El-Harrach

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El-Harrach
El-Harrach, Siège de l'APC (Mairie)
El-Harrach, Siège de l'APC (Mairie)
Noms
Nom algérien الحراش
Nom amazigh ⵍⵃⴻⵔⵔⴰⵛ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Alger
Daïra El Harrach
Président de l'APC Alik Embarek
2012-2017
Code postal 16200-16131
Code ONS 1613
Démographie
Population 48 869 hab. (2008[1])
Géographie
Coordonnées 36° 43′ 16″ N 3° 08′ 15″ E / 36.721239, 3.13741236° 43′ 16″ Nord 3° 08′ 15″ Est / 36.721239, 3.137412  
Localisation
Localisation de la commune dans la wilaya d'Alger
Localisation de la commune dans la wilaya d'Alger

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El-Harrach

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El-Harrach
Liens
Site de la commune www.apc-elharrach.dz

El-Harrach (ex-Maison-Carrée) est une commune et daïra de la wilaya d'Alger en Algérie. Elle se situe dans la banlieue Est d'Alger.

Ses habitants sont appelés les Harrachis.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

La commune d'El-Harrach se situe à environ 12 km à l'Est d'Alger[2].

Le centre de la ville d'El-Harrach se situe à environ 2 km en amont de l'embouchure de Oued El-Harrach. Les divers quartiers de la ville sont séparés par les deux rives de ce cours d'eau.

Communes limitrophes d’El Harrach
Bourouba Mohammadia Oued Smar
Bachdjerrah El Harrach Oued Smar
Baraki Les Eucalyptus Oued Smar

Toponymie[modifier | modifier le code]

El-Harrach (ḥarrâc) est issu de l'arabe ḥirâc (pl. aḥrâc) qui signifie « forêt », « bois », « maquis » et qui prend ici le sens de « lieu très boisé », « lieu avec végétation touffue »[3].

Chez ses fondateurs français, la localité était nommée "Maison-Carrée" par référence à la forme géométrique du fortin qui dominait le lieu à l'époque ottomane. Toutefois, et contrairement à beaucoup d'autres établissements coloniaux de l'Algérois, ce nom européen ne fut jamais arabisé par l'usage populaire, les autochtones ayant de tout temps appelé ce lieu "El-Harrach", soit en référence à Oued El-Harrach dont le site a toujours abrité le principal point de passage sur la route d'Alger soit en référence au fortin qui le surplombait du haut de la colline dite "Koudiet El-Harrach".

Quartiers[modifier | modifier le code]

Certains quartiers qui, historiquement parlant, font partie de la ville d'El-Harrach ne relèvent plus de la Commune éponyme du fait des découpages administratifs qui se sont succédé dès les dernières années avant l’indépendance de l'Algérie. C'est le cas notamment des anciens quartiers de Lavigerie (devenu commune de Mohamadia), Beaulieu (rattaché à la commune de Oued-Smar) ou du plus récent mais populeux quartier de Bachdjerrah (devenu commune de Bachdjerrah), alors que l'ensemble des quartiers de la rive gauche constituent de nos jours la commune de Bourouba.

La Rive Droite : La circonscription de Maison-Carrée ayant été à l'origine (milieu du XIXe siècle) délimitée par le cours de Oued El-Harrach, les plus anciens quartiers de la ville se situent sur la rive droite. Il s'agit, en gros, d'un double noyau constitué d'un côté par l'ensemble du centre-ville traditionnel (la Mairie et sa placette, le Marché-Couvert, le Square et jusqu'aux alentours du Parc Bomati) dans la partie basse du vallon, et d'un autre côté le quartier de Belfort (act. Hassan Badi) sur les hauteurs et autour de la caserne qui abrite le plus ancien bâtiment de la ville. Constitué presque spontanément au milieu du XIXe siècle, ce hameau commence à prendre forme au cours des années 1860-1870 et se développe essentiellement grâce à l’essor du grand marché qui y fut implanté.

Très tôt aussi (fin du XIXe siècle), ce premier noyau urbain fut prolongé vers le Sud, le long de l'Oued Smar, par une petite zone industrielle qui commence à se former avec l'implantation des usines Altairac puis Zévaco, suivies de la minoterie Duroux et de quelques briqueteries et huileries dont les restes s'étalent encore le long de la route qui va, du-delà du bureau de la Poste jusqu'aux usines citées. Il faudra attendre le début des années 1940 pour voir fleurir les quartiers résidentiels de Bellevue et Lavigerie (act. Mohamadia) au Nord et, un peu plus tard, celui de Beaulieu à l'Est. De ce côté de la rivière, la dernière cité en date est celle des Dunes qui fut entamée juste avant l'indépendance et achevée peu après 1962, alors que les quartiers de Kourifa et Les Trois-Caves se sont constitués à partir des années 1990. Il est à noter que ce dernier secteur, plutôt excentré et assez éloigné du centre-ville historique, occupe une zone qui fut toujours interdite de construction au cours de la période coloniale car se trouvant dans le lit de débordement habituel de Oued El-Harrach.

La Rive Gauche : Entamé dans les années 1880, le développement de la petite ville de Maison-Carrée en centre industriel de l'Algérois connait sa pleine vitesse au cours des premières décennies du XXe siècle Cela va drainer -au cours des années 1920-1930- un flux de plus en plus important de populations algériennes de l'intérieur du pays, notamment des régions du Titteri, et qui vont presque systématiquement se concentrer sur la rive gauche de Oued El-Harrach.

Jusqu'au début du XXe siècle, cette partie de la ville relevait administrativement de la commune de Hussein-Dey. Mais, tout au long de la Route d'Alger et à la rive gauche de l'Oued, une sorte de faubourg épars et informel s'était constitué après que la Gare et de chemin de fer eurent été construits par la compagnie PLM en 1863. C'est de là que vient le nom d'ensemble pour désigner les divers quartiers de la rive gauche (on disait "Quartier de la Gare PLM" puis "Quartier PLM" tour court), et c'est dans ce secteur, plutôt prolétaire et à l'habitat précaire mais pas cher, que les populations musulmanes immigrées de l'intérieur vont vite prédominer face à une rive droite qui restera majoritairement européenne jusqu'à l'indépendance : La Rue d'Alger, La Gare puis Ste-Corinne et Fouquereau sont les plus anciens quartiers dans ce secteur. S'y ajouteront ensuite La Faïence, L'Engrais, Dessoliers, Djenane-Mabrouk, La Cressonnière, Bou-Bssila ... etc. Plus tard, au cours des années 1950, cet ensemble sera encadré par une "Cité Musulmane" (ce qu'on appelle de nos jours "Cité PLM" à proprement parler) et par les imposantes tours d'habitation de la cité Diar-Djemâa. Après l'indépendance, continuant à accueillir des flux migratoires de l'intérieur du pays, ce secteur continuera à s'étendre sur tous les côtés, s’adjoignant des quartiers nouveaux mais toujours populaires comme La Montagne ou Bachjerrah.

NB : La Daïra actuelle d'El-Harrach est constituée par le territoire de quatre communes : El-Harrach, Bourouba, Bachdjerrah et Oued-Smar.

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution démographique
1867 1870 1885 1891 1897 1906 1911 1921 1926
1 000 1 693 3 000 4 800 5 588 7 582 9 200 11 290 14 648
1931 1936 1948 1954 1987 1998 2008 - -
21 686 24 595 41 195 51 017 47 375 48 167 48 869 - -
(Source : ONS + divers documents coloniaux)


Note : L'actuelle commune d'El-Harrach ne recouvre qu'une partie du territoire de l'ancienne circonscription de Maison-Carrée (10e Arrondissement d'Alger). C'est ce qui explique la stagnation relative ou la régression du nombre d'habitants sur les chiffres post-indépendance par rapport à la période précédente, les recensements ne prenant plus en compte les populations des quartiers et régions qui ont été érigés en communes indépendantes ou qui furent rattachés à d'autres circonscriptions administratives.

Histoire[modifier | modifier le code]

Périodes anciennes[modifier | modifier le code]

Dans sa « Description générale de l’Afrique »[4], le chroniqueur espagnol Luis del Marmol Carvajal (1520 - 1600) affirme que « La ville de Sasa, que Ptolémée appelle Tipaso, est détruite et ses édifices se voient au levant d’Alger, sur les bords de la Méditerranée sarde, à l’O. de la cité de Métafuz [Matifo]. Cette ville a été de plus de 3.000 habitants. Son emplacement était joint à la rivière qu’on appelle Huet el-Harrax [Oued El-Harrach] ; quelques uns prétendent qu’elle a été édifiée avant Alger par les anciens africains. Elle fut détruite ensuite par le peuple de Mozgane [Beni Mazghanna] qui sont des gens plutôt basanés que blancs, ayant leur principale population en Libye d’où ils sont devenus puissants dans cette province d’Alger et en furent les maitres avant que les Romains entrassent en Afrique. Ce sont des Berbères africains parlant une langue qu’ils appellent Mozgana ou Mozabia qui est au contraire et différente de celle que parlent les autres africains. Finalement cette cité détruite et les écrivains disent qu’elle est plus ancienne qu’Alger et quelques-uns l’appellent le Vieil-Alger ». On pourrait donc croire qu'une ville antique existât sur le site de l'actuelle El-Harrach, mais il s'agit manifestement d'une erreur de la part de l'auteur. Dès 1875, le français Albert Devoulx fait remarquer que de Marmol reprend une fausse information du géographe maghrébin Hassan b. Mohammad al-Wazzân al-Fâssi, dit Léon l'Africain (v.1494 - v.1554), qui « prenant Alger pour Caesarea [Cherchell] attribue la dénomination de Sasa, qu’il prend on ne sait où, aux ruines de Tipaza, changée par lui en Tipaso »[5]. Une origine antique de la ville d'El-Harrach est donc exclue, aucun vestige du genre n'ayant été découvert sur place par ailleurs.

Néanmoins, le texte de Marmol permet de constater que le nom de Oued El-Harrach était déjà en usage au XVe siècle Aussi, si Léon l'Africain ne le cite pas nommément dans son ouvrage sur la description du Maghreb, on pourrait peut-être l'identifier lorsq'il indique qu'à l'E. d'Alger « se voient des moulins sur un petit fleuve, qui sert à toutes les commodités de la cité, tant à boire qu'à autre chose »[6], même si on penche plutôt à identifier ce cours d'eau au Oued Kheniss (act. Oued Kniss), plus proche des murs d'Alger.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

XVIe siècle

Ce n'est qu'après l'installation des frères Barberousse à Alger (dans les années 1514-1516) que la ville devient un acteur majeur dans l'histoire méditerranéenne et maghrébine. Dès lors, au rythme des expéditions chrétiennes, les flottes et les armées européennes vont se succéder devant les murs et les bastions qui entourent Al-Mahroussa et c'est uniquement dans ce contexte que le site de la future ville d'El-Harrach va apparaitre dans certaines sources, essentiellement comme point stratégique de la région algéroise.

1518 (20 août) – Conscient du danger que le nouveau régime installé à Alger présentait pour ses possessions espagnoles et italiennes, l’empereur Charles-Quint ordonne à son vice-roi de Sicile, le marquis Hugo de Moncada, de mener une expédition contre la ville. Une quarantaine de navires et plus de 5.000 soldats sont ainsi mobilisés. Un premier contingent de 1.500 hommes est débarqué en ce jour sur la plage qui s'étend sur la rive gauche de l’embouchure de Oued El-Harrach (act. Les Sablettes) et parvient au bout de quatre jours à occuper le point stratégique de Koudiet Essaboune (act. Scala) mettant la ville sous le feu des canons chrétiens. Soudain, une tempête estivale surprend tout le monde et rejette pas moins de 26 navires espagnols vers la côte. Presque tous les hommes embarqués y auraient laissés la vie, tandis que le beylerbey Khayr ad-Din Barberousse (1518 à 1533) tirait profit de la situation en menant une sortie contre le campement de Koudiet Essaboune d'où il parvient à déloger le contingent espagnol. Au soir de cette journée, l'échec de l'attaque impériale était consommé et tous les chefs de l'expédition étaient soit tués au combat soit des hôtes des bagnes d'Alger.

1541 (21 - 26 octobre) – Décidé à abattre la Régence, Charles Quint prend personnellement la tête d'une nouvelle expédition contre la Alger, mais si les effectifs sont beaucoup plus importants, c'est pratiquement le même scénario qui va se répéter : le débarquement (environ 26.000 hommes) se fera une nouvelle fois sur la plage qui s’étend à gauche de l’embouchure de Oued El-Harrach et, trois jours plus tard, l'Empereur lui-même établissait son camp sur les hauteurs de Koudiet Essaboune. La ville, défendue à ce moment par le beylerbey Hassan Agha (1535 à 1543), était encerclée pratiquement perdue. Mais, dans la nuit du 25 au 26 octobre, une grosse tempête éclate dans la baie d’Alger et emporte quelques 150 navires de la flotte assaillante. La légende locale raconte que c'est in saint homme de la ville, Ouali Dadda, qui aurait provoqué miraculeusement la terrible tempête. Quoi qu'il en soit, au petit matin du 26 octobre, les défenseurs profitent de l’épais brouillard et de la pluie battante pour surprendre une partie de l’armée espagnole et la mettre en difficulté. Pendant ce temps, l'amiral de la flotte, le génois Andréa Doria, s’était retiré de l’autre côté de la baie pour mettre ce qui restait des navires à l’abri derrière le Cap Matifou. Craignant alors d'être coupé de la mer, Charles-Quint ordonne le retrait de toute l’armée vers Matifou afin d‘y rembarquer en bon ordre. Malmenées ainsi par les conditions météo execrables, les troupes impériales furent poursuivies et harcelées par les algérois et par la cavalerie des tribus makhzen tout au long du trajet. Les rives de Oued El-Harrach sont atteintes dès le 27 octobre, et le danger permanent obligea les espagnols à traverser à gué le cours d'eau en crue (la traversée eut probablement lieu sur la plage, au niveau de l'embouchure de l'oued). On raconte que l’Empereur lui-même a dû passer entre deux lignes de mousquetaires, avec l'eau lui arrivant aux aisselles. En tout, les assaillants auraient laissés plus de 2.000 morts et disparus rien que sur la route entre Tafourah et Oued El-Harrach. Le 1er Novembre, ce sont seulement 11.000 soldats quittent Alger vivants, laissant à la ville une réputation d'invincibilité qu'elle entretiendra pour les trois siècles qui vont suivre.

Les chefs de la Régence tirèrent certaines leçons de ces deux expéditions, et ont pris soin de fortifier immédiatement la colline de Koudiet Essaboune avec où ils font construire une importante forteresse (act. Fort l'Empereur, juste à côté de l'Hôtel Aurassi). par contre, rien ne permet d'affirmer que des dispositions similaires furent prises à cette époque du côté d'El-Harrach, et le fait que l'armée impériale eut traversé à gué laisse croire qu'il n'existait pas encore de pont permanent à cet endroit. Le site d'El-Harrach devait donc être encore à l'état sauvage.

