Oumar Tall

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Fresque à Dakar

Oumar Tall, de son vrai nom Umar Foutiyou Tall (ou Oumar Seydou Tall) est un souverain musulman. C'est aussi un érudit musulman et un éminent soufi. Il est né à Halwar dans le Fouta-Toro, dans l’actuel Sénégal, entre 1794 et 1797 et a disparu mystérieusement dans la falaise de Bandiagara, le 12 février 1864[1],[2]. Il est le fondateur de l'Empire toucouleur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance[modifier | modifier le code]

Faisant partie des privilégiés de Dieu, ce dernier a montré le jour même de sa naissance qu'il était un élu hors–pair et un monument de pureté et de sainteté. Il est en effet, venu au monde la nuit d'un mercredi de Ramadan en 1797 à Halwaar, avant la prière de Fadjr et est le fils de Sa'îd Tall et de Sokhna Bint Adama Aicha Thiam. Il est le quatrième fils de son père et le huitième enfant de sa mère. Toucouleur descendant d'une grande famille de notables et chefs religieux descendants de 'Uqbah Ibn 'Amr, un compagnon du prophète de l'islam Mahomet, il a commencé à approfondir sa connaissance de l’islam grâce à Abd el-Karim, un lettré musulman originaire du Fouta-Djalon, membre de la confrérie Tidjaniya. Dès sa tendre enfance, il n'a cessé d'impressionner sa génération en maîtrisant le Coran à l'âge de huit ans, en exprimant son vœu d'amasser le maximum de sciences, d'aller à la Mecque et de rendre une visite pieuse (Ziara) à Seydina Mouhamad (SAW). En ce moment précis, ses amis de la même génération ne savaient pas ce que pourrait signifier Maka (La Mecque) ou Madina (Médina). Son dévoilement (Kachf) n'a pas attendu un âge pour se manifester. Cheikh Oumar a très tôt nourrit des ambitions de très haute portée spirituelle. C'est ensuite en 1820 qu'il quitta son Fouta natal en direction de la Mecque. Durant tout son voyage, sa haute station spirituelle se confirmait de plus en plus. Et c'est après une prière d'Asr qu'il vit son maître Cheikh Mouhamed Al Ghâli(RA) qui lui renouvela l'allégeance qu'il avait faite à Cheikh Tijani Chérif. Il resta trois ans à son service exclusif, dans la plus grande soumission et sous l'œil vigilant de Seydina Mouhamed (SAW) pour enfin recevoir son cadeau que toute l'Afrique Noire partage jusqu'à présent. Il est important de rappeler que Cheikh Elhadj Oumar (RA) a bénéficié d'innombrables privilèges dont les plus manquants sont :

  • Il a reçu son éducation spirituelle entre la Kahba et Madîna et lisait ce qui était dissimulé dans les cœurs.
  • Il a été éduqué sous l'œil vigilant du Prophète Seydina Mouhamed (SAW) par un Cherif et fut élevé au grade de Khalifa de Cheikh Tijani dans toute l'Afrique Noire.

C'est Seydina Cheikh lui-même qui ordonna à Cheikh Mouhamadul Ghâli de lui donner tout ce qu'il voulait en ces termes:

« Tu ne fais que lui transmettre mais nous lui avons tout donné ».

Il a eu le privilège de voir Seydina Mouhamed (SAW) à l'état de veille (Jahratan) et de lui parler. Il a eu l'honneur de connaître le Nom Suprême (Al Ism al Ahzam et d'avoir l'Ordre Divin, du Prophète et de Seydina Cheikh de mener le Jihad, l'orientation et l'éducation des créatures dans la voie de Dieu. Après avoir reçu tous ses grades et stations, El Hadji Omar entreprit son retour dans le but de fonder un empire musulman dont la seule règle sera Lailaha ilal Lahou Mouhamadou Rassouloul Lahi.

