El Harrach

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El-Harrach
Centre municipal d'El Harrach
Centre municipal d'El Harrach
Noms
Nom algérien الحراش
Nom amazigh ⵍⵃⴻⵔⵔⴰⵛ
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilaya Alger
Daïra El Harrach
Président de l'APC Alik embarek
2012-2017
Code postal 16200-16131
Code ONS 1613
Démographie
Population 48 869 hab. (2008[1])
Géographie
Coordonnées 36° 43′ 16″ N 3° 08′ 15″ E / 36.721239, 3.137412 ()36° 43′ 16″ Nord 3° 08′ 15″ Est / 36.721239, 3.137412 ()  
Localisation
Localisation de la commune dans la wilaya d'Alger
Localisation de la commune dans la wilaya d'Alger

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El-Harrach

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El-Harrach
Liens
Site de la commune www.apc-elharrach.dz

El Harrach (anciennement Maison-Carrée) est une commune de la wilaya d'Alger en Algérie, située dans la banlieue Est d'Alger.

Ses habitants sont appelés les Harrachis.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

La commune d'El Harrach est située à environ 12 km à l'Est d'Alger[2].

Le centre de la ville d'El-Harrach se situe à environ 2 km en amont de l'embouchure de Oued El-Harrach, et les divers quartiers de la commune se trouvent séparés par les deux rives de ce cours d'eau.

Communes limitrophes d’El Harrach
Bourouba Mohammadia Oued Smar
Bachdjerrah El Harrach Oued Smar
Baraki Les Eucalyptus Oued Smar

Toponymie[modifier | modifier le code]

El-Harrach (ḥarrâc) est issu de l'arabe ḥirâc (pl. aḥrâc) qui signifie « forêt », « bois », « maquis » et qui prend ici le sens de « lieu très boisé », « lieu avec végétation touffue »[3].

Chez ses fondateurs français, la localité était nommée "Maison-Carrée" par référence à la forme géométrique du fortin ottoman qui dominait le lieu. Toutefois, et contrairement à beaucoup d'autres établissements coloniaux de l'Algérois, ce nom européen ne fut jamais arabisé par l'usage populaire car la population musulmane a de tout temps appelé le lieu "El-Harrach" soit en référence à Oued El-Harrach dont le lieu a toujours abrité le principal point de passage sur la route d'Alger, soit en référence au fortin qui le surplombait du haut de la colline dite "Koudiet El-Harrach".

Quartiers[modifier | modifier le code]

Certains quartiers qui, historiquement parlant, font partie de la ville d'El-Harrach ne relèvent plus de la Commune éponyme du fait des découpages administratifs qui se sont succédé dès les dernières années avant l’indépendance de l'Algérie. C'est le cas notamment des anciens quartiers de Lavigerie (devenu commune de Mohamadia), Beaulieu (rattaché à la commune de Oued-Smar) ou du plus récent mais populeux quartier de Bachdjerrah (devenu commune de Bachdjerrah), alors que l'ensemble des quartiers de la rive gauche constituent de nos jours la commune de Bourouba.

La Rive Droite : La circonscription de Maison-Carrée ayant été à l'origine (milieu du XIXe s.) délimitée par le cours de Oued El-Harrach, les plus anciens quartiers de la ville se situent sur la rive droite. Il s'agit, en gros, d'un double noyau constitué d'un côté par l'ensemble du centre-ville traditionnel (la Mairie et sa placette, le Marché-Couvert, le Square et jusqu'aux alentours du Parc Bomati) dans la partie basse du vallon, et d'un autre côté le quartier de Belfort (act. Hassan Badi) sur les hauteurs et autour de la caserne qui abrite le plus ancien bâtiment de la ville. Constitué presque spontanément au milieu du XIX e s., ce hameau commence à prendre réellement forme au cours des années 1860-1870 et se développe essentiellement grâce à l’essor du marché aux bestiaux qui y fut implanté. A noter que, des origines et jusqu'au début des années 1950, le site du grand marché occupait l'ensemble des terrains plats qui s'étalent derrière la Mairie du côté Nord. De nos jours, cet espace est recouvert par le Commissariat de Police, le Parc des Sports et la cité HLM du Cours de France (act. Cours Aïssat-idir) de manière générale.