1581 - Séjournant plusieurs fois à Alger entre 1578 et 1581, le moine espagnol Diego de Haëdo décrit la ville et ses alentours en citant notamment « l'immense et fertile Motija [Mitidja] qui est coupée dans sa partie médiane par une grande rivière prenant naissance dans les montagnes éloignées vers le Sud. Sur cette rivière, il existe un grand nombre de moulins dont la ville d'Alger fait usage sur ses moutures pendant toute l'année »[7]. Là, la position de la rivière au milieu de la Mitidja ne laisse pas de doute sur son identification avec Oued El-Harrach. On note aussi que, comme pour Léon l'Africain au siècle précédent, on relève l'existence de nombreux moulins à eau sur les rives des oueds de l'Algérois.

XVIIe siècle : Un point de passage

1697 – Le dey Hadj-Ahmed b. Hadj-Mosly (1695 à 1699), fait construire un pont de pierre (qanatra) sur l’emplacement de l’actuel « Pont Blanc » d’El-Harrach. Ce premier ouvrage sera emporté par les eaux quelque temps plus tard, mas il s'agit de la tout première construction attestée à El-Harrach.

XVIIIe siècle : Une position militaire

1710Mustapha Bouchelaghem, bey de Mazouna et jusque-là un favori du dey Baba-Ali Chaouche (1710 à 1718), se révolte et tente un coup de force contre Alger. Ses troupes seront toutefois écrasées sur les rives de Oued El-Harrach où il fut lui-même capturé et décapité.

1721 – Sur ordre du dey Mohamed b. Hassan (1718 à 1723), un fortin est bâti sur la colline dite Draa’ El-Harrach, qui surplombe l’Oued éponyme à l’endroit où il était traversé par le premier pont de pierre[8]. Surnommé Bordj el-Qanatra, l'ouvrage était conçu en premier lieu pour la surveillance de l’accès au pont et à la route d’Alger (Trîq el-Soltân), mais il servait aussi de dépôt d’armes et de munitions pour un détachement de cavalerie sous le commandement de l’Agha des Arabes (sorte de ministre de l’intérieur dans le régime de Régence d’Alger), d’où l'autre nom qu'on lui donnait : Bordj l’Agha.

1725 (1er octobre) - Dans une lettre datée de ce jour, le médecin et naturaliste français Jean-André Peyssonnel qui était de passage dans la Régence, signale l'existence du Bordj d'El-Harrach et donne quelques informations sur sa consistance et sur sa place dans le système global de défense de la baie d'Alger à cette époque : "La rade est défendue par plusieurs forts. On trouve du côté de l’E., à quatre lieues de distance de la ville, un fort de vingt pièces de canon, bâti sur le point du Cap Matifou, qui défend le mouillage qu’il y a de ce côté-là. Au fond de la rade, près de la rivière de l’Arache, il y en a un autre à peu près de même force ; on en trouve un troisième à un quart de lieue de la ville, et un quatrième près de la porte de Bab-Azzoun, au S. de la ville »[9].

1736 – Le dey Ibrahim b. Ramdane (1731 à 1745) ordonne d'importants travaux de reconstruction sur le pont d’El-Harrach. Le fait est commémoré par une inscription en langue arabe placée sur le parapet du pont et qui demeura en place jusqu'aux premières décennies du XXe siècle avant d'être remise au Musée des Antiquités d'Alger où elle se trouve toujours.

1775 (Juin-Juillet) – Ayant appris qu'une expédition espagnole commandée par le comte Alejandro O'Reilly venait d'être lancée contre Alger, le dey Mohamed b. Othman (1766 à 1791) ordonne à tous les beys et aux tribus du makhzen de dépêcher leurs contingents pour défendre la capitale. Salah bey de Constantine arrive fin juin et installe sont campement devant le pont de l'Harrach. Il y est aussitôt rejoint par des détachements algérois menés par Hassan Khaznadji. Le 1er juillet la flotte est en vue d'Alger. une semaine plus tard on commence à pilonner les batteries côtières qui s'étalaient entre de l'embouchure de Oued El-Harrach et celllee de Oued Kheniss (act. Oued Kniss) afin de préparer le débarquement qui commencera effectivement le 10 juillet. Pendant ce temps, le commandement algérien s’étant réuni au campement d’El-Harrach, il fut décidé d'attaquer immédiatement avant que l'ennemi n'achève de débarquer toutes ses forces. Toutefois, lorsque l'assaut algérien fut lancé plus de 7.500 soldats espagnols et une douzaine canons étaient déjà à terre. De violents combats eurent donc lieu sur la plage puis, à la fin de la journée, les pertes espagnoles (191 officiers et 2.428 hommes de troupe entre morts et blessés selon les sources) furent telles que les chefs de l'expédition décident d'abandonner la partie et de rembarquer les survivants. Les 200 morts algériens furent enterrés sur place (ce cimetière que les locaux appelaient toppanat el-mujahidine était encore visible à l'époque française), et cette année fut longtemps fameuse chez les algérois sous le nom de Âam e-Rmell ("Année du Sable" ou "Année de la Plage").

À noter que les sources relatives à l'expédition de 1775 citent le pont mais ne font pas mention de Bordj El-Qanatara lui-même. Toutefois, le fait que le point de ralliement convenu pour les contingents algériens ait été fixé devant le pont et en contrebas de Koudiet El-Harrach et que la convention des commandants eut lieu là-bas, présuppose que des provisions et des stocks militaires devaient être disponibles sur place. Il est donc probable que le Bordj signalé dans les années 1724-1725 existait toujours à cette date.

XIXe siècle : Un domaine de l'Agha

1822Yahia Agha, homme fort du régime du dey Hussein (1818 à 1830) à cette date, fait reconstruire le vieux Bordj El-Qantara d'El-Harrach. L'édifice fut agrandi et on y installa des magasins pour munitions et autres approvisionnements militaires. Il devint dès lors le lieu de rassemblement de la mhalla annuelle qui se réunissait avant cela au Djenâne El-Agha (act. Marché Clauzel à Alger). Les travaux auraient été achevés en 1824.

Pour cette période tardive, nous disposons d’informations assez précises sur le fonctionnement du Bordj d'El-Harrach. Le fort recevait l’Agha accompagné de sa garde (environ 500 hommes) à la veille de chaque mouvement de troupes vers l’intérieur du pays (la mhalla, expéditions contre des tribus insoumises … etc.). En dehors de cela, l’édifice demeurait sous la responsabilité d’un petit détachement de la garde de l’Agha commandés par un chaouche, et abritait en même temps l’intendant financier (Oukil el-Kharradj) de la Régence. On y entreposait en permanence un lot d’armes à feu et de munitions, des armes blanches, des tentes et quatre ou cinq canons de petit calibre ainsi que 200 à 300 chevaux avec leur équipement[10].

1827 - C'est l'année du début des hostilités entre la Régence d'Alger et le Royaume de France suite à "l'affaire du chasse-mouche". La flotte française impose un sévère blocus à la ville.

Pendant ce temps, les intrigues de sérail se poursuivait à la cour du Dey. Ainsi, on raconte que l’opulent Hadj-Ahmed bey de Constantine -qui était en conflit avec Yahia Agha depuis quelque temps- parvint à faire douter le dey Hussein de la loyauté de son ministre, l'accusant notamment d'avoir des visées sur le pouvoir et qu'il se constituait un parti parmi les chefs des tribus makhzen dont, il est vrai, Yahia était fort apprécié. Dans ce sillage, on prétendit que les travaux de fortification qui venaient d'être effectués au bordj d'El-Harrach avaient pour seul but d'offrir une citadelle à l'Agha et de lui assurer une base solide en cas de difficultés. On ne saura probablement jamais quelles furent les intentions réelles de Yahia Agha, mais le fait est que Hussein ne fut pas insensible à ces ragots et qu'il disgracia Yahia peu de temps après en le faisant remplacer par son gendre Ibrahim Agha, beaucoup moins compétent à ce qu'il parait mais jugé plus sûr. L'homme sera exécuté peu de temps après.

1830 – Malgré deux années de blocus et de pourparlers, la crise avec la France n'a pas été résolue. On savait à Alger qu'une attaque était imminente et on s'affaira à renforcer les défenses aussi rapidement que possible. En arrêtant ses plans de bataille, le commandement algérien était parti de l'hypothèse (devenue évidence depuis maintenant trois siècles) que l’offensive chrétienne sera entamée par un débarquement de troupes sur les plages qui s'étendent entre les embouchures des Oued El-Harrach et Oued Kheniss. Sur cette base, et dès le Printemps de cette année, le camp principal de l'Agha fut installé à Bordj El-Qantara afin de surveiller la baie tout en s’assurant les voies de ravitaillement et de renfort par le S. et par l’E. Ainsi, le 14 juin, lorsque la flotte française vint mouiller dans la baie de Sidi-Fredj la surprise sera réelle chez les algériens et si l’on se hâta alors de transférer le camp de l'armée vers Staouéli ça sera uniquement pour y subir la dramatique défaite qui va ouvrir la route d'Alger au corps expéditionnaire français. Trois semaines plus tard, le 5 juillet 1830, la ville tombait et la Régence aura vécu.

Pendant ce temps, Hadj-Ahmed Bey de Constantine était accouru avec des renforts et campait avec ses troupes autour de Bordj El-Qantara d’El-Harrach où va lui parvenir la nouvelle de la capitulation du Dey. Il décide aussitôt d'évacuer les lieux et de rentrer à Constantine. À cette occasion, une source française rapporte une anecdote : «  On raconte que, le jour de son départ de l’Arach, il [Hadj-Ahmed Bey] était déjà à cheval, lorsque tout-à-coup, se retournant vers Alger et dressé sur ses étriers, il s’écria : « je vois d’ici Alger pour la dernière fois peut-être ; car, je fais serment de n’y jamais rentrer, tant qu’elle sera soumise aux Chrétiens ou aux Turcs […] »[11]. Le propos est très probablement apocryphe ou en tout cas fortement romancé. Mais, quoi qu'il en soit, l'épisode ottoman s'achève effectivement sur ces faits et commence alors la période coloniale française.

Période coloniale française[modifier | modifier le code]

On a vu que, jusque-là, le site d'El-Harrach n'a revêtu qu'une valeur stratégique et militaire comme point de passage obligé depuis et vers Alger. Cette situation ne va pas vraiment changer au cours des premières années de l'occupation française, et ce n'est qu'ultérieurement qu'un centre de peuplement va se constituer sur les lieux, de manière presque fortuite.

Depuis le début du XIXe siècle au moins, les territoires de la Mitidja qui s'étendent sur la rive droite de Oued El-Harrach relevaient normalement de l'outhan des Beni Moussa el-Outa (de la plaine). Cette tribu recouvrait globalement les régions actuelles de Bougara (anc. Rovigo), Larba, Meftah (anc. Rivet), Sidi-Moussa et une partie d'El-Harrach (anc. Maison-Carrée). L'image du site au moment où arrivent les français est assez bien connue. Hormis le bordj perché sur la colline de la rive droite et le pont de l’Harrach en contrebas, il y avait très peu de constructions humaines dans les alentours. Au S.-E. du fort, là où se trouve de nos jours la mosquée et le quartier Sidi Embarek, se trouvait la qubba de ce marabout dont on ne sait pas grand-chose. Une bonne partie du vallon où se trouve de nos jours la ville basse était à l'époque une zone de marécages, les plus importants étant du côté de Oued Smar à son point de jonction avec Oued El-Harrach près de la zone où se trouvent de nos jours la Rue Saïd Mokrani sur la rive N. et les dépôts de NAFTAL sur la rive S. C'est aussi un peu plus au S.-O. de cette région que se trouvait une autre qubba, dans ce qui était appelé Haouch Ouali Dadda (à 2.700 m au S.-E. du Bordj), mais qui fut tôt démolie et dont il ne reste aucune trace. Le point le plus éloigné au S., celui qui marquait les confins de ce territoire avec la vaste plaine de la Mitidja, était la qubba de Sidi Rzîn, là où se trouve encore de nos jours le cimetière, un peu au-delà du quartier des Trois-Caves et l'Hôpital Zmirli.

En fait, la principale infrastructure -si l'on peut appeler cela comme ça- était la route d’Alger (anc. Trîq El-Soltân) qui passait par là et qui donnait son importance au lieu. À cette date, en venant de la porte Bab-Azzoun via El-Hamma, le chemin suivait les tracés actuels des rues de Tripoli et Hassan-Bey (anc. Rue d’Alger) et débouchait -après un virage net vers l'E.- sur le pont par la rive gauche. De là, on traversait la plaine par l'actuel centre-ville d’El-Harrach (rue qui longe le siège de l'APC), où il y avait apparemment une fontaine d'eau potable aujourd’hui disparue. De là, la route poursuivait progressivement en pente avant de monter en zigzags vers le bordj en suivant le même chemin (act. Avenue Ghiboub Boualem) qui passe de nos jours par le lycée Ourida Meddad. Une fois passée devant la caserne de l'Agha au sommet du plateau, la route se traçait tout droit en suivant l'act. Rue des Frères Ouddak avant de rejoindre les champs d'El-Alia et continuer ainsi vers l'E. Telle était, en somme, la topographie du lieu-dit El-Harrach en 1830.

1830-1837 : Un poste frontière

1830

(Août) - Le fort de Bordj El-Qantara, demeuré désert depuis le départ de Hadj-Ahmed Bey, ainsi et le pont de l’Harrach sont enfin investis par des troupes françaises. En découvrant les lieux, les soldats nomment tout simplement « la maison carrée » ce grand édifice quadrangulaire, puis, assez rapidement, ce nom deviendra commun chez les français pour désigner l'endroit lui-même et ses alentours, tandis que la vielle qantara sera toujours appelée "Pont de l'Harrach". Cependant, si le fort fut occupé militairement sans résistance, l'installation des français sur les lieux s'avérera beaucoup plus difficile et ce pour des raisons d'abord naturelles. En effet, les marécages qui baignaient à l'époque toute la partie basse du vallon rendaient l’air très insalubre pour les européens : dès les premières semaines d'août, le taux de maladie et de mortalité parmi la troupe était tel que le commandement français ordonne l'évacuation de la garnison de la Maison-Carrée et instaure à la place une rotation de cinq jours aux divers régiments afin de limiter l'exposition des hommes. Il est à noter qu'à cette date les positions françaises ne s'éloignaient pas trop des murs d'Alger, et le Bordj El-Kantara était encore trop avancé en territoire hostile.

(3 décembre) - La région intéresse soudain le général Bertrand Clauzel, commandant en chef de l'armée d'occupation, et grand partisan de la colonisation. Ainsi, il acquiert en ce jour le Haouch Ouali Dadda (le nom sera orthographié le plus souvent « Oulid-Adda » par la suite), de même que le fort lui-même : la ferme -qui était un bien waqf au marabout Ouali Dadda à Alger- fut reprise contre une rente annuelle de 100 boudjous algériens (180 francs d’époque). Ils devaient être versés à un certain Sidi Hadj Hamidou Raïs, cheikh de la confrérie concernée. Pour le fort, la transaction consista en une reprise par le général de la rente de 60 francs que payait jadis Yahia Agha à la même confrérie pour le terrain, tandis que les héritiers de l'Agha recevaient, en échange de leur renoncement à la propriété du bâtiment, une ancienne boutique du beylik à Alger et que Clauzel aurait payé 1.200 francs de sa poche. Arrivé sur les lieux le lendemain de l'acquisition, Clauzel constate que les bâtiments avaient été pillés par les locaux (boiserie enlevée, terrasse défoncée ... etc.) et estima les dégâts à quelques 4.000 francs d’époque. Il décide alors de fortifier la bâtisse et d’y établir un poste militaire : 500 hommes et 60 chevaux y stationneront en permanence, sauf entre juin et septembre où l'on craignait trop pour la santé des soldats[12]. Clauzel sera rappelé de ses fonctions à Alger un mois plus tard (Janvier 1831). La position militaire sera maintenue dans la Maison-Carrée, mais s'il sera honoré du titre de Maréchal (Juillet 1831), les deux acquisitions harrachies seront pour lui la source de pas mal de tracas avec l'administration comme nous le verrons plus loin.

