Dov Baer de Mezeritch

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Dov Bær de Mezeritch (hébreu : דב בער ממזריטש), dit le Maggid de Mezeritch, est un maître hassidique galicien du XVIIIe siècle (Volhynie, 1704 - Anipoli, 1772).

Il succède, aux côtés de Yaakov Yossef Hakohen de Polnoa, à son maître, le Baal Shem Tov (Besht), à la tête du mouvement hassidique en 1760 et développe une grande partie de la doctrine du mouvement. Sous sa férule, le hassidisme acquiert l’envergure d’un nouveau mouvement dans le judaïsme dont les adeptes répandent les enseignements à travers les communautés juives d’Europe orientale.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Jeunes années[modifier | modifier le code]

Dov Ber[1] naît en 1710[2] ou, selon une estimation plus récente, en 1704[3] à Lukats, un petit village près de Rivne. Son père Avraham, un melamed (équivalent juif de l’instituteur) vivant dans la précarité est aussi son premier maitre[3]. Il étudie ensuite à Lviv, à la yeshiva de Jacob Joshua Falk, l’auteur du Pne Yehochoua[3]. Il épouse Hava Keila, la fille du rabbin de Torczin, où il s’initie à la kabbale de Isaac Louria, pratiquant un ascétisme sévère : il jeûne plusieurs fois par semaine et se mortifie[4] tout en exerçant le métier de melamed dans les villages avoisinants[3].

Maggid[modifier | modifier le code]

Sur les conseils du Pne Yehochoua, Dov Baer abandonne le métier de melamed pour devenir maggid (prédicateur populaire)[5]. Il officie essentiellement à Torczin, à Koretz et à Rivnn mais écume également les villes et les villages de Volhynie et de Podolie.

Avant de parler, il parcourt les rues de la ville proclamant « Venez, enfants, écoutez-moi, je vous enseignerai la crainte du Ciel[6] »[7]. Sans faire de morale ni de réprimande, il prend le rôle de consolateur, celui qui annonce la bonne nouvelle. Ses discours, prononcés avec enthousiasme et dans un style enflammé, conquièrent l’audience[8].

Le Maggid et le Besht[modifier | modifier le code]

Lorsque le Baal Chem Tov (le Besh"t) commence à enseigner la hassidout, le Maggid s’y oppose farouchement, recommandant de s’éloigner de cet homme et de son enseignement[9]. Cependant, après que son ascétisme l’ait rendu infirme[10], il finit par se tourner, suite aux prières incessantes de son épouse, vers Israel Baal Shem Tov, bien connu en tant que guérisseur[10]. Sa rencontre avec le Besh"t fait l’objet de plusieurs légendes hassidiques ; il devient bientôt son disciple, bien que le Besh"t n’ait pas guéri ses jambes (il marchera avec des béquilles jusqu’à son décès)[10] et soit certainement moins versé dans la tradition que lui. Son nouveau maître l’exhorte à se détourner de la voie ascétique et à servir Dieu dans la joie et la plénitude ; Dov Baer s’engage dans cette voie avec la fougue des convertis[10].

Le nouveau maître[modifier | modifier le code]

À la mort du Besh"t, son fils Tzvi lui succède. Cependant, il abandonne le poste au bout d’un an[11].

L'histoire du mouvement hassidique après la mort du Besh"t est inextricablement liée à la relation dynamique entre Yaacov Yossef de Polonne et Dov Baer de Mezeritch : Yaacov Yossef, à l’instar d’autres membres du cercle initial des disciples du Besht comme Pinhas de Korets, ne réunit autour de lui qu’un groupe restreint et fermé sans s’intéresser aux masses tandis que Dov Baer enseigne, du vivant du Besh"t, à un groupe de disciples plus large[12]. C’est à lui que revient le concept du Tzaddik séjournant dans une localité et recrutant des adeptes qui viennent présenter leurs hommages. De cette façon, le mouvement hassidique ne se limite plus à un groupe restreint[12].

Cependant, c’est à Yaacov Yossef qu’il revient de formuler la typologie socio-religieuse définissant la relation entre le tzaddik et ses adeptes[12]. Bien que le cadre des relations économiques dans la communauté hassidique soit créé dans la structure de la cour hassidique du Maggid de Mezeritch, ce sont les idées de Yaacov Yossef sur les obligations réciproques entre les peuples (spirituel) et les gens (matériel) qui sont adoptées par les disciples du Maggid. Ainsi, avec le consentement de la communauté hassidique, Yaacov Yossef continue de diriger son groupe tandis que Dov Ber prend la direction du mouvement hassidique[12].

