Duy Tân

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Duy Tân
Image illustrative de l'article Duy Tân
Titre
Empereur
1907 – 1916
Prédécesseur Thành Thái
Successeur Khải Định
Biographie
Date de naissance 3 août 1899
Lieu de naissance Hué
Date de décès 26 décembre 1945 (à 46 ans)
Enfant(s) Bao Ngoc Georges Vinh San

Le prince Nguyễn Phúc Vĩnh San (3 août 1899 ou 1900 - 26 décembre 1945), connu sous le nom dynastique de Duy Tân, fut le onzième souverain de la dynastie des Nguyễn. Porté au pouvoir par les autorités coloniales françaises, il régna de 1907 à 1916, jusqu'à l'échec de la révolte qu'il mena contre le Protectorat français. Après un exil à l'île de La Réunion, il rejoignit la résistance française lors de la Seconde Guerre mondiale.

Certains considèrent Duy Tân comme le dernier empereur d'Annam légitime, puisqu'il n'a jamais abdiqué.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le jeune empereur et son entourage.

Né en 1900 à Hué, le prince Vinh San est le cinquième fils de l’empereur Thành Thái, descendant direct de l'empereur Gia Long, fondateur de la dynastie des Nguyễn Phuoc. Il n'a que 8 ans lorsque son père, l'empereur Thành Thái, accusé de folie, est contraint par les autorités coloniales françaises, d'abdiquer en sa faveur.

Intronisé le 3 septembre 1907 sous le nom dynastique de Duy Tân, son règne, de 1907 à 1916, est marqué par différents événements, tous relatifs à l'émancipation de son pays, l'Annam, notamment la révolte de 1916 contre le Protectorat Français. Il prend la tête de cette rébellion alors qu'il n'a que 16 ans. Cette tentative a échoué suite à une trahison[réf. nécessaire]. Cette révolte de la Cour se situe en accompagnement aux révoltes paysannes vietnamiennes. Suite à ce mouvement, le jeune empereur est détrôné le 13 mai 1916 par le gouvernement français et exilé à l’île de La Réunion où il commence une nouvelle vie, celle d'un homme qui, au fil du temps, s'intègre et s'investit comme citoyen sur sa terre d'accueil.

En 1940, il rallie la Résistance, au service de laquelle il met à profit ses capacités de radio-télégraphiste. En 1945, le général de Gaulle fait appel à lui pour rétablir la situation au Viêt Nam. Le 26 décembre 1945, il trouve la mort dans un accident d’avion près de Mbaïki en Oubangui (République Centrafricaine).

En avril 1987, les restes mortels de l’empereur Duy Tân font l’objet d’une exhumation en Afrique et sont transférés à Hué au Viêt Nam. Une cérémonie marque l’événement et Duy Tân repose depuis auprès de ses ancêtres. Détrôné en 1916, il n’a jamais abdiqué et à ce titre, il demeure le dernier Empereur d’Annam.

La résistance vietnamienne à la colonisation française[modifier | modifier le code]

Au début de mars 1908 commence le Mouvement contre les impôts réprimé à partir du 15 mai 1908 avec l'arrestation des principaux meneurs, l'empereur Duy Tân n'avait que 9 ans. Suites aux troubles provoqués à cette occasion, il déclare aux hauts dignitaires de la cour :

  • « […] S'il y a souvent des perturbations dans le pays, c'est que le peuple ne mange pas à sa faim ».
  • « […]À partir d'aujourd'hui, sur ma liste civile de 6 000 piastres j’en prélève 3 000 pour être distribuées par vos soins aux pauvres ».

L'agitation anti-française dans les pays « annamites » depuis 1905 semblait être apaisée, quand à nouveau des rebelles fomentèrent un complot dans le but d'attaquer dans la nuit du 3 au 4 mai 1916 les postes de Tam Kỳ (en) et Quảng Ngãi. L'empereur Duy Tân prit la tête de cette rébellion, mais comme il n'existait aucun plan d'action, celui-ci échoua, car il n'intéressait qu'une faible minorité et non l'ensemble de la population annamite comme en 1908. Duy Tân fut arrêté, déposé et exilé à l'île de La Réunion.

Le 3 novembre, avec son épouse, sa mère, sa sœur et un domestique, il embarque pour La Réunion. Durant vingt-trois ans, l’empereur déchu mène une existence discrète loin de sa terre natale. Passionné de radio-électricité, il devient le premier radio-amateur de l’Île.

Le résistant FFL[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il entend l'appel du 18 juin 1940, il se rallie au camp de ce général qu'il ne connaît pas.

Le prince Vinh San, à l'écoute clandestine des radios qui diffusent les nouvelles de la guerre en Europe, notamment celles qui émanent de Londres, est l'un des premiers sur l'île de La Réunion à capter l'appel lancé par le général de Gaulle, le 18 juin 1940. Sa décision est prise, il entre en résistance. À tous ses amis, il dit :

« […] De Gaulle, j'ai déjà vu ce nom-là quelque part. Qu'importe, puisqu'il veut continuer la lutte ! Quand ça serait un cul-de-jatte, il faut le suivre ! »

Il se livre à des provocations occasionnelles, notamment en installant un V lumineux dans la vitrine de sa boutique ; il explique aux autorités qu'il voulait afficher ses initiales mais qu'il n'a pas assez de pièces pour le S[1].

