Dynastie hassidique de Satmar

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La dynastie hassidique de Satmar (en hébreu : חסידות סאטמאר hassidout Satmarer) ou dynastie rabbinique de Teitelbaum (en hongrois : Teitelbaum rabbidinasztia) est un mouvement hassidique d'origine transylvaine.

Elle a été fondée par Rabbi Joël Teitelbaum (1887- 1979)[1],[2] qui l'a dirigée jusqu'à sa mort. Joel Teitelbaum était rabbin de la ville de Satu Mare (faisant alors partie du royaume de Hongrie et aujourd'hui en Roumanie) qui est restée le centre de cette dynastie jusqu'au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Actuellement, les communautés Satmar les plus importantes se situent dans l'état de New York, dont Kiryas Yo'el fondée par Joel Teitelbaum. D'autres existent à Los Angeles, Montréal, Toronto, Anvers, Londres, Manchester, Jérusalem et à Bnei Brak.

Le nombre d'adhérents au mouvement est estimé à 130 000. Ils sont principalement connus du grand public pour leur aversion pour le sionisme politique.

Rabbis[modifier | modifier le code]

Chronologie et filiation depuis les débuts du hassidisme:

  1. le disciple de Yaakov Yitzchak Horowitz, Rabbi Moché Teitelbaum de Ujhely (1759-1841), le Yismach Moshe
  2. son fils, Rabbi Nissan Eluzer Teitelbaum de Drubitsch (1786-1854)
  3. son fils, Rabbi Yehuda Yekusiel Teitelbaum de Sighet (1808-1883), le Yetev Lev
    1. son fils, Rabbi Yom Tov Chananyah Lipa Teitelbaum de Sighet (1836-1904), le Kedushat Yom Tov
      1. Rabbi Haim Tzvi Teitelbaum de Sighet (1884-1926), le Atzei Haim, fils aîné du Kedushat Yom Tov
          1. Rabbi Yehuda Yekusiel Teitelbaum de Sighet (1911-1944), fils du Atzei Haïm et gendre de son oncle Rabbi Yoel
  4. Rabbi Joël Teitelbaum (1887-1979), Satmar Rebbe, auteur de Divrei Yoël et VaYoel Moshe ; plus jeune fils du Kedushat Yom Tov
    1. Rabbi Moché Teitelbaum (1914-2006), Rabbi de Sighet, et à la mort de Yoel, Rabbi de Satmar, auteur du Berach Moshe, fils du Atzei Haïm. Ses deux fils se disputent la dynastie et tous deux portent le titre de Rabbin de Satmar
      1. Rabbi Aaron Teitelbaum (né en 1947), Rabbin de Satmar fils aîné du Berach Moshe. Gendre du Rabbi Moshe Yehoshua Hager, le Viznitzer Rabbi de Bnei Brak
      2. Rabbi Zalman Leib Teitelbaum, Rabbin de Satmar

Histoire[modifier | modifier le code]

Création[modifier | modifier le code]

La dynastie prend racine avec le rabbin Moshe Teitelbaum (1759-1841). Sur les conseils de son maître, le Hozeh de Lublin, il accepte le poste de rabbin de Sátoraljaújhely, afin de développer le judaïsme hassidique en Hongrie. Son fils, le rabbin Eluzar Nissan Teitelbaum de Drobitsch lui succède.

Le rabbin Yehuda Yekusiel Teitelbaum s'installe à Sighet où il fonde, aidé de son fils le Kedoushat Yom Tov, la Dynastie Hassidique de Sighet. Celui-ci a deux fils :

  • Haim Tzvi Teitelbaum qui succède à son père comme Rabbi de Sighet.
  • Joel Teitelbaum rabbin de Irchava en Ukraine puis appelé au rabbinat de Carei en Roumanie, avant de s'installer en 1929 à Szatmárnémeti où il crée et dirige la communauté hassidique de Satmar.

