Dombey et Fils

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Dombey and Son

Dombey et Fils
Image illustrative de l'article Dombey et Fils
Couverture de l'édition originale

Auteur Charles Dickens
Genre Roman
Titre original Dombey and Son
Pays d'origine Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Lieu de parution Londres
Éditeur Bradbury & Evans
Date de parution 1848
Dessinateur Hablot Knight Browne, dit Phiz
Chronologie
Précédent The Life and Adventures of Martin Chuzzlewit : Martin Chuzzlewit The Personal History, Adventures, Experience and Observation of David Copperfield the Younger of Blunderstone Rookery (which he never meant to publish on any account : David Copperfield Suivant

Dombey et Fils (en anglais Dombey and Son), précédé de Martin Chuzzlewit et suivi de David Copperfield, est un roman anglais de Charles Dickens (1812-1870), publié à Londres en dix-neuf feuilletons d'octobre 1846 à avril 1848 par The Graphic Magazine, puis en un volume chez Bradbury and Evans en 1848. Le roman a d'abord paru sous son titre complet, Dealings with the Firm of Dombey and Son: Wholesale, Retail and for Exportation[1](traduit dans La Pléiade par Dossier de la maison Dombey et Fils[2]), puis abrégé en Dombey and Son. Il a été illustré, selon des indications très précises de Dickens[3], par le dessinateur Hablot Knight Browne, alias Phiz[N 1],[4].

Avec ce septième roman, Dickens couronne une première phase de son œuvre créatrice[5], parvenue, selon la critique, à sa maturité[6]. À ce titre, il représente une charnière (watershed novel) annonçant « les œuvres plus mûres et artistiquement plus satisfaisantes »[7], avec, en effet, une parfaire adéquation entre d'une part sa perception des tensions sociales de l'époque et sa signification morale, et de l'autre, la cohérence de sa structure et la pertinence de son réseau symbolique[8].

Si, comme il l'écrit lui-même dans la préface d'une édition de 1865, le thème principal du roman précédent, Martin Chuzzlewit, a été l'égoïsme, celui de Dombey and Son concerne l'orgueil démesuré d'un père que suit, après bien de tragiques turbulences, sa rédemption. Les trois-cents premières pages concernent essentiellement les relations existant entre ce père et son fils, le Petit Paul, qui se languit et meurt, et l'amour exclusif que se portent Paul et sa sœur Florence que Mr Dombey néglige sans retenue. Le reste du roman concerne plutôt la relation père-fille que le malheur finit par rapprocher, Mr Dombey, en effet, perdant de sa superbe sous les coups du sort et cédant enfin à l'affection restée sans faille de Florence. Dans l'ensemble, malgré des passages comiques comme il s'en trouve dans toute l'œuvre de Dickens, Dombey and Son est un roman d'humeur sombre qui oppose symboliquement le foyer aride de Mr Dombey au rayonnement affectueux de la famille Toodle et au luminaire qu'est l'établissement nautique dirigé par Solomon Gills, l'oncle Sol, au nom prédestiné.

Lors de sa publication en feuilleton, le public n'a jamais boudé son plaisir et, à la parution en volume, Dombey and Son a été, à la différence de son prédécesseur Martin Chuzzlewit, plutôt bien accueilli par la critique. Constamment réédité dans les pays anglophones et en traduction, il figure aussi au programme de littérature des établissements universitaires, et a été plusieurs fois à l'honneur en France aux concours du CAPES et de l'Agrégation d'anglais, notamment en 1991[9].

* Édition de référence : (en) Charles Dickens, Dombey and Sons, Ware, Wordsworth Editions Limited,‎ 1995 (ISBN I-85326-257-9).

Sommaire

Genèse[modifier | modifier le code]

Il devait s'écouler plus d'un an entre l'achèvement de Martin Chuzzlewit et la publication de ce nouveau roman, « intervalle le plus long, note Sylvère Monod, qui eût jamais séparé deux romans consécutifs de Dickens »[10].

Une mise en route retardée[modifier | modifier le code]

Il lui faut compter, en effet, avec des œuvres plus courtes, publiées entre 1844 et 1846, trois Contes de Noël et les Images d'Italie, à quoi s'ajoutent de nombreux articles pour des journaux londoniens[10], frénésie de travail rendue nécessaire, explique Monod, par les besoins financiers qu'exige sa famille qui ne cesse de grandir, sept enfants s'étant suivis presque sans discontinuer[10].

Plus encore que le travail littéraire, cette période est marquée par d'incessants voyages, beaucoup d'agitation et une instabilité croissante[10] : Gênes, où il déménage deux fois et, surtout, où il rencontre Mme de la Rue qu'il soigne par l'hypnose d'une maladie nerveuse ; séjour qu'entrecoupent aussi cinq semaines passées à Londres pour lire à des amis réunis chez Forster les épreuves de Les Carillons (The Chimes)[10] ; puis viennent d'autres déplacements dans la péninsule italienne, surtout pour fêter Pâques à Rome et réaliser l'ascension du Vésuve[11]. Le retour en Angleterre avec sa famille au début de l'été 1845 est tout entier dirigé vers l'organisation de représentations théâtrales, mais la fin de l'année prépare une nouvelle aventure, le lancement d'un quotidien radical, The Daily News dont il doit être, pour 2 000 £ annuels, le rédacteur en chef, et à laquelle il consacre toute son énergie[11]. Une semaine après, cependant, il en est dégoûté et donne sa démission le 9 février 1846, remplacé par Forster. Et comme s'il voulait exorciser le souvenir de cette aventure ratée, il va s'installer en mai 1846 à Lausanne avec femme, enfants et bagages, y compris Georgina Hogarth et les domestiques[11]. C'est là que se précise le germe d'un nouveau roman, mais quelques mois plus tard, il est à Paris d'où il se rend en Angleterre de temps à autre pour régler ses affaires avec les éditeurs, avant d'y revenir en février 1847 pour achever la rédaction à Broadstairs, puis à Londres pour rédiger précipitamment deux pages manquantes de la nouvelle œuvre[11]. Lausanne, en effet, lui pèse ; comme il l'explique à Forster, il a besoin de vivre dans une cité très animée pour travailler efficacement[12] : « Je suppose que c'est le résultat de deux années de relâchement et en partie l'effet de manque de rues et de silhouettes très nombreuses. Je ne saurais dire à quel point ces éléments me manquent. Tout se passe comme s'ils fournissaient à mon cerveau un aliment dont il ne peut se passer sans dommage, quand il est actif […] la peine et la difficulté d'écrire, jour après jour, sans le secours de cette lanterne magique, sont IMMENSES ! ». Et quelques jours plus tard, il ajoute : « L'absence de rues accessibles continue de me tourmenter […] de la façon la plus singulière. C'est tout un petit phénomène mental […] Il semble que je sois incapable de me débarrasser de mes spectres si je ne puis les perdre dans une foule »[13].

Le démarrage[modifier | modifier le code]

Marguerite, Comtesse de Blessington par Thomas Lawrence (1822)

Le titre premier du roman a été Dealings with the firm of Dombey & Son, Wholesale, Retail, and for Exportation[11], puis Dickens supprime les derniers mots pour ne retenir que le début, ses notes manuscrites portant toutes la formule Dealings with the firm of Dombey & Son. Sylvère Monod note que le double sens du mot Dealings, « ayant trait à » et « transactions », revêt pour lui un attrait particulier[11], mais, ajoute-t-il, la postérité n'a retenu que les mots Dombey & Son et le roman est même souvent désigné par le simple nom de Dombey[11].

La première mention de Dombey et Fils apparaît dans une lettre à John Forster neuf jour après le lancement du Daily News : « J'ai ce matin ressassé l'idée de quitter le journal et d'aller une fois de plus à l'étranger pour écrire un nouveau livre à 1 shilling le numéro »[14]. Après son retrait du nouveau quotidien et son départ pour la Suisse[15], il écrit à la comtesse de Blessington[N 2] qu'il « pense vaguement à un autre livre », ce qui le conduit à « errer la nuit dans les endroits les plus étranges, selon son habitude en de telles circonstances, à la recherche du repos mais sans le trouver »[16],[17].

De fait, il annonce bientôt à Forster, et triomphalement - le point d'exclamation en témoigne : « Ai commencé Dombey ! »[18]. Mais la rédaction est lente[17] et il avoue que son inspiration est en manque (missing) de ses longues randonnées à travers les rues de la capitale ; il garde cependant en réserve « une grande surprise […] une forme nouvelle et très particulière d'intérêt, ce qui nécessite un tout petit peu de délicatesse dans la mise en œuvre »[19].

L'affaire est déjà dans le sac[modifier | modifier le code]

Il reste très confiant cependant, car, précise-t-il, « l'idée directrice est très forte »[20]. En témoignent les lettres à Forster, d'autant plus nombreuses que les Dickens sont à l'étranger, mais aussi les mémorandums, en tout dix-neuf feuillets : l'irrégularité croisante de l'inspiration l'obligeant, selon Sylvère Monod, à « organiser son travail de façon bien plus serrée et méthodique » qu'à son habitude[21]. Chaque feuille correspondant à une livraison se compose de deux parties : à gauche, une liste d'idées, personnages nouveaux, évolutions psychologiques, noms propres, incidents, phrases importantes ; à droite, sous le titre complet, les chapitres numérotés et presque toujours pourvus d'un titre, un résumé chronologique de chacun d'eux. Sylvère Monod pense que Dickens notait d'abord ses idées à gauche, puis décidait du nombre de chapitres, répartissait ses notions entre eux, enfin les écrivait en suivant le plan indiqué. Au cours de la rédaction d'une livraison, il avait toujours sous les yeux la feuille des mems correspondante, chacune portant la marque des diverses étapes de sa création[21],[N 3].

Une avance confortable[modifier | modifier le code]

Il insiste pour que le titre en reste secret[22], mais les premiers numéros sont envoyés à Forster les 25 et 26 juillet, avec les grandes lignes de ce qu'il appelle : « le bouillon de la soupe », ce qui montre, selon Paul Schlicke, que la mort de Paul, le rejet de Florence, la banqueroute de la firme Dombey, la fidélité aimante de Florence envers son père, tout cela a déjà et depuis longtemps été planifié[17]. Le roman est le premier pour lequel subsistent des notes de travail complètes, avec le détail de chaque numéro : elles montrent que Dickens a deux bons mois d'avance sur les parutions successives des numéros[N 4],[17], encore que son avance diminuera au fil des mois pour se restreindre à une semaine. Les notes témoignent aussi de la mort programmée du Petit Paul (born, to die) et que sa maladie ne doit « s'exprimer qu'au travers des sentiments de l'enfant ». Elles révèlent aussi que trois fois, Dickens a changé d'avis : il a repoussé la disparition de l'enfant du chapitre IV au chapitre V, sauvé Walter qui, au départ, était promis à un triste sort, et épargné Edith de l'adultère et de la mort, cela sur les instances de Lord Jeffrey qui « refuse de croire, mais alors refuse catégoriquement, qu'Edith soit la maîtresse de Carker »[23].

