Earpwald

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Earpwald
Portrait imaginaire d'Earpwald par le cartographe et illustrateur John Speed (Theatre, 1611).
Portrait imaginaire d'Earpwald par le cartographe et illustrateur John Speed (Theatre, 1611).
Titre
Roi d'Est-Anglie
v. 624 – v. 627 ou 632
Prédécesseur Rædwald
Successeur Ricberht ?
Biographie
Date de décès v. 627 ou 632
Liste des rois d'Est-Anglie

Earpwald (également orthographié Eorpwald ou Erpenwald) est roi d'Est-Anglie au VIIe siècle.

Fils de Rædwald, membre de la dynastie des Wuffingas, il accède au trône vers 624 puis se convertit au christianisme sous l'influence d'Edwin de Northumbrie et reçoit le baptême. Il est assassiné peu après par Ricberht, sans soute pour des raisons politiques autant que religieuses, et l'Est-Anglie retourne brièvement au paganisme sous son successeur. Earpwald est le premier roi anglais à mourir pour sa foi chrétienne, ce qui lui vaut ensuite d'être vénéré comme un saint martyr de l'Église.

Origines[modifier | modifier le code]

Au début du VIIe siècle, le sud de l'Angleterre est presque entièrement sous le contrôle des rois anglo-saxons. Les peuples anglo-saxons, composés d'Angles, de Saxons, de Jutes et de Frisons, arrivent sur l'île de Bretagne au Ve siècle. Dès l'an 600, plusieurs royaumes se forment au sein des territoires conquis, dont le royaume d'Est-Anglie, qui correspond aujourd'hui aux comtés du Norfolk et du Suffolk[1]. L'histoire de ce royaume n'est pratiquement pas documentée avant le règne de Rædwald, qui gouverne jusqu'aux alentours de 624[2]. Quelques éléments d'informations se trouvent dans la généalogie des rois Wuffingas, telle que décrite dans un bref passage de l'Histoire ecclésiastique que Bède le Vénérable écrit dans les années 730[3].

En 616, Rædwald remporte une victoire militaire décisive contre Æthelfrith de Northumbrie, qui trouve la mort dans la bataille de l'Idle : Rædwald peut alors installer Edwin sur le trône de Deira. Suite à cette victoire sur les Northumbriens, Rædwald d'Est-Anglie domine alors l'ensemble des royaumes anglo-saxons, ce qui lui vaut plus tard d'être désigné sous le terme extrêmement honorifique de Bretwalda. De nombreux spécialistes estiment qu'il a pu être inhumé dans le somptueux bateau funéraire de Sutton Hoo[4].

Earpwald est le fils de ce puissant roi, sans que le nom de sa mère soit passé à la postérité. Il a au moins un frère, Rægenhere, et il est possible que le futur roi Sigeberht soit également son frère. Rædwald prénomme ses fils en employant les lettres initiales R et E (comme son père l'avait fait pour lui-même et son jeune frère Eni), ce qui laisse supposer qu'Earpwald soit le fils cadet, et qu'il n'accède don au pouvoir qu'après la mort au combat de son frère Rægenhere en 616[5]. Selon Bède, Sigeberht et Earpwald sont frères ; en revanche le chroniqueur du XIIe siècle Guillaume de Malmesbury affimre qu'ils sont issus de la même mère mais pas du même père. D'après l'historienne Barbara Yorke, Sigeberht pourrait être issu d'une autre branche de la dynastie des Wuffingas, ce qui expliquerait son exil forcé pour protéger l'accession d'Earpwald au trône d'Est-Anglie[6].

Couronnement et conversion[modifier | modifier le code]

Le roi Edwin de Northumbrie, puissant allié d'Earpwald, vu par le cartographe et illustrateur John Speed (Theatre, 1611).

Earpwald est encore païen lorsqu'il devient roi d'Est-Anglie à la mort de Rædwald vers 624[7]. Pour l'historien D.P. Kirby, ce paganisme est source de tensions entre les factions chrétiennes et païennes du royaume, et cela tend à réduire l'étendue de son influence[8]. En 627, Edwin de Northumbrie entreprend de convertir les peuples de Northumbrie, du Lindsey et d'Est-Anglie au christianisme, ce qui, d'après Bède, « convainc [Earpwald] d’accepter la foi et les sacrements chrétiens »[9]. Cette conversion peut être datée à 627 si l'on prend en compte le nombre d'années où Félix de Burgondie est à la tête du diocèse d'Est-Anglie, mais selon la Chronique anglo-saxonne, c'est en 632 que ce baptême a lieu.