Durant la Shoah[modifier | modifier le code]

Bien que le mouvement n'ait pas été anéanti, beaucoup de hassidim Satmar sont assassinés et déportés durant la Seconde Guerre mondiale. En effet, sous le régime de Miklós Horthy, les Juifs sont relativement épargnés. Ferenc Szálasi, dirigeant du Parti des Croix fléchées, prend le pouvoir le 15 octobre 1944. Les Juifs hongrois sont alors déportés en masse. Sur les 825 000 juifs hongrois d'avant-guerre, seuls 260 000 d'entre eux survécurent, 565 000 périrent, dont une grande partie de la communauté Satmar.

À l'arrivée des nazis, les membres de la communauté organisent le déplacement de leur rabbi vers Cluj-Napoca, où il est arrêté et transféré dans un ghetto.

En juin 1944, Rudolf Kastner négocie avec les SS l'autorisation pour 1 684 Juifs de quitter la Hongrie pour la Suisse, en échange d'argent, d'or et de diamants, dans ce qui sera appelé le "train de Kastner". Yoel Teitelbaum est un des passagers de ce train, qui est dérouté vers Bergen-Belsen pendant six mois avant d'être autorisé à continuer jusqu'à la frontière suisse, comme prévu initialement.

Le 21 Kislev 5705 (1944), le jour où le rabbin Teitelbaum traverse la frontière suisse et échappe aux nazis, est célébré comme un jour férié par les Hassidim de Satmar. Après la guerre, le rabbin Teitelbaum séjourne quelque temps dans le camp de personnes déplacées de Feldafing (Arrondissement de Starnberg).

Controverses au sujet du sauvetage du Rabbi[modifier | modifier le code]

Le sauvetage de Joel Teteilbaum est sujet à controverse. En effet, les sionistes lui reprochent d'avoir accepté d'être épargné alors que sa communauté mourait dans les camps et les groupes anti-sionistes comme Netourei Karta lui reprochent de s'être allié aux sionistes dans ce sauvetage.

Le Rabbi a, quant à lui, écrit une revue Al hagueoula veal Atemoura (Sur la Rédemption et sur la Donation)[3], dans laquelle il répond à ces accusations.

L'après guerre[modifier | modifier le code]

Joël Teitelbaum[modifier | modifier le code]

En 1945, Joël Teitelbaum monte en Palestine alors sous mandat britannique. Il séjourne à Jérusalem où il fonde une yeshiva. Fin 1946, il collecte des fonds aux États-Unis, où il rencontre les membres de son ancienne communauté qui ont survécu à la Shoah. Ceux-ci le convainquent de s'installer aux États-Unis. En quelques années, Teitelbaum transforme sa petite communauté en un mouvement mondial dont le siège est à Williamsburg, New York. Dans les années 1970, Kiryas Joel, un village dans le comté d'Orange, New York, est créé pour les adeptes du mouvement.

Moshe Teitelbaum[modifier | modifier le code]

À la mort de Joël Teitelbaum, le 19 août 1979, le conseil d'administration de Satmar demande à son neveu Moshe Teitelbaum, Rabbi de Sighet, et un homme d'affaires, de lui succéder à la tête du mouvement. Il est officiellement institué Rabbi de Satmar en 1980, lors du premier anniversaire de la mort de son oncle. Rabbi Moshe, connu pour sa modération, dirige la dynastie astucieusement et avec tranquillité d'esprit.

La veuve de Joël Teitelbaum, Altaï Feiga, refuse d'accepter Rabbi Moshe comme leader, le trouvant trop modéré. Elle prend la direction d'un groupe, les Bnei Yoel, qui resteront sans chef de file après la mort de la Rebbetzin.

Rabbi Moché Teitelbaum dirige la dynastie pendant près de 27 ans, jusqu'à sa mort le 24 avril 2006.

