Donon

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Donon
Le Temple du Donon - XIXe siècle
Le Temple du Donon - XIXe siècle
Géographie
Altitude 1 009 m
Massif Vosges
Coordonnées 48° 30′ 48″ N 7° 09′ 54″ E / 48.51333, 7.165 ()48° 30′ 48″ Nord 7° 09′ 54″ Est / 48.51333, 7.165 ()  
Administration
Pays Drapeau de la France France
Région Alsace
Département Bas-Rhin
Ascension
Voie la plus facile RD 392 puis sentier de randonnée

Géolocalisation sur la carte : Bas-Rhin

(Voir situation sur carte : Bas-Rhin)
Donon

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Donon

Le Donon se trouve dans les Vosges gréseuses ; il est le plus septentrional des sommets majeurs du massif. Situé sur la commune de Grandfontaine, dans le département français du Bas-Rhin, au nord-ouest de Schirmeck, il est riche d'une histoire humaine plusieurs fois millénaire.

Le Donon est accessible par la route du col du Donon, la RD 392.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Les textes les plus anciens mentionnent la forme donnum (XIe siècle). Il existe des formes germaniques comme Hohe Donn, Hohe und grosse Thonn. Le radical celtique dun, variante dunon, dunos, latinisé en dunum signifie hauteur, colline, montagne, et par extension un lieu élevé. En France les noms de lieux (toponymes), d'agglomérations dérivés de cette racine[note 1] sont très nombreux.

Géographie[modifier | modifier le code]

Topographie[modifier | modifier le code]

Le Donon (ou Grand Donon, en allemand : Grosse Donon) est, après le Rocher de Mutzig qui culmine à 1 010 m, le plus élevé des sommets situés sur une crête gréseuse, (orientée approximativement SO-NE), prenant naissance au-dessus de Raon-l'Étape et se terminant au Schneeberg (altitude 967 m) qui domine les villages de Wangenbourg et d'Engenthal. À l'est du Grand Donon se trouve un autre sommet appelé Petit Donon d'une altitude légèrement inférieure : 964 m; ils sont séparés par un col forestier, le col entre les Donons (altitude de 823 m).

La route départementale 392 (qui relie les vallée de la Plaine et de la Bruche) contourne le massif par l'ouest passant par le col du Donon qui culmine à 727 m du col par la D 393 en direction des vallées des Sarre Blanche et Rouge.

Le sommet, là où le temple du Donon est érigé, atteint 1 009 mètres d'altitude. Il domine de près de 700 m la vallée de la Bruche, ce qui lui donne une allure de sommet très élevé au profil trapézoïdal, visible des Hautes Vosges, où il a longtemps été identifié comme le sommet des Vosges.

Il est visible depuis de nombreuses villes mosellanes situées à la frontière allemande et, en hiver, les conditions climatiques permettent parfois une vue sur les Alpes suisses de l'Oberland bernois.

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Le réseau hydrographique, c'est-à-dire les sources et rivières qui prennent naissance tout autour du massif du Donon dans un rayon de 8 km, sont d'une grande densité ; des cours d'eau partent dans toutes les directions et font tous partie du bassin versant du Rhin.

Hydrogéologie[modifier | modifier le code]

Le massif du Donon peut être qualifié de château d'eau naturel. Les eaux qui en sortent proviennent de nappes aquifères issues des principales unités lithostratigraphiques en place.

  • nappes superficielles du complexe volcano-sédimentaire du Dévonien.
  • complexe hydrogéologique du Permien. T.H. = −16,1 °C
  • nappe du Buntsandstein inférieur.
  • nappe du Buntsandstein moyen : T.H. = 2 à −14,5 °C
  • nappe du Buntsandstein supérieur : T.H. ≤ −15 °C
  • nappe du Muschelkalk

D'une manière générale, ces eaux sont très peu minéralisées, (bicarbonate de calcium, sulfate de sodium, silice), avec un pH allant de moyennement à très acide (pH mesuré 4,5 à 6), contenant plus ou moins du fer, les grès vosgiens et permiens étant cimentés par des oxydes ferreux, ou ferriques. Pour ces raisons, ces eaux de source sont qualifiées d'eaux « agressives » : une fois captées, elles demandent à être traitées avant d'être distribuées pour servir à la consommation. Essentiellement remonter le pH aux environs de 7 (neutralisation).