1831

(Printemps) - Un soulèvement des tribus de la Mitidja mène à des attaques contre les garnisons françaises de la Maison-Carrée et de la Ferme-Modèle (act. Baba-Ali), sur le cours de Oued El-Harrach.

(10 juillet) – El-Hadj Mohamed b. Zamoun, chef de la tribu des Flissa de Kabylie se réunit avec un chérif algérois nommé El-Hadj Ali b. Sidi Sâadi au lieu-dit Sidi Arzin (là où se trouve de nous jours le cimetière de Sidi Rzine, à la sortie S. d'El-Harrach en allant vers Baraki) sur la rive droite de Oued El-Harrach afin de coordonner une nouvelle action contre l'armée d'occupation française. Le chef kabyle, qui était à la tête de 4.000 hommes, établit son camp à cet endroit et attendait l'arrivée d'autres contingents des tribus de l’E. Recevant des munitions et des vivres de Blida, des détachements sortaient chaque jour du campement pour aller piller les possessions coloniales des alentours puis, le 17 juillet, une grande attaque est menée contre la « Ferme-Modèle ».

(18 juillet) - Le général Pierre Berthezène, commandant en chef de l'armée d'occupation française, fait mouvement depuis Alger à la tête d’une division de 3.000 hommes et parvient à disperser le camp de Sidi Arzin. La révolte est ainsi étouffée dans l'œuf, Mohamed b. Zamoun et les Flissa rentrent dans leurs villages en Kabylie et emmènent avec eux El-Hadj Ali qui poursuivra son œuvre loin d'Alger.

(Août) – Voulant maintenant assoir leur autorité de manière totale sur la Mitidja, les impératifs sécuritaires exigeaient des français une présence forte et permanente au poste de la Maison-Carrée comme l'indiquent les derniers événements. Les contraintes sanitaires deviennent à ce moment un réel problème, d'où la décision du commandement à Alger de faire assécher les marais qui se trouvent immédiatement en contre-bas du fort, afin de permettre un séjour plus long pour la garnison. La tâche fut confiée à la troupe, mais on procéda aussi à la réquisition de 500 algériens des alentours et 300 prisonniers civils : il faudra sept mois de travail pour parvenir à un résultat plus ou moins satisfaisant.

1832

(7 avril) – Fameux massacre de la tribu des ‘Oufia dans les environs de la Maison-Carrée. L'opération fut menée sur ordre du Duc de Rovigo, et voici ce qu'en rapporte le Baron Pichon, intendant civil d'Alger à l'époque : « […] Les Ouffia, une tribu amie, qui était venue se placer depuis notre arrivée à Alger, sous la protection de la Maison-Carrée, qui alimentait ce poste de menues denrées, qui en recevait journellement les officiers et les soldats, a été surprise, encor endormie dans ses tentes, et fusillée ou sabrée au point du jour, sans réquisition ni somation préalable […] pour un vol commis sur son territoire la veille […]. Tout le bétail épars sur le territoire qu’elle occupait, et qui était en partie la propriété de tiers habitant la montagne ou la ville d’Alger, a été ramassé, amené au poste, vendu à l’amiable à M. Carstensen, agent consulaire du Danemark […]. Le produit en a été réparti à la troupe expéditionnaire (un bataillon de la Légion Étrangère et un escadron de Zouaves) […]. De nombreuses femmes, amenées à la Maison-Carrée, ont été renvoyées le second ou troisième jour, pour donner la sépulture à leurs maris ou à leurs parents, et le sein à leurs enfants. Le nombre des morts a été estimé de 80 à 100 »[13]. Il ajoute que l'opération aurait produit un butin d'environ 2.000 moutons (vendus 5 fr par tête), 700 bœufs (20 fr par tête) et 30 chameaux (100 fr par tête).

(19 mai) - La nouvelle du massacre des 'Oufia émut les tribus locales et l’infatigable El-Hadj Ali b. Sidi Sâadi ne manqua pas de se saisir de l’évènement pour attiser les ressentiments des tribus de Kabylie contre les français. Ainsi, quelques semaines à peine après l'incident, les chefs des tribus Isser et Amraoua furent informés qu’un détachement de soldat français allait chaque jour récolter du foin dans les prairies de la Rassauta (act. Ras El-Saûta, dans les environs de Bordj-El-Kifane). Une centaine de cavaliers furent rapidement réunis et mis en embuscade en ce jour, à quelques centaines de mètres du fort de la Maison-Carrée : entre 30 et 52 hommes de la Légion étrangère furent surpris et tués au combat[14]. À ce sujet, l'intendant civil d'Alger rapporte que « Cette perte ayant fort irrité le duc de Rovigo, il a été occupé tout le mois de Juin à chercher les moyens d’aller opérer sur la côté, au-delà de Matifou, une surprise sur les Arabes pour les punir. Ses efforts sont demeurés sans résultat »[15]. À la mi-juin, la position de Maison-Carrée fut évacuée comme à l'accoutumée pour des raisons sanitaires.

(Novembre) – Depuis Paris, le Maréchal Clauzel revendique officiellement la propriété de la Maison-Carrée et le Haouch Ouali-Dadda auprès de l'administration française. Il réclama aussi l’ancien Djenâne l’Agha à Alger (qui deviendra Villa Clausel). Or, la validité de ses acquisitions à Maison-Carrée furent contestée par le colonel Lemercier qui, au nom de l'Armée, avait prouvé devant le tribunal Madjlès à Alger que les matériaux qui avaient jadis servi à la construction de cette caserne (sous Yahia Agha) avaient été prélevés des magasins et ateliers du beylik, que leur transport fut effectué au moyen de corvées et que les maçons employés furent payés par le Khodja du Dey. Il s’agissait donc selon Lemercier d’une propriété de l’État et elle n’aurait jamais dû être vendue par les héritiers de Yahia Agha ni achetée par le Maréchal Clauzel à titre privé. Finalement, le Madjlès d’Alger reconnut bien le fort de Maison-Carrée comme propriété du Beylik, mais ne se prononça pas au sujet de la ferme. On offrit pourtant une somme de 5 300 francs par an au maréchal Clauzel comme prix de location de l’édifice, mais il refusa et ce fut le début d'une interminable bataille juridique auprès des administrations parisiennes.

Face à l’insistance de Clauzel (que beaucoup de gens en France accusait d'enrichissement illicite et de spoliations), Lemercier établira en avril 1834 que le domaine de Ouali-Dadda était pour sa part un bien de corporation (waqf) et ne manquera de rappeler que le maréchal Clauzel avait lui-même promulgué un arrêté interdisant les transactions immobilières sur ce genre de biens. Fin 1834 l'affaire était sur le point de se conclure en la défaveur du Maréchal pour les deux propriétés harrachies, mais en 1835 il est à nouveau nommé commandant en chef à Alger ce qui donnera un coup de frein à la querelle. Relevé de ses fonctions suite à l'échec de l'expédition contre Constantine (Novembre 1836), les débats reprendront de plus belle et s'étaleront jusqu'au 21 octobre 1838, date à laquelle est officialisé un accord de compromis entre lui et le Ministère de la Guerre : le maréchal cède définitivement à l’État le fort de la Maison Carrée proprement dit ainsi que 30 hectares de terrain pris autour du bâtiment, le tout pour une somme de 40.000 francs. Il garde par-contre la ferme de Ouali-Dadda en toute propriété[16].

1833

- Le capitaine Claude-Antoine Rozet, officier de l’armée d’occupation, décrit le fort de Maison-Carrée suite à un passage sur les lieux : « Ce bâtiment est un carré de 85 mètres de côté le pourtour est formé d'arcades sous lesquelles il y a des mangeoires pour les chevaux. Au milieu de ce carré s'en trouve un autre qui contient des écuries fermées et des magasins à fourrage ». Quelques mois plus tôt, le colonel Lemercier précisait dans une de ses lettres que l'édifice avait de la place pour « 500 hommes, 60 chevaux et 20 officiers' », ce qui diffère sensiblement des chiffres consignés sur les registres militaires puisqu'ils indiquent, pour fin 1833 à Maison-Carrée, une garnison de 626 hommes et 326 chevaux.

1834

(Juin) – Les 'Arib, jusque-là dispersés dans la Mitidja, sont réunis par les autorités coloniales en une seule tribu makhzen et établis près de Maison-Carrée sous les ordres du caïd Ben-Zekri et assument dès lors le rôle d'une "police de la plaine" pour le compte des français[17]. Les sources françaises indiquent que ces 'Arib sont en fait une fraction de la grande tribu des 'Arib de la région de Aïn-Bessam. Ce groupe "vint asseoir des tentes au pied de la maison carrée, à deux lieus d'Alger"[18] suite à des conflits tribaux qui auraient éclaté dans le chaos qui a suivi l'occupation d'Alger par les français. Il s'agirait donc d'une installation toute récente dans la Mitidja d'une population semi-nomade. L'idée en elle-même serait du général Voirol qui aurait tenté de la mettre en œuvre dès 1833, le but étant de convertir ces groupes turbulents (ils s'adonnaient au brigandage depuis leur venu dans la plaine) à la vie d'agriculteurs tout en leur confiant la défense des positions de Fort-de-l'Eau et de la maison-Carrée[19].

L'expérience ne semble pas avoir eu de suites, mais cette tentative de réorganisation s'insère dans la volonté globale de démantèlement, par le régime colonial, de l'ancien système politico-administratif hérité de la Régence et qui s'était par-ailleurs en partie écroulé après la chute du régime. Et si cette volonté se manifeste si précocement dans la Mitidja, c'est parce que cette plaine, rappelons-le, était la seule région réellement soumise à l'autorité française à l'époque, le reste de l'Algérie n'étant pas encore conquis : à l'Est le Bey Hadj-Ahmed continuait à résister depuis Constantine, tandis qu'à l'O. commençait à briller, cette année-même, l’étoile d'un jeune chérif de la région de Mascara, El-Hadj Abdelkader b. Mahieddine.

1837-1841 : Guerre de l’Émir Abdelkader

1837

- Après trois années de guerre contre les français, l'Emir Abdelkader parvient à leur imposer le Traité de la Tafna : on lui reconnait formellement la souveraineté sur les anciens beyliks de l'O. et du Titteri. La plaine de la Mitidja et la région de Maison-Carrée demeuraient aux français, mais l'installation des agents de l'Emir à Médéa et sur les hauteurs de l'Atlas blidéen transforma accentua l'importance militaire de cette position comme verrou sur la route d'Alger.

1838

(Avril) - Le député français Louis-Charles Solvet voyageant en Algérie fait un passage par la région et consigne ses impression dans une lettre qui sera publiée la même année. Le document nous laisse une description de la région à cette date : « […] le 14 Avril, par une belle matinée de printemps, je partis d’Alger avec Mr. Paul Aubin […]. Sortis de la ville par la porte Bab-Azzoun, nous suivîmes cette route à perte de vue qui conduit au pont de l’Harrach […]. En deux heures nous arrivâmes à la maison carrée, le dernier de nos postes militaires vers cette partie de la plaine de la Mitidjah, et nous nous engageâmes ensuite dans une route tracée à gauche, au milieu des broussailles, sans trop savoir si elle nous conduisait directement à notre destination. Nous cheminions depuis une heure environ, et nous n’avions rencontré que quelques femmes indigènes près d’un puits au bord de la route, et puis au loin un arabe qui courut après notre voiture en nous demandant du tabac, lorsque ayant monté une petite colline, notre vue se plongea tout-à-coup sur des constructions européennes, au milieu desquels s’élevait une jolie maison avec une espèce de clocher surmonté d’une grande croix de fer : c’était la Rassauta […] »[20].

Au même moment, tirant profit de la sécurité relative acquise par le Traité de la Tafna et au fur et à mesure que les marécages qui entouraient le pont de l’Harrach étaient drainés et asséchés, quelques européens commencent à s'établir dans les le voisinage du fort de la Maison Carrée. Il s’agissait à ce stade de marginaux pour l'essentiel, des civils engagés dans quelques activités en relation avec l’approvisionnement et le divertissement des soldats de la garnison (vente d'alcool frelaté, prostitution ... etc.) ou de d'ex-colons agricoles de la Mitidja et du Sahel dont l’entreprise n’avait pas réussi et qui se retrouvaient criblés de dettes. Il ne s'agissait donc pas encore d'une agglomération à proprement parler, mais de quelques baraques précaires dispersées autour de la caserne et ses alentours.

(20 septembre) – Officiellement ralliée à l'Emir Abdelkader, la tribu des Hadjout ne cessa jamais de harceler les colonies européennes établies dans la Mitidja. Ainsi, un journal colonial[21] nous apprend qu'en ce jour un de leur raids fut dirigé contre la ferme du Haouch Oulid Adda près de la Maison-Carrée, et qu'ils ont pris quelques 136 bœufs.

1839

- L’Emir Abdelkader reprend la guerre contre les français. Les cavaliers de la tribu Hadjout se déchainent contre tous les établissements coloniaux qu'ils peuvent atteindre dans la Mitidja. La situation sécuritaire oblige alors beaucoup d'européens à fuir ces hameaux à peine constitués. Un journal colonial décrit la situation à Maison-Carrée : « La ferme d'Oulid Adda est admirablement située à un quart de lieue de la Maison-Carrée d'où elle apparaît comme un joli pavillon. Une belle route y conduit ; un labyrinthe formé de cactus égaie agréablement le voyageur qui veut y parvenir ; un coq surmonte un léger clocher qui donne à ce passage l'air d'un ermitage. Mais passé le seuil de la porte, c'est le tableau le plus repoussant que l'on puisse rendre, Une malpropreté répugnante fait détourner les regards qui ne se reportent que sur des objets en lambeaux et dégoûtants. La guerre ou la peste a passé par là sans doute ; ma voix est restée sans écho ; je n'ai pu trouver personne. Un Petit pâtre m'a dit que les habitants avaient fui pourchassés par les fièvres et la misère ».

1840

(15 mai) - Ben-Salem, khalifa de l’Emir pour le Sebaou, réunit des contingents de tribus kabyles alliées et les mena à l’attaque du fort de Maison-Carrée dont la garnison fut harcelée durant des jours. Aussi, au retour d'une incursion audacieuse jusqu'au Hamma, Ben-Salem et ses cavaliers furent pris en ce jour sous le feu de la Maison-Carrée au moment où ils traversaient Oued El-Harrach par son embouchure. Cela n'empêcha pas la retraite, mais un boulet de canon tiré depuis le bordj aurait emporté El-Hassaïn b. Zamoun, fils du chef des Flissa de Kabylie[22].

- La situation sécuritaire devenant intenable à cause de la guerre, les autorités militaires de la Maison-Carrée ordonnent à tous les européens, jusque-là dispersés auprès du fort, de se regrouper dans un secteur prédéfini en bas du vallon. Quelques maisons vont ainsi constituer un petit hameau entre le bout du pont sur la rive droite et la fontaine d’eau jusqu’aux contre-bas de la colline du fort. C’est ainsi que se constituera progressivement le noyau de la future ville de Maison-Carrée.