Satmar aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Après la mort de Moshe Teitelbaum, la dynastie se divise :

  • Deux frères se disputent la direction
  • Yashua Haim Halberstam, gendre de Rabbi Moshe, dirige la communauté de Satmar-Monsey.
  • Lipa Teitelbaum, crée sa propre communauté et se fait appeler le Zenter Rav, nom de la ville de Senta où son père était rabbin.

Yashua Haim Halberstam et Lipa Teitelbaum ne se considèrent pas (et ne sont pas considérés) comme successeurs de la dynastie des Satmar.

Idéologie[modifier | modifier le code]

Opposition au sionisme[modifier | modifier le code]

Contrairement à d'autres Haredim, qui s'opposent au sionisme, à cause de la sécularisation de la Terre Sainte par les créateurs de l'état juif, Satmar s'oppose pour des raisons théologiques à l'idéologie sioniste. L'opposition de Satmar à l'État d'Israël est fondée sur leur conviction que la création d'un État juif par les Juifs est un blasphème. Ils croient que les Juifs doivent attendre que Dieu envoie le Messie pour que le peuple juifs puissent retourner en terre d'Israël. Malgré leur opposition a l'État sioniste, ils aiment la Terre Sainte et œuvre dans le but de la protéger de la laïcité Beaucoup de Satmar hassidim visite et certains vivent en Israël, mais ils ne votent pas, ne paient pas d'impôts, n'acceptent pas les avantages et les aides de l'État, ne servent pas dans les forces armées et ne reconnaissent pas l'autorité du système judiciaire. Bien que ce ne soit pas la seule raison de son avis, l'une des citations de base à partir de sources judaïques classique cité par Reb Yoel pour son opposition au sionisme moderne est celle des trois serments mentionnés dans le Talmud (Ketoubot 110b-111a), qui traite d'un passage du Cantique des Cantiques, dans laquelle Dieu a fait les Israélites "promesse de l'attendre avant de susciter son amour": Le contexte du dialogue talmudique contenant les trois serments est une plaidoirie en faveur de Rav Zeira qui désire quitter Babylone pour la terre d'Israël. La Guemara cite R. Yossi Ben R. Hanina:

ג 'שבועות הללו למה אחת שלא יעלו ישראל בחומה ואחת שהשביע הקדוש ברוך הוא את ישראל שלא ימרדו באומות העולם ואחת שהשביע הקדוש ברוך הוא את אומות העולם שלא ישתעבדו בהן בישראל יותר מדאי.

Quels sont ces trois serments? Un, qu'Israël ne devrait pas monter en muraille Rachi interprète: avec force]. Deux, le Saint-béni-soit-Il a fait jurer à Israël de ne pas se rebeller contre les nations du monde. Trois, le Saint-béni-soit-Il a fait jurer aux nations de ne pas opprimer Israël trop durement.

Le Midrash est en grande partie une analyse exégétique de trois versets séparés du Cantique des Cantiques (2:7, 3:5 & 8:4), et reflète naturellement l'interprétation traditionnelle, qui considère le livre entier comme une allégorie de la relation entre Dieu et le peuple juif :

  • הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלַ‏יִם בִּצְבָאוֹת, אוֹ בְּאַיְלוֹת הַשָּׂדֶה, אִם-תָּעִירוּ וְאִם-תְּעוֹרְרוּ אֶת-הָאַהֲבָה, עַד שֶׁתֶּחְפָּץ
  • ה הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלַ‏יִם בִּצְבָאוֹת, אוֹ בְּאַיְלוֹת הַשָּׂדֶה, אִם-תָּעִירוּ וְאִם-תְּעוֹרְרוּ אֶת-הָאַהֲבָה, עַד שֶׁתֶּחְפָּץ
  • הִשְׁבַּעְתִּי אֶתְכֶם בְּנוֹת יְרוּשָׁלַ‏יִם, מַה-תָּעִירוּ וּמַה-תְּעֹרְרוּ אֶת-הָאַהֲבָה, עַד שֶׁתֶּחְפָּץ


Je vous en conjure, ô filles de Jérusalem, par les biches et les gazelles des champs: n'éveillez pas, ne provoquez pas l'amour, avant qu'il le veuille.
Je vous en conjure, ô filles de Jérusalem, par les biches ou les gazelles des champs: n'éveillez pas, ne provoquez pas l'amour, avant qu'il le veuille!
Je vous conjure, filles de Jérusalem, n'éveillez pas, ne provoquez pas l'amour avant qu'il le veuille.