Les voyages[modifier | modifier le code]

À partir de 1827 et pendant dix-huit ans, Oumar Tall entreprend plusieurs voyages. Il se rend à Hamdallaye sur le Niger où il rencontre Amadou Cheikhou, puis séjourne plusieurs mois à Sokoto à la cour de Mohammed Bello. Il traverse ensuite le Fezzan et se rend au Caire avant d’atteindre La Mecque où il reçoit les titres d’El Hadj et de Calife de la confrérie soufi Tidjane pour le Soudan (1828). Il séjourne ensuite à l’Université al-Azhar du Caire, puis chez le sultan du Bornou dont il épouse une fille, à la cour de Mohammed Bello dont il épouse également une fille, enfin à Hamdallaye chez Amadou Cheikhou, qui cette fois-ci l’accueille beaucoup moins favorablement. Puis il est emprisonné par le roi animiste bambara de Ségou. Lorsqu’il est relâché, il se rend dans le Fouta-Djalon où l’almami l’autorise à créer une zaouïa (1841). Pendant treize ans, il prêche l'islam sunnite à travers la doctrine asharite, la jurisprudence malikite et la spiritualité de la tidjaniya d’abord au Fouta-Djalon, puis à Dinguiraye (actuelle Guinée) en 1848.

Le djihad[modifier | modifier le code]

À Dinguiraye, il prépare le djihad (guerre sainte). Il acquiert une réputation de saint et rassemble de nombreux disciples qui formeront les cadres de son armée. Son armée, équipée d’armes légères européennes reçues de trafiquants britanniques de Sierra Leone, s’attaque à plusieurs régions malinkées à partir de 1850. Il occupe sans difficulté les territoires du Mandingue et du Bambouk (1853), puis attaque les Bambaras Massassi dont il prend la capitale Nioro (1854). En 1856, il annexe le royaume bambara du Kaarta et réprime sévèrement les révoltes.

Luttant contre l’armée coloniale française, il fait construire un tata (une fortification) à Koniakary (77 km à l'ouest de Kayes). En avril 1857, il déclare la guerre contre le royaume du Khasso et assiège le fort de Médine, qui sera libéré par les troupes de Louis Faidherbe le 18 juillet 1857.

Entre 1858 et 1861, El Hadj Oumar Tall s’attaque aux royaumes bambaras de Kaarta et de Ségou (bataille de Ngano). Le , il conquiert Ségou qu’il confie un an plus tard à son fils Ahmadou pour partir à la conquête d’Hamdallaye, capitale de l’Empire peul du Macina qui tombera le après trois batailles faisant plus de 70 000 morts. Obligé de se réfugier dans les grottes de Deguembéré, près de Bandiagara, il disparait dans une grotte le . Son neveu Tidiani Tall sera son successeur et installera la capitale de l’Empire Toucouleur à Bandiagara. Son fils Ahmadou Tall règne à Ségou, jusqu’à l’occupation française en 1893[3].

La théocratie[modifier | modifier le code]

Mû par l’idéologie universaliste de l’islam et par un projet de rénovation égalitaire de la société, El Hadj Oumar encourage le libéralisme du sunnisme via la confrérie Tidjaniya, dont il est le représentant de l'époque, et se promet d’imposer une « fraternité transcendante » aux peuples du Soudan occidental.

El Hadj Oumar gouverne ses États comme une théocratie, assisté par un conseil comprenant quelques grands marabouts, entre 1842 à 1858 Hams fut le roi du Sénegal. Certains de ses frères et des compagnons de pèlerinage. La loi coranique est le principe fondamental du gouvernement. Sur le plan administratif, El Hadj Oumar s’inspire du modèle égypto-turc avec la division du pouvoir en un gouverneur civil (pacha) et un gouverneur militaire (bey). Chaque province dispose d’une puissante forteresse (tata) commandée par un chef militaire dirigeant une importante garnison.