Très tôt aussi (fin du XIXe s.), ce premier noyau urbain fut prolongé vers le Sud, le long de l'Oued Smar, par une petite zone industrielle qui commence à se former avec l'implantation des usines Altairac puis Zévaco, suivies de la minoterie Duroux et de quelques briqueteries et huileries dont les restes s'étalent encore le long de la route qui va, du-delà du bureau de la Poste jusqu'aux usines citées. Il faudra attendre le début des années 1940 pour voir fleurir les quartiers résidentiels de Bellevue et Lavigerie (act. Mohamadia) au Nord et, un peu plus tard, celui de Beaulieu à l'Est. De ce côté de la rivière, la dernière cité en date est celle des Dunes qui fut entamée juste avant l'indépendance et achevée peu après 1962, alors que les quartiers de Kourifa et Les Trois-Caves se sont constitués à partir des années 1990. Il est à noter que ce dernier secteur, plutôt excentré et assez éloigné du centre-ville historique, occupe une zone qui fut toujours interdite de construction au cours de la période coloniale car se trouvant dans le lit de débordement habituel de Oued El-Harrach.

La Rive Gauche : Entamé dans les années 1880, le développement de la petite ville de Maison-Carrée en centre industriel de l'Algérois connait sa pleine vitesse au cours des premières décennies du XXe s. Cela va drainer -au cours des années 1920-1930- un flux de plus en plus important de populations algériennes de l'intérieur du pays, notamment des régions du Titteri, et qui vont presque systématiquement se concentrer sur la rive gauche de Oued El-Harrach.

Jusqu'en 1906 cette partie de la ville relevait administrativement de la commune de Hussein-Dey. Mais, de l'autre côté du pont de l'Harrach et tout au long de la Route d'Alger, une sorte de faubourg épars et informel s'était formé après que la Gare et de chemin de fer eurent été construits par la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) en 1863. C'est de là que vient le nom d'ensemble pour désigner les divers quartiers de la rive gauche (on disait "Quartier de la Gare PLM" puis "Quartier PLM" tour court), et c'est dans ce secteur, plutôt prolétaire et à l'habitat précaire mais ps cher, que les populations musulmanes immigrées vont vite prédominer face à une rive droite qui restera majoritairement européenne jusqu'à l'indépendance : La Rue d'Alger, La Gare puis Sainte-Corinne et Fouquereau sont les plus anciens. S'y ajoutèrent ensuite La Faïence, L'Engrais, Dussoliers, Djenane-Mabrouk, La Cressonnière, Bou-Bssila ... etc. Plus tard, au cours des années 1950, cet ensemble sera encadré par une "Cité Musulmane" (ce qu'on appelle de nos jours "Cité PLM" à proprement parler) et par les imposantes tours d'habitation de la cité Diar-Djemâa. Après l'indépendance, continuant à accueillir des flux migratoires de l'intérieur du pays, ce secteur continuera à s'étendre sur tous les côtés, s’adjoignant des quartiers nouveaux mais toujours populaires comme La Montagne ou Bachjerrah.

NB : La Daïra actuelle d'El-Harrach est constituée par le térritoire de trois communes : El-Harrach, Bourouba, Bachdjerrah et Oued-Smar.

Histoire[modifier | modifier le code]

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Périodes anciennes[modifier | modifier le code]

