Dombra

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Dombra
Dombra

Une[Note 1] dombra, dombura ou dombula (termes dérivés du tambur) est un instrument de musique rustique à cordes pincées rencontré au Kazakhstan, en Mongolie, en Turquie, en Afghanistan, en Ouzbékistan, au Kirghizistan, au Tadjikistan, au Turkménistan et au Turkestan chinois. C'est un luth populaire à manche long. Il ne faut pas le confondre avec le domra russe.

Lutherie[modifier | modifier le code]

Taillé dans un bloc monoxyle de murier, la caisse de résonance est piriforme et sans ouïe. Généralement doté de deux cordes en nylon, le dombra ressemble au dotâr, mais il n'a pas sa finesse acoustique ni l'étendue de son manche. La version kazakhe a des frettes contrairement à l'ouzbèke.

Jeu[modifier | modifier le code]

La dombra, jouée notamment par les Bachkirs, s’utilise soit en pinçant les cordes avec la main entière soit en pinçant chaque corde individuellement, avec un plectre éventuellement.

Culture kazakhe[modifier | modifier le code]

L'instrument est un des symboles de l’identité culturelle kazakhs, sentiment que l'on retrouve dans le proverbe « Un vrai Kazakh n’est pas un Kazakh, un vrai Kazakh est une dombra »[1].

Les écoles kazakhes[modifier | modifier le code]

Deux écoles, d’ouest et d’est, ont produit deux styles différents, tokpe et chertpe, qui se distinguent par leur thématique, leur composition et leur technique de jeu[1]. Ces deux styles ont induit des transformations de l'instrument.

Le style tokpe 
du Kazakhstan occidental (plus précisément de la péninsule de Manghychlak, des alentours de la mer d'Aral, des régions d’Aktioubé, d’Atyraou et de l’Oural), se caractérise par un jeu vif, sonnant et éclatant, la main frappant les deux cordes. L’instrument est une grande dombra, dotée d’une caisse de résonance ovale et d’un manche effilé, portant de douze à quatorze frettes. L’école tokpe a donné elle-même naissance à quatre principaux courants, ayant vu le jour au XIXe siècle sous l'influence de grands compositeurs de cette période.
Kurmanghazy (1818-1889), dont le conservatoire et l’orchestre national du Kazakhstan portent le nom, est le plus connu d’entre eux. On lui doit Sary-Arqa (un des noms de la steppe en kazakh), un kuï[Note 2] puissant qui évoque la steppe et le galop du cheval. Son courant a inspiré Dina Nurpeïsova (1861-1955), puis Rysbaï Gabdiev et Karchimbaï Akhmediarov[1].
Dauletkereï (1820-1887), fils de khan, s’attache à traduire des sentiments amoureux (Qudacha), des allégories poétiques et des réflexions philosophiques, dans un tempo très adoucis, faisant appel à une virtuosité très contrôlée[1].
Abyl (1820-1892) et Espaï sont les symboles de la péninsule de Manghychlak, et leur style se caractérise par la gestuelle et la virtuosité de la main droite, donnant une impression de fluidité[1]. On doit notamment au premier le kuï « Naratu » (« le lancer de chameau ». Ce style perdure aujourd’hui au travers des interprétations de Serjan Chakratov.
Kazanghap (1854-1927) incarne le style de la région d’Aktioubé. Ses compositions, empreintes de philosophie, traduisent une réflexion sur les thèmes de la vie et de la mort, du sens et de la brièveté de l’existence. Sa technique est celle d’un orfèvre, répétant thèmes et improvisations virtuoses. Abdulkhamid Raïymbergenov est son actuel héritier spirituel[1].
Le style chertpe
s’est développé dans le centre, l’est et le sud du Kazakhstan. Il se caractérise par des pincements de cordes et un timbre mélodieux. Il exprime les émotions de l’âme humaine et traduit de fines esquisses psychologiques. L’instrument est plus petit que dans le style tokpe, avec un manche large et court, portant de cinq à neuf frettes. Certains instruments présentent une troisième corde autorisant des accords originaux[1].
Tattimbet, de la région de Karaganda en est le symbole. Il utilise des variations répétées de plusieurs thèmes, au rythme libre et souple et sa ligne mélodique est une composition symétrique. On retrouve aujourd’hui ce style dans les interprétations de Magauja Khamzin[1].
Sugir (1882-1962), du sud du pays, s’est d’abord inspiré du style chertpe, avant d’emprunter au style tokpe son dynamisme, pour satisfaire le lyrisme traditionnel. Son école, très présente dans la région de Karataou est aujourd’hui représentée par Tölegen Mombekov[1].

Quelques dombristes kazakhs célèbres[modifier | modifier le code]

Style tokpe
  • Abyl (XIXe siècle)
  • Karchimbaï Akhmediarov
  • Aqjelen
  • Uljan Baïbusynova
  • Bakhil Basygaraï (de la tradition de Kazanghap)
  • Serjan Chakratov
  • Dauletkereï (1820-1887)
  • Rysbaï Gabdiev
  • Jumabaï Jansugurov
  • Raïybergen Julekenov, élève de Kazanghap. Son fils Yshak Raïymbergenov et son petit-fils Abdullkhamid Raïymbergenov perpétuèrent son legs culturel
  • Kazanghap (1854-1927), auteur du kuï « Kökil »
  • Kurmanghazy (1818-1889)
  • Najmetdin Mambetalin
  • Dina Nurpeïsova (1861-1955)
  • Usen-Töre (XIXe siècle)
  • Chamchat Tulepova
  • Murat Uskenbaev (1904-1982)
Style chertpe
  • Magauja Khamzin (de la tradition de Tattimbet)
  • Tölegen Mombekov
  • Tattimbet (XIXe siècle)
Télévision (style libre)
  • Ernar Kaldynov (connu grâce à Kazakhstan Idol en 2007)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le féminin est la forme retenue par Xavier Hallez, Saïra et Abdulkhamit Raïymbergenov, in Le chant des steppes, musique et chants du Kazakhstan, Paris, Éditions du Layeur (ISBN 2-911468-78-3)/
  2. Le kuï kazakh est une pièce instrumentale courte, d’une durée pouvant aller jusqu’à trois minutes.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Xavier Hallez, Saïra et Abdulkhamit Raïymbergenov, Le chant des steppes, musique et chants du Kazakhstan, Paris, Éditions du Layeur (ISBN 2-911468-78-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]