Egbert de Wessex
Egbert ou Ecgberht (mort en 839) est roi du Wessex de 802 à sa mort. Fils du roi Ealmund de Kent, il est contraint à l'exil dans les années 780 par Offa de Mercie et Beorhtric de Wessex, mais à la mort de ce dernier, il retourne en Grande-Bretagne et s'empare du trône.
On ne sait que peu de choses des vingt premières années de règne d'Egbert, mais on présume qu'il parvient à maintenir l'indépendance du Wessex vis-à-vis du royaume de Mercie, qui domine à l'époque les autres royaumes du sud de l'Angleterre. En 825, Egbert vainc Beornwulf de Mercie à la bataille d'Ellendune, et s'empare des dépendances merciennes du sud-est de l'Angleterre. En 829, il vainc Wiglaf de Mercie et le chassa de son royaume, sur lequel il règne directement pendant une brève période. Plus tard la même année, le roi de Northumbrie se soumet à Egbert à Dore. Par la suite, les triomphes d'Egbert lui valent le titre de bretwalda, ou « souverain de Bretagne », dans la Chronique anglo-saxonne.
Cependant, Egbert ne parvient pas à asseoir sa domination, et Wiglaf reprend le pouvoir en Mercie moins d'un an plus tard. Toutefois, le Kent, le Sussex et le Surrey restent sous le contrôle du Wessex, et Egbert les attribua à son fils Æthelwulf, qui y règne comme sous-roi. À la mort d'Egbert, Æthelwulf lui succède, et les royaumes du sud-est sont finalement absorbés par le Wessex après sa mort, en 858.
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Famille [modifier]
La plus ancienne version connue de la Chronique anglo-saxonne, la Chronique de Parker, commence par une préface généalogique qui retrace l'ascendance d'Æthelwulf, le fils d'Egbert, jusqu'à Ingild, frère du roi Ina, qui abdique en 726. Elle remonte ensuite jusqu'à Cerdic, fondateur de la maison de Wessex. Frank Stenton accepte la filiation d'Egbert à Ingild, mais rejette celle d'Ingild à Cerdic[1]. Heather Edwards suggère qu'Egbert, originaire de Kent, aurait été rattaché généalogiquement aux rois du Wessex a posteriori, afin de lui apporter davantage de légitimité[2] ; en revanche, Rory Naismith estime qu'Egbert n'est pas d'ascendance kentique, mais bien saxonne[3].
Egbert aurait eu pour demi-sœur Alburga, épouse de l'ealdorman du Wiltshire Wulstan. Après sa mort, elle entre dans les ordres et fonde l'abbaye de Wilton[4]. La seule source mentionnant la femme d'Egbert est un manuscrit du XVe siècle qui la nomme Redburga, regis Francorum sororia, c'est-à-dire une sœur ou une belle-sœur de l'empereur des Francs, mais la date tardive de cette source incite la plupart des historiens à ne pas la prendre en considération.
On ignore le nombre exact d'enfants qu'eut Egbert. Son successeur Æthelwulf, qui gouverna en tant que sous-roi le Kent, l'Essex, le Surrey et le Sussex, était son fils. Certaines versions de la Chronique anglo-saxonne (par exemple les Chroniques de Worcester et Laud) font d'Æthelstan le fils d'Egbert, mais il apparaît comme fils d'Æthelwulf dans la Chronique de Parker, une reconstruction généralement préférée[5]. Quelques auteurs postérieurs à la conquête normande font de sainte Edith (Eadgyth) de Polesworth la fille d'Egbert, mais cette filiation est douteuse[N 1].
