Edmond Dyonnet

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Portrait d'Edmond Dyonnet (1920), par Georges Horne Russell, musée des beaux-arts du Canada, Ottawa.

Edmond Dyonnet, né le 25 juin 1859 à Crest, mort à Montréal le 7 juillet 1954, est un artiste peintre français naturalisé canadien. Il eut de nombreux élèves au Québec et fut académicien et secrétaire de l'Académie royale des arts du Canada.

Biographie[modifier | modifier le code]

Edmond Dyonnet est le fils d'Ulysse-Alexandre Dyonnet, industriel et d'Albine Goullioud. Leur nom de famille original est « Guyonnet de Pivat », issu de la petite noblesse du Dauphiné, mais suite à une erreur d'état civil (ou démarche prudente, vu le contexte), le patronyme de son arrière-grand-père est devenu « Dyonnet » durant la Révolution française. Edmond Dyonnet est le second d'une fratrie de trois. Il a eu deux sœurs : Clémence Dyonnet, épouse Chabot (1857-1905) est son aînée de deux ans, et Emma Dyonnet, épouse Lorin (1866-1947) dont il est le parrain. Ulysse, le père d'Edmond, a un frère aîné Léon Dyonnet qui épouse Hélène Goullioud, sœur d'Albine. Léon Dyonnet a fait fortune dans les corsets pour femmes en s'associant à Amyot de 1886 à 1891 pour fonder la grande entreprise Dominion Corset, rue de la Couronne à Québec. Le couple a eu une fille artiste peintre, cousine germaine d'Edmond Dyonnet : Eugénie Dyonnet, émigrée au Canada en 1872 et décédée en 1875 à Montréal. Elle signait également « E. Dyonnet », ce qui a entraîné quelque confusion sur l'auteur des œuvres.

Edmond Dyonnet est scolarisé en 1866 à l'école religieuse catholique de Crest. Il apprend le latin et le grec. En 1875, la famille suit le père Ulysse qui migre en Italie. Edmond Dyonnet poursuit ses études primaires à Turin, de 1868 à 1873, dans les écoles municipales puis il rentre en France, avec sa famille dans la Drôme. Il est scolarisé de 1873 à 1875, au collège de Crest.

La famille émigre ensuite vers le Canada, embarque à Liverpool et débarque le 16 mai 1875. Son père Ulysse a rencontré à Paris le frère du juge Georges Baby qui l'a convaincu d'émigrer au Québec. Il s'installe en 1882 à Labelle (Québec) dans Les Laurentides. Le village a été fondé par le curé de choc Antoine Labelle. Le curé Labelle pousse les familles catholiques francophones à peupler les Laurentides, pour s'opposer à la colonisation protestante anglophone. Les terres vierges du nord canadien deviennent un enjeu géostratégique entre catholiques francophones et protestants anglophones. Ulysse Dyonnet est un pionnier, il rachète des terres et le moulin de Zhotique Therrien avec son gendre Ernest Toussaint Lorin (1856-1899) émigré de France au Québec en 1873 sur le Steamer Circassian. Le moulin a une double fonction : scier le bois et moudre les céréales en farine. L'industrie du bois est alors florissante. Le bois du nord canadien, abattu pendant l'hiver par les bûcherons, descend avec les draveurs au printemps la Rivière Rouge (Québec) dégelée. Les troncs sont sciés en planches dans l'entreprise familiale à Labelle, à la Chute-aux-Iroquois. Le commerce démarre. La famille ne s'enrichit pas vraiment car les conditions de vie dans Les Laurentides, sont très difficiles, surtout l'hiver. Ulysse Dyonnet est une sorte d'aventurier, homme de culture et néanmoins argenté. Le jeune Edmond reste vivre à Montréal, il étudie le dessin à l'Institut national des beaux-arts avec l'abbé Joseph Chabert (1831-1894) de 1875 à 1881. En 1882, il retourne en Italie et il étudie la peinture à l'Accademia Albertina de Turin avec Andrea Gastaldi (it) et Pier Celestino Gilardi, puis il va à Naples en 1883 et à Rome à la Villa Médicis en 1884, après avoir visité toute l'Italie. Il aurait également étudié à Florence car, selon un journal montréalais[Lequel ?] de l'époque, il remporta « le premier prix à l'école de Florence ». Il envoya deux paysages et un portrait, trois œuvres acceptées à l'Exposition internationale de Rome en 1890.