Le 28 novembre 1942, il s'engage comme radio-télégraphiste sur le contre-torpilleur Léopard des Forces navales françaises libres (FNFL).

Par décret du 29 octobre 1945, signé du général de Gaulle, le Prince Vinh San est nommé sous-lieutenant le 5 décembre 1942, lieutenant le 5 décembre 1943, capitaine le 5 décembre 1944, chef de bataillon le 25 septembre 1945.

La médaille de la Résistance avec rosette lui est décernée en mars 1945.

Les motifs de la proposition :

« […] Le prince Vinh San, par son attitude courageuse, ses propos, et en permettant à de nombreux auditeurs d'écouter des postes radiophoniques de la France Libre ou des Alliés, postes dont l'audition était strictement interdite, a contribué à maintenir vivaces à La Réunion le flambeau de la Résistance et la foi en la victoire finale ; a été pour ce fait interné administrativement ».

De la capitulation devant l’armée allemande au 26 novembre 1942, date de l’arrivée du vaisseau des Forces navales françaises libres (FNFL) Léopard devant Saint-Denis, et du ralliement de l'île de La Réunion à la France libre, La Réunion est majoritairement pétainiste. Les résistants actifs ne sont qu’une poignée. Parmi eux une personnalité s’impose, celle du Prince Vinh San, qui a marqué l’histoire de La Réunion[réf. nécessaire].

Pendant vingt-trois ans, l’empereur déchu mène une existence discrète loin de sa terre natale. Passionné de radio-électricité, il devient le premier radio-amateur de l’Île. Cette passion pour le radio-amateurisme joue un rôle décisif dans son engagement pendant la Deuxième Guerre mondiale. Avec comme indicatif FR8VX, il fut le premier, sinon le seul, à entendre à La Réunion l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940.

Sans hésitation et malgré les refus d'intégration dans l’armée française, il se range aux côtés du fondateur de la France libre. La majorité de la population pétainiste, le prince Vinh-San, via l’île Maurice, transmet aux forces alliées des renseignements. Il retransmet dans l’île les informations en provenance de l’extérieur.

Ses actions de résistant lui valent d’être interné le 7 mai 1942 au lazaret de Saint-Denis. Il est libéré un mois plus tard. Son matériel est confisqué mais il parvient à reconstruire un poste de fortune. Au lendemain du ralliement de La Réunion à la France libre. Vinh San s’embarque sur le Léopard. Malade, il débarque vingt-deux jours plus tard. Ce n’est que le 3 janvier 1944 qu'il est incorporé comme simple soldat à la caserne Lambert. Le 15 février, il est nommé caporal. Envoyé à Madagascar, il se distingue en faisant rentrer dans le rang un bataillon de 1 600 Indochinois, révoltés contre leurs chefs.

Le Prince amer déclara :

« […] je me suis engagé dans la France Libre en décembre 1942 et je ne suis toujours admis par personne. »

Autorisé à se rendre en France où il arrive à Paris en juin 1945, la fin de la guerre le trouve en Allemagne avec le grade de chef de bataillon. Le général de Gaulle commence à s’intéresser à celui dont il a lu les textes sur ce que pourrait être l’avenir de l’Indochine.

Le 29 août 1945, le prince Vinh San fait, sur les ondes de Radio-Tananarive sa première déclaration politique depuis son exil. Il l'adresse à son peuple, contre l’envahisseur japonais, précisant que l’avenir de son pays ne peut se concevoir que par des liens d’amitiés et de coopération avec la France.

De Gaulle rencontre le prince Vinh San le 14 décembre 1945 établissant vraisemblablement les conditions avec lui d’un rétablissement sur le trône d’Annam. Sa disparition dans un accident d’avion opportun en pleine jungle d’Afrique centrale ne permet pas de voir ce projet aboutir. Le 26 décembre 1945, au cœur de la forêt africaine, en Oubangui-Chari – Tchad, disparait le prince Nguyen Phuoc Vinh San, dernier empereur légitime.

Les corps des victimes furent inhumés dans le cimetière de la mission catholique de Mbaïki. Faute de moyens à l'époque, en 1945, la famille ne put rien faire pour que les restes mortels du prince rejoignent sa terre natale.

Quarante-et-un ans plus tard, l'un de ses fils obtiendra des moyens pour faire construire une petite tombe à Huế (An Lăng), se rendre à Mbaïki, puis au Vietnam, où la translation des restes mortels du prince Vinh San fut accueillie par le gouvernement vietnamien qui prit en charge toutes les opérations relatives à l'inhumation.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Réunion et le régime de Vichy (2e partie)