Contexte politique et jeunesse [modifier]
Offa de Mercie, roi de 757 à 796, est le souverain le plus puissant d'Angleterre durant la seconde moitié du VIIIe siècle. Les relations entre Offa et Cynewulf, roi du Wessex de 757 à 786, sont mal connues, mais il semble probable que Cynewulf ait conservé une certaine indépendance vis-à-vis de la suzeraineté mercienne. Il apparaît comme « roi des Saxons de l'Ouest » sur une charte d'Offa en 772[6], et sort vaincu d'une bataille contre Offa à Bensington en 779, mais ce sont les seuls éléments pouvant suggérer une domination mercienne sur le Wessex : on ignore si Cynewulf a jamais reconnu Offa comme suzerain[7]. Offa domine clairement le sud-est de l'île : il apparaît aux côtés du roi Heabert de Kent sur une charte de 764, ce qui implique peut-être qu'il l'a aidé à monter sur le trône[8]. L'étendue du contrôle exercé par Offa sur le Kent entre 765 et 776 est sujette à débat, mais il semble que les rois du Kent aient disposé d'une certaine indépendance vis-à-vis de la Mercie entre 776 et 784[8],[9].
Un autre Egbert, Egbert de Kent, règne dans les années 770 ; il est mentionné pour la dernière fois en 779, dans une charte accordant des terres à Rochester[8]. En 784, un nouveau roi du Kent, Ealmund, apparaît dans la Chronique anglo-saxonne. D'après une note dans la marge, « ce roi Ealhmund était le père d'Egbert [de Wessex], Egbert était le père d'Æthelwulf ». Cette mention s'accorde avec la préface du texte A de la Chronique, qui nomme le père d'Egbert Ealmund sans plus de détails. Cette préface date probablement de la fin du IXe siècle ; la note en marge apparaît dans le manuscrit F de la Chronique, une version kentique datant des alentours de l'an 1100[10].
Ealmund ne semble pas s'être maintenu longtemps sur le trône : il n'apparaît plus après 784. Cependant, de nombreux éléments témoignent de la domination d'Offa sur le Kent à la fin des années 780, et il semble avoir cherché l'annexion pure et simple du royaume[8], devenant « le rival, et non le suzerain, des rois kentiques[11] ». Il est possible que le jeune Egbert se soit enfui au Wessex vers 785 : une entrée ultérieure de la Chronique indique que Beorhtric, le successeur de Cynewulf, aide Offa à chasser Egbert en exil[8].
Cynewulf est assassiné en 786. Il est possible qu'Egbert ait tenté de s'emparer du trône, mais Beorhtric reçoit le soutien d'Offa dans la lutte intestine qui s'ensuit[10],[12]. La Chronique anglo-saxonne indique qu'Egbert passe trois années en Francie, exilé par Beorhtric et Offa, avant de devenir roi. Le texte note « iii », mais il s'agit peut-être d'une erreur pour « xiii », treize années. Le règne de Beorhtric dure seize années, pas treize, et tous les textes existants de la Chronique s'accordent sur ce « iii », mais de nombreux historiens modernes estiment qu'Egbert est bien resté treize années en Francie. Cela nécessite de supposer que l'erreur de transcription est commune à tous les manuscrits de la Chronique ; la plupart des historiens acceptent cette supposition, mais d'autres la considèrent comme improbable, eu égard à la cohérence des sources[N 2] Quoi qu'il en soit, Egbert est probable exilé en 789, lorsque son rival Beorhtric épouse la fille d'Offa de Mercie[13].
Durant l'exil d'Egbert, la Francie est gouvernée par Charlemagne, qui préserve l'influence franque en Northumbrie et soutient les adversaires d'Offa dans le sud. Un autre exilé à la cour de Charlemagne est un certain prêtre Odberht ; il s'agit presque certainement d'Eadbert Praen, qui devient par la suite roi de Kent. D'après le chroniqueur du XIIe siècle Guillaume de Malmesbury, Egbert apprend à gouverner durant ses années d'exil[14].
