Eanflæd

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Eanflæd
Reine de Deira (642 ?)
Abbesse de l'abbaye de Whitby (680)
Naissance 19 avril 626
Deira (Northumbrie, Angleterre)
Décès 11 décembre 704 
Whitby (Yorkshire, Angleterre)
Vénéré par les catholiques
Fête 24 novembre[1]

Sainte Eanflæd de Whithby (19 avril 62611 décembre 704) est la fille du roi Edwin de Northumbrie et d'Æthelburg, fille du roi Æthelberht de Kent. Vers 642, Eanflæd épousa le roi Oswiu de Bernicie et fut reine de Bernicie. Quelques années après la mort du roi, en 670, elle se retira dans l'influente abbaye de Whitby fondée par Hilda au Nord-Est de l'Angleterre. Elle en devint plus tard l'abbesse. Fête le 24 novembre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Naissance, baptême et exil[modifier | modifier le code]

La mère d'Eanflæd fut élevée dans la foi chrétienne, mais son père était toujours païen au moment de sa naissance, la veille de Pâques 626, à la résidence royale de la rivière Derwent. Bède raconte que plus tôt le jour de la naissance d'Eanflæd, un assassin envoyé par Cwichelm de Wessex tenta de tuer Edwin. Ce dernier, poussé par l'évêque d'Æthelburg, Paulin, accepta le baptême d'Eanflæd et promit de se convertir s'il réussissait à vaincre Cwichhelm. Eanflæd fut baptisée, selon Bède, le jour de la Pentecôte (8 juin 626), avec onze autres membres de la famille royale[2],[N 1],[N 2].

Victorieux, Edwin adopta la nouvelle foi en 627[3]. Sa défaite et sa mort à la bataille de Hatfield Chase, en 633, mirent fin à son règne et entraînèrent un retour en force du paganisme. Fuyant ces perturbations religieuses et politiques, Æthelburg, accompagnée de l'évêque Paulin, retourna au Kent, où Eanflæd grandit sous la protection de son oncle, le roi Eadbald de Kent[N 3].

Retour et mariage[modifier | modifier le code]

En 642, Oswiu, roi de Bernicie et chef de la famille royale northumbrienne rivale, envoya un prêtre, nommé Utta, au Kent, alors dirigé par le cousin d'Eanflæd, Eorcenberht, pour demander sa main[4]. Oswiu, devenu roi suite à la mort de son frère Oswald à la bataille de Maserfield, était déjà marié à une princesse britannique, Rieinmellt, mais son pouvoir restait fragile : le roi Penda de Mercie, vainqueur de Maserfield, dominait le centre de l'Angleterre, et Oswiu avait besoin d'aide. Son mariage avec Eanflæd lui offrait le soutien du Kent, voire des Francs. De plus, chaque enfant issu de cette union aurait eu d'importants droits sur le trône de Northumbrie[5],[6],[7]. La date du mariage n'est pas connue[N 4].

Si le but d'Oswiu avec ce mariage était de voir son autorité pacifiquement acceptée en Deira, il échoua. En 644, Oswine, petit-cousin paternel d'Eanflæd, dirigeait le Deira[8],[9]. En 651, Oswine fut tué par un des généraux d'Oswiu. Pour expier le meurtre du parent de sa femme, Oswiu fonda l'abbaye de Gilling où les moines priaient pour les deux rois[6],[7],[10],[11].

Enfants et protectrice de Wilfred[modifier | modifier le code]

Les différents mariages et liaisons d'Oswiu rendent difficile l'identification des mères de chacun de ses enfants. Avec plus ou moins de certitudes, les enfants d'Eanflæd avec Oswiu étaient Ecgfrith, Ælfwine, Osthryth et Ælfflæd. Pour l'historien David P. Kirby, Eanflæd n'était pas la mère d'Aldfrith, Ealhfrith et Ealhflæd[7],[12],[13].

Eanflæd fut la première protectrice de Wilfred, qui joua un grand rôle dans la politique de Northumbrie sous les règnes d'Ecgfrith, d'Aldfrith, et d'Osred, et ailleurs dans la Grande-Bretagne du VIIe siècle. Quand Wilfred souhaita se rendre en pèlerinage à Rome, la reine le recommanda à son cousin, le roi Eorcenberht de Kent[14].

Veuve, abbesse et sainte[modifier | modifier le code]

Ruines de l'abbaye de Whitby.

Quelques années après la mort d'Oswiu, Eanflæd se retira à l'abbaye de Whitby. Ce monastère était étroitement lié à la famille royale, beaucoup de membres y étant enterrés, et il eut un rôle important dans la vie religieuse de Northumbrie, surtout après la tenue en 664 du concile de Whitby qui préconisait l'établissement en Angleterre des usages liturgiques romains. L'abbaye de Whitby était un monastère double, hébergeant des moines et des moniales dans des quartiers séparés. Mais moines et moniales partageaient l'église et participaient aux mêmes offices religieux.