Géologie et géomorphologie[modifier | modifier le code]

Le massif du Donon et les sommet principaux (Grand Donon, Petit Donon, Kohlberg...), armés de conglomérats, sont ciselés dans la couverture de grès vosgiens triasique, essentiellement au Buntsandstein qui, dans ce secteur, repose sur des roches primaires schisteuses et volcaniques que l'on peut voir en affleurement dans les environs de Grandfontaine, de Raon-lès-Leau et de la haute vallée de la Sarre blanche. Ce sommet, ainsi que les autres de ce secteur, sont des buttes gréseuses résiduelles dues à l'érosion de l'ancienne et épaisse couche de dépôts fluviatiles déposés lors de la fin de l'ère primaire (Permien) et au début de l'ère secondaire (Buntsandstein). Ces dépôts successifs, qui donneront surtout des grès, ont recouvert l'ancienne pénéplaine post-hercynienne, parfois jusqu'à des épaisseurs de plusieurs centaines de mètres.

Le creusement des multiples vallées par les nombreux cours d'eau prenant naissance tout autour du Donon a lieu pendant l'ère Tertiaire, essentiellement au Pliocène. Les phénomènes périglaciaires[note 3] pendant le Quaternaire apporteront la touche finale : c'est ce paysage que l'on contemple aujourd'hui, avec sa couverture forestière.

Géologie du socle du Donon[modifier | modifier le code]

Précambrien (jusqu'à -700 Ma)

La portion de continent où se trouve cette région est recouverte par une vaste mer ; sur le fond s'accumulent des quantités de sédiments et des vases marines. Ces couches de sédiments vont peu à peu se transformer en roches (magmatisme, métamorphisme). Les schistes de Villé[1] restent les seuls témoins visibles de ces couches les plus anciennes des Vosges.

Cambrien (-575 à -395 Ma) :

Début de l'orogénèse Cadomienne - Débute le plissement sous-marin des couches régionales existantes à laquelle s'associe un métamorphisme intense. Certains schistes de Villé se transforment en quartzophyllades porphyroïdes. Leptynites, migmatites, micaschistes, gneiss et mylonites de Lalaye-Lubine. La plupart de ces couches ne sont plus visibles, recouvertes par les dépôts ultérieurs.

Ère primaire (-375 à -345 Ma) : le massif Vosgien prend naissance.

Cette très longue orogenèse (hercynienne (appelée encore varisque) dure 80 millions d'années. Ainsi, approximativement se forment cinq plis parallèles en arc de cercle, du nord au sud de l'Europe actuelle, partant de la Pologne (l'origine se trouvant dans les Monts Tatra, en direction de l'ouest. Ces plissements ont lieu sous la mer qui recouvre toujours le continent. Une activité volcanique importante existe également, d'abord sous-marine, puis continentale. Tout autour, dans les vallées au pied du Donon, on peut trouver des affleurements de ces diverses roches : conglomérats, calcaires, dolomie, grauwackes, phtanites
Les matériaux présents vont être plissés, métamorphisés, et former le Massif vosgien, le Massif armoricain (Bretagne), le Morvan, le Massif central, etc. De ces montagnes imposantes ne restent aujourd'hui que des fragments rabotés, presque aplanis, souvent masqués par des dépôts postérieurs et dégagés ultérieurement par l'érosion.
Vers -345 Ma, au début du Carbonifère, le continent émerge lentement et les reliefs subissent tous les phénomènes dus à l'érosion. Les énormes quantités de débris s'écoulent vers des bassins sous-marins ou continentaux. À l'époque (appelée Carbonifère), la région est sous un climat aride (celui du Soudan actuel), les températures ne descendent pas au-dessous de 20°. Les reliefs sont morcelés entre divers bras de mer aux eaux tièdes. Des bassins sont en formation, ils recevront plus tardivement les débris des immenses forêts composées essentiellement de fougères géantes, équisétacées, ptéridospermées qui, après transformation ultérieure, donneront la houille.
Vers -288 Ma, la phase asturienne est une phase dite « cassante » car les contraintes s'exercent sur des matériaux durs : elles entraînent la formation de failles qui imposeront la direction des futures vallées fluviales. Le volcanisme régional (Nideck) est important, dans la vallée de la Plaine, du Blanc-Rupt, de la Hasel, etc., les couches issues de cette activité volcanique affleurent, participant au socle du Donon : ryolithes, ignimbrites, tufs, etc.
Tout au long de cette orogenèse, tous les granites se mettent en place : granites de la Schlucht, du Bilstein, du Champ du Feu, de Senones, de Raon-l'Étape, etc.