Dans sa « Description générale de l’Afrique »[4], le chroniqueur Luis del Marmol Carvajal (1520 - 1600) affirme que « La ville de Sasa, que Ptolémée appelle Tipaso, est détruite et ses édifices se voient au levant d’Alger, sur les bords de la Méditerranée sarde, à l’O. de la cité de Métafuz [Matifo]. Cette ville a été de plus de 3.000 habitants. Son emplacement était joint à la rivière qu’on appelle Huet el-Harrax [Oued El-Harrach] ; quelques uns prétendent qu’elle a été édifiée avant Alger par les anciens africains. Elle fut détruite ensuite par le peuple de Mozgane [Beni Mazghanna] qui sont des gens plutôt basanés que blancs, ayant leur principale population en Libye d’où ils sont devenus puissants dans cette province d’Alger et en furent les maitres avant que les Romains entrassent en Afrique. Ce sont des Berbères africains parlant une langue qu’ils appellent Mozgana ou Mozabia qui est au contraire et différente de celle que parlent les autres africains. Finalement cette cité détruite et les écrivains disent qu’elle est plus ancienne qu’Alger et quelques-uns l’appellent le Vieil-Alger ». On aurait donc pu croire qu'une ville antique existât sur le site de l'actuelle El-Harrach, mais il s'agit manifestement d'une grossière erreur de la part de l'auteur espagnol. Ainsi, dès 1875, le français Albert Devoulx fait remarquer que de Marmol reprend une fausse information du géographe maghrébin Hassan b. Mohammad al-Wazzân al-Fâssi, dit Léon l'Africain (v.1494 - v.1554), qui « prenant Alger pour Caesarea [Cherchell] attribue la dénomination de Sasa, qu’il prend on ne sait où, aux ruines de Tipaza, changée par lui en Tipaso »[5]. Une origine antique de la ville d'El-Harrach est donc exclue, mais ce texte de Marmol n'en permet pas moins de constater que le nom de Oued El-Harrach était déja en usage dès le XVe s., et si Léon l'Africain ne le cite pas nommément dans son ouvrage, on pourrait peut-être l'identifier lorsq'il indique qu'à l'E. d'Alger « se voient des moulins sur un petit fleuve, qui sert à toutes les commodités de la cité, tant à boire qu'à autre chose »[6], même si certains penchent plutôt pour l'Oued Kheniss (act. Oued Kniss) dans ce cas.

Période ottomane[modifier | modifier le code]

XVIe siècle

Ce n'est qu'après l'installation des frères Barberousse à Alger dans les années 1514-1516 que la ville devient un acteur majeur de l'histoire méditerranéenne et du Maghreb. Dès lors, au rythme des expéditions chrétiennes, les flottes et les armées européennes vont se succéder devant les murs et les bastions qui entourent la ville, et c'est dans ce contexte que le site de la future ville d'El-Harrach va apparaitre dans les sources historiques comme point stratégique de la région algéroise.

1518 (20 Août) – Conscient du danger que le nouveau régime installé à Alger présente pour ses possessions espagnoles et italiennes, l’empereur Charles-Quint ordonne au marquis Hugo de Moncada, vice-roi de Sicile, de mener une expédition contre Alger et de la réduire. Une quarantaine de navires et plus de 5.000 soldats sont ainsi réunis pour la tâche, et un premier contingent de 1.500 hommes est débarqué en ce jour sur la plage qui s'étend sur la rive gauche de l’embouchure de Oued El-Harrach (act. Sablette). Quatre jours plus tard, alors que ce détachement d'élite était enfin parvenu à occuper le point stratégique de Koudiet Essaboune (act. Scala), une tempête estivale surprend tout le monde et jette 26 navires espagnols sont jetés à la côte. 4.000 de leurs soldats y laissent la vie, tandis que le beylerbey Khayr ad-Din Barberousse ne rate pas l'occasion et attaque aussitôt le campement de Koudiet Essaboune dont il chasse le détachement espagnol et le met en déroute. Au final, l’attaque se solda par un échec total et tous les chefs de l'expédition sont soit tués au combat soit hôtes du bagne d'Alger.

1541 (21 - 26 Octobre) – Décidé à conquérir Alger et abattre sa Régence, Charles Quint prend personnellement la tête d'une nouvelle expédition contre la ville. Comme pour la première tentative, le débarquement (environ 26.000 hommes) se fera encore sur les plages qui s’étendent à gauche de l’embouchure de Oued El-Harrach. Trois jours plus tard, l'Empereur établissait on camp sur les hauteurs de Koudiet Essaboune tandis que la ville, défendue à ce moment par le beylerbey Hassan Agha, était encerclée. Mais, dans la nuit du 25 au 26 Octobre, une grosse tempête éclate dans la baie d’Alger et emporte quelques 150 navires de la flotte assaillante. La légende locale raconte que c'est in saint homme de la ville, Ouali Dadda, qui provoqua miraculeusement la terrible tempête par ses prières. Quoi qu'il en soit, au petit matin du 26 Octobre, les défenseurs profitent de l’épais brouillard et de la pluie battante pour surprendre une partie de l’armée espagnole et la mettre en difficulté. Pendant ce temps, l'amiral de la flotte, le génois Andréa Doria, s’était retiré de l’autre côté de la baie pour mettre ce qui restait des navires à l’abri derrière le Cap Matifou. Craignant alors d'être coupé de la mer, Charles-Quint ordonne immédiatement le retrait de toute l’armée vers Matifou afin d‘y rembarquer en bon ordre. Malmenées ainsi par les conditions météo execrables, les troupes impériales furent poursuivies et harcelées par les algérois et par la cavalerie des tribus makhzen tout au long du trajet. Les rives de Oued El-Harrach sont atteintes dès le 27 Octobre, et le danger permanent obligea les espagnols à traverser à gué le cours d'eau en crue, probablement au niveau de l'embouchure sur la plage. On raconte que l’Empereur lui-même a dû passer entre deux lignes de mousquetaires avec l'eau lui arrivant aux aisselles. En tout, les impériaux auraient laissés plus de 2.000 morts et disparus rien que sur la route entre Tafourah et l'Oued. Le 1er Novembre 1541, ce sont 11.000 soldats seulement qui rembarquent et quittent Alger en lui laissant une réputation d'invincibilité qu'elle entretiendra pour les trois siècles suivants.