Les quatre premiers numéros ont dû être remaniés lors de la sortie des épreuves, ce qui, selon Alan Horseman, rogne « assez malheureusement » l'impact de « l'idée directrice »[24]. Le sixième numéro a été complètement réécrit et, juste avant sa parution, Dickens s'est rendu en hâte à Londres pour effectuer les dernières rectifications[25], le numéro s'avérant à court de deux pages[11]. Dans l'ensemble, les notes et la correspondance soulignent le soin apporté à la rédaction, les difficultés éprouvées devant les mises au point, le tout, cependant, dans une confiance totale quant à la qualité du travail accompli[17], mais non sans émotion : après avoir « abattu une pauvre victime innocente », telle est sa description de la mort du Petit Paul, « il ne pouvait espérer trouver le sommeil » et a passé toute la nuit à arpenter les rues de Paris[26],[27].

Avant la publication, Dickens lit les deux premiers numéros à ses amis et c'est au cours de la seconde séance qu'il confie à Forster son projet d'organiser des lectures publiques de ses œuvres[28], et, signale Paul Schlicke, « ce n'est pas par coïncidence qu'il a choisi un extrait de Dombey pour sa première représentation »[29].

Un livre né au milieu d'une frénésie de projets[modifier | modifier le code]

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La rédaction n'a pas été sans difficultés, Dickens menant plusieurs projets de front, sa version du Nouveau Testament destinée à ses propres enfants, ce qui explique peut-être le ton religieux du roman[29] ; l'impossibilité qu'il ressent, pour la première fois, à se concentrer sur deux romans à la fois, ce qui le conduit presque à abandonner La Bataille de la vie, lui fait repousser en 1847 L'homme hanté jusqu'à ce que Dombey soit terminé[29]. C'est aussi l'époque où il se lance dans le projet d'une école modèle pour les enfants pauvres (ragged school), ce qui le contraint à visiter nombre d'établissements, tout en envoyant des rapports circonstanciés de son action à Angela Burdett-Coutts, James Kay-Shuttleworth[N 5] et Lord John Russell[N 6]. Là encore, aucune coïncidence : l'éducation des enfants est l'un des thèmes majeurs du roman et s'y trouve l'une des plus critiques descriptions d"un établissement scolaire, l'« académie » de Mr Blimber à Brighton[29] ; autre mission concomitante, et qui sera menée à bien avec Angela Burdett-Coutts, l'institution de Uranius Cottage, refuge pour les femmes dites perdues, qui ouvre ses portes en novembre 1847 : dans Dombey, le portait d'Alice Marwood et le sort d'Edith semblent refléter ces préoccupations[29].

Un roman intimement lié à la vie privée de son auteur[modifier | modifier le code]

« Plus qu'aucun autre de ses romans, Dombey et Fils est lié à sa propre vie », écrit Paul Schlicke[29], et de cela Dickens est tout à fait conscient, puisqu'il écrit à John Forster : « J'espère que vous aimez l'établissement de Mrs Pipchin. Il a été pris sur le vif, j'y étais »[30]. Forster lui-même identifie Mrs Pipchin comme étant Mrs Elizabeth Roylance, chez qui Dickens a logé lors de l'incarcération de ses parents à la prison de Marshalsea, et, en effet, ce nom figure dans les notes relatives à Dombey[29]. Forster explique qu'il y a là une reviviscence des souffrances endurées pendant l'enfance, tels qu'elles ont été rapportées dans les Fragments autobiographiques lui ayant été remis. D'ailleurs, précise Valerie Purton, « l'intense identification avec les personnages centraux du roman doit beaucoup à cette matrice autobiographique, plus particulièrement la présentation de scènes selon une perspective d'enfant »[31]. C'est pourquoi, nombre de critiques jugent que Dombey conduit tout droit au plus autobiographique des romans de Dickens, celui qui, en effet, le suit en 1850, David Copperfield[29].

C'est à Brighton que Dickens a terminé son roman le 24 mars 1848 et le lendemain, au dernier moment, il s'est rappelé avoir oublié Diogenes, le chien, sur la liste des personnages, ce qu'il répare aussitôt ; et le 11 avril, il offre à ses amis un dîner pour fêter sa nouvelle œuvre[29]. Plus tard, il écrira à Forster, « J'ai la conviction que si l'un de mes livres est encore lu d'ici des années, c'est Dombey dont on se souviendra comme l'un des meilleurs que j'ai réalisés »[32].

Contrat, texte et publication[modifier | modifier le code]

Les différentes publications[modifier | modifier le code]

Les accords passés avec Bradbury and Evans le 1er juin 1844 ne comportaient, explique Fortser, « aucune obligation quant à la nature des œuvres à venir ou non, ni sur leur forme »[33]. Dombey et Fils ne fit pas l'objet d'un contrat séparé, et le roman fut annoncé pour la première fois le 18 avril 1848. Dickens songeait déjà à quitter son éditeur pour revenir à Chapman and Hall[34], mais la rupture n'intervint qu'en 1858[29]. Ce fut donc Btadbury and Evans qui publia l'œuvre en vingt numéros mensuels (comptant pour dix-neuf) du 1er octobre 1846 au 1er avril 1848, puis en un volume le 12 avril 1848, avec une dédicace à la marquise (Marchioness) de Normandy et une brève préface datée du 14 mars 1848[29]. L'édition dite « bon marché » parut en 1858 et celle dite « Bibliothèque » en 1959, sans que Dickens eut apporté la moindre modification à son texte. En revanche, une nouvelle préface fut rédigée en 1858 dans laquelle il répondit à la critique concernant le personnage de Mr Dombey et insista sur sa cohérence qui avait été mise en doute[29].

Calendrier des parutions en feuilleton
Numéro Date Chapitres
I octobre 1846 (1–4)
II novembre 1846 (5–7)
III décembre 1846 (8–10)
IV janvier 1847 (11–13)
V février 1847 (14–16)
VI mars 1847 (17–19)
VII avril 1847 (20–22)
VIII mai 1847 (23–25)
IX juin 1847 (26–28)
X juillet 1847 (29–31)
XI août 1847 (32–34)
XII septembre 1847 (35–38)
XIII octobre 1847 (39–41)
XIV novembre 1847 (42–45)
XV décembre 1847 (46–48)
XVI janvier 1848 (49–51)
XVII février 1848 (52–54)
XVIII mars 1848 (57–57)
XIX–XX avril 1848 (58–62)

Illustrations[modifier | modifier le code]

Hablot Knight Browne (1815-1882)

Les illustrations de Dombey, en tout trente-huit planches, le frontispice, la couverture et la page-titre, sont tous dus à Hablot Knight Browne qui les signent de son nom sans utiliser son pseudonyme Phiz[29]. La couverture décrit allégoriquement le cours des diverses fortunes de Mr Dombey, et Dickens se demande dans une lettre à Forster s'il « n'en a pas un peu trop fait, car cela risque de dévoiler l'intrigue » (Voir :Le paratexte)[35]. Bien que Forster ait nié que le personnage de Dombey fût fondé sur quelqu'un de précis, Dickens avait bel et bien un modèle en tête, puis qu'il a demandé à Browne de regarder du côté de Sir A–F–E de D–'s, en vain semble-t-il, car l'illustrateur en a proposé plusieurs versions[36],[37]. Dans la vignette et sur l'une des gravures, le crochet du capitaine Cuttle est fixé sur le mauvais bras. Manifestement, même si Dickens fait des propositions, il laisse beaucoup de liberté à Hablot Knight Browne[36]. Quatorze estampes de personnages de son cru furent publiés séparément[38].

Accueil[modifier | modifier le code]

Sylvère Monod rapporte l'anecdote selon laquelle « une femme de ménage, travaillant chez la belle-mère du romancier, à l'époque où le jeune Chaeley était malade, demanda un jour  :
- Mon Dieu, Madame, ! Le jeune monsieur qui est là-haut est-il le fils de l'homme qui a assemblé Dombey ? »
et fiint par avouer la cause de sa stupeur incrédule :
- Mon Dieu, Madame ! Je croyais qu'il aurait fallu trois ou quatre hommes pour assembler 'Dombey »
[39].

C'est dire la popularité de Dombey[40]

Les contemporains[modifier | modifier le code]

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Alors que Martin Chuzzlewit avait suscité des critiques et ne s'était vendu qu'à 20 000 exemplaires par mois, Dombey and Son est vite passé de 25 000 à 34 000 dès juin 1848[41]. Dès le premier numéro, les éditeurs sont aux abois et travaillent d'arrache-pied pendant quatre-vingt dix heures supplémentaires pour faire face aux demandes du public[42]. En tout, alors que Thackeray ne dépasse pas les 5 000 et ne touche que 60 £ par livraison, Dickens en engrange environ 9 000[43], ce qui lui assure un confort financier encore jamais connu, confirmé par Forster qui écrit qu'après les quatre premiers numéros, « tous [s]es soucis d'argent prirent fin »[44]. Les comptes rendus sont extrêmement élogieux et la réaction des lecteurs « légendaire »[41]. Lord Jeffrey écrit après avoir lu le récit de la mort du Petit Paul : « Oh, mon cher, cher Dickens ! Quel cinquième numéro ne nous avez-vous pas donné ! J'ai tant pleuré et sangloté hier soir, et encore ce matin que je mon cœur s'est senti purifié par ces larmes et vous a béni et chéri de les lui avoir fait verser »[45]. Macaulay, lui, écrit qu'« un passage [l]'a fait pleurer comme si son cœur allait de rompre »[46]. Quant à Thackeray, il se précipite dans son bureau de Punch avec le même numéro sous le bras en s'exclamant : « Auncun écrit n'égale la puissance de ça. On n'a aucune chance ! Lisez ce chapitre consacré à la mort du jeune Paul, on n'a jamais fait mieux, c'est prodigieux ! »[47]. Et John Forster ajoute que sa mort « jeta la nation tout entière dans le deuil »[46].

Cependant, le titre fait parfois broncher puisque le deuxième nommé, le Fils, disparaît si rapidement, laissant l'histoire au seul père. Pourtant, Edgar Johnson justifie ce choix en soulignant l'ironie de cette situation qui renvoie le lecteur au véritable sujet du livre, celui des relations entre le père et la fille[48]. Pour autant, le personnage du Petit Paul se voit quelque peu critiqué : lors d'un procès, un témoin écrit dans son journal : « Ai vu Paul Dombey. L'ai trouvé sans la moindre consistance - en aucune façon conforme à la nature - une vraie monstruosité. N'ai pas pensé qu'il eut été bon à quoi que ce soit s'il eut grandi »[49]. De même, est souligné le manque de vraisemblance psychologique de Florence dont l'amour pour son père semble immodéré et l'infaillible bonté peu crédible. Il est vrai qu'en cela, elle ressemble à la Rose Maylie d'Oliver Twist, à l'Esther Summerson de La Maison d'Âpre-Vent ou à la Biddy de Les Grandes Espérances. À l'inverse, la fuite d'Edith avec Carker a été jugée inopportune car incompatible avec les mœurs de l'époque : « la bonté de certains personnages secondaires, a-t-on pu lire, devient lassante, tout comme le vice de certains autres porte au dégoût »[49]. Même le symbolisme appuyé du roman suscite quelques remarques ironiques, par exemple : « Le livre déborde de vagues chuchotantes et vagabondes, de sombres rivières roulant leur flot jusqu'à la mer, de vents et de clapotis dorés »[49]. En revanche, le personnage de Dombey est parfois apprécié, ce qui témoigne d'une évolution de la société, séduite par l'émergence de la classe moyenne argentée : « Il y a quelque chose d'éminemment respectable dans cet orgueil, quelque chose d'honorable dans cette vanité, la fierté britannique d'être un marchand et un gentleman droit comme un i »[49].

