Doric (paquebot de 1923)

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Doric
Image illustrative de l'article Doric (paquebot de 1923)
Carte postale du Doric

Type Paquebot transatlantique
Histoire
Lancement 8 août 1922
Mise en service 8 juin 1923
Statut Démantelé en 1935
Caractéristiques techniques
Longueur 183,1 m
Maître-bau 20,6 m
Tonnage 16 484 tjb
Propulsion Une turbine alimentant deux hélices
Puissance 9 000 chevaux
Vitesse 15 nœuds
Autres caractéristiques
Passagers 2 100
Équipage 350
Chantier naval Harland & Wolff, Belfast
Armateur White Star Line
Pavillon Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni

Le Doric est un paquebot britannique mis en service en 1923 pour la White Star Line. C'est le deuxième navire de la compagnie à porter ce nom. Construit par les chantiers Harland & Wolff à Belfast, ce navire est le deuxième et dernier navire de la compagnie a être exclusivement propulsé par des turbines.

Paquebot de taille moyenne et de faible vitesse pour l'époque, divisé en deux classes, il est conçu pour desservir le Canada, ce qu'il fait de sa mise en service en juin 1923 jusqu'en 1932. Il est accompagné sur cette route par un navire au profil assez proche, le Regina, à l'origine exploité par la Dominion Line. Cette décennie de service canadien se déroule sans incident majeur. Lorsque la White Star abandonne cette ligne, le Doric est affecté à des croisières, rencontrant un grand succès auprès des jeunes couples de l'époque.

Lorsque la compagnie fusionne avec sa rivale, la Cunard Line, le Doric fait partie des navires conservés pour former la nouvelle flotte. Cependant, une collision avec un autre navire en septembre 1935 scelle son destin. Sévèrement endommagé, il subit un examen complet des dégâts. Il est alors décidé de le faire démanteler malgré son jeune âge, des réparations ne semblant pas rentables. Il est conduit chez les démolisseurs à la fin de cette même année.

Histoire[modifier | modifier le code]

Construction et service canadien[modifier | modifier le code]

carte postale représentant le Regina sous les couleurs de la White Star Line.
Construit sur le même modèle, le Regina assure le service canadien aux côtés du Doric.

Avant la Première Guerre mondiale, l'International Mercantile Marine Co. passe commande aux chantiers Harland & Wolff pour plusieurs navires destinés à ses compagnies. Les deux premiers, ébauchés en 1913, ne sont finis qu'après la guerre : il s'agit du Regina et du Pittsburgh, mis en service au début des années 1920. Le Doric est le troisième navire construit sur ce modèle (un quatrième, légèrement plus grand, le Laurentic, suivant en 1927)[1]. Sa quille est posée bien après la guerre, en 1921, et sa construction est rapide, puisqu'il est lancé dès le 8 août 1922[2].

Livré le 29 mai 1923, le Doric effectue sa traversée inaugurale entre Liverpool et Montréal via Québec le 8 juin suivant[3]. Il reste ensuite sur ce service durant plusieurs années, mais s'arrête l'hiver à Halifax, le Saint-Laurent étant gelé et impraticable[4]. Sur cette ligne, il est accompagné par le Regina, d'apparence similaire mais exploité par une autre compagnie, la Dominion Line : les deux navires sont supposés assurer un service conjoint entre les deux compagnies. Le Regina prend cependant les couleurs de la White Star Line en 1925, lorsqu'elle absorbe les restes de la Dominion[5].

Cette époque de la carrière du Doric est assez peu troublée. En 1926, ses aménagements, à l'origine prévus uniquement pour la classe « cabine » et la troisième classe sont revus pour intégrer une classe touriste[6]. Le 14 septembre 1927, la proue du paquebot est endommagée à Montréal par le navire britannique Barrie, mais de rapides réparations lui permettent de gagner sans encombres Liverpool[7]. Un autre incident se produit le 8 décembre 1930, lorsque le navire, alors en cours d'entretien dans le port de Liverpool, est victime d'un incendie qui touche plusieurs de ses cabines avant d'être maîtrisé[8].