1841

(12 avril) – On peut lire ce qui suit dans un ordre général daté de ce jour : « Aujourd’hui, 400 chevaux de l’E. commandés par Ben-Salem sont venus attaquer des indigènes amis établis à la Rassauta. M. le lieutenant Pellé est parti de la Maison-Carrée avec 300 tirailleurs indigènes, à marché sur les Arabes, les a mis en fuite, en a tué plusieurs et les a poussés jusqu’à Sidi-Khaled […] ». Ce fut là la dernière incursion que mènera Ben-Salem dans la Mitidja, et les colons européens pourront dès lors bénéficier d'une certaine tranquillité dans cette région[23].

1841-1846 : Un premier village européen

Avec le retour au calme dans la région, sont aussi achevés les derniers travaux d’assèchement des marais de l'Harrach. Les problèmes sanitaires à Maison-Carrée sont alors réglés en très grande partie, et le fort ainsi que le site de manière générale deviennent habitables sur toute l'année pour les européens.

1844

- Le général Thomas-Robert Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie (1836 à 1837, 1840 à 1847) et commandant en chef de l'armée d'occupation, était un grand supporteur de la colonisation en Algérie. Dans le cas de Maison-Carrée, il préconise clairement dans un rapport daté de cette année l'établissement d'un centre de peuplement français sur les lieux : « Je partage l'opinion du colonel du génie sur l'avantage qui résulterait de la création d'un centre de population sur ce point [Maison-Carrée], lieu d'étape pour une partie des Arabes qui apportent leurs denrées au marché d'Alger ».

(17 octobre) – Un arrêté ministériel consacre officiellement « le lieu-dit Maison-Carrée » et le reconnait comme « centre de peuplement français ». Le hameau se voit rattaché administrativement à la commune d’Hussein-Dey. On dit que le premier habitant civil des lieux fut un certain Antonio Lluch.

1846

(3 novembre) – Une violente crue de Oued El-Harrach provoque de grosses inondations à Maison-Carrée. Le reporter d'un journal colonial raconte le drame : « Les eaux couvraient tout le terrain compris entre les collines du Sahel, celle où est assise la Maison Carrée et toute l'étendue de la plaine que l'œil peut embrasser jusqu'au monticule de la ferme d'Oulid Adda. Vers 9h, l'inondation était dans toute son étendue et grossissait encore quoi que l'eau s'écoulât avec une fureur et une rapidité effrayantes »[24]. L'article précise que sept des onze maisons qui constituaient le hameau à cette date avaient disparu dans la matinée, et qu’elles furent suivies d’une auberge nommée « La Nouvelle France » qui engloutit à elle seule une dizaine de personnes. Au total, il y eut 23 morts parmi les habitants et la situation était telle que le village aurait pu ne plus exister.

Tout était à refaire.

1846-1869 : Le second village européen

1855

- Le vieux fort de la Maison-Carrée, qui abritait à ce moment des troupes du Génie, cesse de servir à la garnison. L'édifice est transformé en pénitencier pour indigènes sous le nom Maison Centrale de l'Harrach[25].. Il faudra attendre les environs de 1912 pour que la construction du « Nouveau Groupe Pénitencier » de Maison-Carrée (la prison de Belfort qui est encore en service à ce jour) pour voir l'ancien fort revenir à son usage militaire avec l'installation du 5e Régiment de Tirailleurs Algériens (5e RTA) et ce au grand bonheur des européens du quartier Belfort à l’époque.

1856

(31 décembre) - Le hameau de Maison-Carrée est rattaché officiellement à la commune de la Rassauta qui fut créée le même jour. Le territoire de cette nouvelle commune était délimité comme il suit : « [...] comprend le territoire de la Rassauta proprement dit et ceux du Fort-de-l'Eau, de la Maison-Carrée avec la Maison-Blanche, d'Aïn-Taya avec Aïn-Beïda, Rouiba avec Matifoux, qui forment quatre sections de commune. La commune de la Rassauta est délimitée de la manière suivante : Au NORD, la mer depuis l'embouchure de Oued El-Harrach jusqu'à l'embouchure de Oued Reghaïa. A l'EST, l'Oued Reghaïa qu'on remonte jusqu'à l'endroit où il reçoit l'Oued El-Biar [...]. Au SUD l'ancienne route d'Alger et de Dellys jusqu'à sa rencontre avec l'Oued Khemis, qu'on remonte jusqu'à un petit chemin conduisant à la route d'Alger au Fondouk, et de ce dernier chemin jusqu'à son embranchement avec celui d'Alger à l'Arba. A l'OUEST, le chemin de l'Arba à Alger, qu'on parcourt du S. au N. jusqu'à sa rencontre avec l'Oued El-Harrach qu'on déscend jusqu'à son embouchure, point de départ »[26].

On note donc que ce réaménagement fixait la limite entre la commune de la Ressauta et celle d'Hussein-Dey sur le cours de Oued El-Harrach, ce qui faisait dépendre la rive droite de Maison-Carrée et sa rive gauche de deux circonscriptions différentes.

1862

Cette année fut marquée par deux événements qui auront une influence majeure sur le développement futur de la localité de Maison-Carrée :

– Création du Marché aux Bestiaux de Maison-Carrée : installé derrière la Mairie (là où se trouve de nos jours la cité HLM, le commissariat de police et le Parc des Sports)[27], le marché se tenait chaque Vendredi. Le volume des transactions ne cessera d'y croitre, jusqu'à dépasser ceux de Boufarik (qui date de l'époque de la Régence) et de Larba en 1870, devenant alors le plus grand marché d'Algérie et un des plus importants de toute l’Afrique du N.

- Construction de la ligne de chemin de fer Alger-Blida qui passe par Maison-Carrée[28]. Il s’agissait de la toute première liaison ferroviaire en Algérie. Parmi les six compagnies ferroviaires françaises de l'époque, les autorités coloniales ont choisi la PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) en arguant qu’elle était la plus proche géographiquement de l’Algérie. De ce fait, le type de voie adopté (voie large) était celui de la ligne Paris-Marseille, tandis que les stations étaient bâties selon le modèle adopté pour la Bourgogne.

1865

(24 juillet) – Lors de sa visite en Algérie, l’empereur Napoléon III fait une halte en ce jour à Maison-carrée. Dès qu'il traverse le pont de l'Harrach, il est accueilli sur la rive droite par Aexandre Van-Maseyk [29], maire de la Rassauta qui fit une allocution à cette occasion. Le cortège impérial prend ensuite le chemin de l’E. et passe par l'ancien fort de Maison-Carrée qui était à cette époque un centre pénitencier pour indigènes ("Maison Centrale de l'Harrach"). Napoléon III aurait y été interpellé par une femme algérienne qui demanda grâce pour son fils emprisonné, ce que lui aurait accordé l'empereur.

1868

Dès 1867, la population résidente dans le village de Maison-Carrée dépasse le cap des 1.000 habitants, alors que sur l'ensemble du territoire communal de la Rassauta le nombre des habitants se chiffrait à 1.690 personnes en 1868. L'essor pris par la colonie de Maison-Carrée depuis la création du marché et de la ligne de chemin de fer contrastait donc clairement avec l'échec du centre de peuplement européen de la Rassauta. En effet, crée le 22 août 1851, les autorités coloniales plaçaient un grand espoir dans la Rassauta, car on misait sur les terres fertiles de cette région pour voir un essor rapide de la colonisation agricole dans cette partie de la Mitidja. C'est dont cet esprit que le hameau de Maison-Carrée (jusque-là dépendant de la commune d'Hussein-Dey) fut rattaché comme annexe à la Rassauta lorsque celle-ci fut promue au rang de commune de plein exercice le 31 décembre 1856. Pourtant, dès le début des années 1860 la population de Maison-Carrée frôlait le millier d'habitants alors que celle de la Rassauta stagnait au tour de 500 âmes. Cet écart continua donc à se creuse au cours de la décennie et le fait sera finalement constaté et reconnu par l'administration coloniale qui va transférer le chef-lieu de la commune vers Maison-Carrée en 1869.

1869-1882 : Une petite ville qui grandit

1869

(14 août) – Par décret impérial, le chef-lieu de la commune de la Ressauta est transféré à Maison-Carrée et ladite commune rebaptisée du même nom. Le territoire de la nouvelle commune demeurerait le même que celui fixé pour l'ancienne commune de la rassauta en 1856. De même, le corps municipal gardait la même comosante et la même organisation : 1 maire ; 5 adjoints (dont quatre devaient résider dans chacune des sections composant la commune), 8 conseillers municipaux (dont 5 français ou naturalisés français, 2 étrangers européens et 1 indigène musulman)[26] : A. Van-Maseyk fut maintenu comme maire de la commune, et M. Cordier demeurait son adjoint pour la section de Maison-Carrée.

- Cette même année, le cardinal Lavigerie, archevêque d’Alger fait construire le monastère St.-Jospèhe aux environs de Maison-Carrée (act. Mohamadia). Il en fait le noviciat de l’Ordre des Pères-Blancs qu’il venait de créer, et qui fondera à son tour un vignoble dans les terres qui entourent ce couvent et qu'on nommera d'abord Domaine d'Oulid Adda[30]. Le domaine sera racheté en 1899 par la Société Immobilière & Agricole de l’Harrach (qui était en fait une propriété de l’Ordre des Pères-Blancs et qui était dirigée par des ecclésiastiques) et se nommera dès lors « Les Coteaux de l’Harrach ».

1870

- Installation de la première minoterie à Maison-Carrée, le Moulin Ste.-Corine. Erigée sur la rive gauche de Oued El-Harrach (le quartier se dit encore Sinkouri de nos jours), la petite usine appartenait au colon Dessoliers[31] et devait aussi fournir l'électricité à la localité, dont il restera d'ailleurs le fournisseur exclusif jusqu'en novembre 1903, date à laquelle sa concession sera transférée à la Société Algérienne d’Eclairage & de Force et ce pour une durée de 30 ans.

- A cette date, la ville de Maison-Carrée comptait officiellement une population de 1.693 habitants, dont 1.053 européens (62%) et 640 musulmans (38%, essentiellement en zone extra-urbaine).

1878

- Le pont de l'Harrach à Maison-Carrée subit une grosse réparation. Le vieil ouvrage de l'époque ottomane est ainsi restauré sur les deux bouts, tandis qu'on modifie le milieu du pont par l'ajout d’un tablier métallique d'une largeur de 4 m[32].

1882-1920 : Un Faubourg industriel

1882

- L'industriel Antoine-Frédéric Altairac installe une usine de tannerie-corroierie à Maison-Carrée. Le terrain, qui mesurait 300 hectares, fut acquis en 1878. Il se situait à la sortie de la ville en allant vers le S. (dans une zone qu’on appelle encore de nos jours « Lantirak », en amont du quartier act. de Kourifa), et se nommait alors « Aïn-Skhouna » (le nom est orthographié Ain-Schrouna sur les premiers documents où il figure). Il s’agissait d’un terrain agricole, propriété d'un autre colon européen M. Gimbert.

Cet établissement, qui devait alimenter ses manufactures algéroises en cuirs, fut la toute première industrie installée à Maison-Carrée et employait quelques 150 personnes. Par la suite, ajouta une briqueterie-tuilerie de 200 employés au même endroit tout en maintenant une partie du terrain pour les activités agricoles (un vignoble, des orangers, des espaces pour céréales et même des mûriers pour un élevage de ver-à-soie) ainsi que des étables où il produisait des mulets pour les besoins de l’armée coloniale. À noter que, si la main-d’œuvre des fabriques et des manufactures était encore toute européenne, les employés de la partie agricole des Ets. Altairac (environ 100 personnes) étaient en partie constitués d’algériens. Pour prendre conscience de l’importance de ce petit centre industriel à l’époque, il faut observer que la population totale de Maison-Carrée dans les années 1880-1885 avoisinait les 3.000 habitants (dont les 2/3 étaient des colons français et européens) alors que les usines Altairac occupaient près de 500 personnes en emploi direct. Des logements furent installés sur le site pour les manœuvres et une école fut construite de sorte que le coin constituait carrément un faubourg de l’agglomération.

1892

- Création de la Compagnie des Chemins de Fer sur Routes de l'Algérie (CFRA, à prononcer Céféra), qui entreprend aussitôt la construction de trois lignes de locomotives à vapeurs pour desservir l’Algérois. L’une de ces lignes va relier Alger à Maison-Carrée en une heure de temps environ par Hussein-Dey. En 1898, cette première ligne sera électrifiée tandis qu'une nouvelle liaison sera étable entre Maison-Carrée et Rovigo (act. Bougara) dans la Mitidja et, en février 1909, une autre ligne CFRA va relier la ville à Aïn-Taya par le biais d'un tramway vapeur.

Très tôt, la ligne d'Alger provoqua rapidement la saturation de la route traditionnelle (qui suivait l’actuel tracé Rue d’Alger - Avenue Tripoli – Rue Hassiba), les rails ayant monopolisé une partie de la chaussée alors que la voie était déjà très fortement sollicité par le flux de bétail transitant du marché de Maison-Carrée vers les abattoirs d’Alger et surtout avec l’apparition de l’automobile. Le problème était tellement ressenti que les autorités coloniales commandèrent, dès 1896, une étude un possible « chemin littoral' » qui devait relier Maison-Carrée à Alger par le bord de mer, l’idée au départ étant de réserver cette seconde route au passage des troupeaux d’ovins et de bovins, d’où la dénomination de « piste à mouton » puis « Route moutonnière » qui s'attachera à ce projet[33]. Mais, le coût du projet (estimé à 800.000 fr. d’époque pour 12 km) parut exorbitant, et le Gouvernement Général d’Algérie ne lui donna finalement pas suite. La municipalité de Maison-Carrée va néanmoins s'y attacher et sans cesse revenir à la charge à ce sujet au cours des quinze années qui vont suivre.

En janvier 1932, est inaugurée une liaison CFRA Alger-Maison-Carrée avec terminus à Belfort par de nouveaux bus. Par-contre, jugées déficitaires, mes lignes de tramway vapeur Rovigo et Aïn-Taya sont définitivement supprimées en juin 1933[34]. En janvier 1937, La CFRA mettra fin à l’utilisation des tramways électriques sur toutes les lignes desservant Maison-Carrée et les remplaça par des trolleybus (la fréquence des rotations est portée à 30 minutes au lieu de 1 heure auparavant). Seule la ligne Nelson-Maison-Carrée continuera à être desservie par tram et ce jusqu’après 1945.

1897

(6 mars) – Une violente tempête provoque dans la nuit un débordement de Oued El-Harrach et une inondation à Maison-Carrée.

1898

- Etablissement du premier bureau de poste à Maison-Carrée. Les locaux se situaient alors dans un bâtiment dont le propriétaire n’était autre que Nicolas Zévaco, membre du conseil municipal. En 1915, ces premiers locaux deviendront trop exigus et Zévaco concèdera alors une autre pièce pour abriter le téléphone de la ville. En juin 1920 il y aura encore un agrandissement, mais une décision fut prise alors par la municipalité afin de construire un nouveau bâtiment : un terrain situé à côté de l'école Lavderdet sera acheté d'un certain M. Pérez et abritera le nouveau siège qui existe encore de nos jours et qui abrite les locaux d' Algérie Poste.