Couverture sédimentaire et érosion[modifier | modifier le code]

La période du Permien (essentiellement le Saxonien et le Thuringien) et celle du Trias (Buntsandstein), celles-ci représentant environ 50 Ma, est essentielle à la mise en place des matériaux dans lesquels le Donon (ainsi que toutes les buttes de ce type) trouvent son origine.

Permien (-280 à -225 Ma) :

Saxonien (-250 à -240 Ma)
Tandis que l'orogenèse hercynienne entre dans sa phase finale, l'érosion intense du Massif vosgien entraîne le remplissage des bassins situés au pied des reliefs. Là s'accumulent et se forment des grès et des conglomérats (Permien) : couches de Champenay[note 4], de Saint-Dié, de Senones. Le volcanisme (explosif ou à épanchements fluides de natures diverses), notamment celui du Nideck est toujours présent et entraîne la formation d'autres couches : arkoses, tufs, ryolithes, ignimbrites, mélaphyres, etc.
Thuringien (-240 à -225 Ma)
Érosion et sédimentation dans les différents bassins, qui lentement s'enfoncent, se poursuivent. Fin de l'orogenèse hercynienne, à la fin de cette période, les hauts reliefs hercyniens de la région ne forment plus qu'une vaste pénéplaine appelée post-hercynienne. De cette période datent des grès fins éoliens (couches de Champenay), des grès et des fanglomérats, rudites, arénites, lutites (réunis sous le nom couches de Saint-Dié); dolomies, etc.

Ère secondaire (-225 à -65 Ma)

Trias (-225 à - -200 Ma)
Cette pénéplaine monotone, en subsidence par rapport à d'autres massifs hercyniens plus élevés (situés approximativement à l'emplacement du Bassin parisien) va se trouver, au fil du temps, ennoyée sous les débris provenant de leur démantèlement. Ceux-ci sont transportés par de multiples cours d'eau et viennent se déposer sur notre région. Aux épisodes arides succèdent des « saisons » très pluvieuses. De nombreux cours d'eau de puissances et d'orientations variables transportent toutes ces alluvions, des plus grosses, des galets de quartzite, de gneiss, etc., jusqu'aux sables les plus fins ; la granulométrie en est très variée. On y trouve aussi des argiles. Les vallées fluviales profondes que nous connaissons aujourd'hui n'existent pas encore, le cours de ces rivières varient à travers le temps. À des épisodes torrentiels succèdent des périodes calmes ; les alluvions déposées reflètent la force et l'orientation des cours d'eau. Ces variations, dans les dépôts, peuvent être constatées sur les épais affleurements de grès, notamment nord du Donon, où les grès vosgiens (s.s.) peuvent atteindre une épaisseur de 600 mètres. La couleur allant du rose au rouge-brun est due aux oxydes de fer et de manganèse, également à la température du climat qui régnait à l'époque de ces sédimentations (rubéfaction des grès[note 5]).

Le mont Donon est essentiellement « taillé » par l'érosion dans les épaisses couches sédimentaires gréseuses permiennes et triasiques reposant sur une assise de roches volcaniques datant du Dévonien et du Permien.

La touche finale[modifier | modifier le code]

La mer recouvrant la région de façon inégale et mouvante, des dépôts marins, de chenaux, continentaux ou deltaïques, se produisent ; ces couches reflètent les milieux dans lesquels elles se sont formées. Il n'existe pas de roches témoins au Donon même.

