eli Cohen[6].

Cohen est considéré comme un héros par Israël (des rues et jardins de plusieurs villages d’Israël ainsi qu'un village du Golan portent son nom) et ses contributions ont été admises comme décisives pour l'issue de la Guerre des Six Jours. Un film, The Impossible Spy, qui fait le récit de sa vie, est projeté au musée international de l'espionnage à Washington.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gordon Thomas, Les ombres du Mossad, éd. Presses de la Cité, 1999
  2. Dan Raviv et Yossi Melman, Tous les espions sont des princes : la véritable histoire des services secrets israéliens, éd. Stock, 1991
  3. Rendez-vous avec X, Eli Cohen, 9 mars 2002, 30'
  4. Rendez-vous avec X, Eli Cohen, 9 mars 2002, 32'
  5. [1]
  6. (en) Will Syria return the remains of Israeli spy?

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Rendez-vous avec X, Eli Cohen, France Inter, 2 juillet 2011

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Raafat Al-Haggan, l'espion égyptien qui aurait contribué à démasquer Eli Cohen.