Echinococcus multilocularis

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Echinococcus multilocularis est un cestode (autrefois classé dans le groupe des ténias) très proche d'Echinococcus granulosus. Il est classé dans l'embranchement des Plathelminthes, Classe des Cestodes, Ordre des Cyclophyllidea, Famille des Taenidés. Son cycle de vie s'effectue au travers de deux hôtes (généralement un herbivore et un carnivore ou omnivore).

Parasitose[modifier | modifier le code]

Organes internes d'un rat parasité par Echinococcus multilocularis
Le campagnol des champs (Microtus arvalis) ; l'une des espèces susceptible en Europe d'abriter le stade intermédiaire du parasite (On parle d'espèce-réservoir)

.

L' Echinococcus multilocularis adulte parasite l'intestin grêle des canidés [1] (chiens[2],[3],[4] et chiens de chasse[1] renards, loups ou chiens promenés en forêt ou basse montagne en particulier), et plus rarement les félins (chat notamment [4], qui sont une des sources d'infestation pour l'homme antérieurement sous-estimée[5]).
La larve de ce parasite peut occasionnellement se développer chez l'homme entraînant une zoonose, très rare en France, mais qui tend à s'étendre plus au nord (en Belgique et au Luxembourg) et plus à l'ouest en France[6],[3]) dite « 'échinococcose alvéolaire », affectant le foie qu'elle peut entièrement détruire, alors qu'en cas d'hydatidose, la larve croît mais sans coloniser tout le foie[1].
Chez les micromammifères (campagnols), la maladie est mortelle, mais chez les animaux carnivores (dont chiens et chats), la parasitose est généralement bénigne voire tout à fait asymptomatique[1].

Prévalence, évolution et importance[modifier | modifier le code]

Selon les régions du monde concernée et le type d'habitat (urbain, périurbain, périforestier…), il pourrait s'agir d'une maladie émergente[7] ou réémergente[8]. De nouvelles données suggèrent qu'E. multilocularis a étendu sa portée géographique dans l'hémisphère nord, et que sa transmission s'intensifie, par exemple, en Europe centrale[9]. On craint aussi que la périurbanisation et une certaine urbanisation du cycle de vie du renard ou d'autres porteurs (raton laveur, chien viverrin…) puisse contribuer à augmenter le risque d'exposition a parasite pour l'homme[9]. De plus, selon de l'Institut de parasiologie de l'université de Zurich (2006), l'importance écoépidémiologique du chien et du chat en Europe pourrait avoir été sous-estimée[10] ; Ces deux espèces (le chien surtout) peuvent être hôte du parasite, et elles sont beaucoup plus proches de l'Homme que le renard ne l'est[10].

Le type de paysage et de structure écopaysagère semble avoir une importance pour la prévalence du parasite (les paysages semi-naturels de moyenne montagne, enneigés en hiver étant favorable à l'hôte rongeur)[11]. Le changement dans la gestion du paysage pourrait aussi intervenir[12].

Strictement cantonné à l'hémisphère nord, E. multilocularis s'y rencontre surtout dans les régions froides du Nord (Canada, Alaska, Sibérie) et dans les pays montagneux (Alpes, Jura).

Le foyer européen est centré sur l'Europe centrale et notamment en Allemagne et Suisse.
On a récemment (1997) montré qu'outre les canidés (renard, chiens) et félins (chat), les porc domestique[13], le sanglier[13], le ragondin[13] étaient également porteurs de ce parasite (qui peut aussi infester certains singes en laboratoire[13]
En France, les zones les plus touchées sont la Haute-Savoie, en Franche-Comté (sur 145 renards capturés, 30 à 40 % étaient porteurs) et le Massif central. la Lorraine est également touchée (avec 25 % de renards infestés détectés à l'autopsie).

Bien que peu répandu chez l'Homme, ce parasite a été très étudié en raison de l'affection rare, mais autrefois inexorable lorsqu'elle ne guérit pas spontanément, qu'il détermine chez l'homme. Au milieu des années 1990, en Europe « les taux moyens d'incidence annuelle de l'échinococcose alvéolaire chez l'homme sont faibles, variant entre 0,02 et 1,4 cas pour 100 000 habitants selon les pays et régions d'Europe »[13], avec une épidémiologie encore mal comprise.