Ère tertiaire (-65 à -2 Ma) :

  • De très importants dépôts d'origine marine se produisent durant toute cette période. Dans le secteur du Donon, toutes ces couches supérieures ont disparu, décapées par l'érosion.

Ère Quaternaire (-2 Ma à nos jours) :

  • Cette ère essentiellement glaciaire (Pléistocène) va apporter la touche finale à la formation du Donon tel que nous le connaissons aujourd'hui. Pas de glaciers dans les vallées environnantes comme dans les Hautes Vosges mais essentiellement un enneigement constant du territoire entrecoupé de période plus douces. Formation de cirques glaciaires et de niches de nivation.

Quelques vestiges des époques glaciaires aux environs du Donon

  • Niches de nivation : source de la Plaine, de la Sarre Rouge, source du ruisseau de Réquival, ...
  • Cirques glaciaires : est de la chaume de Réquival, source du Rabodeau, marais de la Maxe, le Trou du Cuveau, du Gentil Sapin, ...
  • Moraines terminales : de Vexaincourt, de la Sciotte, d'Allarmont, ... tous affluents de la rive gauche de la Plaine.
  • Ombilics glaciaires : ruisseau de Grand Roué, du Rabodeau (au col de Prayé et en aval du col), ...
  • Verrous glaciaires : en aval du col de Prayé, la Plaine aux Chaudes Roches, ...

Les débris sur les versants à forte pente sont d'origine périglaciaire, issus du démantèlement des corniches sommitales gréseuses ; ils sont parfois noyés dans une matrice siliceuse gris-rose.

Tableau récapitulatif des couches géologiques[modifier | modifier le code]

Stratigraphie du Donon
Ère Période Âge Chronologie[note 6]
Ma
Évènements géomorphologiques Roches, gisements régionaux Donon couches
du socle au sommet
Épaisseur
en mètres
Précambrien -700 une mer immense couvre la Pangée dont le continent « Europe »
Accumulation de grandes épaisseurs de sédiments, de vases marines.
Schistes contenant des fossiles :
Spongiaires : schistes de Villé
(les plus anciennes roches connues dans les Vosges).
Néant 0
Primaire Ordovicien
Silurien
-575 Une mer immense couvre la Pangée
Accumulation de grandes épaisseurs de sédiments, de vases marines.
Orogenèse cadomienne, métamorphisme
Orogenèse calédonienne
Schistes à chitinozoaires : Raon-sur-Plaine. Néant 0
- Dévonien Couvinien
Givétien
-395 Volcanisme : spilite, kératophyre, schalstein, brèches Néant 0
- - Frasnien
Famennien
-375 Orogenèse hercynienne (phase Bretonne) schistes, Grauwackes, Brèches dépôts à Raon-sur-Plaine, Wackenbach 0
- Carbonifère -345 Début d'émersion régionale - granitisations[note 7] Granites, Diorites Néant 0
- Permien -280 La Pangée commence à se fracturer
Bassins de subsidences, volcanisme, sédimentation
Arkoses, Tufs, Ryolithes, Grès éoliens Ryolithes, Tufs
Brèches
40
- - Saxonien -250 Poursuite de l’orogenèse hercynienne
Bassins de subsidence
Volcanisme du Nideck
Ryolithes, Tufs, Ignimbrites haute vallée de la Hasel
haute vallée de la Sarre Blanche
haute vallée de la Plaine
60 à 150
Secondaire Trias Buntsandstein -225 Pénéplanation, épandage fluvial ou torrentiel,
alluvionnement deltaïque
Brèches, Grès bruns, Conglomérats Grès brun-rouges[note 8]
Grès vosgien (Stricto sensu)
Grès à Voltzia (disparus)
50
400
0
- Jurassique
Crétacé
-190 Dépôts marins,
émersion définitive du continent
couches disparues par érosion 0
Tertiaire Éocène Lutétien -65 Cuvettes lacustres en Alsace couches enlevées par l'érosion 0
- Oligocène -37 Lente formation du Graben alsacien
Début de l'orogénèse alpine
Relèvement de l'ancienne pénéplaine
Érosion de la couverture sédimentaire.
aucune couche
- Miocène -25
- Pliocène -7 Formation des grandes vallées fluviales.
Naissance du relief actuel.
Toutes les vallées vosgiennes : Moselle, Meurthe, Vologne, Mortagne... vallées des Sarres, de la Plaine, de la Hasel, du Rabodeau etc...
Quaternaire Pléistocène Binder
Donau
Günz
Mindel
Riss
-2 Grandes glaciations Vallées glaciaires des hautes Vosges
moraines, ombilics glaciaires
moraines,
formations périglaciaires sur les versants
formes souvent effacées
- - Würm I
Würm II
Würm III
Würm IV
-80 000 ans Dernières glaciations Cirques, niches glaciaires
vallums morainiques, ombilics glaciaires
moraines,
formations périglaciaires sur les versants
formes périglaciaires de versants
- Holocène -8 000 ans
à nos jours
Fonte des glaces
Lacs glaciaires, tourbières,
Installation de la végétation actuelle
Rochers ruiniformes
Alluvions dans le fond des vallées