Le Rabbi de Satmar, dans ses livres Vayoel Moshe et Al hagueoula veal Atemoura soutient que Maïmonide a parle des trois serments comme contraignants:

  • Les serments sont entre le peuple juif et Dieu, et les gentils, et Dieu, respectivement. Le fait que les gentils violent leur serment ne signifie implicitement que le peuple juif soit libre de le violer.
  • Vivre en Eretz Israel n'est pas une mitsva générale pour la collectivité, mais uniquement sur l'individu.
  • La Déclaration Balfour n'a jamais couvert l'assermentation.
  • L'État d'Israël a étendu ses frontières au-delà des zones mandaté par les Nations unies et ont ainsi élargi les frontières sans l'autorisation de l'Organisation des Nations.
  • Que les Nations Unies ont approuvé la création de l'État d'Israël ne constitue pas la permission des nations du monde. La Halakha n'attache aucune valeur significative à l'Organisation des Nations Unies. L'approbation pertinents devraient être que des pays concernés, en l'occurrence, les Arabes dont les Palestiniens.

Satmar et Netourei Karta[modifier | modifier le code]

L'opposition au sionisme des Satmar conduit à les confondre avec les Neturei Karta. Bien qu'il existe des similitudes idéologiques entre les deux groupes, il existe de nombreux désaccords entre eux. Alors que le point de vue de Satmar, tel qu'il est formulé et défendu par Joel Teitelbaum, fait suite à un enseignement hassidique sur le judaïsme et le monde moderne déjà prêché par ses aïeux, les Netourei Karta sont une coalition entre différents groupes juifs ultra-orthodoxes, pour la plupart non hassidiques, opposés aux sionisme, vivant en Palestine au début du XXe siècle.

Si Joël Teitelbaum, dans les années 1940 et 1950, soutient les activités des Neturei Karta, alors dirigés par Amram Blau, cette alliance se termine lorsque Joel Teitelbaum consent à ce que ses adeptes participent aux élections municipales de la ville de Bnei Brak. En effet, les Netourei Karta voient dans cette participation une certaine légitimation du sionisme. Ils critiquent ouvertement le Satmar Rebbe, publiant des manifestes intitulés "רבינו סר מהדרך" Le Rabbi a quitté le droit chemin[4].

Après la Guerre des Six Jours, lorsque les Netourei Karta collaborent avec les Arabes, le Satmar Rebbe dit : Ce ne sont plus des « Neturei Karta »« les gardiens de la cité », mais des « Marhivei Karta » « destructeurs de la cité ».

En décembre 2006, l'un des Rabbis Satmar, le rabbin Zalman Leib Teitelbaum, publie une déclaration, condamnant fermement les Neturei Karta qui sont allés à Téhéran, participer à la conférence de négation de l'Holocauste organisé par le gouvernement iranien[5].

Aaron Teitelbaum a, quant à lui, décidé de ne pas condamner la présence des Neturei Karta à cette conférence : Si je les condamne, explique t-il, on pourrait croire que Satmar a une quelconque affiliation avec ces « calomniateurs d'honorable zélotes ».

Scission[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • And the Sun Set: Memories of the Holy Rabbi of Satmar and Jerusalem, Rebbe Joel Teitelbaum (Brooklyn, 1980); Allan Nadler,
  • The Hasidic Community of Williamsburg (New York, 1962)Aviezer Ravitzky,
  • Israel Rubin, Satmar: Two Generations of an Urban Island, 2nd ed. (New York, 1997).

Notes et références[modifier | modifier le code]