Droits LGBT à Cuba

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Les droits LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transsexuels) sont reconnu et l'homosexualité y est légale à Cuba.

Avant la révolution[modifier | modifier le code]

Selon Marcel Hatch, militant communiste et pour les droits des homosexuels, avant la révolution de 1959, « la vie des lesbiennes et des gays était marquée par un isolement extrême et une répression inscrite dans la loi et renforcée par le dogme catholique »[1]. Il décrit le milieu clandestin des homosexuels de l'époque comme « un bouillon de prostitution pour le tourisme des États-Unis ».

Il soutient que la révolution lança un processus pour l'amélioration de leur condition en proclamant l'égalité des sexes, mais que « le machisme latin, la bigoterie catholique et l’homophobie stalinienne » empêchèrent un véritable progrès dans ce sens. D'après José Luis Llovio-Menéndez, Fidel Castro a prononcé à cette époque des discours homophobes, assimilant l'homosexualité à une « décadence bourgeoise » et dénonça les « maricones » (« pédés ») comme des « agents de l'impérialisme »[réf. à confirmer][2]. Le journal Lunes de Revolución fut interdit, ses écrivains gays publiquement dénoncés et renvoyés[3]. Le dramaturge Virgilio Piñera a été arrêté pour délit d'homosexualité en 1961 durant la nuit des trois P (pour « proxénètes, prostituées, pédérastes »)[4] ; son œuvre fut censurée par le pouvoir[5],[6].

Durant la révolution[modifier | modifier le code]

Pendant 18 mois[1], entre 1965 et 1967, des centaines d'homosexuels hommes et femmes (dont Reinaldo Arenas), et de travestis dispensés du port des armes (tout comme les objecteurs de conscience et les analphabètes), furent envoyés dans des unités militaires d'aide à la production (UMAP) à la place du service en caserne. Pour les auteurs du Livre noir du communisme, il s'agissait de camps de concentration où ils devaient être « rééduqués »[7] : les prisonniers vivaient des conditions très difficiles, ils étaient astreints au travail forcé, étaient mal nourris et subissaient des mauvais traitements[7]. Selon un témoignage recueilli par Ernesto Cardenal, ce serait Fidel Castro lui-même qui a décidé de la fermeture des camps en 1967, après s'être rendu compte, lors d'une visite à l'improviste, des excès qui y étaient commis[8]. Les homosexuels auraient été ensuite interdits dans l'éducation et dans la représentation artistique de Cuba à l'étranger. Des purges homophobes auraient été organisées, notamment à l'université de La Havane (toujours selon les auteurs du « livre noir du communisme »)[7], ce que conteste fermement Fidel Castro pour qui la Révolution et l'éducation sont venues à bout des préjugés contre les homosexuels[9].

Mariela Castro, nièce de Fidel Castro et militante LGBT, donne une autre version des UMAP : « Ce n’était pas des camps, c’étaient des unités militaires d’appui à la production qui s’étaient créés, comme une sorte de service militaire pour faciliter l’obtention d’une qualification aux fils d’ouvriers et de paysans qui à la sortie leur permettrait l’accès à un travail mieux rémunéré. Cela était l’idée qui avait été proposée au nouveau ministère des Forces armées Révolutionnaires. C’était une période avec beaucoup de confusions, une nation révolutionnaire était en train de se créer en même temps que des attaques de terrorisme d’État dont le peuple cubain était l’objet : c’était très difficile. Ce fut une des initiatives et dans certaines de ces unités se trouvaient des gens qui humiliaient les homosexuels, qui considéraient qu’il fallait les faire travailler pour qu’ils deviennent des « hommes ». Il fallait les « transformer », ça c’était l’idée de l’époque, et elle était ancrée dans le monde entier. Même les psychiatres pratiquaient des thérapies pour les faire devenir hétérosexuels »[10]. Elle ajoute cependant que l'enfermement dans ces camps fut une « violation des droits de ces personnes[10] ».

Selon Vincent Bloch, « L’édification de l’homme nouveau » - rêvé par Che Guevara - est le prétexte idéologique du régime tout au long des années 1960 : "Au nom d’une moralité confuse et incertaine, les hippies, les homosexuels, les témoins de Jéhovah, les artistes idéologiquement « diversionnistes », sont envoyés dans des camps de concentration, appelés Unités militaires d’aide à la production (UMAP). En compagnie des hommes « non fiables » âgés de 18 à 27 ans, que le gouvernement juge imprudent d’initier au maniement des armes dans le cadre du Service militaire obligatoire (SMO), ils constituent la catégorie de citoyens dont la conduite est « impropre[11] »".