Début de règne [modifier]
La dépendance de Beorhtric vis-à-vis de la Mercie se poursuivit sous Coenwulf, qui devint roi de Mercie quelques mois après la mort d'Offa[7]. Beorhtric mourut en 802 et Egbert lui succéda, probablement avec le support de Charlemagne et, peut-être, de la papauté[15]. Les Merciens continuèrent à s'opposer à Egbert : le jour de son avènement, les Hwicce (qui avaient formé à l'origine un royaume indépendant, mais avaient été absorbés par la Mercie) attaquèrent, menés par leur earldorman Ethelmund. Weohstan, un earldorman du Wessex, l'affronta avec des hommes du Wiltshire[10] ; d'après une source du XVe siècle siècle, Weohstan avait épousa Alburga, la sœur d'Egbert, et était donc le beau-frère du roi[N 3]. Les Hwicce furent vaincus, mais Weohstan fut tué, de même qu'Ethelmund[10]. On ne sait rien des relations d'Egbert avec la Mercie durant les vingt années qui suivirent cette bataille. Il semble probable qu'Egbert n'ait eu aucune influence au-delà de ses frontières, mais rien ne prouve qu'il se soumit jamais à la suzeraineté de Coenwulf. Ce dernier était le suzerain du reste du sud de l'Angleterre, mais le titre de « suzerain de l'Angleterre du sud » n'apparaît jamais dans ses chartes, probablement en raison de l'indépendance du Wessex[16].
La Chronique anglo-saxonne note, pour l'année 815, qu'Egbert ravagea la totalité du territoire du royaume breton de Domnonée, que l'auteur de la Chronique appelle « Gallois de l'Ouest » ; leur royaume s'étendait approximativement sur les Cornouailles actuelles[17],[N 4]. Dix ans plus tard, une charte datée du 19 août 825 indique qu'Egbert guerroyait à nouveau en Dumnonée ; on peut possiblement la relier à une bataille enregistrée par la Chronique en 823, entre les hommes du Devon et les Bretons de Cornouailles[18].
La bataille d'Ellendune [modifier]
C'est également en 825 qu'eut lieu l'une des batailles les plus importantes de l'histoire anglo-saxonne : la victoire d'Egbert sur Beornwulf de Mercie à Ellendun (aujourd'hui Wroughton, près de Swindon). Cette bataille marqua la fin de la domination mercienne sur le sud de l'Angleterre[19]. La Chronique relate comment Egbert réagit après sa victoire : « Alors il envoya son fils Æthelwulf, et son évêque Ealhstan, et son earldorman Wulfheard, au Kent avec une grande troupe ». Ethelwulf chassa Baldred, le roi du Kent, au nord de la Tamise, et d'après la Chronique, les hommes du Kent, de l'Essex, du Surrey et du Sussex se soumirent tous à Ethelwulf « parce qu'ils avaient auparavant été arrachés à ses parents[10] ». Il s'agit peut-être d'une référence aux interventions d'Offa dans le Kent à l'époque où Ealmund, le père d'Egbert, devint roi ; si tel est le cas, la remarque du chroniqueur indique peut-être également qu'Ealmund avait des liens dans le reste du sud-est de l'Angleterre[15].
La Chronique laisse entendre que Baldred fut chassé peu après la bataille, mais ce ne fut probablement pas le cas. Il subsiste un document du Kent, daté de 826, qui parle de la troisième année du règne de Beornwulf. Il est donc probable que Beornwulf ait toujours possédé une certaine autorité sur le Kent à cette date, en tant que suzerain de Baldred ; ce dernier devait donc toujours être au pouvoir[18],[20]. En Essex, Egbert expulsa le roi Sigered à une date inconnue ; peut-être seulement en 829, vu qu'un chroniqueur tardif associe cette expulsion avec une campagne d'Egbert contre les Merciens cette année-là[18].
La Chronique anglo-saxonne ne précise pas qui était l'assaillant à Ellendun, mais une histoire récente indique que Beornwulf était presque certainement celui qui attaqua. De ce point de vue, Beornwulf voulut peut-être profiter de la campagne du Wessex en Domnonée à l'été 825. Il aurait été motivé par des menaces d'agitation ou d'instabilité dans le sud-est : ses liens dynastiques avec le Kent faisaient du Wessex une menace contre la domination mercienne[18].