Au début des années 1930, la Grande Dépression atteint fortement la White Star Line, qui doit supprimer ses traversées les moins rentables. C'est ainsi que le Doric, comme l'Homeric, à la même époque, est retiré du service, avant d'être réaffecté à des croisières pour rapporter quelques fonds[9].

Croisières et fin de carrière[modifier | modifier le code]

Le Doric ne reste en effet pas inutilisé après son retrait de la ligne canadienne en octobre 1932. Dès avril 1933, après plusieurs mois d'attente à Liverpool, il est affecté à des croisières en Méditerranée[10]. Le paquebot se révèle très populaire auprès d'une clientèle de jeunes, en particulier les jeunes couples, ce qui lui vaut alors le surnom de « navire de Cupidon » : il est le théâtre de pas moins de neuf demandes de fiançailles lors d'une croisière[11]. En 1934, la White Star Line et sa rivale, la Cunard Line, fusionnent. Le Doric fait partie des navires conservés, et son jeune âge lui épargne la démolition que subissent rapidement certains des navires devenus surnuméraires[12]. Il poursuit ses croisières, au départ de Southampton, avec des tarifs très réduits destinés aux touristes, qui payent 12 livres sterling pour treize jours de traversée[10].

C'est une de ces croisières, en septembre 1935, qui scelle son destin. Le 5 de ce mois, alors qu'il transporte 736 passagers et 350 membres d'équipage et vient de faire la dernière escale de son voyage à Gibraltar, il se retrouve plongé dans un fort brouillard au large du Portugal[11]. Dans la nuit, vers trois heures du matin, un cargo français de la compagnie des Chargeurs réunis, le Formigny, heurte le paquebot un peu en avant de sa passerelle de navigation et perce la coque, inondant une de ses cales et le faisant gîter sur tribord. Un SOS est aussitôt envoyé[10]. Tandis que l'orchestre du bord, en pyjama, monte sur le pont et interprète des airs populaires accompagné du chant des passagers, les femmes et enfants sont embarqués dans les canots par mesure de précaution[13].

Deux canots quittent le navire, mais reviennent une heure plus tard et les passagers remontent sur le Doric pour attendre les secours. En effet, ses signaux ont été captés par deux navires, l'Orion, un navire de l'Orient Line en voyage inaugural, et le Viceroy of India de la P&O, qui viennent à son secours[14]. Rassurés, les passagers sont autorisés à partir chercher des effets personnels dans leurs cabines, et ont droit à un petit déjeuner dans la salle à manger du paquebot en attendant l'arrivée des secours. Les opérations de transbordement se passent ensuite sans encombre, une partie de l'équipage du Doric restant à bord. On ne compte aucune victime dans l'incident[15].

Le navire n'est en effet pas en danger de sombrer, et fait rapidement route pour Vigo, où il subit des réparations de fortune destinées à lui permettre de gagner Tilbury, au Royaume-Uni, pour de plus amples réparations[10]. C'est là qu'un examen des dégâts par les inspecteurs de la Cunard-White Star Line conclut à l'inutilité des réparations. Bien qu'il n'ait que douze ans, soit la moitié de la durée de vie normale d'un paquebot, le Doric n'est en effet pas assez rentable pour justifier le coût de telles réparations[16]. Dès octobre, il est vendu pour 35 000 £ aux ferrailleurs John Cashmore Ltd., et part le 7 novembre 1935 pour le pays de Galles, où il est démoli[3].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

carte postale colorée représentant le Vedic.
Le Doric est avec le Vedic le seul navire de la White Star Line propulsé par des turbines.

