Droit en Israël

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Le droit en Israël a diverses sources. Il incorpore des parties du Mecelle (en), du Code civil ottoman de la fin du XIXe siècle, des éléments de la Halakha (la « loi juive ») ou du droit musulman, en particulier pour ce qui concerne le divorce, de common law britannique, de codification moderne du droit privé par la Knesset, ou de la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël, qui n'a toutefois pas force de loi. Il comporte en outre les lois fondamentales d'Israël, qui dans les années 1990 a fourni la base d'un développement de contrôle de constitutionnalité par la Cour suprême.

Il comporte en outre deux systèmes juridiques distincts pour ce qui concerne les territoires occupés, l'un s'appliquant aux Palestiniens, l'autre aux colons israéliens.

Enfin, il comporte un système de cour martiales, qui sont pratiquement hors d'atteinte du contrôle juridictionnel de la Cour suprême.

Droit de la famille et statut personnel[modifier | modifier le code]

Le droit religieux s'applique au statut personnel (Halakha pour les juifs, droit musulman pour les Arabes israéliens musulmans, droit chrétien pour les Arabes israéliens chrétiens, etc.). Ainsi, seuls les noces religieuses (devant un rabbin pour les juifs, un imam pour les musulmans, etc.) sont reconnus sur le territoire israélien. L'union civil n'existe pas en Israël ; toutefois Israël reconnaît les noces effectuées à l'étranger, ce qui permet aux Israéliens ne voulant pas, ou ne pouvant pas se marier devant une institution religieuse, de le faire à l'étranger (en général sur l'île voisine de Chypre) pour se voir reconnus comme mariés de retour en Israël. Cette situation concerne notamment de nombreuses personnes se définissant comme juives mais non reconnues comme telles par le rabbinat, ou alors dans le cas d'unions dites « mixtes » (judéo-musulman, judéo-chrétien, islamo-chrétien, etc.).

Extradition[modifier | modifier le code]

Israël a récemment modifié sa loi sur l'extradition, permettant celle de ses nationaux dans tous les cas, à la condition qu'elle soit autorisée par l'État requérant à exécuter en Israël toute peine infligée à la suite de son extradition[1].

Détention administrative[modifier | modifier le code]

Israël maintient certains Palestiniens en détention administrative (selon le comité contre la torture de l'Organisation des Nations unies (ONU), « 900 Palestiniens ont été maintenus en détention administrative en 2007 et (…) certains, dont d'anciens ministres du Hamas, semblent avoir été retenus en vue de faire pression sur le Hamas pour la libération du soldat israélien Gilad Shalit »

Barrière de séparation[modifier | modifier le code]

Le , la Cour suprême d'Israël n'a pas remis en cause l'existence de la barrière de séparation mais a ordonné que son tracé soit modifié [1][2][3].

Le , la Cour Suprême d'Israël a jugé à l'unanimité qu'une partie du tracé de la barrière de séparation était illégale et a demandé au gouvernement d'Ariel Sharon de réétudier le tracé près de la colonie d'Alfei Menashe [4].

Le , la Cour Suprême d'Israël demande au gouvernement de modifier le tracé de la barrière de séparation à proximité du village de Bil'in[2] en raison du préjudice porté aux villageois de par la surface de terres isolées et le nombre d'oliviers arrachés.

Droits de l'homme et torture[modifier | modifier le code]

La question de la légitimité de l'usage de la torture lors d'interrogatoires par le Shin Bet, l'agence de renseignement, dans le cadre du conflit israélo-palestinien, a été posé à plusieurs reprises à Israël, la Haute Cour de Justice ayant statué dessus. Israël a ratifié la Convention contre la torture de l'ONU en 1991 et, à ce titre, fait l'objet de rapports émis par le Comité de l'ONU contre la torture.

La Commission Landau de 1987 (du nom du président de la Cour suprême israélienne, Moshe Landau (en)) montra que le Shin Bet faisait un usage routinier de la torture lors de ses interrogatoires, malgré ses dénégations et parjures devant les tribunaux[3],[4].

Un rapport parlementaire de 1997, rédigé sous la direction de Miriam Ben-Porat (en) (juge à la Cour suprême de 1977 à 1987, puis élue à la Knesset contrôleur d'Etat), montra que le Shabak continua à torturer après le rapport de la Commission Landau, allant bien au-delà des « pressions physiques modérées » acceptées par celui-ci, et ce, en particulier lors de la première Intifada, entre 1988 et 1992[5]. Soumis à un sous-comité d'intelligence du Parlement, le rapport fut gardé secret jusqu'à 2001[5].

La même année 1997, le Comité de l'ONU contre la torture conclut que les méthodes d'interrogatoire utilisés par le Shin Bet constituaient des actes de torture contraires à l'article 1 de la Convention contre la torture[6].

Entre la rédaction du rapport Ben-Porat, en 1997, et sa publication en 2001, la Haute Cour de justice statua, suite à une requête déposée entre autres par le Comité public contre la torture en Israël (PCATI), sur l'état juridique de la question en 1999. La Cour décrète que les interrogatoires du GSS sont soumis aux mêmes restrictions que ceux de la police ordinaire, et que la torture (en particulier la « méthode Schabach ») est par conséquent illégale, le gouvernement n'ayant pas le pouvoir de réglementer celle-ci via des directives administratives. Elle laisse toutefois ouverte la possibilité pour les enquêteurs de s'abriter, en cas de plainte au pénal, derrière l'excuse ex post de « défense nécessaire » (necessity defense), invoquant notamment le ticking time bomb scenario [7].

Selon le Public Committee Against Torture in Israel (PCATI), près de 10 ans après cet arrêt historique de la Cour, les actes de torture continuent à être pratiqués[8].