La postérité[modifier | modifier le code]

Les lecteurs de la fin du XIXe siècle se sont montrés plus réticents envers Dombey et Fils, moins sensibles que les générations précédentes à son côté sentimental et mélodramatique[50]. Cependant, depuis les analyses de Chesterton, les critiques ont souligné la cohérence et la puissance de la dernière manière de Dickens qu'il inaugure[50]. En 1954, Kathleen Tillotson y voit l'une des quatre œuvres les plus représentatives des années 1840 et Raymond Wiliams le considère comme un chef-d'œuvre d'art populaire écrit en une période d'incertitude, bien différent des œuvres plus posées d'écrivains comme George Eliot et Henry James[51]. Lorsque F. R. Leavis a enfin reconnu l'importance de l'œuvre de Dickens, Dombey et Fils a été le premier de ses livres sur lequel il s'est penché. Plus récemment, des critiques tels que Nina Auerbach et Helene Mogden ont étudié les polarités des sphères masculine et féminine dans le cadre d'une analyse de ce qu'elles appellent « la politique sexuelle » du roman[50]

Intrigue[modifier | modifier le code]

Dickens en 1842, par Francis Alexander (1800-1880).

Dès le début, Dickens a une idée directrice très fermement installée en lui, comme en témoigne une lettre à John Forster : « J'ai l'intention de montrer Mr D., écrit-il, avec cette unique idée du Fils s'emparant de plus en plus solidement de lui, et enflant et grossissant son orgueil jusqu'à un degré prodigieux […] Mais l'affection naturelle du jeune garçon se tournera vers la sœur méprisée […] Quand le garçon aura à peu près dix ans (dans le quatrième numéro), il tomber malade et mourra […] C'est ainsi que j'ai l'intention de poursuivre le récit… en passant pas la décadence et la ruine de la maison, et la banqueroute de Dombey, et tout le reste. Alors son seul soutien, son seul trésor, et son bon génie méconnu en toute circonstance, sera cette fille refusée, qui finira par se révéler plus précieuse que n'importe quel fils »[52],[15].

L'histoire s'ouvre dans la lugubre demeure de Mr Dombey, le chef de la puissante maison d'expédition « Dombey and Son » (« Dombey et Fils »), qui se réjouit de la naissance d'un héritier, le « Petit Paul ».

Une fille rejetée par son père[modifier | modifier le code]

Peu après, la mère de l'enfant meurt des suites de l'accouchement en serrant sa fille Florence sur son cœur. Florence cherche en vain à gagner l'affection de son père qui, froid, fier et dominateur, la néglige pour la seule raison qu'elle est une fille. Après le décès de son épouse, Mr Dombey reporte tous ses espoirs sur le nouveau-né et, sur les conseils de sa sœur Mrs Louisa Chick, recrute une nourrice, Polly Toodle, à qui il impose le nom de Mrs Richards et interdit tout contact avec sa propre famille. Un jour cependant, Mrs Richards, en mal de ses enfants, Florence et sa servante Susan Nipper se rendent clandestinement chez Mr Toodle à Stagg's Gardens. Au cours de la sortie, Florence s'éloigne du groupe et se trouve brièvement enlevée par une certaine « Good Mrs Brown » qui la relâche dans la rue. Florence, très éprouvée par sa mésaventure, rejoint à pied les bureaux de Mr Dombey dans la Cité de Londres, où elle reçoit l'aide d'un employé, Walter Gay, qui la présente à son oncle, Solomon Gills (Uncle Sol), spécialisé dans la fabrication d'instruments nautiques qu'il réalise dans sa boutique The Midshipman (« l'Aspirant de marine »)[N 7],[53].

Un enfant étrange[modifier | modifier le code]

L'Aspirant de bois, enseigne de la boutique d'Oncle Sol, musée Charles Dickens.

Le Petit Paul, fragile, souvent malade, peu enclin à fréquenter les enfants de son âge, passe pour « vieillot » (old-fashioned), voire vieilli avant l'âge, et s'avère incapable de répondre aux ambitions paternelles ; quoique doux et gentil envers son entourage, il est passionnément attaché à sa sœur, ce qui irrite Mr Dombey qui voudrait occuper le première place dans ses affections. Pour promouvoir son éducation, ce dernier l'envoie dans l'institution du Dr et de Mrs Blimber à Brighton, et place Florence chez la vieille et acariâtre Mrs Pipchin. À Brighton, les méthodes pédagogiques mises en œuvre par le répétiteur Mr Feeder, B.A. et Cornelia Blimber, consistent surtout à étouffer toute velléité personnelle et à bourrer l'esprit des élèves d'un savoir aussi érudit qu'inutile. Paul s'y lie d'amitié avec Toots, « head boy » de l'école[N 8],[54], qui succombe aux charmes de Florence et se consolera plus tard en épousant Susan Nipper, l'accorte bonne de la jeune fille. Le Petit Paul, lui, se languit de sa sœur et dépérit dans cette serre pédagogique où les enfants sont trop tôt ָ« montés en graine » (run to seed). Il se lie aussi avec un vieux loup de mer qui, sur la plage où il est parfois conduit, lui conte des histoires mystérieuses de fonds marins peuplés d'étranges et poétiques créatures.

Mais sa santé décline ; peu à peu affaibli, il finit par être ramené à Londres où, malgré les soins des meilleurs spécialistes et le dévouement de Florence, il meurt en une scène pathétique restée célèbre. Serré contre sa sœur, le petit Paul entrevoit sa mère défunte et murmure : « Son halo éclaire mon chemin » (« The light about her head is shining on me as I go »). Mr Dombey repousse encore une fois les supplications de Florence et envoie Walter à la Barbade sur les conseils de Mr James Carker, le directeur de la firme qui voit dans le jeune homme un rival potentiel. La nouvelle se répand que le bateau s'est abîmé en haute mer et que Walter est porté disparu. Oncle Sol part à sa recherche et laisse son grand ami le Captain Edward Cuttle responsable du « Midshipman's ». Florence reste seule avec quelques proches, tandis que Mr Dombey, accablé de douleur par la perte de son fils et l'anéantissement de ses espoirs, se mure dans le silence et l'obscurité de ses appartements.

Mr Dombey se remarie[modifier | modifier le code]

Mr Carker et Edith Dombey.
Captain Cuttle et Florence Dombey, Charles Green

Mr Dombey se rend à Leamington Spa, ville d'eau à la mode, en compagnie d'un nouvel ami, le Major Bagstock, qui s'incruste auprès de lui pour aiguiser la jalousie de Miss Tox, sa voisine à Princess's Place, dont l'attention, par l'intermédiaire de Mrs Chick, se porte désormais sur le riche homme d'affaires. Le Major Bagstock le présente à Mrs Skewton, en villégiature avec sa fille Mrs Edith Granger, dont il s'éprend, vivement encouragé par la mère et le major qui espèrent en tirer profit. À son retour à Londres, il « achète » la belle et hautaine Edith, et s'ensuit un mariage sans amour, la seconde Mrs Dombey méprisant son mari pour son incommensurable orgueil et lui, la trouvant désormais superficielle et incapable. Edith se prend d'amitié pour Florence et reste au foyer auprès d'elle, mais finit par consentir à un complot fomenté par Carker pour discréditer son employeur.

Après une dernière querelle au cours de laquelle Mr Dombey essaie en vain de la faire plier, elle s'enfuit en compagnie de Carker jusqu'à Dijon. Lorsqu'il découvre la fugue, Mr Dombey s'en prend à Florence qu'il accuse de soutenir sa belle-mère, et dans sa colère, il lui porte un violent coup à la poitrine. La jeune fille quitte à son tour le foyer et, dans son extrême détresse physique et psychologique, trouve refuge chez le Captain Cuttle qui la couve de ses soins. Le jeune Toots, amoureux de Florence depuis leur rencontre à Brighton, leur rend souvent visite, accompagné de Game Chicken, bagarreur bruyant mais gentil garçon, dont le nom évoque l'univers de la boxe.

Aidé de Mrs Brown et de sa fille Alice, Mr Dombey résolut de rechercher sa femme. Alice, de retour en Angleterre après une longue absence, est une ancienne maîtresse de Carker qui cherche à s'en venger pour des actes de délinquance lui ayant valu la déportation. Alors qu'il se rend chez Mrs Brown, Dombey surprend une conversation entre la vieille femme et Rob the Grinder, employé de Carker, concernant les pérégrinations du couple en fuite, et il se met aussitôt en route pour la France. À Dijon, cependant, Mrs Dombey fait savoir à Carker qu'elle n'éprouve pas plus d'estime pour lui que pour Dombey et qu'elle n'a nulle intention de rester avec lui. Très vite, en effet, elle quitte leur logis tandis que Carker, redoutant la vindicte de son ancien patron, regagne l'Angleterre où il se cache jusqu'à ce que, à bout de forces, il tombe accidentellement sous un train et meurt.

La firme en faillite[modifier | modifier le code]

Captain Cuttle par Kyd (Joseph Clayton Clarke)
Toots par Kyd (Joseph Clayton Clarke)

La disparition de Carker révèle que, sous sa direction, la firme « Dombey and Son » s'est lourdement endettée, nouvelle que son frère et sa sœur, John et Harriet, apprennent de la bouche de Mr Morfin, l'assistant de Carker parti le secourir. Mr Morfin a souvent surpris des scènes au cours desquelles James insulte son aîné, employé de bas étage. Entretemps, Walter Gay réapparaît au « Midshipman's » ; il a été sauvé des eaux par un navire de passage alors qu'il flottait sur un débris avec deux autres marins. Florence et lui deviennent amants, puis se marient avant de prendre la mer pour la Chine à bord du nouveau bateau de Walter. Solomon Gills revient lui aussi, ayant appris à la Barbade le sauvetage du jeune homme.

Florence et Walter quittent Londres ; Walter a confié à Solomon Gills une lettre destinée à Mr Dombey, dans laquelle il le conjure de se réconcilier avec le jeune couple. Alice Brown, minée par la maladie, et malgré les soins de Harriet Carker, est à l'agonie ; un soir, sa mère révèle qu'Alice est en réalité la cousine d'Edith, la seconde épouse de Mr Dombey. C'est alors que la maison « Dombey and Son » fait banqueroute. Dombey se retire dans deux pièces et met son mobilier en vente. Mrs Pipchin, gouvernante depuis quelques mois, renvoie le personnel et retourne à Brighton, remplacée par « Mrs Richards » ; Dombey demeure plongé dans le désespoir, refuse de voir quiconque, tout en se languissant de sa fille si longtemps rejetée.

Tout est bien qui finit mieux[modifier | modifier le code]

Florence revient à Londres, mais avec un nouveau Petit Paul. Elle emmène son père dans son foyer où il vit désormais, entouré de l'affection des siens, veillé avec sollicitude par Florence et la fidèle Susan NIpper, devenue entretemps Mrs Toots. Un jour, ils reçoivent la visite de « Cousin Feenix », vieux cousin aristocrate d'Edith qui l'avait secourue lors de sa fugue en France, puis en Angleterre. Edith remet une lettre à Florence, demande le pardon à Dombey, puis se rend avec son parent dans le sud de l'Italie pour une nouvelle vie.

Le dernier chapitre montre Dombey en vieil homme aux cheveux blancs. Sol Gills et Ned Cuttle sont associés au « Midshipman's », Mr et Mrs Toots annoncent la naissance de leur troisième fille. Walter vient d'être nommé à un poste de responsabilité et Dombey est grand-père d'un petit-fils et d'une petite-fille qu'il chérit de tout son cœur.