Écologie[modifier | modifier le code]

Les basses Vosges gréseuses sont à la limite des influences atlantiques et continentales. Les vents dominants d'ouest et du sud-ouest sont nettement prédominants ; ils soufflent en moyenne près de 150 jours par an. La pluviométrie est relativement abondante pour le Donon et son environnement immédiat, la quantité d'eau qui tombe annuellement se situe dans une fourchette de 1 400 mm à 1 700 mm. L'hygrométrie est élevée, de l'ordre de 75 %. La moyenne des températures est de 1,1 °C l'hiver et de 21,7 °C l'été. L'amplitude mensuelle des températures est très forte. Les hivers sont longs et froids, les étés chauds. En août 1952, un écart de température record est enregistré entre 0,8 °C et 36,8 °C. Le compte de jours de gelées atteint 100 jours environ.

La diversité des substrats rocheux entraîne une diversité de sols (pédogenèse), pour le Donon :

  • les roches volcaniques donnent généralement des sols bruns ;
  • les grès rouges (couches de Senones), plus ou moins argileux, donnent des sols bruns oligotrophes ou acides suivant l'altitude et l'exposition ;
  • les grès vosgiens (s.s.), à formations superficielles sableuses, donnent des sols ocres podzoliques, ou podzoliques très pauvres.

Les fortes pentes renforcent l'appauvrissement des sols du fait du lessivage pluvial des bases du haut vers le bas, d'où des sols plus riches au pied des versants que sur les sommets.

La médiocrité des sols et des facteurs climatiques défavorables expliquent la prépondérance des conifères, essentiellement du sapin (Abies alba), mais aussi par le choix de l'homme. La forêt type installée après la période glaciaire était la hêtraie-sapinière avec son cortège floral encore présent par endroits : sorbier des oiseleurs, alisier blanc, houx, bourdaine, digitale pourpre, laurier de saint Antoine, myrtille, fougère aigle, bruyère, etc.

Le Donon, ainsi que d'autres hauteurs des Vosges gréseuses, fut déboisé et transformé en chaumes peu après l'implantation des abbayes régionales (Senones, Moyenmoutiers, Étival-Clairefontaine, Saint-Dié) au VIIe siècle et de celle des populations rurales. Les raisons en étaient vivrières : création de pâturages pour les troupeaux. Bien des toponymes encore utilisées de nos jours prouvent l'existence de ces chaumes dans tout le secteur : Hautes-chaumes, chaume de Réquival, du Hault de la Marcairerie, des Bœufs, etc. « Une pelouse couronnait le sommet du Donon, appelée pâture ou pasturages des Gros Donnons[2]. »

Au Moyen Âge et jusqu'au XVIIIe siècle, le chêne et le hêtre furent des essences dominantes et l'homme en facilita l'expansion, essentiellement pour le bois de chauffe afin de pouvoir alimenter forges, fours, verreries régionales, etc. Les nombreux cours d'eau permettaient le transport du bois par flottage sur de longues distances. De plus, les sous-bois des forêts de feuillus étaient très utilisés afin d'y faire paître les porcs.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le Donon offrant un point de vue exceptionnel dans toutes les directions, il a été utilisé dès le néolithique plutôt comme un « refuge » temporaire que comme un habitat permanent, dès le IIIe millénaire av. J.-C.. Des haches et marteaux de pierre polie ont été découverts, notamment lors de travaux forestiers.

