Drame de Mayerling

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48° 02′ 49″ N 16° 05′ 54″ E / 48.04694, 16.09833

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Le drame de Mayerling est un événement qui se déroule le 30 janvier 1889, l'archiduc héritier d'Autriche Rodolphe, fils de l'empereur François-Joseph Ier d'Autriche et de l'impératrice Élisabeth, dite Sissi, est retrouvé mort en compagnie de sa maîtresse, la baronne Marie Vetsera, dans son pavillon de chasse de Mayerling.

Les protagonistes du drame[modifier | modifier le code]

L'archiduc Rodolphe, héritier du trône d'Autriche[modifier | modifier le code]

Héritier des trônes d'Autriche, de Hongrie et de Bohème, Rodolphe de Habsbourg-Lorraine, tant dans sa vie publique que privée, multiplie les « incartades ».

  • Dans sa vie publique : tenu à l'écart des affaires par son père, qui se méfie de sa pusillanimité, il se pique de libéralisme et écrit des articles anonymes dans un journal d'opposition. Il se prend à espérer une évolution de l'empire austro-hongrois vers davantage de démocratie et de fédéralisme. Il est de plus favorable à un rapprochement avec la République française alors que son père souhaite maintenir son pays dans l'alliance avec l'Empire allemand.
  • Dans sa vie privée : Rodolphe est marié, en 1881, à la princesse Stéphanie de Belgique (seule princesse pouvant convenir dans une monarchie minée par les querelles nationalistes); le couple eut seulement une fille, l'Archiduchesse Élisabeth-Marie (née en 1883 et morte en 1963. Celle-ci épousera successivement le prince Othon de Windisch-Graetz puis le leader social-démocrate Léopold Petznek). N'ayant que peu d'intérêts communs avec son épouse à peine nubile, Rodolphe s'éloigne rapidement de celle-ci et collectionne les esclandres, les maîtresses et les nuits de lupanar. Ce qui lui vaut de contracter de graves maladies vénériennes qu'il transmet à son épouse, la rendant stérile et empêchant toute possibilité de donner un héritier mâle à la double-monarchie.

Ce comportement lui vaut de fréquentes et violentes querelles avec son père.

La baronne Marie Vetsera[modifier | modifier le code]

Marie Vetsera est née le 19 mars 1871 à Vienne. Elle est la fille du baron Albin Vetsera, administrateur des biens du sultan de Constantinople et d'Hélène Baltazzi. Les frères d'Hélène Vetsera sont des familiers de la Cour, puisqu'ils montent à cheval en compagnie de l'impératrice Élisabeth surnommée par sa famille Sissi. Elle rencontre l'archiduc probablement à l'automne 1888 par l'intermédiaire d'une cousine morganatique de l'archiduc Marie von Wallersee-Larisch.

Le pavillon de Mayerling[modifier | modifier le code]

Mayerling est un pavillon dépendant du monastère cistercien d'Heiligenkreuz ; construit autour du XIVe siècle, il est saccagé par les Turcs puis reconstruit. Il est ensuite sécularisé et abandonné.

Le pavillon est acquis en 1887 par l'archiduc, qui le transforme en pavillon de chasse, tout en conservant la chapelle. Il se compose alors d'une grande bâtisse trapue, rectangulaire, à un étage ainsi qu'une aile basse destinée au logement du personnel de service, un chenil, des écuries, des communs. L'ensemble sera presque totalement rasé après le drame et remplacé par un monastère de carmélites.

Le drame[modifier | modifier le code]

Marie Vetsera en 1888

Le 30 janvier 1889, l'archiduc Rodolphe, héritier de la couronne impériale d'Autriche-Hongrie, fils de François-Joseph Ier, empereur d'Autriche et roi de Hongrie, et de l'impératrice Élisabeth, est retrouvé mort à Mayerling. Selon la version officielle, c'est l'un des familiers de Rodolphe, le valet Loschek, qui découvre les deux corps, celui de Rodolphe et de sa maîtresse, allongés côte à côte sur un lit (la position exacte des corps sera vite l'objet de versions contradictoires) ; quelques heures plus tard, la nouvelle parviendra à la Hofburg. François-Joseph fait l'impossible pour tenter de cacher la présence de Marie Vetsera aux côtés de son fils. Et la thèse officielle parle de « crise cardiaque » ou d'« apoplexie » . Ce qui fait rire tout Vienne, d'autant plus qu'Élisabeth répand autour d'elle la thèse de l'empoisonnement. Faute d'étude sérieuse de la scène du crime, faute de l'habituel rapport de police en cas de crimes, si laconique et imprécis soit-il, et faute de rapports d'autopsies concluants (plusieurs rapports tardifs et contradictoires), les criminologues en sont, encore aujourd'hui, réduits aux hypothèses et jusqu'à maintenant, le mystère reste entier.

