Drame romantique

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Le drame romantique est une forme littéraire appartenant au genre du théâtre, née au début du XIXe siècle dans le sillage du drame bourgeois du XVIIIe siècle et influencée par le développement du mélodrame. Racine et Shakespeare, l'œuvre de Stendhal parue en 1823, et surtout la Préface de Cromwell (1827) de Victor Hugo, le théoricien de ce nouveau genre, en sont les textes fondateurs. Cette forme se caractérise par sa rupture avec les règles aristotéliciennes de la tragédie classique.

Théorie du drame romantique[modifier | modifier le code]

Critique des entraves dramaturgiques[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Le drame romantique est un genre littéraire théorisé par Victor Hugo (chef de file du mouvement romantique) et influencé par le théâtre baroque de Shakespeare ainsi que par les romantiques allemands (Heinrich von Kleist, Friedrich von Schiller...). C'est un théâtre le plus souvent historique où se mêlent différents styles, le tragique, le pathétique, mais aussi le comique et le burlesque (ou encore héroïcomique). Cette nouvelle forme de théâtre, développée par des auteurs aussi variés que Victor Hugo, Alexandre Dumas, Alfred de Vigny ou Alfred de Musset, refuse de se confronter aux obligations et règles d'écriture du théâtre classique comme le maintien des trois unités (lieu, temps, action) ou le respect de la bienséance.

Une esthétique populaire[modifier | modifier le code]

L'historien et futur homme politique François Guizot défend l'idée, dans sa Vie de Shakespeare (1821), que le théâtre est une fête populaire, que le peuple ne saurait se donner lui-même et que l'artiste doit lui apporter. Pour lui comme pour ceux qu'en politique on appelle les libéraux, le théâtre doit être écrit pour toute la nation, dans une époque qui a connu de profonds bouleversements depuis la fin de l'ancien régime, et qui demeure passionnée par l'Histoire, comme en témoignent le succès des romans historiques (ainsi Ivanhoé, de Walter Scott) ou l'avènement de grands historiens (Augustin Thierry, François Guizot, Jules Michelet...). Cette popularisation du théâtre s'est produite notamment par le biais de théâtres parisiens non-subventionnés sur le fameux boulevard du Temple, rebaptisé boulevard du Crime en référence au thème de la plupart des pièces. Or on retrouvera dans le drame romantique certains éléments du mélodrame, comme les rebondissements multiples, la présence de personnages marqués comme le traître ou la jeune fille bafouée, et des ressorts dramatiques tels que le poignard ou le poison.
Victor Hugo a exposé les grandes lignes théoriques du drame romantique dans la préface de Cromwell (1827). Il y définit le drame romantique comme « une peinture totale de la nature ». S'y mêlent donc, selon son mot, « grotesque et sublime ». Selon Victor Hugo, aux trois âges du monde correspondent trois moments de la poésie : l'ode, l'épopée, le drame. Les temps primitifs sont lyriques, les temps antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques. Le drame devient ainsi un point d'aboutissement, accueillant la totalité du réel : « le théâtre est un point d'optique. Tout ce qui existe dans ce monde, dans l'Histoire, dans l'homme, tout doit et peut s'y réfléchir, mais sous la baguette de l'art ». À esthétique nouvelle, dramaturgie nouvelle : la liberté de l'art s'accompagne d'une revendication de la totalité, du mélange des genres et des tons.

De la Révolution à Cromwell[modifier | modifier le code]

Une nouvelle vision de l'Histoire[modifier | modifier le code]

Le drame romantique trouve son origine dans le drame du XVIIIe siècle illustré par Diderot, Mercier ou encore Beaumarchais, qui mettent en scène le quotidien bourgeois. Avec la Révolution, le drame change de sens et devient historique ; l'Histoire ne concerne cependant pas que les puissants, comme dans la dramaturgie classique, mais aussi le peuple qui progressivement s'invite sur scène. C'est par exemple le cas dans le Ruy Blas de Victor Hugo, où un simple domestique devient premier ministre de la Reine d'Espagne.

Le héros du drame romantique[modifier | modifier le code]

C'est un marginal, par réaction à l'élévation des personnages prônée par Aristote dans sa Poétique. Prosper Mérimée, par ailleurs historiographe, écrit ainsi avec la Jacquerie (1828) un drame sous la forme d'un récit dialogué qui transporte le lecteur au milieu du XIVe siècle et propose une interprétation du soulèvement des paysans du Beauvaisis. L'unité de lieu est alors mise à mal : la multiplicité des lieux est appelée par la visée totalisante, le désir d'exactitude. Cette liberté dans le choix des lieux et le nombre important de personnages rendent ces pièces difficiles à monter : Cromwell, qui met en scène 60 personnages dans une action de 6000 vers, est très peu jouée. Quant au Spectacle dans un fauteuil d'Alfred de Musset, il n'est tout simplement pas écrit pour la scène.

Le héros romantique est soumis à la vague individualiste européenne qui s'exprime notamment par les droits de l'homme et l'image de Napoléon. Il est marqué par le désenchantement, l'impression, comme l'exprime Musset dans Rolla, d'être « venu trop tard dans un monde trop vieux ». Le moi du personnage romantique est souvent clivé, marqué par la coexistence du grotesque et du sublime. Le grotesque est cette remise en cause de la virtus (le courage) du grand homme par le fait précisément de sa faiblesse humaine : c'est le cas d'Oliver Cromwell mais aussi de Lorenzaccio.

La bataille d'Hernani[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Hernani.

Lors des premières représentations d’Hernani, en 1830, s'engage une féroce bataille entre les partisans et les détracteurs de la pièce. Cette querelle devient vite celle du classicisme et du romantisme, des anciens et des modernes. Ainsi, il semble que les détracteurs du drame romantique allaient nombreux assister aux représentations d’Hernani dans le but de déranger son bon déroulement, des pugilats éclataient alors entre les adversaires et les partisans de Hugo. Les représentations pouvaient durer jusqu'à cinq heures tant les sifflets et les jets de projectiles perturbaient les acteurs.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le drame symboliste de Villiers de L'Isle-Adam et de Maeterlinck est un descendant du drame romantique dans son individualisme, son subjectivisme et également sa nostalgie.


Notes et références[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]