Dès le XIXe siècle, des trouvailles en matériels protohistoriques avaient été faites : hache à talon et couteau de l'Âge du bronze, mais sans grandes précisions de lieu. Au XXe siècle, des tessons (attribuées à l'Âge du bronze) ont été découverts au sommet, ainsi que des meules plates de l'époque hallstattienne (ce qui démontre une occupation moins temporaire) ; ces dernières indiquent également une culture de céréales proche du Donon ou l'apport de grains provenant de zones de production peu éloignées.

Ce sommet visible de loin fut un point de contact entre trois peuples celtes :

Il fut l'objet et un lieu de culte, vraisemblablement dès la fin de la protohistoire mais c'est essentiellement du IIe siècle et IIIe siècle que date le sanctuaire gallo-romain ; l'essentiel du matériel (bâtiments, sculptures) date de cette époque.

Bâtiments et aménagements[modifier | modifier le code]

La montée vers le temple du Donon (environ 200 m)
Ensemble de pierre formant un cercle à la base de la montée vers le temple
Puits se trouvant à la base de la montée du Donon

Le sanctuaire comprenait quatre bâtiments de pierre et un en bois. Ce dernier, circulaire, était situé au voisinage d'un puits (ou citerne). Les bâtiments en dur étaient en relation avec le culte ; ceux numérotés I et I bis avaient vraisemblablement des fonctions d'accueil (lieu de rassemblement pour les fidèles, dépôt de culte, etc.). La fonction de celui numéroté II (non loin du puits et identifié par des trous de poteaux) n'est pas encore vraiment déterminée.

La construction III, qui se situait juste sous la corniche gréseuse du sommet, avait sans doute une grande importance cultuelle. Les pierres d'angle des pignons comportaient chacune une tête sculptée[note 9].

Les dieux[modifier | modifier le code]

Aux époques celtes puis gallo-romaines, plusieurs cultes y furent successivement célébrés : Teutatès, Mercure. Le dieu à l'anguipède est très représenté au Donon mais, dans l'état actuel des recherches, aucun n'a été trouvé vers le sommet, sans doute attribué à Mercure (ce qui est relativement classique à l'époque romaine). Parmi les stèles retrouvées de Mercure avec le caducée et la bourse, une seule représente le dieu au cerf. Le Mercure gallo-romain recouvre en fait, sur le plan régional, un dieu gaulois, un Teutatès, dieu protecteur du peuple et la communauté. Une inscription, imparfaitement connue : Mercure Vogesus, indique peut-être que ce dieu au cerf est une forme de ce Vogesus. Plusieurs inscriptions et dédicaces indiquent également d'autres objets de célébrations : Taranis, Hécate, Jupiter, etc.

Comme en d'autres lieux, les populations du Moyen Âge se regroupaient, en dépit de la christianisation, pour se livrer à des cultes et des pratiques (vénération de rochers, de source, travestissements des hommes et des femmes en cerfs et en biches, etc.), ce qui était en contradiction avec la nouvelle religion que répandaient les moines des nombreuses abbayes s'installant dans la région en ayant pour but l'évangélisation des populations régionales.

Voies anciennes[modifier | modifier le code]

Un grand nombre de chemins et voies anciennes passent dans les environs immédiats du Donon, la plus forte concentration se trouvant au col entre les Donons, passage naturel ouest-est entre la Lorraine et la vallée de la Bruche, où se trouve d'ailleurs une ancienne borne « routière » gravée avec une dédicace à Mercure. Ce col était également le point d'origine de l'abornement (borne no 1, dont une reproduction est toujours en place) de la principauté de Salm. Le Grand-Donon se trouvait alors sur le territoire du Prince de Salm, le Petit-Donon sur celui du Duc d'Alsace.