Bien qu'on ignore où ait lieu le baptême, il est très probable que ce soit Edwin qui le mène vers les fonts baptismaux[10]. Les conditions de sa conversion tendent à montrer qu'Edwin assume désormais une position dominante vis-à-vis du pouvoir est-anglien[7].

Suite à ce baptême, les prêtres northumbriens d'Edwin ont toute latitude pour éradiquer le paganisme du royaume d'Earpwald, et pour convertir les est-angliens. Politiquement, cela a pour conséquence d'amener l'ensemble des territoires côtiers de l'est sous la coupe d'Edwin et de ses alliés chrétiens, de la Northumbrie jusqu'au Kent — à l'exception toutefois de l'Essex.

Mort et postérité[modifier | modifier le code]

Le tumulus II à Sutton Hoo, lieu d'inhumation possible d'Earpwald.

Toutefois, la conversion d'Earpwald n'entraîne pas l'installation d'une structure ecclésiastique particulière, comme l'établissement d'un diocèse au sein du royaume. Bède rapporte que peu après sa conversion, Earpwald est assassiné par un païen (« uiro gentile ») du nom de Ricberht, et qu'à sa mort le royaume revient au paganisme (« in errore uersata est ») pour les trois années qui suivent[7],[9].

Earpwald est le premier roi à être assassiné à cause de sa foi chrétienne[11]. Les circonstances de sa mort et le rôle réellement tenu par Ricberht sont inconnus. Il est possible que le retour au paganisme s'explique par une réaction du peuple est-anglien contre la domination croissante d'Edwin sur leur royaume[12]. Quant à Ricberht lui-même, son origine n'est pas connue et il est possible qu'il occupe le trône d'Earpwald après l'avoir assassiné, sans que cela soit établi avec certitude ; mais les historiens s'accordent à dire qu'en 630 ou 631, soit trois ans après la mort d'Earpwald, Sigeberht rentre de son exil continental pour reprendre la couronne des Est-Angliens[13].

Le site de Sutton Hoo (près de Woodbridge dans le Suffolk) abrite deux cimetières anglo-saxons des VIe et VIIe siècles : il est probable que des membres de la dynastie d'Earpwald soient inhumés sous ses tumulus. D'après Martin Carver, Earpwald lui-même, en tant que fils de Rædwald, pourrait être inhumé sous le tumulus I ou II[14].

Fleming indique en 1904 dans son Histoire des martyrs britanniques que l'Église a autrefois considéré Earpwald comme un saint martyr ; mais le jour de sa fête est aujourd'hui inconnue[15].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Yorke 2002, p. 1.
  2. Plunkett 2005, p. 70.
  3. Carver 2006, p. 4.
  4. Plunkett 2005, p. 81, 82.
  5. Plunkett 2005, p. 72.
  6. Yorke 2002, p. 67-68.
  7. a, b et c Hoggett 2010, p. 30.
  8. Kirby 2000, p. 63.
  9. a et b Bède le Vénérable 1969, II, 15.
  10. Plunkett 2005, p. 97-98.
  11. Plunkett 2005, p. 99.
  12. Higham 1997, p. 182.
  13. Yorke 2002, p. 61, 62, 67.
  14. Carver 1998, p. 172.
  15. Fleming 2003, p. 20.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Bède le Vénérable (trad. Judith McClure et Roger Collins), Ecclesiastical History of the English People, Oxford University Press,‎ 1969 (ISBN 0-19-283866-0).
  • (en) Martin Carver, The age of Sutton Hoo: the seventh century in north-western Europe, The Boydell Press,‎ 2006 (ISBN 0-85115-330-5).
  • (en) Martin Carver, Sutton Hoo: Burial Ground of Kings?, British Museum Press,‎ 1998 (ISBN 0-8122-3455-3).
  • (en) William Canon Fleming, Complete History of the British Martyrs: From the Roman Occupation to Elizabeth's Reign (1904), Kessinger,‎ 2003 (ISBN 0-7661-7370-4).
  • (en) N. J. Higham, The convert kings: power and religious affiliation in early Anglo-Saxon England, Manchester University Press,‎ 1997 (ISBN 0-7190-4828-1).
  • (en) Richard Hoggett, The Archaeology of the East Anglian Conversion, The Boydell Press,‎ 2010 (ISBN 978-1-84383-595-0).
  • (en) D. P. Kirby, The Earliest English Kings, Routledge,‎ 2000 (ISBN 0-415-24211-8).
  • (en) S. J. Plunkett, Suffolk in Anglo-Saxon Times, Tempus,‎ 2005 (ISBN 0-7524-3139-0).
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon English, Routledge,‎ 2002 (ISBN 0-415-16639-X).