Les conséquences d'Ellendun dépassèrent la perte de pouvoir mercienne immédiate dans le sud-est. D'après la Chronique, l'Est-Anglie demanda la protection d'Egbert contre les Merciens la même année, ou peut-être l'année suivante. En 826, Beornwulf envahit l'Est-Anglie, probablement pour reprendre sa suzeraineté. Il fut cependant tué, de même que son successeur, Ludeca, qui envahit l'Est-Anglie en 827, de toute évidence pour la même raison. Il est possible que les Merciens comptaient sur un soutien au Kent : il y avait des raisons de croire que Wulfred, l'archevêque de Cantorbéry, ait été mécontent de la suzeraineté du Wessex, étant donné qu'Egbert mit un terme à la monnaie de Wulfred et commença à frapper la sienne à Rochester et Cantorbéry[18] ; et on sait qu'Egbert s'empara de propriétés appartenant à Cantorbéry[21]. Les affaires d'Est-Anglie se soldèrent par un désastre pour les Merciens, ce qui confirma la puissance du Wessex dans le sud-est[18].
Victoire sur la Mercie [modifier]
En 829, Egbert envahit la Mercie et contraint le roi Wiglaf à l'exil. Cette victoire donne à Egbert le contrôle des monnaies londoniennes, et il frappe des pièces en tant que roi de Mercie[18]. C'est après cette victoire que le scribe du Wessex, dans un passage célèbre de la Chronique anglo-saxonne, le décrit comme bretwalda, terme signifiant « souverain de Bretagne » ou « souverain [de] vaste[s terres] ».
Le chroniqueur nomme également les sept précédents bretwaldas, les mêmes que ceux dont Bède le Vénérable affirme qu'ils eurent l'imperium, commençant avec Ælle de Sussex et terminant avec Oswiu de Northumbrie. On estime souvent que la liste est incomplète et omet plusieurs puissants rois de Mercie, comme Penda et Offa. Le sens exact du titre bretwalda est sujet à débat : si Frank Stenton le décrit comme « un terme de poésie élégiaque[22] », des éléments tendent à prouver qu'il implique un rôle concret de meneur militaire[23].
Plus tard en 829, selon la Chronique anglo-saxonne, Egbert reçoit la soumission des Northumbriens à Dore (aujourd'hui dans la banlieue de Sheffield) ; le roi de Northumbrie est alors probablement Eanred[24]. D'après Roger de Wendover, Egbert envahit et pille la Northumbrie avant que Eanred se soumette : « Quand Egbert eut obtenu tous les royaumes du sud, il mena une grande armée en Northumbrie, et dévasta cette province par un pillage sévère, et fit payer tribut au roi Eanred. » La Chronique ne mentionne rien de tel, mais Roger de Wendover avait accès à des annales northumbriennes qu'il a utilisées dans ses écrits[25]. Cependant, la nature de la soumission d'Eanred est incertaine : selon Barbara Yorke, la rencontre de Dore constitue plus probablement une reconnaissance mutuelle de souveraineté[26].
En 830, Egbert dirige avec succès une expédition contre les Gallois, très probablement pour étendre l'influence du Wessex sur les terres galloises qui se trouvaient auparavant dans l'orbite mercienne. Cet événement marque l'apogée de l'influence d'Egbert[18].
Reflux après 829 [modifier]
En 830, Wiglaf rend son indépendance à la Mercie. La Chronique dit simplement que Wiglaf « obtint de nouveau le royaume de Mercie[10] », mais une révolte mercienne contre la domination du Wessex est plus probable[N 5].