1899

- Construction de la première école à Maison-Carrée, avec quatre classes toutes réservées aux européens. L'édifice existe encore de nos jours (en face du square et de la poste) et abrite l'École Moyenne Al-Farazdaq.

1905

- Fondation de l’Ecole d’Agriculture Algérienne à Maison-Carrée. Il s’agissait en fait du transfert vers ce qui était appelé « Plateau de Belfort » de l’ancienne Ecole Pratique d’Agriculture installée depuis 1880 à Rouïba (annexe de la commune de Maison-Carrée). Le nouvel établissement occupait 63 hectares, disposait de grands jardins, d’espaces pour les cultures expérimentales, d’un vignoble de 25 hectares, d’une station botanique et possède aussi un jardin maraîcher au lieu-dit Les Cinq-Maison. En plus des bâtiments d’enseignement qui y furent construits selon un très beau style néo-mauresque, on y trouvait des étables diverses, un atelier de préparation des aliments, un silo à grains et fourrages ainsi qu’une cave et un rucher[35].

- Construction du Marché Couvert de Maison-Carrée, et qui existe encore de nos jours.

1906

(4 mars) - Les résultats du recensement 1905 Maison-Carrée[36] donnent une population totale de 7.582 habitants dont 4.612 européens (61%, dont 1.338 ne portent pas la nationalité française) répartis sur 1.007 ménages, et 2.970 musulmans (39%, dont 63 marocains et 1 tunisien) répartis sur 585 ménages). En dehors du périmètre urbain, on dénombre sur le territoire de la commune 410 maisons, 283 gourbis et 4 tentes. À noter que l'ensemble de la population de la ville était alimentée en eau, à cette date, par une noria qui pompait d'un seul puits.

(20 septembre) – Par décret présidentiel, le « quartier dit de la gare PLM de la commune d’Hussein-Dey et comprenant une superficie de 61 hectares 53 ares » est officiellement rattaché à la commune de Maison-Carrée, réunissant ainsi à nouveau les deux rives de la ville (séparés administrativement depuis 1856).

(12 octobre) - Une décision de la préfecture d’Alger prononce l’expulsion sous escorte de la Gendarmerie d’un certain Hamoud b. Lakhdar Djouabi vers Maison-Carrée d’où il était originaire, et ce au motif qu’il constituait un danger pour l’ordre public dans la capitale. Il s'agit là du plus ancien "truand" harrachi attesté ... lol

– Cette même année, une crue exceptionnelle de Oued El-Harrach inonde une nouvelle fois la ville de Maison-Carrée : l’eau aurait atteint plus de 1 m dans certains quartiers et laissa plusieurs victimes. Une fois l'orage passé, des travaux de curage des berges furent entrepris et l'embouchure fut désensablée dans l'espoir d'atténuer ce phénomène récurrent.

1908

(10 novembre) – Un violent orage provoque une crue de Oued El-Harrach et une inondation dans l’usine Altairac.

1909

(15 février) - Lors de la session ordinaire du conseil municipal tenue en ce jour, le maire Léon Lebailly fait lecture de la réponse reçue de l’Académie sur le projet de construction d’une nouvelle école à Maison-Carrée. Le document intéressant dans le sens où il nous éclaire sur la géographie de la ville à cette date et l’appréciation que l'on avait sur ses différents quartiers à l'époque :

« Au sujet de l’emplacement de la future école primaire projetée à Maison-Carrée, mon avis est qu’il conviendrait de ne pas trop l’éloigner du centre de la ville, vers où convergent toutes les voies de communication. N’étaient la réputation d’insalubrité que possèdent, à tort peut-être, les quartiers du centre, et l’inquiétude que pourraient en éprouver certains pères de famille s’ils voyaient l’école s’y édifier, c’est cers ces quartiers mêmes que se porterait mon choix. Le quartier PLM n’est pas très éloigné du centre, mais pour y accéder, il faut traverser la voie du chemin de fer. Il peut en résulter un certain danger. Peut-être aussi, le voisinage de certaines usines ne serait-il pas sans présenter quelques inconvénients. Le quartier de Belfort est tout à fait sain ; malheureusement, il s’étend sur un plateau dont les facilités d’accès ne sont pas très grandes et, surtout, il est très éloigné du centre. A mon avis, le meilleur emplacement […] c’est celui du lot de terrain où se trouvent l’ancienne école de filles et le presbytère. La proximité du centre-ville, le voisinage de la forêt, la salubrité de l’endroit et le magnifique horizon qu’on y découvre, contribuent à rendre ce site parfaitement approprié à nos desseins, d’autant plus que la municipalité peut y disposer de 6.000 m² d’après les renseignements que vous avez bien voulu me donner. Il ne présente qu’un seul inconvénient […] la déclivité du sol étant considérable, des glissements de terrain sont à craindre. […] Mais s’il était possible […] de faire disparaitre cette menace d’insécurité […] je me prononcerais sans hésiter pour cet emplacement ».

Finalement, le conseil décida de suivre la recommandation de l’Académie et d’abandonner l’idée initiale d'acheter un terrain dans le quartier de Belfort et dont les propriétaires, M. Sintès et M. Kanouï, avaient déjà été approchés par le Maire. Pourtant, cinq and plus tard, la municipalité va revenir à sa première décision et le terrain en question sera effectivement acquis par la ville afin d’y construire un second groupe scolaire. Toutefois, l'opération ayant été effectuée quelques semaines à peine avant le début de la 1re Guerre Mondiale, la réalisation du projet sera reportée pour quelques années encore.

9 mai - Inauguration de l’hippodrome de Caroubier par l' Association Hippique de l’Harrach et organisation du premier paris mutuel. À noter que ce nom, qui est encore de nos jours celui du quartier Al-Kharrouba, vient d'un grand arbre de caroubier qui se tenait sur place et dont on se servait communément pour désigner la station du tram CFRA qui y faisait halte sur la route d'Alger.

1910

- L’ancien pont de l'Harrach à Maison-Carrée est définitivement démoli. Le vieil ouvrage turc ainsi que le tablier métallique qui lui a été adjoint dans les années 1870 furent remplacés par une construction plus moderne et une chaussée large. Il s'agit de l'actuel Pont du 1er novembre à El-Harrach, plus communément appelé El-Qantara el-Baidha (le « Pont Blanc »).

Ce sujet fut discuté par le conseil municipal dès février 1906. On y apprend que les autorités coloniales avaient examiné plusieurs projets d’élargissement et de reconstruction au cours des dernières années, et qu'entendait à un moment modifier le tracé de na RN5 de délocaliser l’emplacement du pont de Maison-Carrée. Les habitants de ce qui était appelé « quartier de l’Harrach » s’opposèrent à cette option (appuyés il est vrai par le richissime J. Duroux dont le nouveau tracé proposé traversait ses propres immeubles), et le gouverneur Jonnart finit par accepter que la reconstruction du pont se fasse sur le même emplacement.

1911

(31 octobre) - On enregistre une nouvelle crue de Oued El-Harrach, probablement la plus violente jamais enregistrée jusque-là puisque les eaux auraient atteint 2,80 m dans le café nommé « Les Pyrénées » selon certains documents de l'époque. On, ignore le nombre des victimes, mais la municipalité de Maison-Carrée décida juste après la catastrophe de délimiter un périmètre non constructible le long des berges de l’Oued et le fera respecter de manière très stricte.

- Cette même année, la population de la commune de Maison-Carrée se chiffrait à 9.678 habitants dont 60% d’européens et 40% d’algériens musulmans.

1913

– Fondation du Racing Club de Maison-Carrée (RCMC), premier club de football de la ville. Ayant un damier rouge et noir pour couleur, il s’agissait plutôt du club des Européens de Maison-Carrée et il le restera durant toute son histoire, d’où sa disparition immédiatement après l’indépendance. Toutefois, il faudra attendre 1930 pour que la ville dispose enfin d'un stade aux normes[37].

1919

(Février) - La Compagnie Centrale d’Energie Electrique entame les premières démarches auprès de la municipalité de Maison-Carrée en vue de l’installation d’une distribution de gaz pour le chauffage et la cuisine à travers la ville.

(28 mars) - Réagissant à des rumeurs sur un transfert imminent du 5e RTA de sa caserne de Belfort et son remplacement par un bataillon d’artillerie, le maire de Maison-Carrée Léon Eldine adresse une lettre aux autorités militaires de la colonie pour exprimer sa préoccupation sa colonie. Certains passages sont intéressants dans le sens où ils nous éclairent sur comment les européens concevaient la relation avec les algériens musulmans à l'époque : « […] Il est un point, Mon Général, sur lequel je me permets d’attirer votre attention. Maison-Carrée est un centre essentiellement passager, le siège d’un des plus grands marchés de la Colonie, où se groupent chaque semaine par milliers les indigènes : au point de jonction des principales routes de pénétration dans l’intérieur des lignes de chemins-de-fer, la ville semble être le refuge de tous les gens sans aveu. La police y est extrêmement difficile, et les commencements de nefra ont souvent nécessité l’intervention de la troupe. D’autre part, le groupe pénitentiaire de Maison-Carrée abrite 800 à 900 détenus dont 400 forçats qui travaillent au dehors, chez des propriétaires, et une révolte de ces individus, toujours possible, ne pourrait être réprimée que par la force armée. Les troupes d’artillerie ont service spécial qui ne leur permettrait pas d’avoir toujours prêt à marcher un effectif suffisant pour assurer la répression. Pour toutes ces raisons, je me permets d’insister, Mon général, pour obtenir le maintien à Maison-Carrée, sinon de la portion centrale du régiment de Tirailleurs, du moins du dépôt avec un effectif de troupe suffisant pour garantir la sécurité ». Concernant le 5e RTA, on prit contacte avec un des conseillers généraux de Maison-Carrée, Mr Altairac, et on le pria d’aller vérifier cette information auprès du commandement local de l’armée coloniale, et on eut alors des assurances de la part des chefs que cette unité n’allait pas être déplacée de ses casernements de Maison-Carrée ».

Quelques semaines plus tard, après la promulgation de la Loi du 4 Février 1919 qui abolissait les restrictions précédentes et autorisant tout « électeur indigène » (ils sont au nombre de 157 dans la commune de Maison-Carrée cette année) à disposer d’une arme à feu s’ils le souhaitent, le conseil municipal de Maison-Carrée joint sa voix à celle d’autres communes coloniales et souhaitent ouvertement que l’ancienne réglementation soit réintroduite, précisant que « […] la facilité avec laquelle les indigènes obtiennent l’autorisation de détenir une arme peut avoir une répercussion très grave sur la sécurité », et encore que « La loi précitée a été votée inconsidérément et il est de toute urgence d’un atténuer les effets si l’on ne veut pas perdre le bénéfice des sacrifices consentis pour la pacification de la Colonie ». Fait assez rare, les quelques indigènes membres du conseil sont invités à s’exprimer sur la question. le conseiller M. Bouchenack aurait alors déclaré que « beaucoup de ses coreligionnaires, propriétaires ou commerçants, habitant la commune depuis de longues années et leur passé d’honnêteté, leur loyalisme envers la France sont garants de l’usage qu’ils feront de l’arme mise entre leurs mains ; mais estime que la plus élémentaire prudence commande de ne pas généraliser la mesure », propos qu’approuve son collègue M. Abderrahmane selon le PV d’une des sessions ordinaires du conseil.

(Décembre) - Protestant contre une nouvelle augmentation des tarifs de la CFRA, une lettre du maire de Maison-Carrée nous éclaire un peu sur la situation des transports entre la ville et Alger à cette époque : « […] Le service des voyageurs laisse absolument à désirer. Des motrices sont réservées pour les voyageurs partant d’Alger et allant au-delà du Jardin-d’Essai, mais les instructions de la CFRA ne sont pas toujours respectées, et il s’en suit que nombre d’habitants de Maison-Carrée ne rentrent chez-eux qu’après avoir stationné des heures à un des arrêts intermédiaires ».

par ailleurs, un décret municipal daté de ce mois et fixant le tarif des « courses par cochers » dans la commune et vers les autres localités énumère au passage les divers lieux de station de l’époque : « Ferme d’Humières, Ouled-Adda, Séminaire des Pères-Blancs, El-Alia, Cinq-Maisons, Ferme Altairac, la Glacière, Usine Altairac, École d’Agriculture, Quartier PLM, Quartier Belfort, Cressonière, Froid-Sec, Prise-d’Eau, Sidi-Herzine, Carroubier, Hippodrome, Oued-Smar ».

1920-1942 : Une "colonie indigène" en essor

1920

[Novembre] - Un décret du Gouvernement Général d'Algérie proclame : « […] La voie neuve, d’une longueur de 7.376 m, à ouvrir, entre le port d’Alger et la ville de Maison-Carrée, partie sur le domaine public maritime et partie entre la voie du chemin de fer d’Alger à Oran et le littoral ; ladite voie ayant son origine au S. des terre-pleins de l’arrière-port d’Agha, suivant de plus ou moins près la ligne susvisée du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée d’Alger à Oran, s’en détachant pour contourner le cimetière d’Hussein-Dey et le Polygone de l’artillerie en empruntant le chemin du Polygone, la rejoignant au Caroubier et aboutissant sur la RN 5 d’Alger à Constantine […] à la sortie du pont biais existant sous les voies Paris-Lyon-Méditerranée ». Comme on le voit, il s’agit du tracé précis et définitif de la fameuse « Route moutonnière », le décret déclarant aussi que tous les travaux y afférant sont d’utilité publique et donnent un délai de cinq ans pour son exécution, et La route sera effectivement inaugurée en 1924.

1921

- La commune de Maison-Carrée compte une population de 11.290 habitants (53% d’européens, 47% d’algériens musulmans). Ce total se détaille comme il suit : Maison-Carrée ville = 8.901 habitants (61% européens), Banlieue = 2.389 (25% européens), et s’y ajoutent 2.685 personnes comptées à part (militaires, prisonniers, étudiants, moines).

(Juillet) - Inauguration de la 15e Fête Fédérale de Gymnastique de l’Afrique du Nord qui se tient cette année à Maison-Carrée.

1923

- Un rapport adressé par le médecin communal, Dr. Gautier, au maire de Maison-Carrée nous éclaire sur la situation sanitaire de certains habitants de : «  […] Il existe enfin une troisième catégorie d’indigents, ce sont les kabyles et les marocains qui travaillent dans les fermes sur le territoire de la commune. C’est ainsi que certains sont occupés en ce moment au dessèchement des marais de l’Oued Smar. Ces hommes vivent dans des conditions hygiéniques défavorables ; les épidémies de typhus et de paludisme les atteignent largement ».

1925

- Fondation de l’ Institut Industriel d’Algérie à Maison-Carrée. Il deviendra plus tard (1958) Ecole Nationale d’Ingénieurs, puis Ecole Nationale Polytechnique après l'indépendance.

(19 octobre) – Un échange de missives daté de ce jour entre la municipalité et le colonel Jacomet, commandant de la caserne du 5e RTA à Belfort, nous apprend qu’une « maison de tolérance » existait à Maison-Carrée. L'objet des lettres est que les alentours de cet établissement le théâtre de nombreuses rixes et agressions, ce qui poussa la mairie à demander qu’une patrouille soit mise en place entre 19h et 21h afin de sécuriser le passage des écoliers et des ouvriers. Les militaires donnent leur accord pour cette requête.