La version du meurtre suivi d'un suicide[modifier | modifier le code]

Cette version des amants maudits fut, pendant des décennies, la version officielle du drame, propagée par l'entourage de la famille impériale. Prématurément vieilli par la syphilis, atteint de troubles nerveux (psychose maniaco-dépressive?), aggravés par l'impossibilité de divorcer et sa stérilité (due sans doute à une gonococcie), Rodolphe songeait de plus en plus souvent, au suicide. Craignant de ne pouvoir y arriver seul, il aurait convaincu Marie Vetsera de l'accompagner dans la mort. Il la tue d'un coup de pistolet avant de se tirer lui-même une balle dans la tête.

Pour préserver l'image de la dynastie, l'empereur et roi François-Joseph fera l'impossible pour obtenir du pape Léon XIII que son fils soit inhumé chrétiennement dans la crypte impériale du couvent des Capucins (envoi après le télégramme diplomatique officiel d'un autre télégramme codé dans lequel l'empereur annonce que son fils a été tué), et non à l'écart comme l'Église l'impose à l'époque à tous les suicidés (la rumeur du suicide se propagera cependant jusqu'à Rome où le cardinal Rampolla, secrétaire d'État de Léon XIII, tentera sur ce fondement de s'opposer aux obsèques religieuses de l'archiduc). De même, François-Joseph tentera-t-il de cacher les circonstances exactes du décès (notamment la présence de Marie Vetsera). Ces dissimulations vont vite alimenter les rumeurs sur l'hypothèse d'un double meurtre politique, passionnel ou même crapuleux.

La version du double meurtre[modifier | modifier le code]

Le prince héritier sur son lit de mort, en 1889

Dès les premiers jours, l'hypothèse se fait jour selon laquelle le drame participe d'un double meurtre commis par des services secrets.

Émergence[modifier | modifier le code]

Cette version a été longtemps regardée avec suspicion, dans la mesure où elle était contredite par les annonces officielles de la Cour impériale. Dès les premiers jours, cependant, plusieurs éléments venaient jeter le doute sur la réalité d'un double suicide et accréditaient l'hypothèse d'un assassinat :

1- Plusieurs témoins ont en effet attesté que :

  • le corps de Rodolphe montrait des signes d'une confrontation violente avant sa mort.
  • des lacérations avaient été découvertes sur plusieurs parties du corps.
  • ses mains très abimées, montraient des signes de lutte (contrairement aux usages, l'archiduc sera inhumé, ses mains revêtues de gants noirs). Selon le témoignage de l'archiduchesse Gisèle, sœur ainée de Rodolphe née en 1856, les poignets de l'archiduc avaient été sectionnés.
  • une fenêtre de la chambre avait été défoncée de l'extérieur.
  • le mobilier de la chambre était renversé et fracassé, de larges flaques de sang répandues sur le sol (témoignage du menuisier Frédéric Wolff).
  • le crâne de l'archiduc était enfoncé (témoignage de l'archiduchesse Marie-Thérèse, tante de Rodolphe née en 1855).

2- D'autres éléments confortent cette thèse :

  • Le 9 février 1889, soit deux semaines après les faits, dans une missive envoyée à Berlin, l'ambassadeur allemand à Vienne rapporte une conversation avec le Nonce apostolique Monseigneur Luigi Galimberti, et l'aumônier de la cour des Habsbourg-Lorraine Monseigneur Lorenz Mayer. « Les deux prélats, généralement bien informés, ont exprimé leurs doutes les plus sérieux au sujet de la version officielle des événements de Mayerling [le double suicide]. »
  • Le Premier ministre britannique, Lord Salisbury, informera rapidement la reine Victoria - qui appréciait énormément l'archiduc - que les services de renseignements britanniques détenaient la preuve d'un double assassinat.
  • le revolver employé pour tuer Rodolphe n'était pas celui possédé par le prince impérial et chacune des six balles en avait été tirée.

Version du complot[modifier | modifier le code]

La version du meurtre a été officiellement avancée en 1983 par l'impératrice Zita, veuve de l'empereur Charles Ier d'Autriche.

Selon elle, l'archiduc aurait été assassiné car il aurait refusé de participer à un complot contre son père, complot qui visait à détrôner François-Joseph et à le remplacer, sur le trône de Hongrie par Rodolphe et sur le trône d'Autriche par l'archiduc Jean de Habsbourg-Toscane ; Rodolphe aurait été informé de certains éléments relatifs à ce complot et aurait été assassiné, afin que les instigateurs ne soient pas inquiétés. L'impératrice Zita ne fournit aucun élément permettant d'identifier ces instigateurs[1].

Une autre version émanant d'on ne sait où exactement, affirme que le commanditaire de l'assassinat aurait été le chancelier allemand Bismarck, inquiet de la francophilie de Rodolphe : l'archiduc, haïssant le pangermanisme, projetait, une fois monté sur le trône, de détacher l'Autriche-Hongrie de l'Allemagne et de la lier à la France.