On voit bien que la zone de l’embouchure de Oued El-Harrach joua un rôle important dans les opérations militaires lors de ces deux premières expéditions chrétiennes contre Alger. Ce fut à chaque fois le point de chute des forces assaillantes, alors que la route qui permettait à la capitale de recevoir approvisionnements et renforts des provinces et tribus du S. et de l'E. passait à 2 km en amont de ces plages. La colline de Koudiet Essaboune, qui fut à chaque fois l’objectif principal des assaillants après le débarquement (on cherchait à occuper une position en hauteur proche de la ville pour la tenir à portée de l’artillerie de campagne), joua un rôle tout aussi important. Mais si les chefs militaires de la Régence ont compris cela Koudiet Eassoune point et qu'ils y ont réagi peu après en y édifiant une importante forteresse (act. Fort l'Empereur, pas loin de l'Hôtel Aurassi), rien ne permet d'affirmer que des dispositions similaires furent prises à cette époque du côté d'El-Harrach.


XVIIe siècle

1612 - Captif à Alger, le moine espagnol Diego de Haëdo décrit la ville et ses alentours en citant notamment « l'immense et fertile Motija [Mitidja] qui est coupée dans sa partie médiane par une grande rivière prenant naissance dans les montagnes éloignées vers le Sud. Sur cette rivière, il existe un grand nombre de moulins dont la ville d'Alger fait usage sur ses moutures pendant toute l'année »[7].

1697 – Le dey Hadj-Ahmed b. Hadj-Mosly, fait construire un pont de pierre (qanatra) sur l’emplacement de l’actuel « Pont Blanc » d’El-Harrach. Ce premier ouvrage sera emporté par les eaux quelque temps plus tard, mas il s'agit de la tout première construction attestée à El-Harrach.


XVIIIe siècle

1710Mustapha Bouchelaghem, bey de Mazouna et jusque-là un favori du dey Baba-Ali Chaouche, se révolte et tente un coup de force contre Alger. Ses troupes seront toutefois écrasées sur les rives de Oued El-Harrach où il fut lui-même capturé et décapité.

1724 – Sur ordre du dey Baba-Abdi, un fortin est bâti sur la colline dite Draa’ El-Harrach, qui surplombe l’Oued éponyme à l’endroit où il était traversé par le premier pont de pierre. Surnommé Bordj el-Qanatra, l'ouvrage était conçu en premier lieu pour la surveillance de l’accès au pont et à la route d’Alger (Trîq el-Soltân), mais il servait aussi de dépôt d’armes et de munitions pour un détachement de cavalerie sous le commandement de l’Agha des Arabes (sorte de ministre de l’intérieur dans le régime de Régence d’Alger), d’où l'autre nom qu'on lui donnait : Bordj l’Agha. Un an plus tard, dans une lettre datée du 1er Octobre 1725, le médecin et naturaliste français Jean-André Peyssonnel, de passage dans la Régence, signale l'existence du fort et nous donne un peu plus d'informations sur sa consistance et sur sa place dans le système global de défense de la baie d'Alger à cette époque : "La rade est défendue par plusieurs forts. On trouve du côté de l’E., à quatre lieues de distance de la ville, un fort de vingt pièces de canon, bâti sur le point du Cap Matifou, qui défend le mouillage qu’il y a de ce côté-là. Au fond de la rade, près de la rivière de l’Arache, il y en a un autre à peu près de même force ; on en trouve un troisième à un quart de lieue de la ville, et un quatrième près de la porte de Bab-Azzoun, au S. de la ville »[8].