La combinaison de ces deux idéologies façonne en définitive la nature du hassidisme et lui permet de se développer en un mouvement de masse[13] .

Rebbe[modifier | modifier le code]

Dov Baer établit sa cour à Mezeritch où il prend la direction du mouvement hassidique[14].

Contrairement au Baal Shem Tov, homme du peuple, le Maggid est contraint de rester à la maison à cause de son infirmité. Salomon Maimon, qui passe quelques jours auprès du Maggid, raconte dans ses mémoires qu’il passe toute la semaine dans sa chambre, n’acceptant que quelques confidents dans son intimité. Le chabbat, il apparaît en public, vêtu de satin blanc. À ces occasions, il récite les prières en public, félicitant ceux qui partagent son repas. Posant sa main sur son front, il chante à la fin du repas de nombreux nigounim, puis demande aux personnes présentes de citer des versets de la Bible dont il fait le thème du prochain sermon. Il excelle dans ce domaine à en croire Maimon, étant capable « de disserter et de lier en parfaite harmonie deux versets distincts[15]. »

Suite à l’épidémie qui ravage Mezeritch en juillet 1772, il quitte la ville à l’invitation de son disciple Meshoulam Zousha d’Anipoli et s’installe chez lui[16]. Il meurt le 4 décembre 1772[17].

Œuvre[modifier | modifier le code]

Dov Ber n’a laissé aucun écrit mais ses enseignements, consignés par ses élèves (en particulier Shloïme Lotzker), ont fait l’objet de plusieurs compilations :

  • Maggid Dvarav lèYaakov (Karitz, 1784)
  • Or Torah (Karitz, 1802)
  • Or Haëmet (Hochstein, 1899)

Il apporte apporte au hassidisme une tournure théorique et métaphysique. Le Besh"t est avant tout un professeur de religion pratique, offrant des conseils à ses disciples pour développer leur propre vie spirituelle. Dov Ber prend ces fragments de conseils pour en faire une doctrine unique, derivé d’une simplification et d’une psychologisation des textes kabbalistique et lurianique.

Disciples et successeurs[modifier | modifier le code]

Le Maggid de Mezeritch a eu quatre-vingts élèves dont la plupart ont fondé une dynastie hassidique :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Le nom Dov Ber se compose de deux termes signifiant tous les deux ours, Dov en hébreu et Ber en yiddish
  2. Jewish Encyclopedia 1906
  3. a, b, c et d Klapholz 1971, p. 12-13
  4. Klapholz 1971, p. 15
  5. Klapholz 1971, p. 18
  6. Psaumes 34, 12
  7. Klapholz 1971, p. 20
  8. Klapholz 1971, p. 19
  9. Klapholz 1971, p.23
  10. a, b, c et d Klapholz 1971, p.23-25
  11. Klapholz 1971, p.54
  12. a, b, c et d Klapholz 1971, p.55-57
  13. Klapholz 1971, p.58
  14. Klapholz 1971, p. 43
  15. Solomon Maimon. "Selbstbiographie," i. 231 et seq., cité in Jewish Encyclopedia 1906
  16. Klapholz 1971, p.236
  17. Klapholz 1971, p.237

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacob Immanuel Schochet. The Great Maggid. The Life and Teachings of Rabbi Dov Ber of Mezhirech. Volume One. Rabbi Dov Ber of Mezhirech and his Leadership of Chassidim: A Biography. Coll. Foundations Of Chassidism. Kehot Publication Society, 770 Eastern Parkway, Brooklyn, New York 11213, 5750, 1990.[Third Edition. The first Edition dates from 1974]. ISBN 0-8266-0414-5
  • Norman Lamm. The religious thought of Hasidism: text and commentary. Vol. 4 of Sources and studies in Kabbalah, Hassidism, and Jewish Thought. KTAV Publishing House, 1999. [Voir 9.Devekut And The Intellect]. ISBN 0-88125-440-1, ISBN 978-0-88125-440-2
  • (he) Yisroel Yaakov Klapholz, HaMaggid MiMezeritsh, Bnei Brak, Friedman,‎ 1971, 2e éd., 242 p.
  • (en) Kaufmann Kohler & Louis Ginzberg in Jewish Encyclopedia, Baer (Dob) of Meseritz, New York,‎ 1906 (lire en ligne)