Edmond Ier d'Angleterre

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Edmond Ier
Edmond dans une généalogie royale du XIIIe siècle.
Edmond dans une généalogie royale du XIIIe siècle.
Titre
Roi d'Angleterre
27 octobre 93926 mai 946
6 ans, 6 mois et 29 jours
Couronnement aux alentours du 29 novembre 939, probablement à Kingston-upon-Thames
Prédécesseur Æthelstan
Successeur Eadred
Biographie
Dynastie Maison de Wessex
Date de naissance 920 ou 921
Lieu de naissance Wessex
Date de décès 26 mai 946 (à 25 ans)
Lieu de décès Pucklechurch
Nature du décès Assassinat
Père Édouard l'Ancien
Mère Eadgifu
Conjoint Ælfgifu
Æthelflæd de Damerham
Enfant(s) Eadwig Red crown.png
Edgar Red crown.png

Edmond Ier (920 ou 921 – 26 mai 946) est roi d'Angleterre de 939 à sa mort.

Fils d'Édouard l'Ancien, Edmond hérite d'une Angleterre unifiée par son demi-frère aîné Æthelstan. Son bref règne est marqué par la lutte avec les rois de Dublin Olaf Gothfrithson et Olaf Sihtricson pour le contrôle du royaume d'York et des Cinq Bourgs, une lutte dont il sort victorieux. Il meurt assassiné à l'âge de vingt-cinq ans, et son frère cadet Eadred lui succède.

Contexte : la reconquête anglo-saxonne du Xe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du Xe siècle, l'actuelle Angleterre est partagée en deux : au nord et à l'est se trouve le Danelaw, une colonie de peuplement danoise née des invasions vikings du siècle précédent, tandis que le sud et l'ouest sont occupés par le royaume anglo-saxon du Wessex, qui a victorieusement résisté aux assauts vikings sous le règne d'Alfred le Grand (871-899). Son fils et successeur Édouard l'Ancien (899-924) conquiert la région des Cinq Bourgs et l'Est-Anglie[1].

Le fils d'Édouard, Æthelstan (924-939), parachève l'unification de l'Angleterre en s'emparant du royaume viking d'York en 927, chassant le roi Gothfrith. Il reçoit également la soumission des autres souverains de Grande-Bretagne : le roi d'Écosse, le roi de Strathclyde, le seigneur de Bamburgh (une poche anglo-saxonne ayant subsisté au nord du Danelaw, dans l'ancien royaume de Northumbrie) et les divers roitelets du pays de Galles[2]. Sa suprématie est contestée en 937 par le fils de Gothfrith, le roi de Dublin Olaf Gothfrithson, qui s'allie avec Constantin II d'Écosse et Owen Ier de Strathclyde pour envahir l'Angleterre, mais leurs armées coalisées sont vaincues par Æthelstan à la bataille de Brunanburh[3].

Edmond[N 1] est l'aîné des fils issus du troisième mariage d'Édouard l'Ancien avec Eadgifu, fille de l'ealdorman de Kent Sigehelm. Il est âgé de dix-huit ans lorsqu'il monte sur le trône en 939, ce qui situe sa date de naissance en 920 ou en 921. Deux ans plus tôt, il participe à la bataille de Brunanburh sous les ordres de son demi-frère aîné Æthelstan[4].

Règne[modifier | modifier le code]

Campagnes militaires et diplomatie européenne[modifier | modifier le code]

Æthelstan meurt le 27 octobre 939, et comme il n'a pas laissé d'enfants, Edmond lui succède. Il est sacré aux alentours du 29 novembre, probablement à Kingston upon Thames[5]. Olaf Gothfrithson met immédiatement à profit la disparition de son vieil ennemi pour envahir une nouvelle fois l'Angleterre. York tombe entre ses mains avant la fin de l'année, et de là, il dirige ses armées sur la région des Cinq Bourgs début 940. Il est repoussé devant Northampton, mais parvient à s'emparer de Tamworth. Edmond lève une armée et intercepte Olaf à Leicester, alors qu'il rebroussait chemin vers York. Les deux archevêques d'Angleterre, Oda de Cantorbéry et Wulfstan d'York, interviennent pour négocier un compromis avant qu'une bataille ne s'engage : Edmond doit céder à Olaf tout le nord-est des Midlands au nord de Watling Street[6].

Après une campagne contre les Anglais de Northumbrie, Olaf meurt à son tour en 941, et son cousin Olaf Sihtricson lui succède à la tête du royaume d'York. Edmond parvient à reconquérir les territoires perdus des Midlands en 942, un événement relaté en vers allitératifs dans la Chronique anglo-saxonne[7]. La même année, il écrase la révolte du roi Idwal Foel de Gwynedd, qui meurt au combat[8]. Edmond devient le parrain d'Olaf en 943, ainsi que celui de Ragnall, le frère d'Olaf Gothfrithson, récemment arrivé de Dublin. Tous deux sont chassés d'Angleterre par Edmond en 944, qui rétablit ainsi l'autorité anglaise à York.