1736 – Le dey Ibrahim b. Ramdane ordonne d'importants travaux de reconstruction sur le pont d’El-Harrach. Ce fait est commémoré par une inscription en langue arabe placée sur le parapet du pont et qui demeura en place jusqu'aux premières décennies du XXe s. avant d'être remise au Musée des Antiquités d'Alger où elle se trouve toujours.

1775 (Eté) – Ayant appris qu'une expédition espagnole commandée par le comte Alejandro O'Reilly venait d'être lancée contre Alger, le dey Mohamed b. Othman ordonne à tous les beyliks et aux tribus du makhzen de dépêcher leurs contingents pour défendre la capitale. Salah bey de Constantine arrive fin Juin et installe sont campement devant le pont de l'Harrach pour être aussitôt rejoint par des détachements algérois sous les ordres de Hassan Khaznadji. La flotte espagnole mouille dans la rade d'Alger le 1er Juillet et, dès le 8, on commence à pilonner les batteries côtières qui s'étalent entre de l'embouchure de Oued El-Harrach et celllee de Oued Kheniss (act. Oued Kniss) afin de préparer le débarquement qui intervint deux jours plus tard. Pendant ce temps, les beys et le commandement de l'Odjaq algérien s’étaient réunis au campement d’El-Harrach et il fut décidé d'attaquer l'ennemi avant qu'il n'achève de débarquer toutes ses forces. Néanmoins, lorsque l'assaut algérien fut lacé, 7.500 soldats espagnols et une douzaine canons étaient déjà à terre. De violents combats eurent lieu sur la plage durant une bonne partie de la journée, mais les pertes espagnoles (191 officiers et 2.428 hommes de troupe entre morts et blessés selon les sources) ont finalement décidé leurs chefs à abandonner la partie et à rembarquer. Les 200 morts algériens furent enterrés sur place, et cette fameuse année fut longtemps connue sous le nom de Âam e-Rmell ("Année du Sable" ou "Année de la Plage") chez les habitants d'Alger. Il est à noter que les sources relatives à l'expédition de 1775 ne font pas mention de Bordj El-Qanatara lui-même. Mais, le fait que le point de ralliement convenu pour les contingents du beylik de l'Est ait été fixé devant le pont, c'est-à-dire en contrebas de Koudiet El-Harrach, puis le fait que la convention des chefs militaires y eut lieu indique que des provisions et autres stocks militaires devaient être disponibles à sur place, ce qui porte à croire que le fortin était toujours en fonction à cette date.


XIXe siècle

1822Yahia Agha, homme fort du régime du dey Hussein à cette date, fait reconstruire le vieux Bordj El-Qantara d'El-Harrach. L'édifice fut agrandi et on y installa des magasins pour munitions et autres approvisionnements militaires et, à partir de cette date, il devint lieu de rassemblement de la mhalla annuelle qui se réunissait avant cela au Djenâne El-Agha (du côté de l'act. Gare ferroviaire d'Agha).

1827 - C'est l'année du début des hostilités entre la Régence d'Alger et le Royaume de France dont la flotte impose un blocus à la ville. C'est aussi en cette année qu'on y aurait achevé les travaux au Bordj El-Qantra qui fut aussi armé de canons. Pendant ce temps, que les intrigues de sérail continuaient comme si rien n'était à la cour du Dey. Ainsi, on raconte que l’opulent Hadj-Ahmed bey de Constantine -qui était en conflit avec Yahia Agha depuis quelque temps- parvint à faire douter le dey Hussein de la loyauté de son ministre, l'accusant notamment d'avoir des visées personnelles sur le pouvoir et qu'il se constituait un parti parmi les chefs des tribus makhzen dont, il est vrai, Yahia était fort apprécié. Dans ce sillage, on prétendit que les travaux de fortification qui venaient d'être effectués au fort d'El-Harrach avaient pour seul but d'offrir une citadelle à l'Agha et de lui assurer une base solide en cas de difficultés avec le Dey. On ne saura probablement jamais quelles furent les intentions réelles de Yahia Agha, mais le fait est que le dey Hussein ne fut pas insensible à ces ragots et qu'il disgracia Yahia peu de temps après et le fit remplacer par son gendre Ibrahim Agha, beaucoup moins compétent à ce qu'il parait mais jugé manifestement plus sûr.