  • chemins venant du nord-ouest : voie antique de Saint-Quirin arrivant par la crête de Malcôte[3] où se trouve une Pierre milliaire, notée sur certaine carte[3] : sac de pierres.
  • également le Rennweg (chemin d'ancienne frontière) d'époque romaine, arrivant du nord-nord-est depuis Zollstock, par le Hengst, Grossmann, la Baraque carrée.
  • chemin creux partant vers le sud-est, vers Grandfontaine par l'ancienne ferme disparue.
  • une autre voie antique, sans doute (appelé chemin des Sarrazins) part également vers Wisches par la crête.
  • Le chemin d'Allemagne ou chemin des Allemands, venant du nord-ouest Lafrimbolle, suivant une crête interfluve, passant par le col de Roule Bacon[3], la chaume de Réquival, et aboutissant au carrefour du col entre les Donons. Ce chemin est pavé sur une longue distance, Certains historiens[4] ne font remonter cette voie qu'au XIIIe siècle. D'autres la qualifient de voie romaine et avancent l'hypothèse que cette voie pouvait relier Tarquimpol, dans la vallée de la Seille (productrice de sel), et rejoindre par le col du Donon, les anciennes voies régionales déjà identifiées, comme la Via salinaria[note 10] venant de Lorraine par suivant la vallée de la Meurthe, passant à Raon-l'Étape en direction de Villé et l'Alsace, ou l'autre grand itinéraire gallo-romain, conduisant de Langres à Strasbourg par Raon-l'Étape, et la ligne de crêtes entre les vallées de la Plaine et du Rabodeau (chemin des Bannes).

Les voies et chemins servaient également, en dehors des échanges commerciaux, aux pèlerins se rendant au sanctuaire du sommet du Donon. Ces pèlerinages semblent avoir été relativement limités aux populations régionales : pour l'époque (fin de la Tène, époque romaine), essentiellement les Triboques (Brumath), les Médiomatriques (Metz), les Leuques (Toul).

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative rappelant la conception Victor Hugo en ces lieux.

D'après une lettre de Léopold Hugo à son fils Victor, celui-ci aurait été conçu au sommet du Donon[5]. Une plaque gravée, rappelant ce fait, se trouve apposée sur une roche du sommet, versant Nord-Est : « En ce lieu le V floréal An IX fut conçu Victor Hugo ». Vérité ou légende ? La question reste posée.

En raison de l'élévation du Donon, les géomètres l'ont toujours utilisé comme point de triangulation (notamment Cassini) et cela dès 1821, pour la mesure « de la perpendiculaire à la méridienne de l'observatoire de Paris ». Dans ce but, une pyramide de 6 à 7 mètres de haut y avait été construite sur la plate-forme supérieure.

Un bâtiment imitant un temple gréco-romain a été érigé au sommet en 1869 pour abriter diverses trouvailles archéologiques[note 11]. Il est l'œuvre de l'architecte colmarien Louis-Michel Boltz, le docteur Bédel, médecin cantonal, en étant l'initiateur. Le temple dans sa rusticité présente un caractère indiscutable. Quatre piliers (monolithes de section carrée), sur deux travées de profondeur, supportent une lourde toiture de dalles de pierres du type en « tas de charge ». Une certaine inspiration mégalithique inspire cette construction. Ce « temple » reste néanmoins l'emblème de ce lieu.

Lors de l'annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871, Bismarck obtint 1 000 hectares de forêts du territoire de Raon-lès-Leau pour s'assurer le contrôle du sommet stratégique. En 1919, lors du traité de Versailles, ce domaine resta propriété de la commune de Grandfontaine, au grand dam de la commune meurthe-et-mosellane.

Économie[modifier | modifier le code]

L'exploitation forestière, en majorité des résineux (sapins, épicéas), hêtres est une ressource importante pour la commune de Grandfontaine, malgré une faible croissance annuelle à l'hectare, due aux conditions climatiques du lieu et la pauvreté des sols sur les grès. Le Donon se trouve en forêt domaniale.

La tour émettrice du Donon-Sarrebourg abrite un centre de radiodiffusion TV et de télécommunications.