Ladite maison-close se situait sur la route qui mène vers les usines Altairac et Duroux. Il s’agissait apparemment d’un lieu à la fois connue et décriée dans la ville puisque on retrouve de nombreuses fois le conseil municipal discuter de plaintes à ce sujet. Ainsi, au cours de l’Eté 1926, la propriétaire des lieux demandera autorisation pour la surélévation de l’immeuble et pour en confier la gérance à une nommée Oualed Aïcha. Paradoxalement, et alors que le conseil décide de la fermeture de ce lieu à cause de son emplacement (jugé trop exposé sur une grande rue), un des conseillers indigènes, M. Kaouadji, juge la décision arbitraire et prie le maire de revoir sa position. Pourtant, en janvier 1930, ce même Kaoudji appuiera son collègue Oumedjkane lorsque ce dernier se plaindra devant le conseil que le quartier PLM soit « actuellement envahi par des femmes indigènes de mauvaise vie venant d’Alger, qui se rendent aux hôtels existants pour y passer la nuit », ce qui provoquait des réclamations de la part des habitants « qui craignent que leurs femmes ou leurs filles soient confondues avec elles ». Par ailleurs, en novembre 1926, la mairie de Maison-Carrée reçoit une demande officielle d’une certaine Frih Hadja bent Benmalek b. Rezka pour l’installation d’une nouvelle maison de tolérance dans le lotissement Fouquereau, entre les quartiers PLM et Ste.-Corine. Aussitôt, l’adjoint-maire Redon protesta auprès du conseil et demanda à ce que la requête soit refusée en déclarant sans détour que « Déjà, le quartier Ste-Corine nous vaut assez d’indésirables indigènes sans que la maison de tolérance vienne encore en attirer un plus grand nombre, sans tenir compte du désagrément de ce voisinage au point de vue de la morale publique ». Quelques années plus tôt, le Bulletin municipal (Septembre 1919) évoquait les désagréments que causaient les « femmes indigènes dites gitanes ». Celles-ci parcourraient souvent les rues de la ville en état d’ivresse, se livraient à des gestes vulgaires, tenaient des propos obscènes et se prostituaient. La municipalité publie alors un arrêté stipulant qu’il était désormais interdit à ces femmes d’accéder aux cafés et débits de boissons de la ville, qu’ils soient européens ou indigènes, de même qu’il leur était interdit de séjourner dans les hôtels de Maison-Carrée, qu’elle soient seules ou accompagnées. D’autres mesures viendront renforcer ses dispositions au cours des années suivantes.

1926

(7 mars) - Un dénombrement de la population fait ressortir un total de 14.648 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont 41% d'européens et 59% d'algériens musulmans. Ceux-ci ont enregistré, en cinq ans, une augmentation de 2.188 habitants contre 1.170 chez les européens et représentent pour la première fois de l'histoire de la commune la majorité de la population. Pour le moment, les européens demeurent encore majoritaires dans la ville proprement dite (56% sur 11.529), mais cette tendance à la hausse de la population musulmane ne vas plus s'arrêter.

(29 octobre) - Lors des débats du conseil municipal, une intervention du conseiller Kaouadji nous apprend que « des difficultés s’élèvent fréquemment entre les notables indigènes de Maison-Carrée, relativement au Marabout de Sidi-Mbarek. Certains d’entre eux revendiquent la propriété du terrain l’avoisinant. Quelques-uns réclament l’expulsion de l’oukil. Pourtant le terrain appartient à la communauté, ayant été acquis au moyen de souscriptions, et j’estime que c’est à tort que le mufti, sollicité par quelques indigènes de Maison-Carrée intervient dans un sens qui ne peut qu’être préjudiciable à l’Association ». Le maire Léon Tourenne répond alors en rappelant que « le Marabout de Sidi-Embarek existait bien avant l’achat du terrain avoisinant par les consorts Zidane ; il avait été cédé aux indigènes de Maison-Carrée par Mr. Van Maseyk. Lors de l’acquisition de la parcelle de terrain située autour du Marabout, quelques indigènes, dont les chefs des familles Zidane, Bentoumi … etc. se sont présentés pour faire établir l’acte de vente à intervenir avec Mr Van Maseyk. Malheureusement, dans cet acte il n’a pas été indiqué que la vente était faite au nom de la communauté, dont les indigènes présents n’étaient que les représentants ». le maire reconnait que « il est bien exact que le terrain n’a pu être payé que grâce aux collectes qui ont été faites parmi la population indigène », mais précise en même temps que le conseil municipal n’était pas compétent dans l’affaire et qu’il ne pouvait intervenir qu’à titre officieux pour essayer de trouver une solution avec les concernés.

(7 décembre) - La Société d’Eclairage & de Force (qui était aussi le fournisseur de la ville en électricité depuis 1903) achève l’installation des canalisations nécessaires et commence l'alimenter la ville de Maison-Carrée en gaz naturel[38].

1928

(Eté) - Aménagement par la municipalité de la rue Arago et construction du mur de soutènement qui sépare encore de nos jours cette artère de la route supérieure de Belfort (qui était encore RN5 à l’époque).

(Décembre 1928) - A la même époque, des quartiers musulmans se développaient sur de la rive gauche et des problèmes importants y apparaissent très tôt. Ainsi, les acquéreurs de lots de terrains dans le lotissement (crée quelque temps auparavant entre les vieux quartiers PLM et Ste-Corine) par Eugène Fouquereau, se plaignent auprès du maire Léon Tourenne du non-respect d’engagements pris par le lotisseur : égouts inutilisables, eau courante toujours pas disponible, routes impraticables en temps de pluie ... etc. La mairie avait à de nombreuses reprises mis en demeure Mr Fouquereau afin qu'il procede aux travaux nécessaires, mais sans résultat et l’on porta finalement l’affaire à la Préfecture[39]. Un an plus tard, la situation demeurait la même et l’on voit alors le conseiller indigène Oumedjkane faire un rapport au conseil municipal[40] à ce sujet : « […] Cette agglomération comprend près de 13.000 habitants et offre le spectacle le plus lamentable aux abords de Maison-Carrée, un foyer d’infection dont les dangers sont certains. Il y a là-bas près de 70 propriétaires qui ont construit sans alignement, sans souci d’hygiène, quelques puits ont été cérusés mais la majeure partie de la population se sert de l’eau du canal qui est rouge d’argile au moment des crues et qui charrie des matières dangereuses à la santé. Les dépotoirs de l’agglomération et des eaux ménagères courent à ciel ouvert dans les ruelles puantes, pas d’égouts ». Les requêtes des habitants sont alors résumés en quatre points : amener l’eau courante au quartier par l’installation de trois bornes fontaines ; la construction de deux égouts collecteurs ; l’éclairage électrique des ruelles ; le cimentage des rigoles et ajoute enfin que la population était disposée à fournir la main-d’œuvre et à payer la majeure partie des dépenses induites par ces travaux. Mais, le Maire va refuser de donner suite à ces requêtes au motif que la situation même de ce quartier rendait tous travaux impossibles à envisager. Ces problèmes ne seront toujours pas réglés en 1930, et on verra alors la préfecture ordonner l’interdiction de toute nouvelle construction dans ce lotissement jusqu’à nouvel ordre.

1929

(Fin) - Construction des halles à côté du marché aux bestiaux de Maison-Carrée. Mis en place dans le cadre d’un plan de réaménagement du vieux marché aux bestiaux de l’époque[41], l'édifice était destinés au départ à abriter les « bouchers indigènes » et autres marchands de volaille. Il existe encore de nos jours et sert comme marché aux Légumes au centre d'El-Harrach.

1930

(Eté) - Inauguration de la mosquée de Maison-Carrée. Il s'agit de celle-là même qui porte de nos jours le nom de Masjid al-Imâm al-Echaf’i et qui se trouve juste derrière le grand immeuble HLM du centre-ville. Le projet dura une dizaine d'année avant de voir le jour.

En effet, dès août 1921, le conseiller indigène Bouchenack demandait, au nom de ses collègues, la construction d'une mosquée à Maison-Carrée. Cette requête reçoit l’appui du maire Léon Tourenne qui l’estima alors « parfaitement justifiée en ce sens que la population indigène de Maison-Carrée et des centres voisins est devenue très importante et qu’il n’existe pas de mosquée dans la région ». Un mois plus tard, l’administration répond négativement et invoque la loi de séparation des Églises de l’État qui interdisait la construction de tout édifice religieux sur le budget publique. Les conseillers indigènes demandent alors à ce qu’un terrain leur soit concédé par la commune et qu’on les autorise à organiser une souscription auprès de la population musulmane de la ville pour couvrir les frais de construction de la mosquée souhaitée. La municipalité accepte cette requête et offre un terrain situé sur le côté E. du marché aux bestiaux, en bordure de ce qui était à l'époque la rue Marceau. Il faudra néanmoins attendre février 1922 pour voir le Service des Affaires Indigènes au niveau du Gouvernement Général de l’Algérie donner son accord pour l’organisation de la quête. Toutefois, ledit service invoque une nouvelle fois la loi de séparation pour s’opposer à l’octroi gratuit du terrain par la commune « […] l’emplacement de cette mosquée est situé sur le terrain domanial qui a été concédé à la commune pour l’installation de son marché par décret du 2 Janvier 1864, cette commune ne pourrait aliéner aucune partie de ce terrain sans y avoir été autorisée par décret », tout en affirmant que ladite autorisation serait certainement refusée à la municipalité « si elle était demandée en vue de la réalisation du projet dont il s’agit ». Une querelle administrative allait s'en suivre : le maire de Maison-Carrée répondra à l’administration que la parcelle de terrain en question ne faisait pas partie du terrain domanial concédé en 1864 pour le marché, mais provenait d’un échange qui fut consenti entre la commune et une certaine Société Civile des Orphelinats Agricoles d’Algérie (acte notarial établi le 18 avril 1874), et pour lequel la commune a dû céder à cette société un terrain de 1,3 hectares (qui appartenait jadis à un certain M. De Lavallière et qui l’avait concédé à la commune le 10 janvier 1866) en échange de « deux anciennes batteries n° 11 et 12, situées sur le territoire de Maison-Carrée, rive droite de l’Harrach, avec le terrain en dépendant, lesquelles batteries avaient été concédées gratuitement par décret impérial le 2 Janvier 1864 ». On propose néanmoins que le terrain (d’une superficie de 200 m2 environ) soit cédé à la collectivité qui va gérer la future mosquée pour un prix de 10 fr. le m². et non à titre gracieux comme il était prévu au départ.

Quelques mois plus tard, l’administration des domaines va confirmer les faits avancés par la mairie et on lèvera toute opposition quant au lancement du projet, mais non sans imposer que le prix de cession des terrains soit supérieur à 20 fr. le m² , bien que l’emplacement pouvait être sujet à inondation. Entre temps, le chantier était déjà lancé à l’Eté 1922, mais il s’avéra vite que les sommes récoltées par la quête étaient insuffisante et les travaux s'arrêtèrent aux fondations dès octobre 1922. La situation restera bloquée de la sorte durant des années, et le projet était pratiquement tombé dans l’oubli si ce n’est les efforts des conseillers indigènes Oumedjkane et Kaouadji qui le rappellent au maire Georges Altairac en septembre 1929 et réclament que la parcelle soit préservée lorsque seront lancés les travaux de réaménagement prévus pour le Marché aux bestiaux. Les travaux venaient alors de reprendre, et le maire donna son assentiment pour le site et demanda à ce qu’une mahekma soit bâtie par la municipalité à côté de la nouvelle mosquée.

1931

(15 janvier) - De violents orages provoquent une crue de Oued El-Harrach des inondations dans la ville pendant deux jours.

- Un dénombrement de la population donne un total de 21.686 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont seulement 40% d’Européens. Il est à noter que cette évolution démographique ne sera pas sans conséquences politiques. Ainsi, les quartiers musulmans de Maison-Carrée commencent à se transformer à partir de cette époque en terreaux fertiles puis en bastions du mouvement nationaliste algérien dans la capitale.

1934

(Décembre) - La construction de nombreux immeubles dans la zone dite des Cinq-Maisons pousse la municipalité à entreprendre des premiers travaux d’aménagement de cette zone, notamment la mise en place d’un égout. Par ailleurs, il existait déjà à cette date un quartier nommé Belle-Vue dont les propriétaires s'étaient adressés à la municipalité pour que les rues de leur lotissement (quelques 35 maisons et déjà 300 à 400 habitants) reçoivent une dénomination officielle. Le conseil municipal donne une suite favorable à cette requête lors de sa session de décembre 1934, et parmi les artères citées dans le PV on retiendra notamment ce qui était appelé jusque-là « Chemin vicinal n° 5 », dit « Chemin des Batteries », et qui fut baptisé du nom du Cardinal Lavigerie : il s'agissait de la route qui mène au monastère des Pères-Blancs et dont le nom s’étendra plus tard à l’ensemble de la zone où se situe le couvent, ces terrains étant séparés du quartier Belle-Vue par le nouveau tracé de la RN5.

1935

- Fondation de l' Union Sportive Musulmane de Maison-Carrée (USMMC).

(12 novembre) – Suite à une crue des Oued El-Harrach et Oued Smar, la ville de Maison-Carrée est de nouveau inondée par les eaux.

1936

- Un dénombrement de la population donne un total de 24.595 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont 14.516 algériens musulmans (59%) et 10.079 européens (41%). Cette même opération nous indique le découpage de la ville par les autorités à cette date : Quartier de la Mairie, du Square Altairac, du Centre, de la Banque, des Pins, de Sidi-Embarek, des Usines, de Belfort, des Cinq-Maisons, Bellevue, de la Rive Gauche, de PLM, Ste.-Corine, Lotissement Fouquereau.

- Cette année verra aussi l'achèvement d’une nouvelle Cité militaire près du marabout Sidi Embarek à Maison-Carrée. Il s’agit de ce que nous appelons encore "Caserne de Beaulieu", et qui abrite de nos jours l' Ecole Militaire Supérieure du Matériel (E.S.M. El-Harrach)

(10 décembre) – Crue de Oued El-Harrach et nouvelles inondations à Maison-Carrée. Les dégâts furent toutefois moins importants que lors de l’inondation de novembre 1935.

1937

(Août) - Le Conseil municipal de Maison-Carrée donne son assentiment au lotissement de la propriété dite des « Pins Maritimes ». Ce terrain, situé alors à cheval entre les territoires de la commune de Maison-Carrée et de Fort-de-l’Eau, appartenait à M. Goyard et M. Rolland, le premier étant lui-même conseiller municipal de Maison-Carrée.

(27 août) - Messali El-Hadj, chef charismatique du PPA et du mouvement nationaliste algérien est arrêté par les autorités coloniales et interné pour la première fois dans la prison de Maison-Carrée. Relâché, Messali reprend ses activités et tiendra même un grand meeting nationaliste à Maison-Carrée en septembre 1937.