Embarqué au Havre en 1890, Edmond Dyonnet traverse l'Atlantique dans l'entrepont du Bretagne. Un officier américain d'immigration le classe « immigrant » lors de son arrivée à New York le 1er septembre, et il ne semble pas en effet que Dyonnet ait déclaré d'autre destination que la ville de New York. Il devait y figurer dans une exposition en 1891, même s'il était reparti pour le Canada.

La Maison Dyonnet à Labelle.

À son retour, il s'installe à Montréal et enseigne en 1890 dans l'école fondée par l'abbé Joseph Chabert. En 1891, il est nommé professeur de dessin en cette école, désormais tenue par le Conseil des Arts et Métiers, au Monument national de Montréal. Il y travaillera pendant plus de trente ans.

En 1892, Edmond Dyonnet peint des « toiles de fond et la décoration générale » du musée de La Salle. Il travaille aux côtés du modeleur Raymond Beullac et du sculpteur Louis-Philippe Hébert qui y installe les maquettes de ses monuments. Il débute à l'Académie Royale canadienne en 1893, et y figure de nouveau l'année suivante. Toujours en 1893, il voyage à Chicago et dans les Montagnes Rocheuses. Après un nouveau séjour en France, il est de passage à New York en route pour Montréal, le 30 septembre 1895. Il fait le voyage sur le Bourgogne à partir du Havre. Une peinture à l'huile qu'il expose à l'Académie royale canadienne en 1896, La plaine anglaise dans la forêt de Fontainebleau (La plaine anglaise, Forest of Fontainebleau), découle probablement de ce séjour, ainsi que deux toiles peintes à Sorgues (Vaucluse).

Pour peindre les sujets du terroir canadien-français, Dyonnet part en Gaspésie en 1896, dans Les Laurentides et à Berthier-sur-Mer. À l'été de 1897, il séjourne sur la côte de Beaupré et à l'île d'Orléans avec d'autres émules d'Horatio Walker : Edmund Morris, Maurice Cullen et William Cruikshank. Il y retourne en 1898 et durant l'été 1904, rejoint Edmund Morris et Curtis Williamson. En janvier 1899, il présente une exposition personnelle de « scènes du Canada » dans les locaux de la compagnie montréalaise W.Stock et fils. Une journaliste relève les titres de toiles : La côte de Gaspé, Effets de nuages sur l'île d'Orléans, La pêche sur la côte de Gaspésie, et Le Soir à Beaupré. En avril 1899, il envoie Effet d'une tempête sur le Saint-Laurent et Un coucher de soleil dans les Laurentides à l'exposition de l'Académie royale canadienne à Montréal. Défenseur de la tradition, il compte parmi ses amis William Brymmer et Horatio Walker, et il réalise le portraits de ses confrères artistes : Henri Julien, Charles Gill, les deux portraits sont conservés au musée national des beaux-arts du Québec, et Zothique-Henri Fabien. Charles Gill et Dyonnet sont très amis, Dyonnet gardera le portrait de Gill dans son atelier après la disparition de son ami en 1919, tué par la grippe espagnole. Gill était poète, peintre, franc-maçon, membre de la loge l'Émancipation du Grand Orient de France, fondée au début du XXe siècle à Montréal.

Dyonnet expose également à Toronto (Ontario) et à Québec, et il figure dans les expositions de l'académie royale du Canada jusqu'en 1941.

Au tournant du siècle, il soutient sa sœur cadette (et filleule) Emma, jeune veuve d'Ernest Lorin, décédé en février 1899. Son père Ulysse meurt l'année suivante en 1900. Edmond va éduquer avec une affection paternelle ses trois neveux et nièces, Alice Lorin (1886-1907), Gabrielle Lorin (1897-1985) et Gustave Louis Lorin (1898-1956), dont il peint les portraits. Il n'a jamais été marié et n'a pas eu d'enfant. Sa nièce et héritière Gabrielle Lorin a légué le font Dyonnet à l'université d'Ottawa en 1967[1].

Edmond Dyonnet est enterré avec sa famille au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, section B concession n°700, à Montréal.

Carrière[modifier | modifier le code]

Le Docteur Rodolphe Boulet (1901), musée national des beaux-arts du Québec.