L'épopée d'El Hadj Oumar[modifier | modifier le code]

L'un des amis d'Oumar Tall, Mohamadou Allou Tyam, couche par écrit l'histoire de sa vie dans un récit, la Kacida, qu'il rédige en `ajami, c'est-à-dire en peul noté avec l'alphabet arabe[4]. Ce récit est traduit en français pour la première fois par Henri Gaden en 1935, puis plusieurs autres éditions et traductions plus proches du texte original, dont une en français par Samba Dieng en 1983[4]. L'épopée d'El Hadj Oumar connaît dans le même temps une ample diffusion orale parmi les populations peules, notamment au Sénégal et au Mali, et devient un mythe fondateur de l'islamisation de l'Afrique de l'Ouest, l'épopée présentant El Hadj Oumar comme un messie annonçant les grands cheikhs musulmans de la région dans les décennies suivantes qu'ont été par la suite Mbaba Diakhou (fondateur d'une théocratie au Rip) ou d' El Hajj Malick Sy, son successeur à la tête de la tariqa Tidiane.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Milet, Jean-Luc Manaud, Mali, Olizane,‎ , 316 p. (ISBN 2880863511, lire en ligne), p. 50
  2. Yves-Jean Saint-Martin, Le Sénégal sous le second Empire: naissance d'un empire colonial (1850-1871), KARTHALA,‎ , 671 p. (ISBN 2865372014, lire en ligne), p. 303
  3. Pour en savoir plus, voir les pages sur El Hadj Omar Tall et ses enfants Tidjane, Amadou, Maki, Nourou, Dahé, Bachir [1]
  4. a et b « L'épopée d'El Hadj Oumar : la guerre sainte de l'empereur toucouleur », article de Bassirou Dieng dans L'âme de l'Afrique, Le Point Références no 42, novembre-décembre 2012, p. 54.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Chenet, El Hadj Omar (Chronique de la guerre sainte), University of Michigan, Edition :P.J.Oswald, Collection théâtre africain, 1968
  • Gérard Chenet, El Hadj Omar, La grande épopée des Toucouleurs, L'Harmattan, 2009, (ISBN 2296240216)
  • (ar)(fr)  : Dhikrá murūr miʾatay sanah ʻalá mīlād al-shaykh al-Ḥājj ʻUmar al-Fūtī Tāll, 1797-1998 : nadwah dawlīyah 14-19 Djanbir 1998, Dakār - al-Sīnighāl - Bicentenaire de la naissance du cheikh El Hadj Oumar al-Futi Tall, 1797-1998 : colloque international, 14-19 décembre 1998, Dakar - Sénégal, Actes du colloque, Rabat, Maʻhad al-Dirāsāt al-Ifrīqīyah, 2001, 2 vol. (vol. 1 en arabe (ISBN 9981370223) ; vol. 2 en français (ISBN 3022379981[à vérifier : ISBN invalide]))
  • Samba Dieng, Une approche de l’épopée omarienne d’après la chronique de El Hadj Mamadou Abdoul Niagane, Dakar, Université de Dakar, 1978, 252 p. (Mémoire de Maîtrise)
  • Samba Dieng, L’épopée d’Elhadj Omar. Approche littéraire et historique, Dakar, Université de Dakar, 1984, 2 t., t.I, 1-299, t.II, 300-606. (Thèse de 3e cycle)
  • Elikia M'Bokolo, Afrique Noire, Histoire et civilisations, Paris, Hatier-AUF, 2004 (2e édition), 587 p. (ISBN 2218750503)
  • M. Puech, Le livre des Lances (Rimàh) d’El Hadji Omar (1845), Dakar, Université de Dakar, 1967, (Diplôme d’Études Supérieures)
  • David Robinson, La guerre sainte d'al-Hajj Umar. Le Soudan occidental au milieu du XIXe siècle, Paris, Karthala, 1988, 413 p. (ISBN 2865372111)
  • David Robinson et Jean-Louis Triaud (sous la direction de), Le temps des marabouts. Itinéraires et stratégies islamiques en Afrique occidentale française vers 1880-1960, Paris, Karthala, 1997, 583 p. (ISBN 2865377296)
  • Alassane Wélé, Le Fergo omarien et ses prolongements, Dakar, Université de Dakar, 1976, 308 p. (Mémoire de Maîtrise)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]