Le roman se termine sur ces deux phrases (chapitre LXII, p. 769 :

– Grand-père, pourquoi pleures-tu lorsque tu me donnes un baiser ?

Sa seule réponse est : « Petite Florence ! Petite Florence ! », et il écarte les bouclettes qui voilent l'ardent regard de l'enfant[55].

Sources et contexte[modifier | modifier le code]

Le nom qui a donné son titre au roman, Dombey and Son, n'a pas été inventé par Dickens : en effet, Percy Fitzgerald signale qu'« il lui a fallu une certaine audace pour le choisir, considérant qu'il y avait dans Frenchurch Street Dombey and Son, high class tailors, American and Colonial outfitters (Dombey et Fils, tailleurs de première classe, fournisseurs des Amériques et des Colonies) »[56].

Selon Forster, l'idée directrice de Dombey et Fils est de « traiter l'Orgueil comme son prédécesseur, Martin Chuzzlewit, avait traité l'Égoïsme »[57]. Paul Schlicke ajoute qu'il n'est pas anodin que Dickens ait choisi comme pièce pour ses activités théâtrales entre ces deux romans Everyman in His Humour (« Chaque homme dans son caractère »[58]) de Ben Jonson, c'est-à-dire une comédie avec des personnages dominés par une seule obsession[36]. Autre source possible, Le Roi Lear de Shakespeare à quoi, selon Alexander Welsh, se rattachent d'une manière ou d'une autre, tous les personnages du roman que le manque d'un héritier a dès le départ éloignés les uns des autres[59]. Florence, en particulier, s'apparente à Cordelia, cette figure de fille qui « rachète la nature »[60]. Julian Moynahan va même jusqu'à souligner le pouvoir féminin qu'il appelle « mythique » qu'incarne Florence, triomphant in fine dans la conclusion du roman[61].

Dombey et Fils s'appuie également sur l'actualité de son temps. Taine prétend que « Vous voyez-là un caractère qui ne pouvait se produire que dans un pays dont le commerce embrasse le monde, où les négociants sont des potentats, où une compagnie de marchands a exploité des continents, soutenu des guerres, défait des royaumes »[62]. Les romans qui ont suivi, La Maison d'Âpre-Vent et La Petite Dorrit, mettent les institutions au cœur du roman et l'intention première de Dickens était bien de donner à l'entreprise « Dombey et Fils » une part prépondérante, mais, expliquent John Butt et Kathleen Tillotson, bien que son rôle ait été réduit, reste « l'omniprésent sentiment qu'une famille ne saurait être gérée comme une affaire »[63].

Les premiers comptes rendus notent l'actualité de la satire visant le système éducatif et aussi la furie des chemins de fer qui s'est emparée du pays[36]. A. O. J. Cockshut écrit à ce sujet qu'en effet, « Dombey et Fils est sans doute le premier roman anglais d'importance à se pencher sur la révolution industrielle. À ce titre il tranche sur les autres livres de Dickens et encore plus sur ceux de l'époque par son atmosphère si typique de décennie qui l'a vu naître, l'âge de la fièvre ferroviaire »[64]. Les critiques du XXe siècle, cependant, mettent plutôt l'accent sur la réponse apportée aux bouleversements sociaux des années 1840 dont, selon Stephen Marcus, « le chemin de fer est le symbole »[65]. En 1846, en effet, le Parlement autorise la construction de 4 538 miles nouveaux, soit 7303.20307 kilomètres[66], ce qui crée un bouleversement sur la vie sociale anglaise « difficile à exagérer »[67]. Les spéculateurs, appelés stags, s'en donnent à cœur-joie sur les actions, la description que fait Dickens de Stagg's Gardens, près de Camden Town, soulignant le cataclysme ambiant, avec des mots-clefs tels que « choc », « tremblement de terre », « maisons éventrées », « puits et tranchées », etc.[68] Pour autant, A. O. J. Cockshut écrit que le roman ne saurait être réduit à un pamphlet social, même s'il se fait l'écho des immenses mutations économiques et sociales de l'époque ; c'est écrit-il, avant tout « un livre centré sur Londres, une nouvelle Londres vive, commerciale et à la mode, d'où ont disparu les pittoresques ruelles et les étranges auberges du précédent Dickens […] C'est une Londres devenue le centre du monde bancaire et des affaires, et aussi, ce qui aura son importance, un grand port de mer »[64].

Philip Collins, quant à lui, souligne que le roman, plus qu'un document sur le système économique du XIXe siècle, a pour principale préoccupation les conséquences morales de d'orgueil accouplé à la richesse, et que la fuite d'Edith avec Carker, leur confrontation à Dijon et la mort de l'amant sous les roues d'un train relèvent plutôt du sensationnalisme et du mélodramatique propres à Dickens que d'un réalisme social ; de même, selon lui, Florence ressortit à la veine sentimentale du siècle précédent ou encore à celle des contes de fées bien plus qu'elle n'est une jeune femme typique de son temps[69].

Personnages[modifier | modifier le code]

Recensement[modifier | modifier le code]

Presque tous les noms propres évoquent, par leur sonorité, directement ou par allusion, un trait de caractère. Une brève explication est donnée au regard de chacun d'entre eux.

  • Mr Paul Dombey : riche propriétaire d'une maison d'expédition. Le nom « Dombey » évoque l'adjectif dumb qui, au sens figuré, signifie stupide, et aussi le nom commun donkey (âne).
  • Edith Granger : orgueilleuse veuve, fille de Mrs Skewton, devient la seconde Mrs Dombey.
  • Mrs Fanny Dombey : première épouse de Mr Dombey, mère de Florence et de Paul, morte peu après la naissance de Paul. Le prénom « Fanny » a une connotation proprement féminine en anglais de Grande-Bretagne[70].
  • Master Paul Dombey (le Petit Paul) : fils de Mr Dombey, malingre et souvent malade.
  • Miss Florence (Floy) Dombey : fille aînée de Mr Dombey qu'il néglige sans ménagement. Dans « Florence », comme en français, se retrouve la fleur.
  • Mrs Louisa Chick : sœur de Mr Dombey. « Chick » signifie « poussin ».
  • Mr Chick : époux de Mrs Chick.
  • Miss Lucretia Tox : amie de Mrs Chick, grande admiratrice de Mr Dombey, et voisine du Major Joseph Bagstock. « Tox » rappelle la drogue, comme si la demoiselle en question était « intoxiquée », tant elle est imbue de Mr Dombey.
  • James Carker (Mr Carker the Manager) : directeur véreux de la firme « Dombey and Son ». « Carker » évoque le chancre (canker) et le souci qui ronge les âmes (cark).
  • John Carker (Mr Carker the Junior) : frère aîné de James Carker, en disgrâce et voué à des tâches subalternes chez « Dombey and Son ».
  • Miss Harriet Carker : sœur des frères Carker.
  • Mr Morfin : sous-directeur de la maison Dombey. Dans « Morfin » se retrouve morphia, la morphine.
  • Mr Perch : garçon de course chez Dombey. « Perch » évoque le poisson du même nom et la perche pour atteindre quelque chose. Mr Perch file comme l'une et atteint comme l'autre.
  • Solomon (Uncle Sol) Gills : fabricant d'instruments nautiques et propriétaire de la boutique "Le Wooden Midshipman" (« L'aspirant de marine en bois »). Son prénom, dont l'abréviation signifie « soleil », évoque la sagesse légendaire du personnage biblique Salomon, et son patronyme « Gills » veut dire « branchies ».
  • Walter Gay : neveu de Solomon Gills, ami de Florence, employé de Mr Dombey, exilé par Carker the Manager. Le nom « Gay » souligne la joie de vivre et le prénom « Walter », très usuel, la plus totale normalité.
  • Captain Edward (Ned) Cuttle : commandant de marine à la retraite, ami de Gills. « Cuttle » est l'abréviation de cuttlefish qui signifie « seiche ».
  • Major Joseph Bagstock (Josh, Joe, J. B., Old Joe) : commandant de l'armée de terre à la retraite, grand admirateur de Miss Tox et ami de Dombey jusqu'à sa chute. Le nom « Bagstock » évoque une vieille baudruche remplie d'un parler aussi clinquant que vide.
  • Briggs : condisciple de Paul.
  • Tozer : condisciple de Paul.
  • Mr P. Toots : condisciple de Paul, et futur dandy amoureux de Florence.
  • The Game Chicken : camarade de Mr Toots, porté à la bagarre et au chahut. Son nom évoque la boxe professionnelle.
  • Miss Susan Nipper : nourrice de Florence qu'elle chérit sans faillir. Elle épouse Mr Toots. Son nom évoque sa langue affutée, « nipper », de « nip » (pincement).
  • Mrs Cleopatra Skewton : mère infirme de Edith Granger Dombey et ancienne maîtresse de Bagstock. Le prénom rappelle le clinquant passé de la dame et son nom contient l'adjectif « skew » qui signifie « de travers, faussé ». De plus, « skew » est proche de « skewer » (la broche à rôtir).
  • Mr Toodle : technicien des chemins de fer, dont le nom évoque le caniche (poodle).
  • Polly Toodle (Mrs Richards) : épouse de Mr Toodle, nourrice du Petit Paul sous le nom de « Mrs Richards » qu'impose Dombey. « Polly », prénom assez usuel, est une héroïne de Nursery Rhyme (comptine) : « Polly put the kettle on » (« Polly, mets la bouilloire à chauffer »)[71].
  • Robin Toodle (Rob the Grinder, Biler) : fils des Poodle (Mr Toodle and Polly), qu'on envoie à l'école Charitable Grinders school, ensuite employé au service de Captain Cuttle et de Mr Carker the Manager. Le prénom « Robin » évoque le rouge-gorge.
  • Good Mrs Brown : vieille chiffonnière.
  • Brown Alice (Alice Marwood) : fille de Good Mrs Brown et cousine d'Edith Granger, ancienne maîtresse de Carker, récemment revenue de la déportation.
  • Jack Bunsby : commandant d'un bateau, le héros de Captain Cuttle, qui épouse Mrs MacStinger. Le nom comporte bun qui signifie « brioche » et aussi chignon ».
  • Mrs MacStinger : gouvernante de Captain Cuttle. Son nom évoque la pingrerie et la mesquinerie.
  • Mrs Pipchin : sévère veuve propriétaire d'une pension de famille à Brighton, où le Petit Paul est envoyé pour raisons de santé.
  • Master Bitherstone : résident de chez Mrs. Pipchin's, plus tard élève de l'académie du Doctor Blimber.
  • Miss Pankey : résident de chez Mrs Pipchin's.
  • Sir Barnet Skettles
  • Lady Skettles
  • Master Skettles : élève à Brighton.
  • Doctor Blimber : propriétaire de l'insitution de Brighton où le Petit Paul est envoyé comme pensionnaire.
  • Mrs Blimber : épouse du Doctor Blimber.
  • Miss Cornelia Blimber : fille du Doctor Blimber, enseignante. Le prénom Cornelia peut renvoyer au King Lear de Shakespeare.
  • Mr Feeder : adjoint du Doctor Blimber, enseignant. Son nom signifie : celui qui bourre de nourriture.
  • Diogenes : chien de l'académie de Brighton, que le Petit Paul aime particulièrement et qui est adopté par Florence après sa mort.
  • Mr Brogley, brocanteur de meubles d'aoccasioo, dont le magasin se situe dans Bishopgate Street ; il prend possession du Wooden Midshipman lorsque Solomon Gills ne peut plus honorer ses dettes. Mais Sol reçoit de l'argent de Paul Dombey pour acquitter son dû et Walter Gay reste avec Brogley après le naufrage du cargo.
  • The Native, domestique indien de Major Bagstock.
  • Mrs Wickham, deuxième nourrice du Petit Paul après le renvoi de Polly Toodle.