Article détaillé : Émetteur du Donon-Sarrebourg.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pour plus de détails, voir Toponymie française.
  2. Celle-ci rejoint la Moselle, confluent du Rhin.
  3. ou Modelé périglaciaire : formes affectées par les reliefs dans les régions soumises à de longues périodes de gel alternant avec des dégels. Voir aussi Cryoturbation, Cryoclastie et Solifluxion.
  4. On y discerne des couches de grès très fins, qui sont des dunes de sable fossilisées, ce qui montre bien le type de climat sous lequel elles se sont formées. Ces grès (quartzites sont d'une grande dureté et peuvent se polir. Ils sont utilisés en sculpture.
  5. Coloration en rouge des sols ou de certaines roches due à la cristallisation d'oxydes de fer (essentiellement de l'hématite).
  6. Le temps indiqué dans la colonne est celui du début de la période.
  7. Ensemble des phénomènes conduisant à la formation d'un granite.
  8. Couches de Senones
  9. Tout ce matériel découvert est visible au musée archéologique de Strasbourg.
  10. « Voie du sel », appelée aussi « via salinatorum », ou encore « la voie des Sarmates » dans les écrits du Moyen Âge
  11. Celles-ci ont rejoint depuis les musées d'Épinal ou de Strasbourg, parfois remplacées par des copies.

Références[modifier | modifier le code]

  1. GDE
  2. Annie Cordonnier, op. cit., p. 29
  3. a, b et c Carte topographique 1:25 000, 3616 Est, Grandfontaine - le Donon, IGN Paris, 1985
  4. P. Fourchy
  5. Philippe Van Tieghem, Victor Hugo : Un Génie sans frontières, Paris, Larousse, 1985, p. 10

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Géologie, géomorphologie, pédologie[modifier | modifier le code]

  • P. Honoré, Petit guide - Géologie de la vallée de la Plaine, Éditions des amis de la Hallière, 1991, 11 p.
  • Pierre Schwinte, En feuilletant un grand livre de pierre... Histoire géologique du Donon (manuscrit inédit), 1980, 36 p.
  • J.-P. Von Eller, Guides géologiques régionaux - Vosges Alsace, Masson Éditeurs, Paris, 1976, 182 p. (ISBN 2225449244)
  • Alain Foucault, J.-F. Raoult, Dictionnaire de géologie, Masson éditeurs, Paris, 1980, 332 p. (ISBN 2225654611)
  • Georges Viers, Éléments de Géomorphologie, Éditions Nathan Université, 2e édition 1990, 224 p. (ISBN 2091902683)
  • Darmois-Téobald, Cirques glaciaires et niches de nivation sur le versant lorrain des Vosges à l'ouest du Donon - revue Géographique de l'Est, 1972, p. 55-61.
  • Annie Cordonnier, L'évolution des peuplements forestiers dans les Basses-Vosges gréseuses, du Donon à la vallée de la Meurthe, Université de Nancy II (Mémoire de Maitrise de géographie physique), Nancy, 1972, 52 p. (avec 7 cartes).
  • Georges Corroy, Guide des Hautes-Vosges - Origine et évolution - Itinéraires et excursions, Imprimerie municipale de Saint-Dié, 1976, 45 p., 13 × 24 cm (ISBN 2900301092)

Histoire[modifier | modifier le code]

  • Direction collective, Encyclopédie de l'Alsace, Éditions Publitotal, Strasbourg, 1983, 12 vol., vol. 4, p. 2424 à 2435
  • Émile Gerlach, Une montagne sacrée dans les Vosges, le Donon, Raon-l'Étape, 1951, 64 p.
  • (en) E. Linckenheld, « Un sanctuaire de la frontière des Médiomatriques et des Leuques, N.-D. de la Délivrande au pied du Donon » dans Bulletin de la Société d'archéologie de Lorraine, 1929, p. 180 à 195
  • (en) E. Linckenheld, « Le sanctuaire du Donon, son importance pour l'étude des rites et des cultes celtiques », dans Bulletin de la Société d'archéologie de Lorraine, 1965, p. 57-75
  • F. Pétry, Le Donon, bilan des observations et recherches archéologiques, Saison d'Alsace - Le Val de Bruche, no 63, 1977, p. 15 à 26