Rapport 2009 du Comité de l'ONU contre la torture[modifier | modifier le code]

Lors de l'examen du rapport 2009 du Comité de l'ONU contre la torture, Shai Nitzan, adjoint du Procureur d'État pour les affaires spéciales, a rappelé qu'« Israël doit souvent combattre avec une main liée dans le dos » [1], reprenant les termes de l'ancien président de la Cour suprême Aharon Barak lors de l'arrêt de 1999. Il a aussi rappelé[1] :

  • la loi sur le Service général de Sécurité (le Shin Bet) de 2000 ;
  • l'arrêt de la Cour suprême de mai 2006, qui exclut l'usage de preuves obtenues de manière illicite ;
  • ainsi que celui du , qui statue que tous les prisonniers ont le droit de dormir sur un lit en vertu du droit à la dignité humaine[1] ;
  • Il a aussi mentionné la promulgation d'une nouvelle loi indiquant que les interrogations de suspects doivent être enregistrées[1]. Toutefois, ceux effectués par le Shin Bet ne le sont pas[1], et l'absence de preuves est souvent retenue par les juges en cas de plaintes[1] ;
  • Enfin, l'ordonnance sur la police a été modifiée en 2004, étendant le pouvoir d'investigation du Département des enquêtes sur le personnel de police (DIPP) du Ministère de la Justice, en matière d'enquêtes pénales visant des fonctionnaires de police, au Shin Bet[1] (l'interrogatoire des militaires soupçonnés d'infractions est assuré par l'unité de la Police militaire chargée des enquêtes[1]).

Le rapporteur du Comité de l'ONU, Fernando Mariño Menéndez, a quant à lui noté qu'Israël tendait à assimiler torture et traitements inhumains[1]. Il a aussi noté que, si Israël affirme que la Convention contre la torture ne s'applique pas à l'extérieur de son territoire, la Cour internationale de justice a au contraire émis un avis, qui établit le respect par Israël des dispositions des traités internationaux s'applique aux Territoires palestiniens occupés[1].

Les experts du Comité ont aussi critiqué une ordonnance militaire s'appliquant à la Cisjordanie, qui autorise la détention durant huit jours de mineurs de 12 ans ou plus, « accusés ou non de délits contre la sécurité », sans être présentés à un juge militaire[9]. Selon le rapporteur spécial de l'ONU sur la protection des droits de l'homme dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, 700 mineurs palestiniens ont ainsi été placés en détention en 2006[9], parmi lesquels 25 restent encore privés de liberté en vertu d'ordres de détention administrative. La même ordonnance militaire « permet que les détenus soient maintenus jusqu'à 90 jours sans accès à un avocat, et jusqu'à 188 jours sans être inculpés »[9].

D'autre part, le Comité a mentionné et soulevé des questions concernant[1] :

  • « l'accès au centre de détention 1311 » qui est situé dans « un lieu indéterminé d'Israël, et inaccessible pour le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et pour les avocats et les proches des détenus »[10],[9] ;
  • « l'arrestation, la mise au secret et l'assassinat de mineurs palestiniens » ;
  • « le nombre de personnes handicapées physiquement et mentalement à la suite des violences commises par l'armée israélienne » ;
  • « la non-autorisation d'accès aux hôpitaux pour les malades et les blessés » ;
  • « l'impact humanitaire de l'érection du mur, du non-aboutissement des plaintes, des dommages et de destructions d'infrastructures médicales » ;
  • « l'humiliation systématique de la population palestinienne aux points de passage » ;
  • « des pratiques de discrimination, une experte notant en particulier que l'État partie définit un âge de majorité différent en Israël que dans les Territoires palestiniens occupés. ».

Les grands arrêts de la Cour suprême[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cour suprême israélienne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE ENTAME L'EXAMEN DU RAPPORT D'ISRAËL, Communiqué de presse du Comité contre la torture de l'ONU du
  2. Journal de 18h, France Culture, le 4 septembre 2007
  3. Information sur la Commission Landau sur le site de Btselem.
  4. Serge Schmemann, In Israel, Coercing Prisoners Is Becoming Law of the Land, New York Times, 8 mai 1997.
  5. a et b Israel admits torture, BBC, 9 février 2000
  6. Amnesty International, ISRAËL - Les autorités remettent leur rapport au Comité contre la torture tandis qu’elles continuent d’avoir systématiquement recours aux sévices physiques, Index AI : MDE 15/31/98.
  7. Décision de la Cour suprême israélienne de 1999 dans l'affaire PCATI, etc., sur la torture et les interrogatoires du GSS
  8. Rapport de septembre-octobre 2008 du PCATI à l'attention du Comité de l'ONU contre la torture.
  9. a, b, c et d ISRAËL - L'ONU dénonce l'existence d'un centre secret d'interrogatoires, Le Point, 5 mai 2009.
  10. L'ONU dénonce l'existence d'un centre secret d'interrogatoires, RFI, 5 mai 2009.
  11. a et b Nimer Sultany, "The Legacy of Justice Aharon Barak: A Critical Review", 48 Harvard International Law Journal Online 83 (2007).
  12. Joel Greenberg, Israeli Court Rules Arab Couple Can Live in Jewish Area, New York Times, 9 mars 2000.
  13. HCJ 785/87; HCJ 845/87; HCJ 27/88 (en)
  14. Jugement complet.
  15. (fr) « Bande de Gaza : Israël interdit toujours l'entrée des journalistes étrangers », sur google.com, AFP,‎ (consulté le )
  16. Dan Simon, "The Demolition of Homes in the Israeli Occupied Territories," Yale Journal of International Law, 19 (1994) 1-79.

Voir aussi[modifier | modifier le code]