En 1938, la section PPA de Maison-Carrée était menée par Ali Bennanoune (secrétaire), Ahmed Mokrane (vice-président) et Cherif Slimani (trésorier). Le 4 août 1939, Messali Hadj est a nouveau arrêté et remis à Maison-Carrée où il va rejoindre 41 de ses cadres (dont Zakaria, Lahouel, Marouf, Belamine, Khider et Douar). La prison de l'Harrach devient alors, de fait, centre directeur du PPA det le restera jusqu'au 28 mars 1941, date à laquelle la plupart des détenus PPA furent condamnés par un tribunal militaire et transférés vers le bagne de Lambèse afin d'y purger une peine de travaux forcés. Parmi eux, il y avait l'ancien chef de la section PPA de Maison-Carrée Mokrane Bourmache (dit Ouazzani), ainsi que celui en fonction Ali Bennanoune.

1938

– Construction d'une nouvelle Église à Maison-Carrée. L’ancienne église (elle datait du XIXe siècle), fortement détériorée depuis les années 1920, fut interdite au public dès novembre 1930. En attendant sa reconstruction ou son remplacement par un nouvel édifice, le lieu du culte fut transféré vers un local provisoire, mais la situation perdura ainsi durant six ans avant qu’on ne se décide enfin au niveau de la municipalité[42] -Eté 1936- à démolir le vieil édifice et d'entamer la construction d'une nouvelle église sur le même emplacement.

1939

(Juillet) - Tenue à Maison-Carrée du congrès constitutif de la Fédération Nationale des Scouts Musulmans Algériens, organisé par le militant nationaliste Mohamed Bouras.

1941

(25 janvier) – Une mutinerie éclate dans la caserne de Belfort à Maison-Carrée : « Le Régiment de Marche du Levant comprenait trois bataillons dont l’un, formé de trois compagnies, était stationné dans l’ancien camp du 5e RTA à Maison-Carrée. Dans cette banlieue d’Alger, le PPA était solidement implanté et l’incarcération de Messali et d’une dizaine de cadres, avait renforcé le climat d’hostilité des Algériens envers les autorités. Dans une mosquée de Maison-Carrée et dans plusieurs cafés maures, le PPA avait tenu des réunions avec des militaires. Le 25 Janvier 1941, à l’annonce d’un prochain départ de 800 tirailleurs du RML au Levant, la mutinerie éclate à l’heure du couvre-feu. Les insurgés massacrent le capitaine et une dizaine de sous-officiers métropolitains, pillent le magasin d’armes installé dans le vieux bordj turc, se répandent en ville et tirent sur des passants en faisant une dizaine de tués et des blessés. Le préfet Pagès, ancien officier de la Légion Etrangère et les autorités militaires réagiront aussitôt. La plupart des mutins encerclés regagneront la caserne mais d’autres prirent le maquis. Ils seront tous appréhendés quinze jours plus tard et les meneurs seront fusillés. Bien que les mutins n’aient pas cherché à attaquer la prison et à libérer Messali qui avait recommandé le calme, l’administration établit un rapport entre la propagande antimilitariste du PPA et la mutinerie. L’affaire était d’autant plus grave qu’après la défaite militaire, le prestige de la France était au plus bas en Orient […] »[43]

Il s'agit de la révolte de quelques 800 Tirailleurs algériens qui forcent les armureries de la caserne de Belfort, tuent à la baïonnette leurs officiers français avant de se diriger vers la ville en contre-bas et y commettent des actes de violence en proclamant le djihâd. Prés de 23 civils européens seront tués et de nombreux autres blessés avant que la mutinerie ne soit matée par le 5e Régiment de Chasseurs d'Afrique, la Gendarmerie, la Garde mobile et la police française. Les autorités coloniales affirmeront plus tard qu'il se trouvait parmi les mutins des hommes faits prisonniers par les allemands en 1940 et retournés par la propagande nazie, tandis que certains soldats croyaient carrément que leur action coïnciderait avec une action Germano-Espagnole destinée à mettre fin à la domination Française en Algérie. Mais d'autres raisons furent évoquées, notamment la dureté du colonel du régiment qui, pensant devoir améliorer une régiment de qualité médiocre, avait soumis ses hommes à de longues marches et des exercices répétitifs et froissa délibérément leur susceptibilité de musulmans en organisant, le Vendredi, des séances d'entraînement particulièrement rigoureux. Quoi qu'il en soit, après la mort ou la capture de tous les mutins, 9 soldats considérés comme meneurs furent condamnés à mort : « ils sont exécutés en grande cérémonie devant les garnisons rassemblés d'Alger, Hussein-Dey et Maison-Carrée, le 5e RTA désarmé placé au premier rang 23 autres sont exécutés plus tard [...] au total 200 à 300 hommes seront tués au cours de la répression »[44].

(27 mai) - Exécution par les autorités coloniales, dans le champ de tir du Carroubier, de Mohamed Bouras.

1942-1954 : 12e ville d'Algérie

1943

– L’explosion accidentelle d'un train de munitions dans la gare de Maison-Carrée provoque la destruction d'une partie du « quartier de la Gare PLM » : 543 appartements sont démolis et pas moins de 105 immeubles endommagés. Cette catastrophe vint aggraver une crise de logement qui était déjà très aigüe parmi la population de la rive gauche de la ville.

- Une commission spéciale est désignée pour administrer la ville de Maison-Carrée. Elle compte Raoul Zévaco parmi ses membres.

1954-1962 : La Guerre de Libération

1956

(12 novembre) - Une bombe artisanale explose dans le Monoprix de Maison-Carrée.

1958

- La commune de Maison-carrée est délestée d'une partie de son territoire avec la création de la commune de Oued Smar.

1959

- Maison-Carrée devient le 10e Arrondissement de la ville d'Alger[45].

Depuis l'Indépendance[modifier | modifier le code]

Après l'indépendance de l'Algérie le quartier fut rebaptisé du nom de l'oued qui le traverse.

Notables & Personnalités[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Van-Maseyk (1823-18??) : Né à Marseille de parents belges, A. Van-Maseyk arrive à Alger en 1843 avec une petite fortune qu'il investit rapidement dans des terrains agricoles (490 hectares de céréales, lin et tabac) situés entre le petit hameau de Maison-Carrée et celui de la Rassauta dont il devient maire lors de sa promotion en commune. Devenu maire de la Rassauta à la création de cette commune en 1856, c'est lui qui accueillit l'empereur Napoléon III à Maison-Carrée lors de sa visite de l'Algérie en 1865. Quatre ans plus tard, A. Van-Maseyk - qui était aussi membre du Conseil Général de la province d'Alger- deviendra le tout premier maire de la commune -nouvellement créée- de Maison-Carrée en 1869, et sera encore en poste en 1880.
  • Antoine-Frédéric Altairac (1821-1887) : Originaire de France, cet habile ouvrier s’établit à Alger en 1843 et parvient a rassembler une petite fortune avec laquelle il crée un atelier de fabrication de vêtements du côté du Champs-de-Manœuvre (act. Belouizdad). En 1869, Altairac réussit à obtenir la commande régulière de fournitures militaires pour le compte de l’armée d’occupation et se lance alors dans la fabrication des ceintures, guêtres et souliers. Ses affaires ne cessèrent de prospérer et ses ateliers employaient plus de 800 ouvriers en 1877. Il acquiert un grand terrain à El-Harrach en 1878, et y installe en 1882 une importante plantation et une industrie. Élu représentant de la colonie européenne de Maison-Carrée au Conseil Général d'Alger, A.-F. Altairac était sur le point de recevoir la Légion d’Honneur lorsqu'il décède en 1887.
  • Frédéric Altairac (1852-1917) : Fils aîné d'A.-F. Altairac, il succède à son père comme Conseiller Général de Maison-Carrée en 1884 et se maintiendra en poste jusqu’à sa mort. Par ailleurs, il fut élu maire d’Alger de 1902 à 1908.
  • Louis Altairac (1855-1909) : Second fils d'A.-F. Altairac, il est élu aux Délégations Financières de l’Algérie.
  • Georges Altairac (1888-1956) : Fils aîné de l’ancien de Frédéric Altairac, il était juge au tribunal du commerce d’Alger et devient Conseiller Général à Maison-Carrée. Il se maintiendra en poste jusqu’en 1937 et sera aussi élu maire de la ville en 1929. Concernant les usines Altairac de Maison-Carrée et les autres affaires de la famille, il en confia la gestion -dès 1936- à son frère Frédéric Altairac (1893-1961) et à son propre fils Réné Altairac (né à Maison-Carrée en 1912).
  • Nicolas Zévaco (18??-19??) : Pharmacien à Maison-Carrée, membre du parti radical-socialiste, il est élu aux Délégations Financières (comme délégué non-colon) en 1898, au moment où la crise juive faisait rage. Foncièrement anti-juif, Zévaco déclare sans détours (Mai 1901) que « Le 19e Corps d’Armée a toujours été considéré comme un corps d’élite. Or, depuis que les israélites sont incorporés dans les zouaves, les tirailleurs indigènes reconnaissent nos zouaves inférieurs à ceux d’autrefois. Cet élément d’infériorité provient de l’admission de l’élément israélite : les Juifs seront toujours des Juifs », mais son vœu, tendant à ce que les juifs d'Algérie fassent leur service militaire exclusivement en France, sera repoussé par l'assemblée. Il se maintiendra comme délégué de Maison-Carrée jusqu’en 1920. Mort le 5 juin 1928 à l’âge de 69 ans, le conseil municipal de Maison-Carrée décidera quelques jours plus tard de baptiser l’ancienne Avenue du Marché du nom de Nicolas Zévaco.
  • Félix Dessoliers (ou De Soliers, 18??-19??) : Propriétaire des Moulins de l’Harrach à Maison-Carrée et d’un autre établissement à Gué-de-Constantine (Usine Saint-Louis), il était aussi le fournisseur d’électricité pour l’éclairage publique de la ville jusqu'au début des années 1920. Président du groupe Minoterie-Semoulerie du syndicat commercial algérien, juge au tribunal de commerce d’Alger, Dessoliers était un fervent colonialiste et un partisan de l’autonomie de l’Algérie française vis-à-vis de la métropole. Docteur en Droit (1873), il a notamment défendu ses thèses autonomistes dans des livres comme Organisation Politique de l'Algérie : Exposé, Critique & Réformes (1894) et L’Algérie Libre, Etude économique (1895) et. Élu aux Délégations Financières en 1898, il se maintiendra en poste jusqu’en 1907.
  • Louis Lebailly (18??-19??) : Propriétaire d'un domaine (Ferme Lebailly) situé à 1 km du lieu-dit « Haouche El-Alia » (là où se trouve de nos jours le cimetière El-Alia), il est élu maire de Maison-Carrée en 1905 et se maintiendra en poste jusqu'en 1913.
  • Léon Eldin (18??-1934) : Élu au conseil municipal de Maison-Carrée pour la première fois en 1899, il devient 1er Adjoint du Maire en 1913. Il fera office de maire pendant une grande partie de la 1re Guerre Mondiale (1914-1918) avant de reprendre ses fonctions de conseiller. Élu 3e Adjoint en 1929, il décédera en décembre 1934 des suites d’une longue Maladie.
  • Abdelkader Guenfoud (18??-19??) : Originaire de l’Algérois, il travaillait comme chauffeur de voiture à Maison-Carrée au moment où il devient responsable de la section locale de l’ENA en 1936. Il anime les élections d'octobre 1937 au nom du PPA et fait triompher la candidature de Messali Hadj qui obtient 455 voix sur 527 votants musulmans à Maison-Carrée.
  • Cherif Slimani (1896-19??) : Originaire de Aïn-Bessam, il effectue 15 ans de service militaire dans une unité de Tirailleurs algériens avant d'être rendu à la vie civile, le 13 décembre 1933. Il s'installe alors à Maison-Carrée où il travaille comme marchand de légumes, adhère au PPA en 1937 et devient trésorier de la section locale du parti en 1938.
  • Ahmed Mokrane (1902-19??) : Né le 8 mars 1902 à El-Harrach, il appartenait à une famille modeste dont le père était boulanger. N'ayant pas pu obtenir son Certificat d’Études, il effectue deux ans de service militaire comme simple soldat à Alger. Démobilisé, il revient à Maison-Carrée où il exerce les professions de chauffeur de taxi et de garçon laitier. Il adhère au PPA en 1937 et devient vice-président de la section locale du parti en 1938. Il était aussi conseiller municipal et siégeait comme assesseur dans le Conseil d'Administration de l'USMMC.
  • Ali Bennanoune (1904-19??) : Originaire de Palestro (act. Lakhdaria), il émigre en France en 1924 et s’installe à Lyon où il travaille comme ouvrier dans la métallurgie. En 1933, il est membre fondateur de l’ Association des Travailleurs Algériens de Lyon qui s’affilie dès l'année suivante au premier parti nationaliste algérien, l’ Etoile Nord-Africaine (ENA) de Messali Hadj qu'il côtoiera de près, et deviendra chef de la section à lyonnaise du parti jusqu'à sa dissolution par les autorités françaises. Rentré en Algérie en septembre 1937, Ali Bennanoune s’établit à Maison-Carrée où il habite le quartier Fouquereau et travaille comme journalier. Après la relance de l'ENA sous le nom du Parti du Peuple Algérien (PPA, Mars 1937) et son implantation en Algérie avec le retour de Messali au pays (Juin 1937), Bennanoune devient secrétaire de la section de Maison-Carrée et se distingua particulièrement le 7 mai 1938 en menant une grande manifestation en faveur du grand militant Mohamed Douar. En juin de la même année, il loue un nouveau local pour la section PPA de Maison-Carrée où y organise (21 juin 1938) une importante réunion dont le but était de rechercher des volontaires pour créer des sections nouvelles dans les localités de l’intérieur. Arrêté en janvier 1939, il est condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pour ses activités jugées subversives et anti-françaises. Bennanoune persiste pourtant dans son action et sera une nouvelle fois arrêté par les autorités coloniales (19 avril 1939), alors qu'il tenait réunion à Maison-Carrée avec tout un groupe de dirigeants du parti : le 17 mars 1941, il est condamné par le tribunal militaire d’Alger à neuf ans de travaux forcés, vingt ans d’interdiction de séjour et à la perte de ses droits civique.
  • Mohamed Bouras (1908-1941) : Originaire de Miliana, il s’installe en 1926 à Maison-Carrée où il travaillait comme dactylographe dans la minoterie Duroux. Sportif, il fréquentait au cours de cette période les cercles proches de l’ Association des Ulémas et se rallia très tôt au mouvement nationaliste qu'incarnait alors le PPA de Messali Hadj. C’est dans ce contexte qu’il fonde, en 1935 à Alger, le premier groupe de scout musulmans (baptisé El-Falah) puis, à la suite de sa participation au grand congrès nationaliste de 1939, il va créer -sous le patronage de Abdelhamid Ben-Badis, une Fédération Nationale des Scouts Musulmans Algériens dont il organisera le camp fédéral et le congrès constitutif à Maison-Carrée en juillet 1939. Avec la débâcle française de juin 1940, Mohamed Bouras crut le moment venu pour lancer lutte armée contre la présence coloniale et aurait alors tenté de nouer des contacts avec les Allemands pour qu’ils fournissent des armes à une insurrection algérienne. Mais, comme tous les autres leaders nationalistes, Bouras était étroitement surveillé et fut donc repéré par les services français. Arrêté le 8 mai 1941, il fut jugé et condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi.
  • Mokrane Bourmache, dit Ouazzani (1913-1965) : Originaire de Kabylie, il exerce comme cuisinier dans divers restaurants à Alger. Autodidacte, il parle et écrit couramment l’arabe. Il adhère à l’ENA en 1936 et devient responsable de la section de Belcourt du PPA dès la création du parti en 1937 avant d'être transféré à Maison-Carrée. Membre du comité directeur du PPA d’Alger en 1938, il est condamné (17 mars 1941) à neuf ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour et à la perte de ses droits civiques. Torturé et mis en isolement total dans la prison de Miliana, Bourmache perd la raison et se fait hospitaliser dans l’établissement psychiatrique de Blida de 1944 jusqu'à sa mort en 1965.
  • Abdallah Habachi (19??-19??) : Natif de Maison-Carrée, il rejoint d'abord le MTLD et prendra position pour Messali dans la crise qui secoue le parti. Membre de l’ Organisation Spéciale (OS) dès 1947, il prend part à la Guerre de Libération dès la première heure et sera désigné comme membre du Conseil National de la Révolution (CNR) le 28 juillet 1954.
  • Dahmane El Harrachi, de son vrai nom Abderrahmane Amrani (1926-1980) : Originaire d'El-Biar, sa famille s'installe à El-Harrach peu après sa naissance. Doué pour la musique, il s'initie très tôt au banjo où il se révèlera un virtuose. Au début des années 1940, il est recruté comme receveur de tramway sur la ligne CFRA Maison-Carrée / Bab-El-Oued tout en s'adonnant à sa passion musicale en amateur. En 1949, il émigre en France s'installe à Paris après quelques vadrouilles. Il se fera connaitre dans le milieu châabi de la capitale française et y enregistrera son premier album en 1956. Il marqua à jamais le genre par un style rénové et très propre à lui et qu'il ne quittera jamais. Rentré en Algérie au milieu des années 1970, il se fera une réelle notoriété sur le tard et ce jusqu'à son décès tragique dans un accident de voiture en 1980.
  • Philippe Le Pivain (1931-1962) : Né en Bretagne dans une famille de conservateurs catholiques, il était le fils d'un contre-amiral français et choisira comme lui la carrière militaire. Muté en Allemagne (Juin 1961) au 1er REP, le capitaine Philippe Le Pivain déserte et gagne l’Algérie en novembre 1961 où il rallie l’OAS dont le chef, le général Salan, lui confie le secteur de Maison-Carrée. Extrémiste, il organisera de nombreux attenants dans son secteur, notamment dans une école où se côtoyaient musulmans et européens, tandis que lui et ses hommes n'hésitaient pas à exécuter tout algérien musulman, considérés par lui comme « fellagha » de manière systématique. Lorsque le commandement de l'OAS décide de la liquidation de Michel Leroy (responsable du Front National) et de René Villard (responsable civil de France-Résurrection) accusés d’avoir proposé la partition de l’Algérie en deux pays, c'est à Philippe Le Pivain que la mission fut confiée, et c'est lui-même qui éliminera les deux hommes, le 19 janvier 1962, dans les dunes de Fort-de-l'Eau (act. Bordj-El-Kifane). Trois semaines plus tard, il fut averti qu’il était trahi par des membres de l’organisation, mais aurait refusé de différer un rendez-vous qu’il avait pris sur ordre de Salan : le 7 février 1962 à 18h, Le Pivain est abattu par les gendarmes mobiles alors qu'il tentait de fuir après avoir été intercepté à Belcourt. Il sera enterré quelques jours plus tard au cimetière de St-Eugène (act. Bologhine).
  • Zohra Tadjer, dite Rosa (1940-1958) : Née à Alger, elle habitait Maison-Carrée et s'engagea très jeune dans le FLN. Le 25 janvier 1958, à 18 ans, elle est arrêté par les services de renseignements français à Bord-Menaïel au motif qu'elle confectionnait un drapeau algérien. On essaye alors de la de la convaincre de changer de bord, et elle fit semblant d'accepter mais un peu trop facilement aux yeux de l'officier en charge, un certain capitaine Léger. Celui-ci soupçonne ses intentions et qu'elle cherche à montrer sa soumission juste pour être libérée et rejoindre le maquis. On décide donc de l'utiliser : une liste de noms de militants et de hauts gradés du Front, soi-disant collaborateurs, fut mise à sa portée juste avant sa libération, et la jeune-fille crut naïvement détenir le noms de traitres à la cause. Parvenue dans le maquis, elle fut conduite auprès du colonel Amirouche à qui elle communiqua ses informations. Le chef de la Wilaya III aurait ordonné la liquidation de toutes les personnes indiquées : ce fut la fameuse affaire de la "Bleuite". Peu d etemps après, Zohra Tadjer fut à son tour accusée de collaboration avec l'armée coloniale : arrêtée par le capitaine Hassan Mahiouz, chef FLN de la zone, soumise à la question et atrocement torturée, elle fut finalement égorgée. La vérité à son sujet sera connue en 1987, lors d'une déclaration du capitaine Léger à un journaliste français, mais sa mémoire n'a pas été officiellement réhabilitée en Algérie à ce jour.
  • Smaïn Lamari (1941-2007) : Originaire de Beni-Slimane, sa famille s'établit très tôt à El-Harrach où il a grandi et toujours vécu. Engagé dans la Police en 1962, il passe rapidement aux Forces Navales comme sous-lieutenant après une formation en URSS. Il rejoint les services de renseignements en 1966 et y gravit tous les échelons jusqu'au grade de général-major. En 1992, il prend la tête du département en charge du contre-espionnage, une des trois branches du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) et compte dès lors parmi les hommes les plus influents du pays. Il restera en fonction jusqu'à son décès en août 2007 des suites d'une brève maladie.
  • Ali Dilem (1967-) : Né à El-Harrach le 27 juin 1967, il a grandi dans quartier de Belfort (act. Hassan Badi). Caricaturiste de talent, Dilem entame sa carrière journalistique en 1989 dans le journal Alger Républicain avant de passer au quotidien Le Matin en 1991 et enfin Liberté où il exerce depuis 1996 jusqu'à ce jour.

