Ebih-Il

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Ebih-Il, nu-bandà
Photographie de la statuette
Ebih-il, nu-bandà
Artiste Inconnu
Date vers 2340 av. J.-C.
Type Albâtre, coquillage, bitume, lapis-lazuli
Technique Sculpture
Dimensions (H × L × l) 52 × 20 × 30 cm
Localisation Musée du Louvre, Département des Antiquités Orientales du Louvre, Paris (France)
Numéro d'inventaire AO 17551

Ebih-Il est dignitaire du royaume de Mari en Mésopotamie. Il est connu par une statue découverte en 1934 par André Parrot. Aujourd'hui conservée au musée du Louvre sous le numéro d'inventaire AO 17551[1], elle est considérée comme un chef-d'œuvre de l'art statuaire mésopotamien de la période des dynasties archaïques III (2500-2334 av. J.-C.).

Découverte[modifier | modifier le code]

La statue d'Ebih-Il est découverte en deux morceaux par la mission d'André Parrot à Tell Hariri en Syrie : la tête est mise au jour le 22 janvier 1934, suivie le lendemain, à quelques mètres, du corps et d'une autre statuette plus petite[2]. L'emplacement sera ensuite identifié comme le dallage de la cour extérieure sud d'un temple d'Ištar Virile[3]. Ce sont les premières découvertes majeures des fouilles, commencées l'hiver 1933 après une découverte fortuite par des bédouins en août[4]. Les deux statuettes portent des inscriptions qui les identifient : la petite est celle d'Išgi-Mari (d'abord lu Lamgi-Mari), roi de Mari, et la plus grande celle d'Ebih-Il (d'abord lu Entil) et dont le titre est alors interprété comme « intendant ». Tous deux ont consacré leur statue à Ištar virile.

La Syrie est alors sous mandat français. La loi de partage après fouilles dispose qu'elles soient réparties en deux lots de valeur équivalente, l'un pour le pays de découverte et l'autre pour celui du découvreur, le choix étant laissé au directeur des antiquités du pays. Fasciné par la statue d'Ebih-Il, André Parrot tient à ce qu'elle rejoigne les collections du musée du Louvre : il regroupe dans le premier lot la statue du roi Išgi-Mari et la majorité des objets importants, tandis que le second lot ne contient que la statue d'Ebih-Il et quelques objets[5]. Maurice Dunand, directeur général des antiquités et des musées de Syrie, choisit le premier lot, tandis que la statue d'Ebih-Il est envoyé à Paris[5]. Un arrêté du comité national des acquisitions la fait entrer dans les collections nationales le 3 décembre 1934.

Description de la statue[modifier | modifier le code]

Détail de la tête et du buste

La statue, haute de 53 centimètres, a été sculptée dans un bloc unique d'albâtre à grain très fin. Les yeux en amande sont incrustés en coquille avec iris en lapis-lazuli, matériaux précieux importés respectivement du golfe Persique et d'Afghanistan. Les yeux et les sourcils sont marqués au bitume, dont on trouve également des traces dans les mèches de la barbe.

La statue représente un homme barbu et à la tête rasée, comme c'est la mode pour les dignitaires de Mari. Les sourcils, dits en arête de poisson, sont réunis au milieu. Il est assis sur un siège en roseaux cousus — la statue a été retrouvée avec des jambes qui ont été enlevées dans les années 1950. Le buste est nu et légèrement aminci à la taille. Le personnage porte un kaunakès (jupe) à longues mèches, probablement une peau de mouton[6], retenu à la taille par une ceinture nouée au bas du dos. Ses mains sont ramenées contre la poitrine, la main droite posée sur la main gauche fermée. Une incision non-épigraphique, mais ressemblant au signe cunéiforme kúr, marque l'endroit du nombril. Une inscription de cinq cases est gravée sur le derrière de l'épaule droite, emplacement habituel pour les statues de Mari.

L'œuvre porte des traces de restauration antique. Les jambes appartenaient initialement au même bloc que le reste de la statue, et avaient été dégagées du siège par creusement ; l'avant du siège porte encore des traces de taille et ne comporte aucune décoration, contrairement à l'arrière. Déséquilibrée par le poids trop important du kaunakès, la statue s'est effondrée sur l'avant et les jambes se sont cassées au niveau des chevilles. La partie endommagée a été sciée dans l'Antiquité et deux cavités ont été pratiquées sous l'avant du kaunakès, permettant à la fois d'insérer de nouvelles jambes et d'alléger l'ensemble. Une encoche profonde a également été réalisée sous l'avant du siège pour un nouveau socle.

Ebih-Il[modifier | modifier le code]

Ebih-Il n'est pas connu autrement que par la statue qui le représente. Son nom même n'est pas assuré : écrit EN.TI-IL, il a d'abord été lu avec les signes « Entil » par André Parrot. L'épigraphiste François Thureau-Dangin a proposé d'interpréter la séquence de signes comme « Ebih-Il », littéralement « Ebih est dieu », Ebih étant le nom d'une montagne des monts Zagros[7]. Le dédicant porte le titre de « nu-bandà », charge militaire et administrative connue à Sumer vers 2100-2000 av. J.-C. et que l'on traduit ordinairement par « capitaine » ou « inspecteur »[8] Il semble que la charge ait eu davantage d'importance à l'époque dynastique archaïque. Thureau-Dangin la traduit par « intendant »[7]. Le choix des matériaux, la qualité de l'exécution et la posture assise, réservée aux grands personnages, témoignent du caractère exceptionnel de la statue et donc de l'importance de son dédicant.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no 9740 », sur la base Atlas du musée du Louvre
  2. Cluzan et Lecomte 2011, p. 5.
  3. Parrot 1935, p. 26-27.
  4. Parrot 1935, p. 1.
  5. a et b Cluzan et Lecomte 2011, p. 6.
  6. Parrot 1935, p. 26.
  7. a et b F. Thureau-Dangin, « Inscriptions votive sur des statuettes de Mari », Revue d'assyriologie 31 (1934), p. 143 [137-144].
  8. Cluzan et Lecomte 2011, p. 18.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

« Notice no 9740 », sur la base Atlas du musée du Louvre

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Agnès Benoit, Les civilisations du Proche-Orient Ancien, Paris, Réunion des Musées Nationaux, École du Louvre, coll. « Manuels de l’École du Louvre »,‎ 2007, p. 246-247
  • Sophie Cluzan et Camille Lecomte, Ebih-Il, Paris, éditions du Louvre, coll. « Solo »,‎ 2011 (ISBN 978-2-7572-0509-9) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • André Parrot, « Les fouilles de Mari (première campagne, hiver 1933-34) », Syria, vol. 16, no 1,‎ 1935, p. 1-28 (ISSN 0039-7946, DOI 10.3406/syria.1935.8338, lire en ligne)
  • Agnès Spycket, La Statuaire du Proche-Orient ancien, Leyde, Brill,‎ 1981 (ISBN 9789004062481), p. 97-98