Effet rebond (économie)

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D’une manière très générale, l’effet rebond peut être défini comme « l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie, ces limites pouvant être monétaires, temporelles, sociales, physiques, liées à l’effort, au danger, à l’organisation...» [1]. Il en découle le corollaire suivant : les économies d’énergie ou de ressources initialement prévues par l’utilisation d’une nouvelle technologie sont partiellement ou complètement compensées à la suite d'une adaptation du comportement de la société.

Principe[modifier | modifier le code]

Imaginons une situation où la consommation ne peut augmenter par manque d’argent. Le marché est "plafonné" par le pouvoir d'achat des consommateurs. Arrive une amélioration de l’efficacité des systèmes de production réduisant les coûts par unité. Cette innovation va dégager des économies permettant de consommer plus de produits ou services jusqu’à atteindre à nouveau les limites financières.

L’augmentation de consommation ne se fait pas forcément avec le même type de commodités: ainsi le gain de performance d'un appareil engendre une réduction des dépenses, qui peuvent être réinvesties dans l’achat d’un autre appareil.

Définitions[modifier | modifier le code]

Définition économique[modifier | modifier le code]

À l’origine, la définition de l’effet rebond est issue de l’économie. En effet, une meilleure efficacité dans le processus de production d’un produit diminue les coûts par unité produite, ce qui augmente la demande pour ce produit[2].

Définition pour l’énergie[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, l’effet rebond a été appliqué à la consommation d'énergie sous le nom de « postulat de Khazzoom-Brookes ». Si un progrès technologique rend un équipement plus efficace en énergie, moins d'énergie est utilisée pour produire la même quantité d'un produit ou service, ce qui permet à l'entreprise de diminuer le prix de vente du produit ou du service. Cependant, la baisse du prix peut augmenter la demande du produit ou service, et alors la quantité produite augmente également. Les économies d'énergie initialement prévues sont donc en partie perdues ; compensées par une plus grande production de cet équipement et une plus grande consommation d'énergie pour faire fonctionner le total de ces équipements.

Par exemple une baisse de prix des lampes ou l'apparition de lampes basse-consommation peut générer d'importantes économies, mais si l’argent économisé est réinvesti en achat de nouveaux luminaires, finalement, autant d'électricité sera peut-être consommée, et la pollution lumineuse ou les nuisances lumineuses auront augmenté.

Élargissement de la définition[modifier | modifier le code]

D’un point de vue du développement durable, un élargissement de la définition de l’effet rebond « à toute utilisation de ressources ainsi qu’à tous les impacts sur l’environnement »[3] est souhaitable. Une telle définition a été proposée par l’écologiste François Schneider, selon qui l’effet rebond est défini comme « l’augmentation de consommation liée à la réduction des limites à l’utilisation d’une technologie, ces limites pouvant être monétaires, temporelles, sociales, physiques, liées à l’effort, au danger, à l’organisation...»[4] L’analyse de la consommation est appliquée aux ressources et aux impacts environnementaux, et les paramètres limitants s’élargissent à d’autres paramètres que l’argent.

Effet rebond lié à la frugalité[modifier | modifier le code]

L’effet rebond lié à la frugalité[5] est lié plus au choix du comportement personnel qu’à l’utilisation d’une nouvelle technologie. En économisant volontairement de l’énergie et des ressources (et donc de l’argent) dans un domaine, la personne peut utiliser les économies d’argent dans un autre domaine. On parle aussi de « compensation de la conscience », lorsque à la suite d'un premier comportement favorable à une faible utilisation d’énergie et de ressources, une personne « se permet » un deuxième comportement de « péché »[6].

Effet local, effet global et la notion d’effet du revenu[modifier | modifier le code]

On parle d’effet « local » lorsqu’on analyse l’effet rebond sur un seul produit. L’effet « global » (ou indirect) en revanche considère que le bénéfice obtenu par l’amélioration d’un produit ou service peut être compensé par l’utilisation accrue d’autres produits ou services[7].