1830 – La crise avec la France n'ayant pas été résolue malgré deux années de pourparlers et de blocus, on savait à Alger qu'une attaque était imminente et on s'affaira à préparer les défenses. En arrêtant ses plans de bataille, Ibrahim Agha et le reste du commandement algérien est parti de l'hypothèse (devenue évidence depuis maintenant trois siècles) que l’offensive sera entamée par un débarquement de troupes sur les plages entre l'E. de la ville et l'embouchure de Oued El-Harrach. Sur cette base, et dès le Printemps de cette année, le camp principal de l'Agha fut tout naturellement installé à Bordj El-Qantara afin de surveiller la baie tout en s’assurant les voies de ravitaillement et de renfort par le S. et par l’E. Ainsi, le 14 Juin, lorsque la flotte française vint mouiller dans la baie de Sidi-Fredj la surprise sera réelle chez les algériens, et si l’on se hâte alors à transférer le camp de l'odjaq vers Staouéli à l'O., ça sera uniquement pour y subir la dramatique défaite qui va ouvrir la route d'Alger au corps expéditionnaire français : le 5 Juillet 1830 la ville tombait et la Régence aura vécu.

Pendant ce temps, Hadj-Ahmed Bey de Constantine était accouru avec des renforts et campait avec ses troupes autour de Bordj El-Qantara d’El-Harrach où la nouvelle de la capitulation du Dey lui parvint. Il décide aussitôt d'évacuer les lieux et rentrer à Constantine. A cette occasion, une anecdote est rapportée par une source française : «  On raconte que, le jour de son départ de l’Arach, il était déjà à cheval, lorsque tout-à-coup, se retournant vers Alger et dressé sur ses étriers, il s’écria : « je vois d’ici Alger pour la dernière fois peut-être ; car, je fais serment de n’y jamais rentrer, tant qu’elle sera soumise aux Chrétiens ou aux Turcs […] »[9]. Si le propos est très probablement apocryphe ou en tout cas fort romancé, on ne peut s'empêcher de penser au rôle qu'avait joué le bey dans l'élimination de Yahia Agha moins de deux ans plus tôt, et on peut alors se demander si les événements se seraient déroulés de la même manière si un commandant de sa qualité se trouvait à la tête des troupes algériennes au moment de l'affrontement final. Quoi qu'il en soit, l'épisode ottoman se clos sur ces faits et commence alors la période coloniale française.

Période coloniale française[modifier | modifier le code]

On a vu que le site d'El-Harrach n'avait jusque-là de valeur que stratégique et militaire comme point de passage obligé vers Alger. La situation ne va pas changer au début de l'occupation française. Ce n'est qu'ultérieurement et de façon presque fortuite qu'un centre de peuplement va se constituer sur les lieux. L'autre nouveauté qui marque l'arrivée des français à Alger c'est la documentation qui deviendra de plus en plus fournie et qui permettra une meilleure connaissance sur l'histoire du site.

En 1844, le hameau constitué est rattaché à la commune d'Hussein Dey.
Dès 1850 les premières structures industrielles s'y implantèrent (Briqueterie Altairac). D'autres suivirent, installées le long des berges de l'Oued. L'une des plus connues, les Brasseries et Glacières d'Algérie (BGA) commercialisait la célèbre bière connue sous l'appellation "33 Export".
En 1856, le village est rattaché à la commune de la Rassauta. En 1862, la ligne de chemin de fer d'Alger à Blida est inaugurée et un important marché à bestiaux fut créé et contribua à l'enrichissement des commerçants de la ville.
En 1868, le territoire communal comprenait 177 hectares de jardins maraîchers et sa population était évaluée à 1690 habitants.
En 1869, par décret impérial, la commune Rassauta (Fort de l'Eau, Aïn-Taya, Rouiba, Matifou) fut rebaptisée du nom de son chef-lieu : Maison-Carrée. En 1958, la commune est délestée d'une partie de son territoire avec la création de la commune de Oued Smar. En 1959, Maison-Carrée devient le 10e arrondissement de la ville d'Alger[10].

Traversée par l'oued, le quartier fut inondé plusieurs fois et les inondations les plus meurtrières furent celles de 1911, 1916, 1930, 1931 et 1936.