En 945, Edmond mène une campagne contre le Strathclyde, peut-être avec le soutien du roi gallois Hywel Dda de Deheubarth[9]. Le royaume est occupé et les fils du roi Dunmail aveuglés sur ordre d'Edmond, qui remet ses conquêtes au roi Malcolm d'Écosse en échange d'une alliance militaire, vraisemblablement contre les Vikings de Dublin. Ce geste prouve qu'Edmond est conscient des limites septentrionales de son royaume et soucieux de ne pas les dépasser. Le Strathclyde ne tarde cependant pas à refaire surface comme royaume indépendant[10].

Du fait de la politique matrimoniale menée par son père, Edmond est apparenté à plusieurs souverains du continent européen : l'empereur Otton Ier (936-973) est son beau-frère, et le roi de Francie occidentale Louis IV (936-954), qui a grandi à la cour d'Æthelstan, est son neveu[4]. En 945, Louis est capturé par les Normands et reste captif du duc Hugues le Grand jusqu'à ce qu'Otton et Edmond intercèdent en sa faveur. Ils obtiennent sa libération en 946[11].

Politique intérieure et réforme monastique[modifier | modifier le code]

Il subsiste trois codes de lois du règne d'Edmond. Le premier concerne principalement les affaires religieuses, et semble avoir été rédigé à l'instigation de l'archevêque Oda. Les deux autres sont consacrés aux affaires temporelles : le second cherche à réguler les vendettas et le versement des wergelds, tandis que le troisième, proclamé à Colyton, traite des peines encourues par les voleurs, en particulier les voleurs de bétail. Ces deux derniers codes témoignent de l'importance des serments de fidélité et du lien qui unit les seigneurs à leurs serviteurs[4].

Le versant anglais de la réforme bénédictine du Xe siècle trouve ses origines sous le règne d'Edmond, avec la nomination d'Oda le Sévère à l'archevêché de Cantorbéry et celle de Dunstan à la tête de l'abbaye de Glastonbury. Le roi fait néanmoins bon accueil aux moines de Saint-Bertin qui fuient la réforme imposée à leur maison par Gérard de Brogne en 944, et leur accorde refuge à l'abbaye de Bath[12].

Mort et succession[modifier | modifier le code]

Le 26 mai 946, Edmond est assassiné par un voleur nommé Léofa ou Liofa à Pucklechurch, une propriété royale. D'après Jean de Worcester, le roi aurait été tué lors d'une échauffourée en voulant porter secours à son sénéchal, attaqué par Léofa. Il est inhumé en l'abbaye de Glastonbury[4].

La première femme d'Edmond, Ælfgifu, lui donne deux fils, Eadwig (né vers 940) et Edgar (né vers 943-944). À sa mort, en 944, elle est inhumée à Shaftesbury, où un culte se développe autour de sa personne. Edmond se remarie avec Æthelflæd de Damerham, qui lui survit et épouse par la suite l'ealdorman Æthelstan Rota. En raison du jeune âge des fils d'Edmond, c'est son frère cadet Eadred qui monte sur le trône à sa mort[13].

Note[modifier | modifier le code]

  1. Ēadmund en vieil anglais, Edmund en anglais moderne. Il est le premier des deux rois d'Angleterre ainsi nommés, mais l'utilisation de nombres cardinaux pour distinguer les rois portant le même nom n'est pas encore généralisée à l'époque anglo-saxonne, si bien qu'il est souvent appelé simplement « Edmund » dans les sources secondaires. L'Oxford Dictionary of National Biography l'appelle néanmoins « Edmund I ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Stenton 1971, p. 319-321.
  2. Stenton 1971, p. 339-340.
  3. Stenton 1971, p. 342-343.
  4. a, b, c et d Williams 2004.
  5. (en) Simon Keynes, « Appendix I: Rulers of the English, c.450-1066 », dans Michael Lapidge, John Blair, Simon Keynes et Donald Scragg (éd.), The Wiley Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Wiley Blackwell,‎ 2014, 2e éd. (ISBN 978-0-470-65632-7)., p. 536.
  6. Stenton 1971, p. 357.
  7. Swanton 1996, p. 110.
  8. Miller 2014, p. 164.
  9. (en) David E. Thornton, « Hywel Dda (d. 949/50) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (lire en ligne).
  10. Stenton 1971, p. 359.
  11. Stenton 1971, p. 360.
  12. Stenton 1971, p. 447.
  13. Miller 2014, p. 165.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) David Dumville, « Learning and the Church in the England of King Edmund I, 939-946 », dans Wessex and England from Alfred to Edgar, Woodbridge,‎ 1992 (ISBN 0851153089).
  • (en) Sean Miller, « Edmund », dans Michael Lapidge, John Blair, Simon Keynes et Donald Scragg (éd.), The Wiley Blackwell Encyclopedia of Anglo-Saxon England, Wiley Blackwell,‎ 2014, 2e éd. (ISBN 978-0-470-65632-7).
  • (en) Frank M. Stenton, Anglo-Saxon England, Oxford University Press,‎ 1971, 3e éd. (ISBN 0-19-280139-2).
  • (en) Michael Swanton (trad.), The Anglo-Saxon Chronicle, Routledge,‎ 1996 (ISBN 0-415-92129-5).
  • (en) Ann Williams, « Edmund I (920/21–946) », dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press,‎ 2004 (lire en ligne).

Lien externe[modifier | modifier le code]