La domination d'Egbert sur le sud de l'Angleterre prend fin avec le retour en force de Wiglaf, qui ne tarde pas à affirmer son indépendance vis-à-vis du Wessex. Les chartes indiquent que Wiglaf exerce son autorité sur le Middlesex et le Berkshire, et dans une charte de 836, il utilise l'expression « mes évêques, duces et magistrats » pour décrire un groupe incluant onze évêques de l'archevêché de Cantorbéry, dont certains siègent dans le Wessex[27]. Il est significatif que Wiglaf ait pu assembler un tel groupe de notables : les Saxons de l'Ouest ne tiennent pas de conseil de ce genre, quand bien même ils le pourraient[21],[28]. L'Essex retourne peut-être également dans le giron mercien dans les années qui suivent le retour de Wiglaf au pouvoir[18],[26]. En Est-Anglie, le roi Æthelstan frappe des pièces peut-être dès 827, mais plus probablement vers 830, après le retour de Wiglaf et la perte d'influence d'Egbert. Cette démonstration d'indépendance de la part de l'Est-Anglie n'est pas surprenante, étant donné que c'était probablement Æthelstan qui a battu Beornwulf et Ludeca[18].
Les historiens ont cherché les causes de la rapide ascension du Wessex dans les années 820 et de son incapacité à conserver sa position dominante par la suite. Il est possible que la bonne fortune du Wessex ait dépendu, à un certain degré, du support carolingien. En 808, les Francs apportent leur soutien à Eardwulf pour qu'il remonte sur le trône de Northumbrie : il auraient également pu soutenir Egbert en 802. En 839, Egbert est en contact avec Louis le Pieux à Pâques pour s'assurer un voyage sans heurt jusqu'à Rome. Les affaires du sud de l'Angleterre dans la première moitié du IXe siècle semblent donc avoir impliqué des liens constants avec les Francs[18].
L'appui carolingien peut avoir aidé Egbert à remporter ses victoires des années 820. Cependant, les réseaux commerciaux rhénans et francs s'effondrent dans les années 820 ou 830, et en outre, une révolte éclata contre Louis le Pieux en février 830, première d'une série de conflits internes qui s'étendent sur toute la décennie 830 et au-delà. Ces événements ont pu empêché Louis d'apporter son soutien à Egbert. Le retrait de l'influence franque aurait alors laissé l'Est-Anglie, la Mercie et le Wessex face à face pour atteindre un équilibre des pouvoirs indépendant de toute aide extérieure[18].
Malgré la perte de sa domination, les victoires d'Egbert modifient en profondeur le paysage politique de l'Angleterre anglo-saxonne. Le Wessex garde la mainmise sur les royaumes du sud-est, hormis peut-être l'Essex, et la Mercie ne peut reprendre le contrôle de l'Est-Anglie[18]. Elles marquent également la fin de l'indépendance du Kent et du Sussex : les territoires conquis sont administrés pendant un certain temps comme un sous-royaume, incluant le Surrey et peut-être l'Essex[29]. Bien qu'Æthelwulf soit un sous-roi d'Egbert, il possède sa propre cour, avec laquelle il voyageait dans son royaume. Les chartes du Kent décrivent Egbert et Æthelwulf comme « rois des Saxons de l'Ouest, ainsi que du peuple du Kent ». À la mort d'Æthelwulf, en 858, l'un de ses fils devient roi du Wessex et un autre roi du sud-est, en accord avec ses dernières volontés, ce qui montre que les deux royaumes ne sont toujours pas complètement intégrés, trente ans après Ellendune[30]. La Mercie reste cependant une menace : Ethelwulf fait des dons au monastère Christ Church de Cantorbéry, probablement afin de contrebalancer toute influence que les Merciens pourraient encore y exercer[18].
Au sud-ouest, Egbert est vaincu par les Danois en 836 à Carhampton[10], mais il remporte une victoire sur eux et leurs alliés bretons à Hingston Down (en), dans les Cornouailles, en 838. La lignée royale de Domnonée se poursuit après cette date, mais on peut considérer que cette date marque la fin de l'indépendance du dernier royaume breton[18]. L'expansion anglo-saxonne en Cornouailles est mal documentée, mais les toponymes fournissent quelques indices[31]. La rivière Ottery (en), qui coule vers l'est et se jette dans le Tamar près de Launceston, semble avoir constitué une frontière : au sud de l'Ottery, les noms sont en grande majorité corniques, tandis qu'au nord, ils sont plus fortement influencés par les nouveaux arrivants[32].
