Domus aurea

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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Maison dorée.
Domus aurea
Statue Domus Aurea.jpg

Lieu de construction Oppius
Date de construction 65
Ordonné par Néron
Type de bâtiment Palais impérial
Le plan de Rome ci-dessous est intemporel.
Planrome2b.png
Domus aurea
Coordonnées 41° 53′ 29″ N 12° 29′ 43″ E / 41.891389, 12.495278 ()41° 53′ 29″ Nord 12° 29′ 43″ Est / 41.891389, 12.495278 ()  
Liste des monuments de la Rome antique

La Domus aurea ou Maison dorée est un immense palais impérial de la Rome antique, que Néron fit construire, qui couvrait une partie importante de Rome intra muros. Elle comportait plusieurs bâtiments distincts, de vastes jardins, un lac artificiel, mais aussi une salle de banquet dont le plafond en forme de voûte céleste tournait sur lui-même. Après la mort de Néron, l'espace occupé fut rendu aux Romains et le Colisée fut édifié sur l'emplacement du lac. Ensevelie pendant des siècles, la Domus aurea fut en partie redécouverte à la Renaissance.

Diverses fouilles modernes et de longs travaux de restauration ont permis en 1999 de rouvrir son accès aux visites publiques, après une vingtaine d'années de fermeture. De nouvelles dégradations ont entraîné une nouvelle fermeture en décembre 2005. À l'automne 2009, un communiqué de presse du CNRS affirme que l'équipe de Françoise Villedieu aurait retrouvé un élément central des sources littéraires, la cenatio rotunda[1], lors de fouilles réalisées sur le site de la Vigna Barberini sur le Palatin.

Le 30 mars 2010, le plafond d'une des galeries souterraines (chambre 15) s'est effondré sur une dizaine de mètres[2],[3].

La construction de la Domus aurea[modifier | modifier le code]

À partir de l'an 65, après l'incendie de Rome dont on l'accuse, l’empereur Néron confie à deux architectes, Severus et Celer (Tacite, Annales, XV, 42), la construction d’un somptueux palais qui doit s’étendre du mont Palatin au mont Cælius, partie avancée de l'Esquilin, là où l'incendie a laissé de la place. Constitué de vastes appartements et de salles d’apparat, l’ensemble comprend en outre des bains, des maisons de campagne, des cryptoportiques et des jardins où se dressent des colonnades qui se reflètent dans des nymphées.

Suétone, quoiqu’il n’ait pu l’avoir vu personnellement car il écrit sous Hadrien, en donne une description riche en superlatifs :

« [Néron] se fit bâtir une maison qui s’étendait du Palatin à l’Esquilin, et l’appela d’abord Domus Transitoria (le Passage), puis un incendie l’ayant détruite, il la reconstruisit sous le nom de Domus aurea (maison dorée). […] Dans son vestibule on avait pu dresser une statue colossale de Néron, haute de 120 pieds ; la demeure était si vaste qu’elle renfermait des portiques à trois séries de colonnes, longs de mille pas, une pièce d’eau semblable à la mer, entourée de maisons formant comme des villes, et par surcroît une étendue de campagne où se voyaient des cultures, des vignobles, des pâturages et des forêts, contenant une multitude d’animaux domestiques et sauvages. Dans le reste de l’édifice tout était couvert de dorures, rehaussé de pierres précieuses et de nacre. Le plafond des salles à manger était fait de tablettes d’ivoire mobiles et percées de trous afin qu’on pût répandre sur les convives des fleurs ou des parfums. La principale salle était ronde et tournait continuellement sur elle-même, alternant jour et nuit comme l’univers. Dans les salles de bains coulaient les eaux de la mer et celles d’Albula[4]. »

Tacite confirme cette description :

« les pierres précieuses et l’or […] étonnaient moins que les champs, des étangs et comme on le voit dans les campagnes désertes, des forêts, là des espaces ouverts, des perspectives[5] »

Pour la décoration des nombreuses salles, Pline l'Ancien mentionne le peintre de fresque Fabullus, qui associe avec talent le chromatisme des fresques aux effets fastueux du stuc doré[6].