Génétique des souches d'E. Multilocularis[modifier | modifier le code]

Des chercheurs se sont à la fin des années 1990 intéressé au polymorphisme génétique de ce parasite ;
Une étude par PCR-SSCP a porté sur des souches (isolats) variées prélevées chez des hôtes différents (moutons, bovins et porcins) de E. multilocularis, échantillonnés dans 33 régions d'Europe, d'Amérique du Nord et d'Asie. Toutes ces souches ont fait l'objet d'un séquençage nucléotidique. L'analyse comparative a porté sur des régions codantes du génome de ce parasite (antigène nucléaire B et gènes mitochondriaux NADH déshydrogénase) ainsi que sur des régions non-codantes (introns d'actine et gènes homeobox-containing). Cette première estimation de diversité de nucléotides entre génotypes d' E. multilocularis a montré une diversité globalement 10 fois plus faible que chez les souches connues différentes de E. granulosus, ce qui invite, selon les auteurs à envisager de réviser revoir la classification anciennes et conventionnelle des espèces séparant les 2 souches (européennes et nord-américaine)[14].

D'autres études ont récemment porté sur Echinococcus granulosus (dont l'une a identifié deux souches différentes chez les porcs espagnols) et a produit des jeux d'amorces (marqueurs génétiques) qui faciliteront aussi la différentiation entre E. multilocularis et E. granulosus [15]

Biologie[modifier | modifier le code]

  • Dans la nature, le cycle semble se passer entièrement en milieu sylvatique (forêt ou milieux de lisières) ou prairial (plutôt en zone de prairies de moyenne montagne, enneigées en hiver). L'hôte intermédiaire normal - micromammifère rongeur sauvage (appartenant à différentes espèces) - s'infecte en ingérant des embryophores qui, éliminés avec les déjections du renard (ou d'autres animaux), souillent les sols et les baies ou fruits de la strate herbacée du sol.
    Les canidés (renard notamment) s'infestent par carnivorisme, en dévorant les rongeurs atteints, mais chez ces derniers l'affection est rapidement mortelle ce qui limite la transmission.
  • Dans l'environnement artificialisé (urbain, élevages…), la souris domestique pourrait aussi être impliquée, jouant le rôle que joue le campagnol ou d'autres micromammifères dans la nature[16]. Le chat et chiens domestiques peuvent alors assurer la seconde partie du cycle, l'homme pouvant être accidentellement contaminé.

Dans tous les cas, l'homme est un hôte dit « intermédiaire », qui s'infecte via un chien ou un chat ou en avalant des embryophores qui souillent la terre, des baies sauvages ramassées au sol ou encore en manipulant les dépouilles également souillées de renards. L'affection humaine est accidentelle et sporadique (chasseurs, déterreurs, forestiers, jardiniers, propriétaires de chiens) ou liée à certaines professions exposées (éleveurs de renards).
C'est presque toujours dans le foie que l'embryon hexacanthe va se fixer et évoluer pour donner naissance à une forme larvaire originale qui diffère fondamentalement de l'hydatide (nom donné à l'état larvaire du taenia). Il n'y a pas ici de véritable membrane proligère, mais un bourgeonnement anarchique, extensif, de stolons parasitaires qui envahissent le parenchyme hépatique à la manière d'un néoplasme. La cuticule qui se forme n'a pas le temps d'encapsuler le processus et limite de petites cavités vésiculaires, irrégulières, remplies par une sécrétion gélatineuse colloïde et qui contiennent, chez l'animal du moins, de très nombreux scolex. Entre ces cavités, des travées fibreuses s'organisent et des zones de nécrose apparaissent à la longue, contribuant à donner à l'ensemble l'aspect anatomo-pathologique d'un cancer du foie.

Écoépidémiologie[modifier | modifier le code]

Le portage animal[17] du parasite est de mieux en mieux connu (des études ont notamment montré que le chien et chat peuvent en être d'importants vecteurs), mais sa biogéographie évolue. Le type de "portage" animal, de même que divers facteurs écopaysagers[18] et de périurbanisation[19],[20],[21] influent sur le risque de contact avec l'Homme, et font donc l'objet d'études[22].
Comme pour beaucoup de zoonoses, l'extension réelle ou apparente du parasite ou de ses vecteurs peut impliquer des modifications du paysage, de facteurs écologiques[23] (présence ou bioconcentration de polluants affectant l'immunité par exemple) des modifications climatiques, ou des perturbations de la relation proie-prédateur (campagnol-renard/loup/Chat sauvage/lynx…) par exemple[24].