Récapitulation[modifier | modifier le code]

L'appellation du roman est en soi révélatrice de l'importance qui y est accordée aux rapports unissant les différents personnages et, avant tout, aux relations familiales. Sur ce point, si pendant les premiers chapitres au cours desquels se déroulent les neuf années de l'existence du Petit Paul, dont le titre de fils figure d'emblée en gloire, sa mort scelle l'avènement que résume bien la boutade de Miss Tox : « Mon Dieu, mon Dieu, […] qui eut cru que Dombey et Fils eut été Dombey et Fille après tout ! »[72],[N 9]. Le chemin avait déjà été balisé par le toast porté par Walter Gay qui s'était écrié : « À Dombey et Fils- et Fille ! ». De fait, le roman ne présente pas une action conforme à son titre, car l'histoire est d'abord celle d'un conflit, à sens unique, ente un père et sa fille au sein de la grande maison Dombey. En réalité, il n'est pas le seul : les relations entre parents et enfants, et en particulier l'absence parentale, sont au cœur de l'histoire, la branche principale comme ses rameaux[73].

Un personnage énigmatique[modifier | modifier le code]

Selon Elizabeth Gitter, « Avec sa froideur comique, Dombey ressemble à Ebenezer Scrooge, mais c'est est un personnage plus sombre, plus énigmatique, aussi mystérieux et grotesque que les représentations allégoriques décrites par Walter Benjamin »[74],[75]. Elle poursuit en arguant qu'à la différence de Scrooge, sa frigidité émotionnelle n'est pas fondée sur une étiologie enfantine ; sa froideur, qui n'a rien de naturel, lui viendrait pourtant comme naturellement. Elle en tire la conclusion que son humeur à jamais morose et sèche repose sur une mélancolie fondamentale le rendant à la fois cruel, entêté, solitaire et implacable[75]. Dombey, poursuit-elle, « règne sur une Angleterre affligée de la même froideur sociétale, une absence de compassion pratiquement universelle ». D'où, « en dépit de son rôle central dans un roman victorien, il reste essentiellement un "prébourgeois" emblématique, une synecdoque du monde de désolation où il réside »[76]. À la fin du roman, ajoute-t-elle, « dans une vision suicidaire de sa propre réflexion, il se saigne hors du récit pour la bonne raison que Dickens l'utilise, non pas pour assurer un changement de cœur conventionnel, mais pour arracher le masque de la maison Dombey et de la nation tout entière »[76].

Voilà une analyse essentiellement sociétale ; cependant, la psychanalyse tente un éclairage sans doute plus complexe sur lequel nombre de critiques se sont penchés[77]. Si la relation entre Florence et son père relève du complexe d'Œdipe[N 10],[78], rien n'est ouvertement dit par Dickens, non seulement parce que, dates obligent, cette interprétation ne peut qu'intervenir a posteriori, mais surtout parce qu'il procède par allusions que le lecteur doit déchiffrer[79].

L'absence du père[modifier | modifier le code]

Quoi qu'il en soit, sans doute à jamais blessé par les carences de son propre père et peuplant son œuvre d'enfants privés d'affection parentale, orphelins ou négligés, voire cruellement traités, Dickens reste, malgré les apparences, très ambigu lorsqu'il décrit les liens entre Dombey et sa fille Florence qui peuvent, a priori, paraître inexistants : en réalité cette absence même, non seulement semble omniprésente, mais offre une complexité que le lecteur découvre vers la fin du premier chapitre, c'est-à-dire juste avant la mort en couches de Mrs Dombey. Que cette épouse et mère décède ne semble pas être un drame en soi pour le propriétaire des lieux - après tout, une bonne nourrice la remplacera puisque son rôle apparaît in absentia comme simplement alimentaire. Là où se situerait le péril serait dans l'aînée, cette fille sans importance qui, au départ, a sinon usurpé, mais retardé le rôle dévolu à l'enfant qui vient de naître, puisqu'en aucune façon elle n'eut pu hériter de la fière maison.

Or la voici désormais seule avec ce petit frère destiné à de glorieuses destinées et, malgré son jeune âge, tendant naturellement, par son initiative et l'absolue dévotion que lui porte l'enfant, à compenser le manque laissé par la disparition maternelle. Qu'elle devienne, comme Esther Summerson le sera dans La Maison d'Âpre-Vent, une petite mère » (Little Mother) paraît intolérable au maître des lieux qui n'a ni envie ni besoin, du moins le croit-il, d'une mère de substitution ; pis, il y voit un suprême danger puisque cela représenterait une brèche dans l'exclusivité de sa main-mise sur l'enfant mâle qui, de droit, n'appartient qu'à lui et ne saurait être partagé avec personne ; d'ailleurs la déshumanisation qu'il impose à la nourrice embauchée, Polly Toodle, en fournit la preuve éclatante[77]. À ce titre, Florence, qui déjà cumule les tares, celle d'être fille, celle d'être mal-aimée, celle d'être une intrue, celle d'être inutile, devient une réelle menace qui lui vaudra d'être encore plus brutalement écartée[73]. En réalité, ce que redouterait le plus Dombey, c'est la féminité dont il entend sevrer son héritier, qu'il n'entoure que de vieilles femmes sèches et acariâtres, sa propre sœur par exemple ou, à Brighton, l'épouse et la fille, Cornelia, de Mr Blimber, des maîtresses revêches et étrangères à la tendresse. Seule Polly, parce qu'elle a du caractère, donnera à cet enfant qu'elle nourrit un peu de l'amour dont il a besoin, et encore le fera-t-elle clandestinement, ce qui lui vaudra sa place lorsque son rôle sera découvert[80]. À vrai dire, Florence ne deviendrait acceptable qu'à la toute fin du roman, alors que son père a les temples grises, a perdu sa superbe, et que sa fille est elle-même devenue une épouse et une mère, sans jamais avoir cessé d'être une fille[77].

En conséquence, bien avant cette conclusion, le rôle du père est assuré par une figure avunculaire, Solomon Gills pour Walter, auquel on ne connaît pas de géniteur[N 11], et pour Florence Captain Cuttle, encore que les deux forment un duo fort affectueux. On retrouve-là le schéma si habituel dans l'œuvre de Dickens où une figure de grand-père pend la relève dans La Petite Dorrit, un père de subsitution dans David Copperfield, un tuteur dans La Maison d'Âpre-Vent, un oncle bienveillant dans Les Grandes Espérances. Et, dans Dombey et Fils, la figure du père est-elle vraiment restaurée à la fin du roman ? La dernière vision que le lecteur a du personnage n'est plus celle d'un père, mais d'un grand-père diminué, ayant perdu son autonomie et soudain devenu sans aspérités, entièrement dépendant qu'il est de sa fille. En somme, il est réduit au statut du vieux père de Wemmick, un Aged P., quoique sans doute moins sénile, moins idiot et moins grotesque. Sa régénération morale n'aurait-elle pas, après tout, été obtenue au prix d'une régression ? En réalité, ne se serait-il, en s'y intégrant, mis au niveau du groupe de l'Aspirant de Bois, qui, rêvant doucement dans les limbes des bons sentiments, n'est jamais présenté comme un modèle d'inventivité créatrice ? Pour rejoindre leur province, un ancien « mauvais personnage » doit se sevrer de ses relations sociales et intellectuelles, et il le fait dans la joie pour avoir enfin découvert la lumière[81].

En somme, chez Dickens, la famille idéale est plutôt matriarcale : même à la fin de Dombey et Fils, le personnage le plus important est redevenu Florence, l'ange du foyer, l'épouse aimante, la mère attentive, la fille affectueuse, en charge de tout et de tous, préfigurant la bonne Esther Sumerson et donnant la réplique à la vertueuse Agnes[81].

Ce serait-là une vue au premier degré et certains critiques ont avancé l'idée que la relation entre Mr Dombey et Florence, dans laquelle, disent-ils, le rôle du père est bien plus intéressant que celui de la fille, est fondée sur un sentiment jusque alors absent de la fiction dickensienne, la jalousie[82],[83]. Kathleen Tillotson avait déjà montré que « Dans Dombey et Fils, Dickens réussit le remarquable exploit de nous rendre conscients des profondeurs secrètes du personnage, tout en les gardant pour l'essentiel cachées »[84].

La jalousie, moteur de l'action ?[modifier | modifier le code]

Hilary Shor note que l'attachement viscéral, tant physique que moral, que porte Florence à sa mère mourante revient à dénier toute légitimité au père, ipso facto exclu, d'où, déjà, une forme de jalousie[85]. Après le décès, Florence s'attache désespérément à son petit frère et Dickens laisse entendre que Dombey ne reste pas indifférent à cette préférence et, à ce sujet, il est une scène emblématique que nombre de critiques citent pour illustrer leur propos : alors qu'il perçoit la douceur d'une voix, il quitte sa pièce et regarde Florence grimper laborieusement l'escalier avec le Petit Paul dans les bras ; « ils disparurent hors de sa vue, et son regard s'attarda vers le haut jusqu'à ce que les mornes rayons de la lune, luisant avec mélancolie par le sombre vasistas, le renvoyèrent dans son bureau »[86]. Q. D. Leavis souligne l'évidente « exclusion de Donbey » dans cette scène[87]. Plus tard, après le décès du Petit Paul, ce majestueux escalier se trouve élevé par Dickens à la hauteur d'un symbole : « le maître des lieux n'y mettait que rarement les pieds, mais c'est par là que sont petit enfant était monté aux cieux »[88]. Ainsi, écrit, Nanako Konoshima, « Florence accroît innocemment la jalousie de Dombey et l'impression défavorable qu'il a d'elle, si bien que chaque tentative qu'elle fait pour se rapprocher de lui est vouée à l'échec »[83].

De plus, Nina Auerbach note certaines ressemblances entre Florence et son père, chacun incapable d'exprimer, soit par leurs traits soit par la parole, la moindre manière de communication[89]. Il y a là, ajoute-t-elle, une forme de cécité mutuelle, d'ailleurs métaphoriquement exprimée lorsque Florence, lors des visites nocturnes à son père endormi, est décrite comme « aveuglée » par les larmes[90]. Dombey lui aussi, reste « aveugle » aux vertus de sa fille, ce que Dickens répète en le qualifiant d'« aveugle idiot »[91], cécité encore amplifiée lors du voyage en train avec Major Bagstock, incapable qu'il est de percevoir quoi que ce soit de visuel, ses seules sensations restant auditives[83]. Il faut attendre la mort du Petit Paul, puis la faillite de sa maison, pour que, timidement, Dombey commence à se souvenir de la bonté dont sa fille ne s'est jamais départie, puis la reconnaisse comme en une révélation : « Oh comme elle s'est dissipée, cette brume à travers laquelle il l'avait vue, et combien elle la lui révélait sous son véritable jour ! »[92].

En conclusion, Nina Auerbach pense que Dombey devient Florence, d'abord en revivant les souffrances qu'elle a endurées, en particulier la solitude, l'abandon, la friche morale de la maison, ensuite en endossant son statut, celui d'être « une fille après tout »[89].