Après la mort de sa parente et abbesse fondatrice du monastère, Hilda, vers 680, Eanflæd devint abbesse, conjointement avec sa fille Ælfflæd, et elle resta à Whitby jusqu'à sa mort. Elle mourut sous le règne de son beau-fils Aldfrith (685–704) et fut enterrée à Whitby, comme Edwin, dont les restes furent déplacés à la même époque[15],[N 5], Oswiu, Hilda et plus tard Ælfflæd. Guillaume de Malmesbury croyait que ses restes furent plus tard déplacés à l'abbaye de Glastonbury, où un monument lui étant dédié aurait existé au XIIe siècle[7].

Eanflæd fut canonisée pour son implication dans l'implantation des usages romains en Grande-Bretagne. Certaines sources récentes donnent le 24 novembre comme jour de sa fête[7]. mais on ne sait pas quel événement commémore cette fête distincte de son natalice (11 décembre).

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Thacker (in Oxford Dictionary of National Biography,‎ 2004 (lire en ligne), « Eanflæd [St Eanflæd] (b. 626, d. after 685) ») note que selon une tradition galloise consignée dans Historia Brittonum, chapitre 64 : « Eanfeld, sa fille, reçut le baptême le douzième jour après la pentecôte, avec tous ses sujets, hommes ou femmes... Si quelqu'un souhaite savoir qui les a baptisé, ce fut Rhun, fils d'Urien. »
  2. Higham (in The Kingdom of Northumbria AD 350-1100 p. 81) suggère que la résidence royale en question se trouvait à Sancton.
  3. Bède (in Ecclesiastical History of the English People livre II, chapitre 20) affirme qu'Æthelburg ne faisait pas confiance à son frère ou au successeur d'Edwin, Oswald, quant à la survie des descendants mâles d'Edwin. Elle les envoya à la cour du roi Dagobert Ier en Francie.
  4. Pour Thacker (in Oxford Dictionary of National Biography,‎ 2004 (lire en ligne), « Eanflæd [St Eanflæd] (b. 626, d. after 685) ») « avant ou peu après 642 », Holdsworth (in M. Lapidge et al., The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England « Oswiu ») préfère 643.
  5. Thacker (in Oxford Dictionary of National Biography,‎ 2004 (lire en ligne), « Eanflæd [St Eanflæd] (b. 626, d. after 685) ») donne sa date de décès « après 685 », Lapidge (The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England « Eanflæd ») vers 704.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « St. Eanfleda », sur Catholic.org (consulté le 7 septembre 2009)
  2. Bède, Ecclesiastical History of the English People livre II, chapitre 9
  3. Bède, Ecclesiastical History of the English People livre II, chapitre 13
  4. Bède, Ecclesiastical History of the English People livre III, chapitre 15
  5. N. J. Higham, The Convert Kings p. 225
  6. a et b P. Holdsworth, in M. Lapidge et al., The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England « Oswiu  »
  7. a, b, c, d et e (en) Alan Thacker, Oxford Dictionary of National Biography,‎ 2004 (lire en ligne), « Eanflæd [St Eanflæd] (b. 626, d. after 685) »
  8. D. P. Kirby, The Earliest English Kings pp. 91-92
  9. B. Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England pp. 78-79
  10. Bède, Ecclesiastical History of the English People livre III, chapitre 14
  11. N. J. Higham, The Convert Kings p. 226-230
  12. N. J. Higham, The Kingdom of Northumbria AD 350-1100 p. 80
  13. D. P. Kirby, The Earliest English Kings pp. 90 et 143
  14. Life of Wilfrid in J.F. Webb, The Age of Bede chapitres 2–3
  15. P. Holdsworth, in M. Lapidge et al., The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England « Edwin, King of Northumbria »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Bède (trad. L. C. Jane), Ecclesiastical History of the English People, Wikisource,‎ 1903 (lire en ligne)
  • (en) N. J. Higham, The Convert Kings: Power and religious affiliation in early Anglo-Saxon England., Manchester, Manchester University Press,‎ 1997 (ISBN 0-7190-4828-1)
  • (en) N. J. Higham, The Kingdom of Northumbria AD 350-1100, Stroud (Massachusetts), Sutton,‎ 1993 (ISBN 0-86299-730-5)
  • (en) David Peter Kirby, The Earliest English Kings, New York, Routledge,‎ 2000 (ISBN 0-415-24211-8)
  • (en) M. Lapidge, J. Blair, S. Keynes et D. Scragg, The Blackwell Encyclopaedia of Anglo-Saxon England, Malden (Massachusetts), Blackwell Publishing,‎ 2001 (ISBN 978-0-631-22492-1)
  • (en) J.F. Webb, The Age of Bede: Bede - Life of Cuthbert, Eddius Stephanus - Life of Wilfrid, Bede - Lives of the Abbots of Wearmouth and Jarrow, The Anonymous History of Abbot Ceolfrith with the Voyage of St Brendan, Londres, Penguin Books,‎ 1998 (ISBN 978-0-14-044727-9)
  • (en) Barbara Yorke, Kings and Kingdoms of Early Anglo-Saxon England, New York, Routledge,‎ 1997 (ISBN 0-415-16639-X)