Le renard a longtemps à tort été présenté comme seul responsable, mais il ne semble pas être seul en cause. Ainsi en 2001, suite à deux cas d’échinococcose alvéolaire humaine déclarés en Aveyron, deux nouvelles études associant la Fédération Régionale des Chasseurs de Midi-Pyrénées et la Clinique et une école nationale vétérinaire ont porté sur l'éventuelle responsabilité du renard en tant que porteurs potentiel du parasite, chacune sur 4 départements et ayant fait l'objet d'une thèse scientifique[25]. Elles ont conclu (à partir de l'analyse du contenu digestif de 81 renards roux) à l'absence d'Echinococcus multilocularis chez ces renards (qui étaient par ailleurs porteurs de nombreux autres parasites nématodes (Toxocara canis, Uncinaria stenocephala et Trichuris vulpis) et cestodes (Mesocetoïdes litteratus, Taenia polyacantha, Taenia crassiceps et Taenia pisiformis), avec d'ailleurs peu de différences par rapport à une étude déjà réalisée sur 37 renards (venant essentiellement d'Ariège)[26].

Des recherches plus larges laissent penser qu'on a pu sous-estimer la prévalence (éventuellement asymptomatique) du cestode chez diverses autres espèces, dont chez des animaux proches de l'Homme. Ainsi, depuis la fin des années 1990 dans des élevages ou chez des animaux domestiques :

  • Chien : le cestode a par exemple été trouvé chez des chiens (dont pour la première fois des infections simultanées de l'intestin et du foie avec des stades respectivement adultes et larvaires de E. multilocularis[27]), mais aussi chez le porc[27] ou encore chez 15 singes captifs à Zurich (il s'agissait de macaques (Macaca nigra), dont le foie était presque entièrement envahi)[27] (peut être infectés à partir d'urine de chien), (Résumé).
  • Chat : À titre d'exemple, en France, dans le nord des Alpes et au Sud du Jura, et autour de la ville suisse de Genève, E. multilocularis a été trouvé dans trois des 81 chats domestiques morts fournis par les vétérinaires. La prévalence antiérieurement insoupçonnée du parasite chez le chat domestique E. confirme que le chat est un facteur de risque pour les êtres humains et notamment pour les vétérinaires.
  • Porc : Des lésions du foie causée par E. multilocularis ont aussi été diagnostiqué dans la région de Zurich chez 10 % de 90 porcs envoyés à l'abattoir[27].
    Dans la même région, chez 2,9 % de 522 truies reproductrices, des anticorps sériques spécifiques contre les antigènes du parasite ont été trouvés[27].
    Ceci peut poser la question de la sensibilité du sanglier à ce parasite (comme les cochons, il se montre volontiers nécrophage, voire coprophage, et il pourrait ingérer des cadavres de campagnols contaminants, ou des aliments souillés par les urines d'animaux parasités).

Clinique[modifier | modifier le code]

L'échinococcose alvéolaire atteint presque exclusivement le foie.
L'installation est insidieuse, longtemps infraclinique, puis marquées par des troubles banals de type de pesanteurs post-prandiales ou de dyspepsie qui ne sont jamais rapportées à leur cause.
La période d'état se traduit dans 90 % des cas par un ictère rétentionnel incomplet, variable dans le temps, qui s'accompagne d'une hépatomégalie dure, lisse ou au contraire bosselée, prédominant le plus souvent sur un lobe. Dans les autres cas, il s'agit d'un tableau tumoral simulant le cancer métastatique, avec un gros foie dur, indolore, marroné. Mais on ne trouve pas le néoplasme d'origine et l'état général reste longtemps conservé. Les complications sont fréquentes et s'apparentent à celles des tumeurs malignes : extension de proche en proche aux organes voisins, véritables métastases par dissémination hématogène de fragments parasitaires (cerveau, poumon), surinfection et abcédation.
L'évolution se fait vers la cachexie et la mort inexorable dans un délai de quelques années.


NB. L'échinocoque est insensible à la congélation, mais il est tué par la chaleur (cuisson). Par ailleurs, il a besoin d'un minimum d'humidité pour survivre. Le séchage à l'air ou au four est donc une bonne solution pour éliminer les œufs.