Économie[modifier | modifier le code]

Depuis le boom pétrolier des années 2000, El Harrach, qui a perdu sa vocation industrielle se tourne, à l'instar de nombre de villes algériennes vers le commerce.

Transports[modifier | modifier le code]

La commune d'El Harrach dispose d'une gare ferroviaire desservie par les trains de banlieue de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF) depuis et vers la gare d'Alger.

La Ligne 1 du Tramway algérois longe le territoire de la commune sur l'ensemble de sa limite Nord avec la commune de Mohamadia, et la desserve sur trois stations.

La Ligne 1 du Métro d'Alger est actuellement en extension et desservira bientôt la commune d'El-Harrach sur deux stations (El-Harrach-Gare, El-Harrach-Centre). La mise en service de ces deux stations est prévue pour fin 2014.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

La ville abrite aussi la plus grande prison d'Algérie, située au centre du quartier Belfort.

Maison-Carrée fut également le nom donné par ses étudiants à l'Institut agricole d'Algérie, créé en 1905 sous le nom d'École d'Agriculture Algérienne et renommée en 1946, École nationale d'Agriculture. Cette vieille école porte aujourd'hui le nom d'Institut national agronomique Kasdi-Merbah[46].

Maison-carrée abrite aussi l'école nationale polytechnique ENP, l'école nationale vétérinaire ENV et l'école nationale d'architecture.

Vie quotidienne[modifier | modifier le code]

Sports[modifier | modifier le code]

  • USMH Union Sportive Madinat El Harrach, anciennement USMMC (Union Sportive Musulmane de Maison-Carrée)
  • CREH (Chiheb Riadhi El-Harrach)
  • AREH (El Kahla(Amel Riadhi El-Harrach)
  • FCH (Football Club El-Harrach)
  • CRMH (Chabab Riadhi Madinat El-Harrach)
  • JCH (Judo Club El-Harrach)
  • Club Sportif de Tir à l'Arc (CSTA)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF]Recensement 2008 de la population algérienne, wilaya d'Alger, sur le site de l'ONS.
  2. Journal officiel de la République Algérienne du 19/12/1984, page 1514, délimitation du territoire de la commune d'El Harrach.
  3. Mohand-Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie, Tizi Ouzou, Éditions Achab,‎ 2012 (ISBN 9789947972250), p. 284.
  4. L. Marmol, Descripción general de África, sus guerras y vicisitudes, desde la fundación del mahometismo hasta el año 1571, Tome II
  5. Société Historique Algérienne, Revue Africaine Tome XIX p. 298
  6. J.-L. Africanus, De l'Afrique, contenant la description de ce pays Tome I, p. 621. Trad. de Jean Temporal, 1830
  7. D. Haëdo, Topographie et Histoire générale d'Alger, Trad. Monnereau et A. Berbrugger 1870
  8. Revue Africaine n° 104, Mars-Avril 1874, p 113
  9. J.-M. Peyssonnel, Relation d'un voyage sur les Côtes de Barbarie, Librairie de Gide 1838
  10. Comité du Vieil Alger, Feuillets d’El-Djazaïr, 1936 Tome II p. 91
  11. Revue Africaine 1870/03, p. 206
  12. L.-A. Pichon, Alger sous la Domination Française, Ed. Théophile Barrois & Benjamin Duprat 1833
  13. Alger sous la Domination Française, p.132-133
  14. E. Pellissier, Annales Algériennes, Ed. Anselin & Gaultier 1836, Tome II p. 30
  15. Alger sous la Domination Française, p.291
  16. A la mort du maréchal Clauzel (21 Avril 1842), la propriété du haouch Ouali-Dadda passe à ses héritiers qui, à leur tour, vont céder la ferme à un certain M. Boisqueret de La Vallière le 2 Mai 1857.
  17. Annales Algériennes, Tome II p. 122
  18. C.-A. Rozet & E.-H. Carette, Description de l'Algérie, Ed. Firmin Didot 1856, p.114
  19. Annales Algériennes, Tome II p. 123
  20. L.-C. Solvet, Voyage à la Rassauta, Ed. M. Olive 1838
  21. Le Moniteur Algérien du 21 Septembre 1838, Alger
  22. G. Bugeaud, Lettre au Flissa, 21 Avril 1844.
  23. La guerre de l'Emir Abdelkader se poursuivra jusqu'à sa reddition en 1847. Mais, dès 1841, ses forces ont progressivement été amoindries et, après avoir été chassées du Titteri, ne représenteront plus une menace sur la Mitidja.
  24. Le Moniteur Algérien, 05 Novembre 1846
  25. Oscar Mac Carthy, Description Géographique, Economique & Politique de l’Algérie 1858 : « La Maison Carrée (en arabe Bordj el H’arrach) où l’on passe l’Harrach sur un pont turc restauré et agrandi, et que domine le grand édifice qui lui a donné son nom, ancien fort devenu un pénitencier pour les condamnés indigènes »
  26. a et b Journal Militaire Officiel Vol. 1856, n° 2 p.534
  27. Le terrain en question faisait jadis partie de la zone marécageuse du vallon. Il relevait au départ de l’administration des domaines et sera concédé à la commune par décret le 2 Janvier 1864.
  28. Le projet d'une ligne férroviaire Alger-Oran fut approuvé par le Conseil général de la province d'Alger le 6 Mars 1847. Une seconde ligne qui va de Maison-Carrée à Constantine sera achevée en 1879, et une seconde station est alors construite au niveau de Oued-Smar.
  29. A. Challamel, Livre d'Or de l'Algérie 1890, p.563 Un autre propriétaire terrien, M. Cordier, était à ce moment son adjoint pour l'annexe de Maison-Carrée.
  30. La production de cette plantation était très réduite au départ et servait presque exclusivement à fournir des vins de messe pour ce couvent de Maison-Carrée. Elle s'étendra ensuite à tous les monastères de l’ordre à travers le monde puis à d’autres paroisses en France.
  31. L’établissement figure sur une carte d’Alger et ses environs (datée de 1873) sous le nom de « Moulin Saulière ».
  32. Le projet fut adopté en Août 1851, mais ne put être réalisé qu'une vingtaine d'années plus tard.
  33. Depuis Maison-Carrée, la piste projetée devait longer l'ancienne « Route d’Alger » jusqu’à Hussein-Dey après avoir coupé les lignes du « Polygone de Tir » (il s’agit d’une partie du bord de mer de ce qui était appelé « plage Mazella » et « Les Sablettes »). La traversée de Oued El-Harrach devait se faire sur un nouveau pont à construire en face de la propriété des Pères-Blancs à Lavigerie (act. Mohamadia).
  34. En 1926, ces deux lignes rurales desservies par des locomotives à vapeur avaient été séparées du réseau urbain de la CFRA (électrifié) et rattachées aux Chemins de Fer Algériens d’Etat (CFAE).
  35. Plus tard, en Février 1921, l’établissement deviendra Institut Agricole d’Algérie et délivrera des diplômes d’ingénieur équivalents à ceux délivrés par les grands établissements d’enseignement supérieur français. En 1928, l’Institut acquiert un grand domaine de 72 hectares situé à Oued-Smar et les consacre aux cultures industrielles et à l’élevage de bovins. Le 22 Mai 1946, l’établissement deviendra Ecole Nationale d’Agriculture' puis, en 1961, Ecole Nationale Supérieure Agronomique afin de délivrer des diplômes d’ingénieur agronomes.
  36. Bulletin Municipal de Maison-Carrée, 4 Mars 1906
  37. En réalité, le projet d'un stade communal fut entamé par la municipalité dès la fin 1920. Le site qui fut choisi se situait alors à la sortie de la ville, à l’intersection des routes de Rivet (act. Meftah), en face de la Minoterie Duroux. Le terrain appartenait au départ à la famille Altairac, mais le stade sera appelé « Stade Zévaco » après sa construction et le nom perdurera dans l'usage même après l'indépendance. De nos jours le site abrite une salle de sport communale.
  38. Le projet du gaz de ville datait de Février 1919, mais ne put être concrétisé qu'après de nombreux retards. A noter que les deux premiers branchements mis en place fin 1926 étaient ceux de l’ Institut Agricole et de l’ Ecole Industrielle Coloniale.
  39. Bulletin Municipal de Masion-Carrée, procès-verbal de la séance du 17 Décembre 1928 du Conseil Municipal.
  40. Bulletin Municipal de Maison-Carrée, procès-verbal de la séance du 29 Décembre 1929 du conseil municipal.
  41. La construction des halles avait nécessité le déménagement du stand et de la salle de gymnastique qui appartenaient à la Société de Tir & d’Education Physique, et qui occupaient ces lieux depuis la fin du 19e s.
  42. A noter que, contrairement à la mosquée de Maison-Carrée (act. Masjid El-Châfîi) où la municipalité -en 1921- avait refusé toute participation dans les frais de construction au motif que la loi interdisait l’engagement de fonds publics dans des édifices de culte, la Mairie ne trouvera pas d’inconvénient à financer partiellement la construction de la nouvelle église de même qu’elle avait pris en charge les frais d’aménagement du local provisoire lorsque la décision de fermeture de l’ancienne église a été prise en 1930.
  43. Jacques Simon, Le PPA : Parti du Peuple Algérien, 1937-1947
  44. Anthony Clayton, Histoire de l'Armée Française en Afrique 1830-1962
  45. Décrets n°59-321 du 24.02.1959 et n°60-163 du 24.02.1960 portant sur l'organisation de la commune d'Alger.
  46. Site de l'Institut national agronomique

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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