Données archéologiques sur la conquête de Canaan

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La conquête du pays de Canaan est le récit exposé dans le Livre de Josué. L'archéologie a pu établir un certain nombre de données du terrain, dont les principales sont exposées ci-dessous. Il ne s'agit aucunement de chercher à comprendre le récit, ce qui n'est pas le but de l'Archéologie, il s'agit de présenter les données archéologiques qui sont en rapport avec ce récit. Pour les aspects autres que l'Archéologie, voir pays de Canaan. Dans ce récit, les lieux géographiques des batailles sont situés de façon assez précise, mais le flou sur la date de cette campagne éclair de quinze jours[1] est celui sur la date de l'Exode : les dates proposées s'échelonnent entre 1600et 1200 av. J.-C. La date que l'on peut calculer à partir du récit, vers 1450 av. J.-C.[2], est impossible car, à cette époque, la Palestine est sous contrôle militaire égyptien. Le récit de l'Exode mentionnant la construction de la ville de “Ramsès”, qui ne peut être que Pi-Ramsès ou son double Tanis, on est conduit à situer cette conquête quelque part vers 1250 av. J.-C. La stèle de Mérenptah (1207 av. J.-C.) montre qu'elle ne peut pas être postérieure à 1200 av. J.-C. puisque la population d'Israël, d'après cette stèle (voir Stèle de Mérenptah), est alors installée en Palestine.

Le récit le plus célèbre est celui de la bataille de Jéricho, avec l'effondrement des murailles de la ville.

Données des premières fouilles[modifier | modifier le code]

Les premières fouilles dans la région, dans la première moitié du XXe siècle, ont mis au jour une série de cités importantes avec des traces évidentes de destructions violentes, d'incendies très intenses, signes de confrontations guerrières indéniables. Ces premiers éléments, qui n’étaient pas encore précisément datés à l’époque de ce qu’on appelait, jusque vers 1960, “l’Archéologie biblique”[3], semblaient donner un crédit important au récit du Livre de Josué.

Données archéologiques récentes[modifier | modifier le code]

L'accumulation rapide des données et la précision croissante des datations ont progressivement jeté le doute sur la réalité historique du récit biblique. Avec la sophistication de plus en plus grande des techniques d'analyse et le progrès spectaculaire sur la précision des datations, ce doute s'est mué en une certitude négative. L’archéologue Pierre de Miroschedji signe, en tant que Directeur de Recherche au CNRS et en tant que directeur du Centre de Recherche Français de Jérusalem (équipe CNRS d'une vingtaine de personnes), un article dans la revue La Recherche, dans lequel il écrit[4] : « D’une façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourd’hui que les événements rapportés dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. » Les fouilles et datations donnent désormais une image précise de la situation sur le terrain.

Jéricho est une agglomération qui date, dans sa phase initiale, de la première moitié du VIIIe millénaire. C’est une cité florissante à l’âge du bronze ancien. Depuis l'époque 1400 av. J.-C., où elle est devenue une petite bourgade sans mur d'enceinte, elle est abandonnée. Donc, à l'époque où le récit biblique situe sa conquête, vers 1250 av. J.-C., Jéricho est inoccupé depuis 150 ans, elle est tombée en ruine (mais on n’y relève aucune trace de destruction guerrière), elle n’a pas de mur d’enceinte[5] : le récit biblique de sa prise par les Hébreux est une talentueuse création poétique et non pas le compte rendu d’une bataille réelle. La même histoire se répète à propos d’Aï (autre ville du récit biblique, située près de Béthel) : les fouilles montrent une imposante cité mille ans auparavant (Âge du bronze ancien), mais un site depuis longtemps inhabité à l’époque où se situe le récit.

Pierre de Miroschedji explique[2] comment il a fallu déchanter : les villes de la conquête énumérées dans le Livre de Josué tantôt n'existaient pas vers 1250 av. J.-C., tantôt elles n'ont pas été détruites, tantôt elles ont été détruites mais à une date différente. Cette situation, qui semble alors très énigmatique, devient au contraire très claire quand on ne se limite plus aux quelques villes du récit biblique et que l'on prend en considération l'ensemble du bassin oriental de la Méditerranée. D'une façon générale, ces destructions de cités s'échelonnent dans la durée sur plus d'un siècle et demi (et non pas dans le temps court du récit biblique). De plus, le phénomène est général dans tout le bassin oriental de la Méditerranée (voir : Données archéologiques sur les Philistins), touchant des régions qui n'ont clairement rien à voir avec les Hébreux. Ce phénomène de grande ampleur, lié au passage de l’Âge du bronze à l’Âge du fer, s'appelle un effondrement systémique, thème développé par Pierre de Miroschedji.

Effondrement systémique dans tout le Proche-Orient[modifier | modifier le code]

C’est lors de cet effondrement systémique entre l'âge du bronze récent et l'âge du fer[2] que se produit l'invasion, à grande échelle, de ce que l'on appelle « les Peuples de la mer ». Les Philistins (Pelesets) sont les plus connus parmi ces peuples. Ce sont les plaines côtières qui sont touchées les premières, et aussi le plus sévèrement[6].

Les zones montagneuses sont, pour une raison géographique évidente, moins exposées. C'est dans ces régions montagneuses qu'apparaissent, vers 1200 av. J.-C., les premiers Israélites. On observe ensuite une croissance régulière de cette population, qui se poursuit à l'époque de David et de Salomon. Pour Pierre de Miroschedji, la culture israélite a émergé dans les collines du centre du pays, en continuité avec la culture cananéenne de l'époque précédente[4].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Thomas Römer, Université de Lausanne, film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chap. 2 de l’épisode 3.
  2. a, b et c Pierre de Miroschedji, revue “La Recherche” n° 391, p. 38.
  3. Jacques Briend, Institut Catholique de Paris, film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chap. 2 de l’épisode 1.
  4. a et b Pierre de Miroschedji, revue “La Recherche” n° 391, p. 32.
  5. film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chap. 3 de l’épisode 2.
  6. Ayelet Gilboa, Université de Haïfa, film La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie, chap. 7 de l’épisode 1 et chap. 3 de l’épisode 4.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voir également :

Documents récents pour approfondir le sujet[modifier | modifier le code]

Pierre de Miroschedji, revue “La Recherche” n°391 du 01-11-2005, dossier spécial intitulé “Les archéologues récrivent la Bible”, sur les travaux récents des archéologues en Israël.

Un film en 4 parties, “La Bible dévoilée. Les révélations de l'Archéologie”, a été réalisé en 2005 par Thierry Ragobert, écrit par Isy Morgensztern et Thierry Ragobert, sur le travail d'Israël Finkelstein et de Neil Asher Silberman, avec la participation de Jacques Briend, Professeur honoraire de l'Institut catholique de Paris, et de Thomas Römer, Professeur d'Ancien Testament à l'université de Lausanne. Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman jouent leur propre rôle. Le film a été diffusé sur Arte et sur France 5, le coffret de 2 DVD est sorti en février 2006 aux Éditions Montparnasse.