Edward Gordon Craig

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Edward Gordon Craig dans le rôle de Hamlet en 1897.

Edward Gordon Craig, né à Londres le 16 janvier 1872 et mort à Vence le 29 juillet 1966, est un acteur, metteur en scène, théoricien et décorateur de théâtre britannique influent.

Enfance[modifier | modifier le code]

Fils de la comédienne Ellen Terry et de l'architecte et scénographe Edward William Godwin, Craig grandit dans le milieu théâtral. Il fait ses études au Lyceum Theater, dirigé à l'époque par Henry Irving dont la vision historico-réaliste du théâtre contemporain se rapproche de celle des Meininger. Craig, lecteur de Shelley et de la poésie de Ruskin, s'intéresse à la gravure ainsi qu'à la peinture et forge son répertoire théâtral grâce aux grands rôles du théâtre shakespearien qu'il interprète durant de nombreuses représentations dès 1893.

Les débuts[modifier | modifier le code]

Dès 1897, il abandonne définitivement le métier de comédien et va hésiter durant trois années sur la voie à prendre ; il dessine et pratique un dessin minimaliste. C'est également une période prolifique pour la lecture, où tout en restant fidèle à Ruskin, il s'intéresse aussi à Tolstoï, Goethe, Nietzsche ou Wagner. Ces lectures le confortent dans son refus du réalisme de l'art et dans ses aspirations à une métamorphose de l'art scénique.

La mise en scène[modifier | modifier le code]

Ses premières pièces en tant que metteur en scène sont des opéras : le livret de Purcell, Didon et Énée montée en 1900, Le Masque de l'amour de Haendel en 1901 ou encore, un an plus tard, Acis et Galatée de Joseph Moorat. Il est, pour toutes ces œuvres lyriques, aidé dans la direction musicale par Martin Shaw. Ses mises en scènes tentent grâce à une utilisation picturale des lumières et un décor d'une grande sobriété, de créer un lien entre le mouvement musical et le geste scénique en se détachant du réalisme et de l'historicité. Il travaille également sur l'esthétisme du matérialisme scénique ainsi que sur l'incarnation symbolique du personnage à travers les passions et les forces qu'il contient. Il met en scène dans cette optique en 1903 une œuvre d'Ibsen intitulée Les Vikings et une pièce de Shakespeare Beaucoup de bruit pour rien. L'expérience est un échec commercial complet, mais une véritable réussite artistique qui lui attire les bonnes vues de plusieurs hauts dignitaires européens, notamment celles d'un aristocrate allemand, le comte de Kessler qui l'invite à la cour de l'empereur d'Allemagne. C'est le début d'une reconnaissance européenne pour sa recherche créatrice.

En même temps que la rencontre avec Isadora Duncan, entre 1904 et 1905, Craig continue ses voyages à travers l'Europe. C'est également la période de ses premiers écrits théoriques publié en allemand puis traduit en français en 1920, virulents essais contre le réalisme des décors : À propos du décor de théâtre en 1904 et L'Art du théâtre, premier dialogue en 1905. Craig y expose sa vision novatrice du métier de metteur en scène qu'il considère comme l'artiste principal puisqu'il doit connaître la totalité des techniques scéniques, tant d'un point de vue technique (régie, son, lumière, accessoire, décor...) que du point de vue du jeu de l'acteur, pour pouvoir donner une cohérence et une uniformité au spectacle.

Malheureusement, ses mises en scènes restent souvent à l'état d'ébauches : en 1905 la Tempête et Macbeth ou encore Le Roi Lear en 1908, trois pièces dont Max Reinhardt charge Craig de faire la mise en scène. Certains de ses projets ne voient même jamais le jour, comme la mise en scène de Macbeth à Londres en 1910. Mais généralement, c'est Craig lui-même qui rompt les contrats, refusant de modifier ses projets en fonction des adaptations techniques et scéniques nécessaires. Plusieurs contrats sont ainsi rompus, notamment en Allemagne. Ses contacts à Paris avec Jacques Rouché n'ayant pas donné suite, Craig ne fait plus qu'une ultime grande mise en scène : Hamlet, grâce à l'invitation de Stanislavski. La préparation de ce dernier spectacle dure plus de trois ans et les répétitions sont partagées entre Moscou et l'Italie pour aboutir à la représentation à Moscou en 1912.

La surmarionnette[modifier | modifier le code]

En 1913, Craig ouvre une « école de l'art théâtral  » à Florence. Il met en place la réflexion, menée depuis 1905, sur la surmarionnette[1]: il juge que l'humain est trop soumis au flux d'émotions changeantes. Comme les symbolistes, il pense que la solution réside dans la marionnette. Dans ce centre, les élèves « doivent apprendre à la manipuler, mais aussi à la sculpter, afin d'analyser la source du mouvement et de trouver dans leur propre corps cette même fluidité[2] ». La première guerre mondiale ruine ce projet et Craig se lance dans l'écriture d'un cycle de pièces pour marionnettes.

Il s'installe en France en 1936 et y restera jusqu'à sa mort en 1966.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'acteur et la surmarionnette article paru dans la revue The Mask, 1908.
  • L'art du théâtre, 1905.
  • Drama for Fools (Le Théâtre des fous), cycle de pièces pour marionnettes commencé en 1914, laissé inachevé bien que Craig ait continué d'y travailler jusqu'à sa mort. Traduction française parue aux éditions l'Entretemps
  • revue The Mask, 1908-1929.
  • Woodcuts and Some Words, Londres, 1924 (livre sur la gravure)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Catherine Valogne, Gordon Craig, les Presse Littéraires de France, Paris, 1953.
  • Michel Corvin, Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, éditions Bordas,‎ 2008 (ISBN 978-2-04-731295-7)
    p.380
  • Craig et la marionnette, catalogue de l'exposition du 4 mai au 29 juillet 2009 à la Maison Jean Vilar à Avignon, textes de Patrick Le Boeuf, Evelyne Lecucq, Marion Chénetier, Marc Duvillier et Didier Plassard. ACTES SUD/Bibliothèque nationale de France, 2009.

Références[modifier | modifier le code]

  1. À cette date, il travaillait à la création d'un « théâtre international de surmarionnettes » ; projet qui ne se concrétisera pas
  2. Patrick LeBoeuf, Craig et la marionnettein Chroniques, n°49, mai-août 2009

Liens externes[modifier | modifier le code]