Mort et succession [modifier]
En 838, Egbert et Æthelwulf accordent des terres aux sièges épiscopaux de Winchester et Cantorbéry lors d'un concile à Kingston-upon-Thames en échange de leur soutien à la succession d'Æthelwulf sur le trône[21],[27],[33]. L'archevêque de Cantorbéry, Ceolnoth, accepte également Egbert et Æthelwulf comme seigneurs et protecteurs des monastères sous son contrôle. Ces arrangements, de même qu'une charte ultérieure dans laquelle Æthelwulf confirme les privilèges ecclésiastiques, suggèrent que l'Église reconnaît à ce moment-là le Wessex comme une nouvelle force avec laquelle il faut compter[18]. Dans l'autre sens, ce sont des ecclésiastiques qui sacrent les rois et les aident à écrire les testaments qui spécifient l'identité de leurs héritiers : leur soutien est donc important pour établir la domination du Wessex, ainsi que pour faciliter la succession d'Egbert[34]. Le compte-rendu du concile de Kingston et une autre charte de la même année contiennent la même expression : une condition de la cession est que « nous-mêmes et nos héritiers bénéficierons toujours par après de l'amitié ferme et inébranlable de l'archevêque Ceolnoth et de sa congrégation à Christ Church[33],[35],[36] ».
On ne connaît pas d'autres prétendants à la succession d'Egbert, mais il est probable que d'autres descendants de Cerdic (l'ancêtre supposé de tous les rois du Wessex) aient été susceptibles de réclamer le pouvoir. Egbert meurt en 839, et son testament, d'après le résumé qui en est fait dans celui de son petit-fils Alfred le Grand, ne laisse de terres qu'aux hommes de sa famille, afin que la maison royale ne les perde pas par mariage. Les richesses d'Egbert, acquises par droit de conquête, l'ont sans doute grandement aidé à acheter le soutien des ecclésiastiques du sud-est, et le sens de l'économie que dénote son testament indique qu'il comprenait l'importance de la fortune personnelle pour un roi[34]. Avant lui, la royauté du Wessex est fréquemment contestée entre diverses branches de la lignée royale, et il est remarquable qu'Egbert ait réussi à assurer à Æthelwulf une succession sans accroc[34]. En outre, l'expérience acquise par Æthelwulf en tant que sous-roi des provinces du sud-est lui a sans doute été profitable après son avènement[37].
Egbert est inhumé à Winchester, tout comme son fils Æthelwulf, son petit-fils Alfred le Grand et son arrière-petit-fils Édouard l'Ancien. Winchester commence à présenter des signes d'urbanisation au IXe siècle, et il est probable que cette suite d'inhumations témoigne de la haute opinion de Winchester qu'a la lignée royale du Wessex[38].
Notes [modifier]
- Yorke, Nunneries and the Anglo-Saxon Royal Houses, p. 39, note 58, suggère qu'Édith était princesse de Mercie ; voir aussi Thacker, Kings, Saints and Monasteries, p. 19. Encore une fois, Édith est la fille d'Egbert dans divers ouvrages populaires, comme Weir, ibidem.
- Par exemple, Fletcher 1989, p. 114 présume qu'Egbert a passé la quasi-totalité du règne de Beorhtric en Francie. De la même façon, Swanton 1996, p. 62-63 annote « 3 années » par « en fait treize années […] erreur commune à tous les mss ». En revanche, Stenton 1971, p. 220 accepte le chiffre de trois ans et ajoute en note qu'il « est périlleux de rejeter une lecture aussi bien attestée ».
- La source, un poème du Chronicon Vilodunense, est décrite par Barbara Yorke comme « de l'aveu général […] loin d'être idéale ». Voir Higham et Hill 2001, p. 36.
- Ina de Wessex a repoussé la frontière jusqu'au Tamar en 710. Voir Kirby 1992, p. 125.