La féminité découverte[modifier | modifier le code]

C'est au moment où Dombey revient de son voyage de noces, auquel, d'ailleurs, Edith dénie l'appellation de « lune de miel », que le lecteur conçoit un premier soupçon. D'un coup, le père jusqu'ici « aveugle », prend conscience que sa fille s'est métamorphosée en femme, et désormais, le texte se surcharge, quoique implicitement, de connotations sexuelles[93]. La scène se situe au chapitre 35 et comprend deux parties distinctes, la première en focalisation interne permettant de lire les pensées de Mr Dombey, la seconde avec la voix du narrateur ayant repris le récit en main. Toutes les deux concourent au même but, révéler le soudain trouble qui envahit cet homme de fer à la vue de sa fille à laquelle il n'a jusqu'alors porté aucune attention. Dickens insiste sur le lourd regard, certes dissimulé, la respiration discrètement courte, l'impossibilité à détacher la vue de cette contemplation. Puis, la scène se transporte dans le bureau où Florence n'a jamais eu le droit de pénétrer : or la voici, non seulement autorisée à s'y asseoir, mais une fois de plus soumise au regard appuyé que camoufle un mouchoir adroitement posé sur le visage pour simuler le sommeil. Et le narrateur d'intervenir : « Plus il la regardait, plus il se sentait mollir envers elle, oui, de plus en plus […] Elle ne lui apparaissait plus comme […] comme une rivale - monstrueuse pensée – mais comme l'esprit de sa maisonnée […] Il se sentit l'envie de lui parler, de l'appeler à ses côtés. Les mots "Florence, viens ici !" montaient jusqu'à ses lèvres, mais lentement et difficilement, tant ils paraissaient étranges, mais ils furent interrompus et étouffés par le bruit d'un pas dans l'escalier »[94].

(à suivre)

Conflit entre mère et fille[modifier | modifier le code]

Presque toutes les mères dépeintes dans Dombey et Fils représentent des figures négatives, désormais aliénées de leur enfant ou le considérant, telles Mrs Brown et Mrs Skewton, comme une marchandise à faire valoir à la foire au mariage. De plus, aucune véritable mère de substitution, Polly Toodle constituant l'exception, ne se trouve chez les femmes plus âgées gravitant autour de Mr Dombey ou même dans le cercle de L'Aspirant de Bois : Mrs Chick partage à quelques nuances près la même indifférence que Mr Dombey et Mrs Mac Stinger reste une mégère acariâtre ne le cédant en rien à la future Mrs Gargery, mue par la seule ambition de poursuivre sa carrière de mégère avec une énergie sans fin renouvelée[95].

La seule figure maternelle acceptable semblerait être Edith Granger, devenue Mrs Dombey, qui, dépourvue de son enfant, concentre toute la puissance de sa frustration sur Florence. Pour autant, ce n'est pas une mère, mais une belle-mère, et Dickens leste cette relation d'un pathos si appuyé, en particulier lorsque Florence s'adresse à elle en disant « Maman », qu'il semble sans cesse éprouver le besoin de rappeler que la vraie maman n'est plus et que cette « Maman » reste une étrangère[95].

En réalité, l'unique figure de mère idéale demeure Florence, l'antidote de toutes ses mauvaises homologues du roman, les Good Mrs Brown ou autre Mrs Skewton. tant et si ben qu'elle devient l'incarnation d'un amour universel englobant tous ses semblables, hommes ou femmes, et aussi tous les êtres sensibles de la nature auxquels elle ne mesure pas son affection[95].

(à suivre)

Personnages-humeurs[modifier | modifier le code]

(à suivre)

Mélodrame et sentimentalisme[modifier | modifier le code]

(à suivre)

Le système narratif[modifier | modifier le code]

Le paratexte[modifier | modifier le code]

Dickens abandonne le titre traditionnel, « Vie et aventures de…» ou le nom du héros ; il préfère une appellation, selon lui, « bizarre donc bonne » (odd, therefore good)[96]. La couverture de Phiz est destinée à annoncer le roman : l'illustration décrit l'ascension et la chute de la maison Dombey depuis le bas de page à gauche jusqu'au sommet, puis la dégringolade des cartes à jouer à droite. La fragilité et la précarité de l'auguste maison sont symbolisées par l'équilibre menaçant des gros livres de compte. Le trône de Dombey repose sur un tiroir-caisse et un livre de jour ; l'allégorie du bas de page est une sorte de diptyque symbolisant la fragilité et la vanité des ambitions humaines, un jeune homme animé d'espoir, un soleil levant, un bateau à voile qui semble glisser, puis une vieil homme, une silhouette cassée, une scène nocturne, avec la lune, et un naufrage[97]. Dombey apparaît de chaque côté, à gauche une personnalité montante mais dangereusement optimiste puisque sa fortune repose sur son pouce et son front ; à droite, l'homme déchu écrasé par son propre argent, soutenu par une jeune femme, sans doute Florence[97].

Les principaux événements du roman sont représentés par les illustrations de gauche et de droite. Se distinguent Paul et Polly, Paul à l'école chez Dr Blimber, Dombey au bureau, Dombey épousant Edith. Rien, cependant sur la mort du Petit Paul, ce qui est une façon, initiative de Phiz, de corriger le titre. L'illustration du bas de page se réfère peut-être au Wooden Midshipman, d'autant qu'elle ressemble à celle du chapitre 20 intitulée « Le Wooden Midshipman sur le qui-vive ». Cet œil fermé sur le télescope symbolise-t-il le mystère de la destinée humaine[97] ? Les objets gisant sur le sol, pendules et montres, soulignent en tous les cas la subordination de l'homme au temps, l'un des thèmes majeurs du roman[49].

Structure de l'intrigue[modifier | modifier le code]

Dans ce roman, Dickens s'éloigne du modèle de ses maîtres du XVIIIe siècle privilégiant une structure linéaire fondée sur l'itinéraire personnel d'un héros[98]. Dombey et Fils inaugure en effet l'usage d'intrigues multiples mais donne la priorité à la motivation psychologique des personnages, ce qui confère une unité structurelle dont Edgar Johnson écrit qu'elle est « triomphalement résolue en comparaison des imperfections de Martin Chuzzlewit, lui aussi centré sur un thème unique »[99].

Les quatre phases de l'intrigue[modifier | modifier le code]

La première, comprenant les seize premiers chapitres, couvre la période allant de la naissance à la mort du Petit Paul. Elle se conclut par la remarque ironique de Miss Tox « Mon Dieu, mon Dieu, qui eut cru […] que Dombey et Fils fût en définitive une fille ! » (« Dear me, dear me! To think […] that Dombey and Son should be a Daughter after all! »[100]. Tous les acteurs principaux de l'histoire sont présentés dès les premiers chapitres et leurs relations et conflits se trouvent esquissés. Ainsi apparaissent Polly Toodle (Richards) (2), le monde du Wooden Midshipman (3-4), « Good » Mrs Brown (6), Florence et Walter (6), les attardés de la Régence Major Bagstock et Mrs Skewton (7), Carker et son frère ; Walter Gay est sur le départ (15), enfin le Petit Paul meurt (16)[101].

La deuxième va du chapitre 17 au chapitre 38. S'y précisent les relations entre le père et la fille (surtout au chapitre 18), celles qui lient Dombey à Edith, et grandit l'importance de Carker (22, 26, 27 et 32). Le deuxième mariage devient « le centre tempêtueux du roman », alors que, conjointement, se développe l'intrigue tournant autour du Wooden Midshipman et que de nouveaux personnages, plus secondaires, font leur apparition, Harriet Carker, Alice Marwood, pourtant promise à un rôle majeur lors de la résolution de la crise et au dénouement. La tension s'accroît à partir du chapitre 35, surtout entre Dombey et Edith. La chute de la maison Dombey reste marginale, l'attention se concentrant sur les rapports entre les personnes (Dombey et Florence, Dombey et Edith) et sur la montée en puissance de l'ambition de Carker[101].

La troisième s'étend du chapitre 30 au chapitre 57. À partir du chapitre 40, les catastrophes qui vont suivre sont soigneusement préparées : les mariés s'affrontent (40) et Carker gagne en autorité (45-46). La crise atteint son apogée au chapitre 47, alors qu'Edith prend la fuite en sa compagnie. Les trois chapitres suivants sont consacrés à l'idylle naissant entre Florence et Walter (49-51) et durcissent le contraste entre le monde de Dombey et celui du Wooden Midshipman. La fin de ce troisième mouvement (52-57) enclenche le processus de rétribution : Dombey prend le rôle du vengeur, rencontre Mrs Brown et Alice (51-52), cette dernière elle-même poursuivant sa propre quête vengeresse, et Carker devient le méchant de l'histoire promis à la fuite et à une mort violente. Même si la ruine de la maison Dombey est désormais annoncée, l'aspect économique de la situation cède le pas aux relations privées[101].

La dernière phase est comprise entre les chapitres 58 et 62. Si Mr Dombey se trouve exposé à la vue du lecteur, sa ruine est commentée par un chœur de personnages secondaires, Joe Bagstock, Mrs Chide, Mr Morfin, Harriet Carker. Le chapitre 59, dévolu à la vente aux enchères de ses biens, marque le stade ultime de sa chute. À la rétribution succède alors la rédemption par l'amour, sentiment désormais dirigé vers Florence. Les derniers chapitres se caractérisent par un retour à l'harmonie générale et par la conversion de Mr Dombey, que la maladie, selon un procédé cher à Dickens, rend plus humain. La scène servant d'incipit au dernier chapitre rassemble définitivement tous les fils de l'intrigue : les protagonistes sont réunis dans la même communion, au sein d'un foyer chaleureux et douillet, rassemblés autour d'une bouteille de madère, le fétiche présenté à intervalles réguliers tout au long du roman après une première apparition au chapitre 4[101],[N 12],[102].

Procédés narratifs et influences littéraires[modifier | modifier le code]

La technique narrative de Dickens reste influencée par sa familiarité non seulement avec ses maîtres du XVIIIe siècle, Henry Fielding, Tobias Smollett, Lawrence Sterne et Oliver Goldsmith, mais aussi avec le mélodrame contemporain, dont les procédés, assez conventionnels, semblent prédominer. Aussi est-il fait ample usage des coïncidences et des rencontres précieusement fortuites, celles, par exemple de Mrs Brown et de Mrs Skewton, d'Harriet et d'Alice, ou encore de Mrs Brown et Florence ; apparaît également l'homme providentiel, sorte de deus ex machina, en l'occurrence Mr Morfin, très semblable au Sir William Thornhill de Le Curé de Wakefield d'Oliver Goldsmith[N 13] ; abondent les scènes dites de mort, pas moins de quatre dans Dombey et Fils, venues en droite ligne du roman sentimental ; enfin, issue de la fiction fleurissant à la fin du siècle précédent, domine la conversion finale du protagoniste, courante dans le roman victorien et particulièrement, chez Dickens[102].

Conjointement se retrouvent des schémas et des procédés caractéristiques de ses grandes œuvres romanesques, tels l'aspect proleptique des chapitres d'introduction, ici les quatre premiers, de même que certains éléments obligés, des lieux ou des gens, des symboles aussi, la bouteille de vieux madère, par exemple, ou encore le parallélisme contrasté établi d'emblée entre plusieurs mondes différents : ainsi, du premier au troisième chapitres l'opposition entre la froideur de Dombey à la chaleur du Wooden Midshipman, ou du baptême du Petit Paul et du foyer de Polly Toodle, ou encore la similitude des grotesques surannés que sont Major Bagstock et Miss Tox[102].