Traitement vétérinaire[modifier | modifier le code]

Le parasite peut être éliminé par du bromhydrate d'arécoline (2 à 4 mg/kg PO), mais il faut traiter l'ensemble des chiens ou chats d'un foyer, désinfecter les niches, récupérer la totalité des matières fécales émises et les désinfecter par le feu[1]. Cette molécule est utilisée exclusivement dans le cadre de recherches épidémiologiques. son emploi règlementé est douloureux pour l'animal. Le Praziquantel à la dose de 5 mg/kg est la molécule de choix à la fois en prévention et en traitement, toutes les 5 semaines (soit 1 semaine de moins que la période prépatente). À cette fréquence, les segments ovigères ne sont pas éliminés car le parasite n'a pas atteint sa maturité sexuelle.

Détection[modifier | modifier le code]

Des progrès significatifs en coprodiagnostiques[28] et outils et tests issus de la biologie moléculaire[29] ont été réalisés dans le développement de tests de détection de l'infection intestinale chez les hôtes définitifs. Ces tests sont plus sensible et spécifique pour l'animal vivant ou post mortem. Deux tests au moins permettent l'identification d' E. multilocularis dans les échantillons fécaux prélevés dans des animaleries, ou dans l'environnement[27].

Chez l'Homme, hôte intermédiaire, une simple analyse sanguine avec comptage globulaire révèlera déjà la présence (non spécifique) d'une parasitose par un taux élevé de globules blancs éosinophiles (éosinophilie) et par une vitesse de sédimentation élevée: à ce stade, une échographie ou un examen radiologique complémentaire des organes nobles devrait mettre en évidence la présence (spécifique) éventuelle de kyste(s) d'échinocoque.

Prévention, précaution[modifier | modifier le code]

Les animaux domestiques comme les chiens et les chats peuvent jouer le rôle d’hôtes définitifs [3]. Le chat semble être cependant, selon les données expérimentales disponibles, un très mauvais porteur[30]. Ce taeniasis étant asymptomatique, en zone à risque, tout chien ou chat doit être considéré comme potentiellement porteur de vers[3].

On peut se protéger de cette zoonose par[1] :

  • une hygiène stricte avec lavage des mains après toute manipulation (y compris caresses) de chien, chats (ou renards). Ne pas porter la main à la bouche, au nez ou aux yeux entre temps.
  • les coup de langue de chiens et chats, surtout sur les mains et le visage, doivent être évités.
  • chiens et chats ne devraient pas avoir accès aux potagers où ils risquent d'uriner et déféquer.
  • les animaux domestiques ne doivent pas manger dans les assiettes des humains, ni les lécher.
  • les légumes et baies au sol: particulièrement les fraises des bois et les myrtilles sauvages, mais aussi les fraises cultivées par exemple (jusqu'à 50 cm de hauteur par précaution) du potager doivent être cuits ou soigneusement nettoyés si des carnivores (dont chiens et chats) y ont accès. Comme les baies, les champignons peuvent être contaminés et doivent être soigneusement frottés et lavés à l'eau claire; par précaution, ces derniers doivent être consommés cuits.
  • une attention particulière doit être portée à l'hygiène de la part des personnes immunitairement fragiles.
  • ne jamais manipuler les cadavres de chiens, chats, renards sans précaution.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Références taxonomiques[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  3. a, b, c et d Franck Boué, Benoît Combes, Patrick Giraudoux, Gérald Umhang, Echinococcus multilocularis chez le renard et les carnivores domestiques : vers une nouvelle donne épidémiologique ? (Alveolar echinococcosis in foxes and domestic animals: towards new epidemiologic trends ?) BEH, Hors-série, 2010-09-14
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  12. Giraudoux, P., Craig, P., Delattre, P., Bao, G., Bartholomot, B., Harraga, S., Quéré, J., Raoul, F., Wang, Y., Shi, D., Vuitton, D., 2003. Interaction between landscape changes and host communities can regulate Echinococcus multilocularis transmission. Parasitology 127 (1), 121-131.
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  25. Cécile, Catherine GOUTAL ép. ROTSZYLD, Thèse de doctorat en sciences vétérinaires (2005) intitulée Contribution à l'étude du parasitisme intestinal du renard roux (Vulpes vulpes) en Midi-Pyrénées ; Recherche d'Echinococcus multilocularis. 1re Partie
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  27. a, b, c, d, e et f P Deplazes, J Eckert, Veterinary aspects of alveolar echinococcosis — a zoonosis of public health significance ; Veterinary Parasitology Volume 98, Issues 1–3, 12 July 2001, Pages 65–87 ; en ligne 2001-06-13
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