L’intérêt d’une analyse économique est différent de celui d’une analyse environnementale. L’économie s’intéresse naturellement à l’effet local, ou éventuellement à l’effet global, mais pour des biens et services substituables. D’un point de vue du développement durable, l’effet local n’a évidemment pas de sens et l’intérêt porte sur l’effet global. En effet, la pratique nous montre que la plupart des produits et services sont substituables par d’autres produits et services de type complètement différent des premiers, le seul but du consommateur étant d’atteindre le niveau le plus élevé dans la pyramide des besoins de Maslow. Ainsi le chocolat est substituable par du jus d’orange et une voiture de luxe est substituable par des vacances. Cet élargissement de la signification de l’effet rebond est généralement connu par les économistes sous le terme d’effet du revenu : une meilleure efficacité dans l’utilisation des ressources pour la production d’un bien ou d’un service peut aboutir à une baisse du prix, ce qui nous rend plus riche en termes de pouvoir d’achat. Par exemple, le remplacement d’un chauffe-eau électrique par des panneaux solaires thermiques peut réduire les frais d’électricité. Le montant d’argent épargné équivaut à une augmentation des revenus (effet du revenu). Ce montant peut être utilisé soit pour produire plus d’eau chaude (« effet rebond local ») soit pour acheter d’autres biens et services nécessitant eux aussi des ressources pour la production (« effet rebond global »). On peut donc constater que « si la notion d’efficacité énergétique, évidemment souhaitable, s’applique aisément à une machine, l’effet rebond rend donc sa généralisation à un système social beaucoup plus problématique »[8].

Mesure de l’effet rebond[modifier | modifier le code]

Quoique difficile à mesurer, l’effet rebond est généralement exprimé en pourcentage. Ainsi, un effet rebond de 20 % signifie que 20 % du potentiel d’économie d’énergie dû à un progrès technique est « perdu » à cause d’une demande accrue du produit ou service. Un effet rebond supérieur à 100 % signifie que le potentiel d’économie d’énergie (ou de ressources) a été surcompensé et donc la demande totale d’énergie (ou de ressources) a augmenté avec l’utilisation de la nouvelle technique. Un effet rebond supérieur à 100 % est appelé « backfire » en anglais. Le paradoxe de Jevons fait également référence à un effet rebond supérieur à 100 %.

Exemples[modifier | modifier le code]

Le paradoxe du moteur propre[modifier | modifier le code]

L'automobile est un exemple frappant d'effet rebond. Les récents progrès techniques ont permis de produire des moteurs de voiture plus efficaces, plus sobres et moins polluants.

Cependant ces progrès n'ont pas ou peu d'impacts réducteurs ni sur la quantité de carburants consommée, ni sur la pollution automobile globale[réf. nécessaire], puisqu'une voiture qui consomme moins n'incite pas à rouler moins.

Au contraire, peut-on rajouter : le fait de vider moins vite son réservoir peut inciter à rouler davantage. Donc même avec moins de consommation au kilomètre, si le nombre de kilomètres parcourus augmente, la consommation globale ne diminue pas.

La consommation est également défavorisée par une augmentation du poids et des équipements des automobiles : les véhicules type 4x4 sont bien plus lourds à déplacer et le gain réalisé par les performances du moteur sont compensées par l'énergie nécessaire à déplacer le poids supplémentaire ; la climatisation elle aussi augmente la consommation et a tendance à se généraliser dans les équipements de série.

Enfin, le taux d'équipement en véhicules individuels continue à être en augmentation[9]. Ce qui contribue également à compenser les progrès techniques.