De plus, certains lieux revêtent de façon appuyée une importance symbolique, d'abord la demeure de Mr Dombey, située non pas dans la Cité, mais « dans une rue sombre et épouvantablement élégante, située dans la région comprise entre Porltand Place et Bryanstone Square[103] ». D'abord décrite comme sinistre, avec de nombreuses caves, des ouvertures grincheuses bardées de barreaux, des portes à l'œil mauvais, des enfilades de salons débouchant sur une cour de gravier, elle atteint peu à peu à la magnificence, puis, au fil des chapitres, se voit négligée (23), crûment ravivée (28), avant de sombrer aux enchères (59), autant de stations sur le chemin des grandeurs et turpitudes, publiques ou privées, du maître de céans[102]. D'autres endroits se trouvent, eux aussi symboliquement, placés en miroirs opposés, l'appartement de Miss Tox à Princess's Place (7) et la maison de Cousin Feenix (31) face au foyer des Toodle et à la boutique de « L'Aspirant de bois » (6). Enfin, la même église, froide et poussiéreuse, peut-être à l'image de la société sans âme qui la fréquente, sert de décor à quatre scènes majeures ponctuant les quatre phases du récit, le baptême du Petit Paul (5), ses obsèques (18), le mariage de Dombey ey Edith (31) et la visite que rend Florence à la tombe de Paul, caractérisée par Dickens d' « Autre mariage » (Another Wedding) (57)[102].

Fonction thématique et structurelle des images, symboles et motifs[modifier | modifier le code]

F. R. Leavis parle de « l'unité spécieuse de Dombey et Fils »[104] et Stanley Tick intitule l'un de ses articles sur le roman « Le travail inachevé de Dombey et Fils »[105]. Certes, le dessein général du roman peut paraître ambigu[102], mais son système symbolique, artistiquement incorporé à la trame du discours, lui confère une unité structurelle très serrée. Par exemple, le motif du voyage en mer touche peu ou prou tous les personnages, ne serait-ce que la traversée de la Manche et le retour en Angleterre, comme la font Walter, Sol, Florence, Dombey Carker et Edith ; cette caractéristique se trouve illustrée dans le dessein de frontispice réalisé par Phiz, figurant en bonne place au bas de la page. De plus, les tribulations du Son and Heir (« Fils et héritier »), le bateau de Dombey, sont à dessein réparties sur les deux premiers tiers du roman, sa bonne ou mauvaise fortune s'avérant primordiale pour les événements à venir, le mariage de Florence, la ruine de Dombey, le succès final de Walter[102].

Parallèle à ce motif, se développe tout un réseau d'images nautiques, négatives ou positives, marquant les événements les plus importants. Parmi les premières, la mort de la première Mrs Dombey se voit qualifiée de « naufrage », l'échec du second mariage de « naufrage d'un grand vaisseau », la ruine de la maison Dombey de « un vaisseau branlant en perdition dans les marées des fortunes et infortunes humaines » ; en contraste, rayonne l'ardeur chaleureuse de « L'Aspirant de bois », sa boutique devenant « un vaisseau de bonheur voguant en sécurité sur l'océan de la vie » (32)[102]. W. Axter, à ce propos, écrit que « La densité poétique des premières parutions plongent le lecteur si complètement et avec tant de subtilité dans la vision imaginative du roman, et celles qui les suivent orchestrent les thèmes et leurs images si magistralement que les interruptions narratives suivantes ne sauraient préjudicier au continu de la qualité et de la signification de l'ensemble. On emporte des romans de Dickens l'impression d'un univers artistique si totalement et subtilement réalisé, si puissamment élaboré, qu'il rend toute vision autre que celle qui est proposée […] inimaginable »[106].

Temps historique et temps mythique[modifier | modifier le code]

Dickens s'est essayé à la fiction historique en deux occasions, la première dans sa jeune carrière avec Barnaby Rudge (1840-1841), relatif aux événements de 1780 dits Émeutes de Gordon, la seconde dans Le Conte de deux cités publié en 1859, consacré à la Révolution française. La plupart de ses romans, cependant, se caractérise par l'absence de références historiques précises, et Dombey et Fils ne fait pas exception[107], surtout en ce qui concerne la nature des affaires que conduit Mr Dombey. Comme l'explique Mircea Eliade, « L'abolition implicite du temps profane, de la durée de l'histoire, et celui que reproduit le geste exemplaire se trouve ainsi transporté dans l'époque mythique où a eu lieu la révélation de ce geste exemplaire »[108]. Ainsi, le temps dickensien devient le « Temps » (Time) ou le « Grand Temps » (Great Time), ou encore le « Temps primodial » (Primeval Time), autrement dit le illa tempora de Lucrèce[109], à nouveau mis en œuvre dans La Maison d'Âpre-Vent avec, dès les premiers paragraphes, l'allusion au Déluge et au mégalosaure surgi en plein Londres, symbole du chaos d'un monde encore incomplet très répandu dans l'imaginaire victorien au milieu du XIXe siècle[107].

Conformément à ce schéma, Dombey and Son ne présente que quelques jalons et manipulations temporels, suffisants, semble-t-il, pour que Humphry House puisse écrire qu'« il y a adéquation entre le livre et la période sans sérieux anachronismes »[110], encore que « L'Aspirant de bois » évoque plutôt la Régence que l'époque victorienne proprement dite[111].

Jalons temporels[modifier | modifier le code]

Ces jalons ne se présentent pas directement mais doivent se déduire de, par exemple, l'âge des deux enfants ou de quelques événements bien connus. Paul est né en 1833 et mort en 1840 ou 1841, c'est-à-dire à l'âge de sept ou huit ans ; le voyage de Mr Dombey à Leamington Spa a eu lieu en septembre 1838, alors que la saison bat son plein et que la ligne Londres-Birmigham vient d'être ouverte à la circulation des trains[112] ; le Royal Hotel de Leamington Spa a été détruit en 1841-1842 ; la mort de Carker intervient après 1844, année de l'inauguration de la ligne reliant Paddock Wood, près de Tunbridge Wells, à Maidstone[113].

Ainsi, à la différence des romanciers du XVIIIe siècle[N 14], Dickens fait un usage très limité des événements historiques pour encadrer son récit. Parfois, la chronologie est même mise à mal : ainsi, il est difficile de déterminer l'âge de Florence, sauf vers la fin de l'histoire alors que le narrateur laisse glisser comme négligemment : « Florence devait alors avoir dix-sept ans » ; de même, à peine se réfère-t-il aux saisons et aux mois de l'année et, à suivre le fil du discours, le lecteur garde l'impression qu'il est plongé en un éternel mois de novembre. Certes, il existe des références à la pluie, au vent, au froid, ce qui laisse deviner que la fin de l'automne arrive et que l'hiver prend la relève, mais Dickens préfère manifestement aux dates précises une atmosphère générale, quitte à faire ample usage de la pathetic fallacy dont parlait Ruskin[114], conférant au monde extérieur l'état d'âme du personnage ou du narrateur[N 15].

Aussi, l'intrigue de Dombey et Fils, se composant dans l'ensemble d'une succession de scènes et de moments dramatiques, est-elle marquée par de nombreux vides temporels ; par exemple, entre les chapitres 5 et 8, une période assez longue mais non précisée se déroule depuis le baptême du Petit Paul jusqu'à l'expédition à Staggs's Gardens ; de même en est-il de l'épisode faisant intervenir Miss Tox et Major Bagstock ; en revanche, entre le chapitre 7 et le suivant, il n'y a pas de solution de continuité et dès le premier paragraphe du second, le Temps est nommé avec un T majuscule et l'âge du petit Paul, cinq ans, mentionné juste après[114]. Il en résulte que la durée se trouve sans cesse soumise à des variations, semblables à celles dont parle le narrateur du Tom Jones de Fielding qui écrit « mon histoire semble parfois faire du surplace et parfois prendre son vol »[115],[116].

Manipulations temporelles[modifier | modifier le code]

Procédé hérité des écrivains, dramaturges ou romanciers des XVIIe et du XVIIIe siècle, en particulier Henry Fielding, Dickens fait, en quelques séquences analeptiques situées vers la fin du roman, intervenir Mr Morfin dans ses conversations avec Harriet Carker et Alice Marwood, sur son lit de mort ; leur rôle consiste à combler les lacunes volontairement laissées par le narrateur, non seulement sur leur propre destin, mais aussi sur les aspects les plus importants de l'intrigue principale[117]. Plus original est l'emploi de détails proleptiques, spécifique à la création d'atmosphères prégnantes de sens, à l'annonce de futurs développements et à l'élaboration d'un réseau de suspens. Ainsi, lors de la « conversation » entre Good Mrs Brown et Florence, cette dernière dit, sans plus d'explication, my Gal (« ma fille »), signale qu'elle connaît Mr Dombey[118], et, un peu plus tard, au chapitre 6, le narrateur évoque « les cheveux blancs et le visage mélancolique » de Carker le Junior[119]. De plus, respectivement aux chapitres 5, 33, 43 et 54, le lecteur reçoit une information présageant un malheur lors de la sortie à Staggs's Gardens[120] ; plus loin, Carker scrute un portrait d'Edith[121] ; à un certain moment, alors que le lecteur peut penser que tout va bien, du moins sur ce point, le narrateur fait part de sa conviction que la maison « Dombey et Fils » est en danger de faillite[122], enfin, Edith se saisit d'un couteau et fixe intensément la porte de la pièce des yeux[123].

Point de vue narratif[modifier | modifier le code]

Dickens se sert d'un narrateur omniscient, conformément à la tradition remontant à Miguel de Cervantes. Ce personnage – car ç'en est un, au même titre que ceux qui participent à l'intrigue - sait d'emblée tout des autres, capable qu'il est d'expliquer leurs réactions, leurs pensées et leurs sentiments[124]. À l'intérieur de ce cadre général, existent cependant des passages d'un mode à l'autre, depuis l'absence de focalisation, ce que Gérard Genette a appelé « focalisation zéro »[125], jusqu'à une focalisation soit interne soit externe. La focalisation externe requiert la participation du lecteur, puisqu'on lui montre, sans le lui dire, ce qui se passe[124], le narrateur, malgré les apparences, restant silencieux et ne répondant pas aux questions, forme de rhétorique réticente, par opposition à la rhétorique dite « insistante » qui, elle, comporte des intrusions auctoriales[126].

Focalisation externe[modifier | modifier le code]

Dombey et Fils comporte de nombreux exemples de focalisation externe, comme si le narrateur ne pouvait ou ne voulait sonder la conscience du personnage ; d'où l'usage d'expressions non comminatoires telles que « il semble », « peut-être », » il se pourrait ». Pour autant, cette technique narrative s'avère particulièrement efficace lorsqu'il s'agit de rende l'isolement psychologique d'un être humain, la fermeture d'une personnalité, le mystère d'une prise de conscience, la difficulté, voire l'impossibilité de communiquer[126] : ainsi, au chapitre 5, Mr Dombey lit la lettre de sa femme décédée et le narrateur le laisse à ses pensées, sans révéler ni la tenure de l'adieu, ni la réaction du maître des lieux : de même, au chapitre 21, il pose une question à propos d'Edith Granger et apprend qu'elle a eu un fils : « une ombre passa sur son visage », est-il écrit ; pourquoi ? nul ne le saura, et lorsqu'il lui est dit que cet enfant est mort, il répond « Vraiment ? » en levant la tête ; le lecteur n'en saura pas plus. Aussi, en tant que mari et père, ce personnage demeure-t-il une énigme, en dépit des quelques explications parcimonieusement fournies par le narrateur[126]. Seules deux occasions permettent de lever le voile, comme si, d'un coup, la tapis rouge de la conscience se déroulait pour le lecteur, lorsqu'il est en route pour Leamington Spa et lors de ses déambulations dans la maison vidée de son contenu[126]. Kathleen Tillotson a proposé une justification esthétique à cette technique : « En Mr Dombey, Dickens réussit le tour de force de nous faire prendre conscience des profondeurs du personnage tout en les gardant le plus souvent cachées »[127].