Le Doric est un paquebot de taille moyenne pour son époque, avec 183 mètres de long pour 20 mètres de large et 16 484 tonneaux. Pourvu de quatre ponts, il arbore deux mâts et deux cheminées. Celles-ci sont aux couleurs de la White Star Line, ocre brun surmonté par une manchette noire, tandis que la coque du navire est noire, avec une base de peinture antirouille rouge et une superstructure blanche[17]. Sa silhouette est, de façon générale, très semblable à celle du Pittsburgh et du Regina construits peu avant par les chantiers Harland & Wolff. Le paquebot est équipé de neuf cales, et peut transporter à ses débuts 583 passagers de classe cabine et 1 688 passagers de troisième classe[2].

Avec le Vedic, le Doric est le seul navire de la White Star à être propulsé exclusivement avec des turbines[18]. Comme tous les navires de la compagnie partant de Liverpool jusqu'au Britannic, son appareil de propulsion est alimenté au charbon et non au mazout comme c'est le cas des navires partant de Southampton[3]. Le paquebot n'est pas conçu pour atteindre de grandes vitesses et navigue à une moyenne de 15 nœuds à l'aide de deux hélices[2].

Les intérieurs sont élégants sans chercher l'ostentation : en classe cabine, les cabines sont décorés dans le style Louis XVI, les plus grandes étant des suites composée de trois pièces. Les cabines de troisième classe sont pour leur part destinées à deux, trois ou quatre passagers. Un orchestre y joue dans la salle à manger, et des hôtesses sont chargées de s'occuper des jeunes femmes non accompagnées et des enfants[19]. À partir de 1926, le Doric peut transporter 320 passagers de classe cabine, 657 en classe touriste et 537 en troisième. Durant la refonte qui réorganise ces cabines, les imposants bossoirs de type Topliss (de grandes grues pouvant descendre de nombreux canots à la suite, expérimentées notamment sur le Britannic de 1915), sont remplacés par des bossoirs plus classiques de type Welin, utilisés sur la plupart des paquebots de la compagnie[6]. Les bossoirs Topliss sont en effet peu populaires auprès des marins, leur usage pouvant être désastreux en cas de naufrage rapide ou de coupure de courant[1].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b de Kerbrech 2009, p. 202.
  2. a, b et c de Kerbrech 2009, p. 204.
  3. a, b et c Haws 1990, p. 93.
  4. (en) « White Star Line Doric 1923 », sur titanic-whitestarships.com, Titanic and Others White Star Ships (consulté le 8 février 2014)
  5. Anderson 1964, p. 139.
  6. a et b de Kerbrech 2009, p. 205.
  7. Eaton et Haas 1989, p. 212.
  8. Eaton et Haas 1989, p. 214.
  9. Anderson 1964, p. 172.
  10. a, b, c et d de Kerbrech 2009, p. 206.
  11. a et b Eaton et Haas 1989, p. 226.
  12. Anderson 1964, p. 180.
  13. Eaton et Haas 1989, p. 227.
  14. Eaton et Haas 1989, p. 228.
  15. Eaton et Haas 1989, p. 229.
  16. Eaton et Haas 1989, p. 231.
  17. Haws 1990, p. 24.
  18. Haws 1990, p. 87.
  19. de Kerbrech 2009, p. 204-205.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Roy Claude Anderson, White Star, Prescot, T. Stephenson & Sons Ltd,‎ 1964, 236 p. (lien OCLC?)
  • (en) Richard P. de Kerbrech, Ships of the White Star Line, Hersham, Ian Allan Publishing,‎ 2009, 240 p. (ISBN 0-7110-3366-8 et 978-0-7110-3366-5, lien OCLC?)
  • (en) John P. Eaton et Charles A. Haas, Falling Star : Misadventures of White Star Line Ships, Wellingborough, Patrick Stephens Ltd,‎ 1989, 256 p. (ISBN 1-85260-084-5 et 978-1-85260-084-6, lien OCLC?)
  • (en) Duncan Haws, White Star Line, Hereford, TCL Publications, coll. « Merchant Fleets / Oceanic Steam Navigation Company » (no 17),‎ 1990, 104 p. (ISBN 0-946378-16-9 et 978-0-946378-16-6, lien OCLC?)

Liens externes[modifier | modifier le code]