Depuis l'Indépendance[modifier | modifier le code]

Après l'indépendance de l'Algérie le quartier fut rebaptisé du nom de l'oued qui le traverse.

Démographie[modifier | modifier le code]

Évolution démographique
1867 1870 1885 1891 1897 1906 1911 1921 1926
1 000 1 693 3 000 4 800 5 588 7 582 9 200 11 290 14 648
1931 1936 1948 1954 1987 1998 2008 - -
21 686 24 595 41 195 51 017 47 375 48 167 48 869 - -
(Source : ONS + divers documents coloniaux)


Note : L'actuelle commune d'El-Harrach ne recouvre qu'une partie du territoire de l'ancienne circonscription de Maison-Carrée (10e Arrondissement d'Alger). C'est ce qui explique la stagnation relative ou la régression du nombre d'habitants sur les chiffres post-indépendance par rapport à la période précédente, les recensements ne prenant plus en compte les populations des quartiers et régions qui ont été érigés en communes indépendantes ou qui furent rattachés à d'autres circonscriptions administratives.

Économie[modifier | modifier le code]

Depuis le boom pétrolier des années 2000, El Harrach, qui a perdu sa vocation industrielle se tourne, à l'instar de nombre de villes algériennes vers le commerce.

Transports[modifier | modifier le code]

La commune d'El Harrach dispose d'une gare desservie par les trains de banlieue de la Société nationale des transports ferroviaires (SNTF), au départ de la gare d'Alger.

La Ligne 1 du Tramway algérois longe le territoire de la commune sur l'ensemble de sa limite Nord avec la commune de Mohamadia, et la desserve sur trois stations.

La Ligne 1 du Métro d'Alger est actuellement en extension et desservira la commune d'El-Harrach sur deux stations. Leur mise en service est prévue pour 2014.

Patrimoine[modifier | modifier le code]

La ville abrite aussi la plus grande prison d'Algérie, située au centre du quartier Belfort.

Maison-Carrée fut également le nom donné par ses étudiants à l'Institut agricole d'Algérie, créé en 1905 sous le nom d'École d'Agriculture Algérienne et renommée en 1946, École nationale d'Agriculture. Cette vieille école porte aujourd'hui le nom d'Institut national agronomique Kasdi-Merbah[11].

Maison-carrée abrite aussi l'école nationale polytechnique ENP, l'école nationale vétérinaire ENV et l'école nationale d'architecture.

Vie quotidienne[modifier | modifier le code]

Sports[modifier | modifier le code]

  • USMH Union Sportive Madinat El Harrach, anciennement USMMC (Union Sportive Musulmane de Maison-Carrée)
  • CREH (Chiheb Riadhi El-Harrach)
  • AREH (El Kahla(Amel Riadhi El-Harrach)
  • FCH (Football Club El-Harrach)
  • CRMH (Chabab Riadhi Madinat El-Harrach)
  • JCH (Judo Club El-Harrach)
  • Club Sportif de Tir à l'Arc (CSTA)

Personnalités liées à la commune[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [PDF]Recensement 2008 de la population algérienne, wilaya d'Alger, sur le site de l'ONS.
  2. Journal officiel de la République Algérienne du 19/12/1984, page 1514, délimitation du territoire de la commune d'El Harrach.
  3. Mohand-Akli Haddadou, Dictionnaire toponymique et historique de l'Algérie, Tizi Ouzou, Éditions Achab,‎ 2012 (ISBN 9789947972250), p. 284.
  4. Descripción general de África, sus guerras y vicisitudes, desde la fundación del mahometismo hasta el año 1571, Tome II
  5. Revue Africaine, Tome XIX p. 298
  6. De l'Afrique, contenant la description de ce pays. Tome I, p. 621. Trad. de Jean Temporal, 1830
  7. Topographie et Histoire générale d'Alger, Trad. Monnereau et A. Berbrugger 1870
  8. Relation d'un voyage sur les Côtes de Barbarie, Librairie de Gide 1838
  9. Revue Africaine, 1870/03 p. 206
  10. Décrets n°59-321 du 24.02.1959 et n°60-163 du 24.02.1960 portant sur l'organisation de la commune d'Alger.
  11. Site de l'Institut national agronomique

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

liens externes[modifier | modifier le code]