L'ordinateur et la fin du papier[modifier | modifier le code]

Avec le développement des technologies de l’information et de la communication, certains ont pu croire à une réduction drastique, voire à la fin de la consommation de papier[10]. Or, c’est l’inverse qui est constaté  : du fait de ces technologies et notamment de la démocratisation des imprimantes et photocopieuses, jamais autant de copies n’ont été imprimées. 200 milliards de pages sont imprimées chaque année en France, en progression annuelle de 5 à 8 % depuis 10 ans. Cela représente 1 million de tonnes de papier par an (5 g par feuille A4).

Le TGV[modifier | modifier le code]

Dans le domaine des transports l’invention du TGV a permis de voyager plus rapidement, donc de parcourir la même distance en moins de temps. Les voyageurs vont donc de plus en plus loin, compensant ainsi les économies du temps[11]. Ceci est un effet rebond lié à la réduction des limites temporelles.

Le recyclage[modifier | modifier le code]

L’exemple du recyclage montre qu’une réduction des limites liées à la bonne conscience « a tendance à accroître la circulation de la matière »[12].

Effet débond[modifier | modifier le code]

À l'inverse du principe évoqué ci-dessus François Schneider introduit le concept d'effet débond qui consisterait à profiter des gains de productivité (performance, vitesse, etc.) en limitant voire en réduisant les besoins. La conjonction de ces deux facteurs (efficacité et limitation des besoins) amène alors un gain en termes de confort, de temps gagné pour les loisirs ou de prélèvement de ressources naturelles non-renouvelables.

Ainsi si l'achat d'une voiture plus sobre et moins polluante, ne s'accompagne pas d'une augmentation du nombre de kilomètres parcouru, il en résulte une réduction des dépenses en carburant. Plutôt que d'investir l'économie réalisée sur d'autres postes de consommation, il est possible de choisir de réduire son temps de travail. Ce qui entraine par là même une seconde réduction des dépenses en carburant[réf. nécessaire].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article dans l’Ecologiste (éd. française de The Ecologist, vol. 4, n° 11, octobre 2003), vol 4, n° 3, p 45. [PDF] Texte en ligne
  2. Binswanger, Mathias, Technological Progress and Sustainable Development : Different Perspectives on the Rebound Effect, Discussion Paper, Soleure (Suisse), décembre 1999, p. 1.
  3. « On the entire spectrum of ressource use and environmental impact » dans Lifset, Reid, "Patterns and Paradoxes", Journal of Industrial Ecology, vol. 6, n° 1, 2002, p. 3.
  4. « Increase of consumption linked to the reduction of limits to use a technology. These limits might be monetary, temporal, social, physical, linked to efforts, spatial or organisational » (Schneider, François, Hinterberger, Fritz, Mesicek, Roman, Luks, Fred, "ECO-INFOSOCIETY: Strategies for an Ecological Information Society", dans Sustainability in the Information Society, Hilty, M.L., P.W. Gilgen (eds.), part 2, Metropolis Verlag, Marburg, 2001, p. 831).
  5. Schneider, François, Growth and Rebound Effect, Degrowth and debound effect, http://www.decroissance.org/francois/recherche/schneider_lyon_english.pdf, p. 20
  6. Office fédéral de l’énergie, Konzept der Energieforschung des Bundes 2008 bis 2011, Berne, 2007, p. 35.
  7. Birkeland, Janis, Design for Sustainability : A Sourcebook of Integrated, Eco-Logical Solutions, Earthscan Publications Ltd., 2002, p. 129.
  8. Cochet, Yves, Pétrole apocalypse, Fayard, 2006, p. 134.
  9. Voir les chiffres de l'INSEE sur http://www.insee.fr/fr/ffc/chifcle_fiche.asp?tab_id=558
  10. Interview de Bill Gates dans Le Figaro, 26 octobre 2005.
  11. Ridoux, Nicolas, La décroissance pour tous, Parangon/Vs, Lyon, 2006, p. 113.
  12. Erkman, Suren, Vers une écologie industrielle, Charles Léopold Mayer, Paris, 2004, 2e éd., p. 102.