- Stenton 1971, p. 233-235 cite l'entrée pour 839, qui indique qu'Æthelwulf « accorda » ou « donna » le royaume du Kent à son fils, comme exemple du vocabulaire qui aurait été employé si Wiglaf avait reçu le royaume des mains d'Egbert.
Références [modifier]
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Egbert of Wessex » (voir la liste des auteurs)
- Stenton 1971, p. 65-66.
- Edwards 2004.
- Naismith 2011, p. 16.
- Farmer 2004, p. 10.
- Swanton 1996, p. 63.
- Anglo-Saxons.net: S 108, Sean Miller. Consulté le 17 novembre 2008
- Stenton 1971, p. 209-210.
- Kirby 1992, p. 165-169.
- Stenton 1971, p. 207.
- Swanton 1996, p. 58-63.
- Wormald, Bullough et Collins 1983, p. 113, cité dans Kirby 1992, p. 167.
- Fletcher 1989, p. 114.
- Stenton 1971, p. 220.
- Kirby 1992, p. 176-177.
- Kirby 1992, p. 186.
- Stenton 1971, p. 225.
- Swanton 1996, p. 58-59.
- Kirby 1992, p. 189-195.
- Stenton 1971, p. 231.
- Anglo-Saxons.net: S 1267, Sean Miller. Consulté le 17 novembre 2008.
- Campbell, John et Wormald 1991, p. 128.
- Stenton 1971, p. 34-35.
- Kirby 1992, p. 17.
- Kirby 1992, p. 197.
- Campbell, John et Wormald 1991, p. 139.
- Yorke 1990, p. 51.
- Stenton 1971, p. 233-235
- Campbell, John et Wormald 1991, p. 138.
- Yorke 1990, p. 32.
- Abels 2005, p. 31.
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- Payton 2004, p. 68.
- Anglo-Saxons.net: S 1438, Sean Miller. Consulté le 17 novembre 2008.
- Yorke 1990, p. 148-149.
- Anglo-Saxons.net: S 281, Sean Miller. Consulté le 17 novembre 2008
- Campbell, John et Wormald 1991, p. 140.
- Yorke 1990, p. 168-169.
- Yorke 1995, p. 310.
Bibliographie [modifier]
Sources primaires [modifier]
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- (en) Dorothy Whitelock, English Historical Documents v.l. c.500–1042, Eyre & Spottiswoode, 1968
- Chartes d'Egbert sur Anglo-Saxons.net
Sources secondaires [modifier]
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- (en) John Campbell, Eric John et Patrick Wormald, The Anglo-Saxons, Penguin Books, 1991 (ISBN 0-14-014395-5)
- (en) Heather Edwards, « Ecgberht », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 [lire en ligne]
- (en) David Hugh Farmer, Oxford Dictionary of Saints, Oxford University Press, 2004 (ISBN 978-0-19-860949-0)
- (en) Richard Fletcher, Who's Who in Roman Britain and Anglo-Saxon England, Shepheard-Walwyn, 1989 (ISBN 0-85683-089-5)
- (en) N. J. Higham et D. H. Hill, Edward the Elder, Routledge, 2001 (ISBN 0-415-21496-3)
- (en) Peter Hunter Blair, Roman Britain and Early England: 55 B.C. — A.D. 871, W. W. Norton & Company, 1966 (ISBN 0-393-00361-2)
- (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge, 1992 (ISBN 0-415-09086-5)
- (en) Rory Naismith, « The Origins of the Line of Egbert, King of the West Saxons, 802–839 », English Historical Review, Oxford University Press, vol. CXXVI, no 518, 2011 [lien DOI]
- (en) Philip Payton, Cornwall: A History, Cornwall Editions, 2004 (ISBN 1-904880-00-2)
- (en) Frank Stenton, Anglo-Saxon England, Clarendon Press, 1971 (ISBN 0-19-821716-1)
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- (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, Seaby, 1990 (ISBN 1-85264-027-8)
- (en) Barbara Yorke, Wessex in the Early Middle Ages, Leicester University Press, 1995 (ISBN 0-7185-1856-X)