La reconnaissance canadienne lui vient rapidement : il est élu associé de l'Académie royale du Canada en 1893 et académicien en 1901. Il est l'un des fondateurs de l'École des beaux-arts de Montréal avec Alfred Laliberté et Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté. Selon Laliberté, Dyonnet mérite « la reconnaissance de douzaines d'artistes ». Il enseigne à l'École des beaux-arts de 1922 à 1925, puis devient professeur de dessin à l'École Polytechnique de Montréal, au conseil des Arts et Métiers de la province de Québec, à l'école d'architecture de l'Université McGill (de 1920 à 1936) et à l'Art Association de Montréal. Il est peintre de paysages et surtout portraitiste de la bourgeoisie montréalaise. Juges, médecins, notables passent commande auprès de lui pour obtenir leur portrait. L'activité est aussi plus rémunératrice que la peinture de paysages. Bien que francophone par naissance, il apprend et parle l'anglais afin de s'assimiler. Il ne souhaite pas le repli communautaire. Sa notoriété s'élargit donc au milieu anglophone. Ses amis se trouvaient surtout du côté anglais. Il obtient la naturalisation de sujet britannique (British subject), le 21 novembre 1898, par une procédure en « circuit court »[2].

Peintre de formation académique, il n'a jamais peint un seul tableau religieux, alors que le Québec était très marqué par le catholicisme. Son œuvre est variée, répartie dans de nombreuses collections particulières et musées. Il préférait le portrait au paysage. Ses artistes favoris étaient Nicolas Poussin et Claude Gellée dit Le Lorrain, deux grands peintres du XVIIe siècle à la lumière italienne. Il goûtait peu l'œuvre des impressionnistes et, à la fin de sa vie, appréciait peu la peinture de Vincent van Gogh.

Il obtient une médaille d'argent à la Pan-American Exposition de Buffalo (New York) en 1901 et à l'exposition internationale de St-Louis (Missouri) en 1904, la Louisiana Purchase Exposition. En 1910, l'État français lui octroie le grade d'officier dans l'ordre des Palmes académiques. Il est membre de l'Académie royale canadienne des Arts (Royal Canadian Academy) à partir de 1893 et en devient le secrétaire en 1910. Il est membre du Pen and Pencil Club et membre de l'Arts Club, où il figure à l'exposition inaugurale de 1913.

Edmond Dyonnet a formé des centaines d'élèves, dont Narcisse Poirier,Clarence Gagnon, Thomas Garside, Alexander Young Jackson (en), Albéric Bourgeois et Marc-Aurèle Fortin.

Avec H.C. Jones, il compose en 1934 une histoire de l'Académie royale canadienne (manuscrit dactylographié inédit) pour diffusion dans les bibliothèques canadiennes. En 1951, il rédige son autobiographie Mémoires d'un artiste canadien, publié en 1968 par l'Université d'Ottawa.

Il a habité au 1207, rue de Bleury à Montréal, de 1916 à 1954.

Collections publiques[modifier | modifier le code]

Ses œuvres sont conservées dans plusieurs grands musées canadiens : à Montréal (Québec) au musée des beaux-arts de Montréal, au musée national des beaux-arts du Québec, dans la collection de la Power Corporation du Canada, au musée du Séminaire de Québec, à Ottawa au musée des beaux-arts du Canada et au musée canadien de la guerre, à Toronto (Ontario) au musée des beaux-arts de l'Ontario, à Kingston (Ontario) à l'Agnes Etherington Art Center, à Greater Victoria (Colombie Britannique) à l'Art Gallery of Greater Victoria (en).

Galerie[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Edmond Dyonnet, Mémoires d'un artiste canadien, préface de Jean Ménard, 1968, Éditions de l'Université d'Ottawa
  • Noël E. Lanoix, « Edmond Dyonnet », dans Les biographies françaises d'Amérique, Montréal, Les journalistes associés éditeurs, 1942, 640 p., p. 583.
  • Alfred Laliberté, Les Artistes de mon temps, Montréal, Le Boréal, 1986, p. 69-71
  • Dictionnaire Bénézit, vol. 4, p. 953 et vol. 5, p. 18
  • (en) Colin S. MacDonald, A Dictionary of Canadian Artists, Compiled by Colin S. MacDonald, Ottawa, Canadian Paperbacks, 1967, p. 185-187
  • (en) H.J. Morgan, Canadian Men and Women of the Time, Brigg, Tor., 1922
  • (en) R.H. Hubbard, National Gallery of Canada catalogue, Vol 3, p.376
  • (en) J. Russell Harper, Early Painters and Engravers in Canada, UTP, Tor., 1970, P.100
  • (en) Rebecca Sisler, Passionate Spirits, Clarke Irwin, Tor., 1980
  • (en) C.C. Hill, P.B. Landry, Catalogue NGC, Can. Art, Vol 1 A-F Eds., NGC/NMC, Ottawa, 1988, P.294

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fond Edmond Dyonnet, Université d'Ottawa
  2. le Canada est une dépendance de l'empire britannique jusqu'en 1949.