Depuis la fin des années 1970, la situation de l'homosexualité a beaucoup évolué à Cuba. En 1980, le gouvernement a expulsé de nombreux homosexuels lors de l'exode de Mariel. Les « actes homosexuels » ont été officiellement dépénalisés en 1979, et les dernières références homophobes ont été supprimées de la loi cubaine en 1997[12]. La sodomie a été dépénalisée en 1989[13], et les dernières références homophobes ont été supprimées de la loi cubaine en 1997. Cependant, le journal Tétu écrivait encore en 2006 : « Harcèlement policier permanent, interdiction des lieux de rencontre, internement pour les séropositifs, la dictature castriste impose toujours sa loi [aux homosexuels] »[14]. Depuis 1986, la "Commission Nationale sur l’Éducation Sexuelle" présente un programme d'éducation sur l’homosexualité et la bisexualité[1]. La condition des homosexuels à Cuba pourrait sembler meilleure que dans le reste de l'Amérique latine : l'homosexualité y est dépénalisée depuis 1979, et en 1998, un programme national à la télévision cubaine a initié une série de débats sur l'homosexualité afin de faire évoluer les mentalités. Mais certains spécialistes estiment que ce discours de tolérance à l'égard de l'homosexualité n'est que de façade et relève, en fait, d'un vaste programme de propagande bien orchestré dont le film Fraise et Chocolat, de Gutiérrez Alea (1993), est un exemple particulièrement significatif[15].

En 1992, Vilma Espin, femme de Raùl Castro, dénonce la répression et les discriminations qui ont longtemps visé les homosexuels. Ce combat fut repris par sa fille Mariela Castro, un de ses quatre enfants, actuellement présidente du Centre national cubain d'éducation sexuelle.

La même année, Fidel Castro précise : « Pour ma part, je ne souffre pas de cette sorte de phobie contre les homosexuels. Je n'ai jamais été en faveur ni n'ai fait la promotion ni soutenu de politique contre les homosexuels. C'est un ressentiment qui correspond, je dirais, à une époque issue du machisme. [...] Nous avons vraiment évolué et on peut le constater surtout chez les jeunes, mais on ne peut pas dire que la discrimination sexuelle ait totalement disparu et nous ne devons pas faire semblant qu'elle n'existe plus. »[16] Dans cet entretien, il reconnaît l'importance qu'a prise l'homophobie à Cuba, tout en l'expliquant et en la condamnant. Aujourd'hui, Cuba est l'un des pays les plus tolérants envers les homosexuels, selon Marcel Hatch, militant LGBT[17]. Il affirme que la Révolution cubaine, qu'il soutient, apporta un progrès significatif pour la libération sexuelle.

Signe de cette évolution significative : Cuba fait partie des 66 États ayant signé la résolution de l'ONU pour la Dépénalisation universelle de l'homosexualité. Des militants LGBT du pays dénonce néanmoins plusieurs milliers d'arrestations par an et des condamnations judiciaires en raison de l'homosexualité [18].

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Les Gays à Cuba, et l'école de falsification de Hollywood, Cuba Solidarity Project, 2005
  2. (en) José Luis Llovio-Menéndez, Insider: My Hidden Life as a Revolutionary in Cuba, New York, Bantam Books,‎ 1988, p. 156–158, 172–174.
  3. (en) Peter Marshall, Cuba Libre: Breaking the Chains?, Londre, Victor Gollancz,‎ 1987 (ISBN 1-55778-652-6)
  4. Jacobo Machover, « Cuba : la peur, l’exil et l’entre-deux », dans Raisons politiques, 3, 2001
  5. (en) « Virgilio Piñera », Find a grave (consulté le 12 avril 2009).
  6. numilog.fr, Néstor Ponce, professeur à l'université de Rennes II [PDF]
  7. a, b et c Collectif, Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1998 (ISBN 2-221-08861-1) p. 768–769.
  8. Cité dans [PDF] La politique sexuelle de Reinaldo Arenas, Jon Hillson, 2001
  9. Ignacio Ramonet, Fidel Castro : Biographie à deux voix, Éditions Fayard, Paris 2007, page 198 à 200
  10. a et b Interview de Mariela Castro par le journal Clarín (Argentine)
  11. Vincent Bloch (Doctorant en sociologie, EHESS), « Le Rôle de la terreur dans le genèse d’un pouvoir totalitaire à Cuba », COMMUNISME, nos 83-84-85, 2005-2006, p. 257. aportescriticos.com.ar
  12. « Cuba, les gays en liberté surveillée », article de Clément AVISTAN et David FERRÉ, paru dans Têtu n°113 de juillet-août 2006, pages 147-153.
  13. "La nièce de Fidel Castro se bat pour les droits des transsexuels", sur tetu.com
  14. « Cuba, les gays en liberté surveillée », article de Clément AVISTAN et David FERRÉ, paru dans Têtu, no 113 de juillet-août 2006, pages 147-153.
  15. Nicolas Balutet 2007, p. 183-215
  16. Face to Face with Fidel Castro: A Conversation with Tomas Borge, Ocean Press, 1992
  17. Les gays à Cuba, et l'école de falsification de Hollywood, Leonardo Hechavarria et Marcel Hatch, novembre 2005
  18. http://www.tetu.com/actualites/international/cuba-700-homos-sont-en-prison-pour-la-simple-raison-quils-sont-gays-17106 Cuba: 700 homos sont en prison «pour la simple raison qu'ils sont gays», article de tetu.com paru le 11 mai 2010 et consulté le même jour.

Source[modifier | modifier le code]