D'autres hypothèses font état d'un complot fomenté par les milieux liés à la hiérarchie catholique qui aurait supprimé l'archiduc au motif que, lié à des milieux fréquentant le radicalisme français, il aurait souhaité instaurer en Autriche une législation réfrénant davantage les privilèges de l'Église catholique.

Autres versions[modifier | modifier le code]

D'autres hypothèses plus ou moins fantaisistes évoquent une dispute entre les deux amants expliquant que Rodolphe soit mort cinq heures plus tard que sa maitresse, s'étant suicidé après l'avoir tuée ; un assassinat perpétré par la femme de Rodolphe, Stéphanie de Belgique, lassée de ses adultères ; une mascarade pour masquer l'exil des deux amants à Corfou, Rodolphe n’ayant pu divorcer de Stéphanie, etc.[2].

Dans Les entretiens de l’Impératrice Eugénie de Maurice Paléologue, la dernière souveraine des Français, très amie avec le couple impérial d'Autriche-Hongrie, explique à l'auteur que l'impératrice Élisabeth lui a confié ce qui s'est réellement passé cette nuit-là, lors de son dernier séjour au Cap Martin. En réalité, l'empereur François Joseph aurait eu une explication très vive avec son fils au sujet de Mlle Vetsera, il le menaça même de le déshériter s'il ne rompait pas aussitôt cette liaison. L'empereur s'exprima sur un ton tellement violent, que l'archiduc effrayé, finit par consentir à congédier sa maitresse. Il demanda cependant l'autorisation de la revoir une dernière fois. L'empereur accepta. Le soir venu, il expliqua à sa maîtresse la dispute qu'il avait eue avec son père, l'empereur. Il raconta donc à Marie Vetsera qu'il dut consentir sous la menace d'être déshérité. Cette dernière lui répondit froidement qu'elle était enceinte. Ce fut alors une scène affreuse de désespoir et de tendresse. Ils se répétaient : « Nous ne pouvons plus vivre ! Mourons dans les bras l'un de l'autre ! Finissons en ce soir même ! Dieu aura pitié de nous ! ». Rodolphe saisit alors son revolver et tua Marie d'une balle dans le sein. Puis, l'ayant dévêtue, il la disposa pieusement sur son lit, il prit des roses et en couvrit la morte. Après quoi, il écrivit à sa mère une longue lettre qui débutait ainsi : « Ma mère, je n'ai plus le droit de vivre : j'ai tué... ». C'est par cette lettre que l'empereur et l'impératrice ont pu connaitre les péripéties du drame. Vers six heures du matin, Rodolphe se tua d'une balle dans la tête.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Claude Anet, Mayerling, Bernard Grasset, 1930
  • Art Beéche, Les Fantômes de Mayerling / The Ghosts of Mayerling [1]
  • Célia Bertin, Mayerling ou le Destin fatal des Wittelsbach, Perrin, 1972
  • Jean-Paul Bled, François-Joseph, Fayard, 1987
  • Jean-Paul Bled, Rodolphe et Mayerling, Fayard, 1989
  • Jean des Cars, Rodolphe et les secrets de Mayerling, Perrin, 2000
  • Raymond Chevrier, Le Secret de Mayerling, Pierre Waleffe, 1967
  • François Fejtö, Requiem pour un empire défunt, Histoire de la destruction de l'Autriche-Hongrie, Lieu Commun, 1988
  • Ugek, La Tragédie de Mayerling, Bruxelles, Les Éditions Veritas, 1953
  • Victor Wolfson, Mayerling, la mort trouble, Laffont, 1970

Adaptations romancées[modifier | modifier le code]

La mort de l'archiduc Rodolphe de Habsbourg a donné lieu à plusieurs adaptations librement inspirées de l'histoire.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Taïa, roman de Albert t'Serstevens (Albin Michel, 1929), qui se base sur une hypothèse du double meurtre, réédité dans l'anthologie Balkans en feu à l'aube du XXe siècle} par les éditions Omnibus, 2004 (ISBN 2-258-05929-1)
  • Les oubliés de Mayerling, roman de Ann Dukthas (pseudonyme de Paul Doherty, historien et romancier anglais), qui se base sur une version originale de l'hypothèse du double meurtre. Titre original The time of murder, publié en français par les Éditions 10/18 (ISBN 2-264-03807-1)
  • Jaque al Emperador. El secreto de Mayerling, roman historique de María Bastitz. Publié par éditions Altera (Barcelone, Espagne) en avril 2010 (ISBN 978-84-96840-93-5)
  • La nuit de Mayerling, récit historique de Alain Vircondelet publié par Plon, Paris, 1986, (ISBN 2-259-01425-9), soutient la thèse du meurtre de Mary par Rodolphe suivi de son suicide

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean des Cars, « Le drame de Mayerling : suicide ou assassinat ? », émission L'Ombre d'un doute sur France 3, 24 octobre 2012
  2. Christine Mondon, Rodolphe de Habsbourg, Bernard Giovanangeli,‎ 2009, 192 p. (ISBN 2758700433)

Lien externe[modifier | modifier le code]

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