Une révolution architecturale[modifier | modifier le code]

La construction de la Domus transitoria et de la Domus aurea voit l'introduction dans le monde romain d’innovations architecturales et artistiques remarquables :

  • multiplication des salles en voûte et des coupoles. La salle de banquet arrondie avec sa coupole de 13 m de diamètre, ouverte à son sommet par un oculus et supportée par 8 piliers préfigure l'architecture du Panthéon de Rome ;
  • fontaines d'intérieur monumentales (nymphées) diffusant la fraîcheur et des reflets lumineux dansant dans les salles ;
  • premières mosaïques placées pour la première fois dans le monde antique sur des parois verticales ou des voûtes, technique qui se généralisa après Néron et se perpétua pendant des siècles ;
  • fresques murales d'inspiration fantastique, représentant des architectures en trompe-l'œil, préfiguration des derniers styles de peinture pompéiens.

Les bâtiments de la Domus aurea atteignaient un gigantisme inégalé et extraordinaire : les fouilles du XXe siècle réalisées sur les pentes de l’Oppius ont permis de dégager un ensemble monumental de 240 m de long (longueur d’origine estimée à 370 m), construit en briques et en béton, comportant près de 200 pièces (environ 150 ont été dégagées). Les voûtes intérieures atteignaient 10 m de hauteur. Curieusement, aucune installation nécessaire à l’habitation (cuisines, latrines) n’a été repérée, ce qui laisse supposer que cette partie du palais adossée à la colline était plus un décor ou un vaste espace de représentation, qu’une résidence impériale permanente.

La disparition de la domus aurea [modifier | modifier le code]

L’accaparement d’une telle surface urbaine fut peu appréciée des habitants de Rome, et Suétone rapporte cette plaisanterie qui circula à Rome :

« Rome deviendra sa maison. Citoyens, émigrez à Véies[7],
Si cette maudite maison n’englobe pas jusqu’à Véies[8] »

Othon, un des successeurs de Néron, fit voter par le Sénat en 69 un crédit de 50 millions de sesterces pour terminer les travaux de la Domus aurea[9].

Mais après 69, l'espace occupé fut rendu au public romain et progressivement réaménagé : Vespasien créa dans la partie est un vaste jardin public, le forum de la Paix ; la partie adossée au Cælius fut ensevelie sous des remblais lors de l’édification des thermes de Titus et de Trajan, sur le plateau du Cælius ; à l’emplacement du lac, Vespasien bâtit un amphithéâtre, qui prit le nom de Colisée (Colosseum), inspiré par la statue colossale de Néron, conservée comme statue d’Hélios et transportée sous Hadrien à proximité de l’amphithéâtre ; à l’emplacement du vestibule de la Domus aurea, Hadrien fit construire le vaste temple de Vénus et de Rome.

Ainsi remblayée, la Domus aurea disparaissait aux yeux des Romains, mais se trouva involontairement protégée.

La redécouverte de la Domus aurea[modifier | modifier le code]

À la fin du XVe siècle, un jeune Romain tomba dans un trou sur les pentes de l’Oppius et se retrouva dans une sorte de grotte couverte de peintures surprenantes. D’autres jeunes artistes explorèrent à leur tour ces salles étonnantes. Les fresques ainsi découvertes inspirèrent un nouveau style de décoration plein de fantaisie, que l’on baptisa «grotesques». Les célèbres artistes Domenico Ghirlandaio, Raphaël et Michel-Ange descendus à leur tour eurent la révélation de ce qu’était l’art antique oublié. On pense que Raphaël en tira une partie de son inspiration pour la décoration des fameuses Loges du Vatican.

D’autres visiteurs célèbres y laissèrent leur signature, comme le marquis de Sade, Giacomo Casanova et le peintre Filippino Lippi. Ces visites firent malheureusement pénétrer l’humidité dans les salles jusque là protégées, et provoquèrent un lent processus de dégradation des fresques.

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Communiqué de presse du CNRS
  2. (it) Domus Aurea, cede parte del soffitto, La Repubblica, 30 mars 2010
  3. [1]
  4. Suétone, Vie de Néron, 31
  5. Tacite, Annales, XV, 42
  6. Pline l'Ancien, Histoires naturelles, XXXVI, 111
  7. Véies, ancienne cité, à une quinzaine de kilomètres de Rome
  8. Suétone, Vie de Néron, 39
  9. Suétone, Vie d'Othon

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yves Perrin, La Domus Aurea et l'idéologie néronienne - Le système palatial en Orient, en Grèce et à Rome, Strasbourg, 1987, p. 358-381.
  • Bernard Andreae, L’art de l’ancienne Rome, 1973, éditions d’Art André Mazenod.

Liens externes[modifier | modifier le code]