L'usage de cette focalisation, apte à créer une atmosphère de suspens, de mystère et d'embarras, explique que Dickens accuse le trait dans l'action, la gestuelle, le discours lors des scènes comiques ou dramatiques, tandis que le narrateur reste silencieux[128]. Ainsi, au chapitre 33, la maison de Carker est décrite, puis, après la remarque que « Il y a quelques chose dans l'air qui ne va pas », vient une série de questions qui restent sans réponse ; de même, toujours au même chapitre, l'étranger qui rend visite à Harriett Carker n'est pas identifié : tout ce qui est dit est qu'il s'agit d'une femme « pauvrement vêtue ». Enfin, au chapitre 54, juste avant l'arrivée de Carker, Edith est dans un hôtel de Dijon et on la voit fermer une porte à double tour, puis retirer la clef et se saisir d'un couteau : aucun commentaire ne viendra expliquer si elle songe au suicide, au meurtre, aux deux ou à rien de tout cela[128].

Focalisation interne[modifier | modifier le code]

Dickens se sert de cette technique, consistant à faire appréhender le réel par l'œil ou l'oreille d'un personnage, lorsqu'il veut conduire le lecteur jusqu'à des situations de dramatisation impliquant un conflit latent ou alors de pathos présentant un état de faiblesse. Ainsi, dès le premier chapitre, Mr Dombey, qui ne bénéficie d'aucun portrait entier, se laisse voir par les perceptions, souvent métonymiques qu'a de lui sa fille Florence ; alors se dessine peu à peu l'image d'un homme suscitant non l'hostilité mais la peur, où domine la raideur et la régularité mécanique, qu'expriment la cravate blanche dument amidonnée, le cuir sec des bottes, le tic-tac omniprésent de la montre de gousset[129]. De même, les scènes à Brighton, aussi bien dans l'établissement du Dr Blimber que chez Mrs Pipichin, sont perçues essentiellement par l'intermédiaire du Petit Paul, encore que le point de vue narratif soit parfois transféré vers sa sœur[128].

La fréquence des variations de point de vue explique les constants changements de ton à l'intérieur de nombreux chapitres : par exemple, le premier passe du registre comique à celui du pathos, puis du drame à la tragédie ; de même, le chapitre 31, dévolu au second mariage de Mr Dombey, semble suspendu au-dessus de la cérémonie des épousailles sans s'y poser, mais volète d'un panorama global prégnant de signes funestes jusqu'à certains personnages, en général comiques, situés à la périphérie, avant de s'arrêter sur le visage de Mrs Miff dont le nom, à lui seul, donne une idée de l'atmosphère ambiante[N 16],[130].

Voix auctoriale[modifier | modifier le code]

Malgré cet usage fréquent des focalisations externe et interne, Dickens, caché derrière la voix du récit, s'avère, à l'instar de ses homologues anglais (Thackeray, George Eliot, par exemple) ou encore continentaux (Balzacetc.), encore que ses interventions demeurent souvent discrètes par rapport aux leurs, une instance narrative souvent intrusive selon la tradition du XVIIIe siècle. La seule digression à laquelle il consent est celle qu'il consacre à la nature humaine au chapitre 47[130].

Le commentaire vise d'abord à mieux faire comprendre les pensées et les sentiments des personnages. Certes, tout n'est pas dit mais le lecteur n'est jamais mal orienté, à la différence de celui de Henry Fielding, souvent induit en erreur[N 17] ; Dickens, lui, le respecte, le traite d'égal à égal, le met même à l'occasion dans la confidence par l'ample usage de l'ironie dramatique, impliquant qu'auteur, narrateur et lecteur en savent plus sur les personnages qu'eux-mêmes[131]. Parfois, cette voix fournit aussi un renseignement manquant comme, par exemple, au chapitre 47, lorsque Edith quitte la maison de Dombey pendant la nuit et repousse violemment Florence sans un mot de justification[132] ; le lecteur reste pantois devant une si inhabituelle conduite, mais l'explication finit par le rejoindre, au moins en partie, au chapitre 54, habilement cachée sous les auspices d'Edith[133] mais en réalité induite par la voix du narrateur qui en indique la logique et la nécessité[131].

Il arrive cependant que la voix se fasse plus moralisatrice : dès les premiers chapitres, elle commente discrètement, comme une douce mélopée, la froideur de Mr Dombey (1), son attachement à l'argent (5), son ignorance de la signification du baptême (5) ; en d'autres occasions, le ton monte jusqu'au grondement, comme au chapitre 43, alors que le père est solennellement apostrophé en une diatribe vitupérante : « Réveille-toi, Père indigne ! Réveille-toi maintenant, homme maussade ! Le temps passe telle la flèche et l'heure avance à pas de colère. Réveille-toi ! »[134],[131].

Dombey et Fils et l'Angleterre contemporaine[modifier | modifier le code]

Dombey et Fils (1846-1848) a été publié en une période de profonds bouleversements économiques et sociaux, d'instabilité politique et de mutations affectant toutes les couches de la population ; comme le dit A. J. Cockshut, « C'est peut-être le premier roman anglais d'importance à se préoccuper de la société industrielle […] [Il] tranche sur les autres œuvres de Dickens et encore plus sur celles de l'époque en cela qu'il est imprégné de l'atmosphère de la décennie qu'il décrit - celle des années 1840, l'âge de la fièvre ferroviaire »[64].

Certes, le roman n'est pas un document exhaustif sur la condition de l'Angleterre, ni même sur Londres qui y tient une grande place ; il ne se présente pas comme un roman « social » tel Les Temps difficiles. Cependant, si Dickens y perçoit les forces en présence, l'émergence de nouvelles valeurs, les dangers d'une recherche effrénée de l'argent, ce Mammon des temps modernes, sa réponse reste éminemment artistique[135].

Un environnement en mutation[modifier | modifier le code]

N°1, Portland Place
La Porte de Calais, par William Hogarth, vantant l'abondance générteuse de la « Vieille Angleterre ».

Dombey et Fils est un « livre de Londres » (a London book)[136], dans lequel Dickens évoque l'excroissance de la ville comme destructrice de la communauté humaine et pourvoyeuse d'isolement et de séparation ; cependant, à l'inverse de, par exemple, La Maison d'Âpre-Vent, il ne se focalise pas sur les aspects sordides de la capitale, le quartier des taudis et l'habitat des maçons, la pestilence des cimetières, etc.[137] Plutôt, il évoque certains secteurs dont chacun possède son atmosphère particulière : ainsi Portland Place en impose par son silence et sa tristesse, Princess's Place, où résident Miss Tox et Major Bagstock, est un lieu dévolu aux shabby genteel, cette classe de gens plutôt pauvres, mais s'efforçant de préserver une apparence de bon goût et de distinction dont ils n'ont plus les moyens, et chez qui prévaut un art de vivre datant de la Régence ; en complète opposition avec Portland Place se situe « L'Aspirant de bois », représentant la « Vieille Angleterre » (Olde England), puis se trouvent les faubourgs déjà présents dans l'œuvre antérieure de Dickens, Staggs's Gardens où habitent les Toodle et se terrent en son antre la « bonne Mrs Brown », ainsi que Harriett Carker en son modeste logis[137];

Londres, cependant, s'est transformée en une Babylone moderne où affluent les pauvres sans emploi qui, est-il dit au chapitre 33, « alimentent les hôpitaux, les cimetières, les prisons, le fleuve, les fièvres, la folie, le vice et la mort - tous en perdition, voués au monstre rugissant au loin »[138]. De plus, l'environnement urbain est bouleversé par les travaux ferroviaires, au point que Staggs's Gardens, ayant subi « le choc d'un tremblement de terre » ressemble désormais à un grand corps disloqué, éventré et béant[68]. Il n'en demeure pas moins que cette intrusion du chemin de fer symbolise celle d'une nouvelle civilisation, marqué par le progrès et une plus grande richesse : preuve en est que Mr Toodle, de chauffeur, a été promu mécanicien de locomotive[139].

Une société chamboulée[modifier | modifier le code]

Comme beaucoup de romans de Dickens, Dombey et Fils présente une vue panoramique de la société urbaine, mais y décèle les signes d'une profonde évolution structurelle[139].

Le déclin de certaines classes sociales[modifier | modifier le code]

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Certaines classes sociales traditionnelles semblent être sur le déclin, en particulier les petits marquis du commerce somme Solomon Gills ou les nouveaux pauvres de l'ordre ancien que représente éminemment Miss Tox. Cette dernière, malgré un reste de grandeur apparente, loge dans « une bâtisse crasseusse » (dingy tenement) avec un mobilier à l'image « des nattes et des perruques poudrées » dont elle a la nostalgie, en particulier un chauffe-plat perché sur quarte pieds arqués et branlants, un clavecin désuet décoré d'une guirlande de pois de senteur, le tout baignant dans une odeur de moisissure qui prend le visiteur à la gorge[140]. Miss Tox, méprisée par Mr Dombey et Mrs Chick pour sa pauvreté, typifie une certaine forme d'aristocratie obstinément tournée vers le passé, aujourd'hui ruinée mais en perpétuelle recherche de bonnes fortunes par le mariage ; ainsi, Mrs Skewton vend sa fille comme lors d'une mise aux enchères, Edith apportant, en échange du prix de l'argent, le double privilège de la naissance et du statut social. Il y a là des relents de pratiques déjà prospères au XVIIIe siècle, comme en témoigne la célèbre série de six tableaux de William Hogarth, Mariage à la Mode[139]. De même, le cousin Feenix représente une autre figure grotesque de l'aristocratie : seul membre de sa famille, c'est un noble désargenté impuissant à maintenir son rang dans la maison décrépite de ses ancêtres, mais qui flaire la bonne affaire et se précipite de Baden-Baden en s'exclamant au chapitre 3 : « Lorsqu'on tient pour de bon un riche gars de la cité dans la famille, il convient de lui témoigner de l'attention, faisons quelque chose pour lui »[141] ; ce cousin quelque peu taré préfigure le « cousin débile » de La Maison d'Âpre-Vent, point ultime de la dégénérescence d'une aristocratie en déclin[142].

La montée en puissance de la bourgeoisie d'argent[modifier | modifier le code]

La bourgeoisie argentée[N 18] de cette période diffère radicalement des marchands et boutiquiers du XVIIIe siècle dont la richesse se fondait sur les vertus puritaines de l'économie, du travail et du self help, c'est-à-dire le fait de ne compter que sur soi-même. Ici, il s'agit d'un capitalisme naissant dont Mr Dombey est l'éminent représentant, enrichi par la spéculation et l'investissement, disposant d'un statut social que garantissent ses biens et qu'affiche la somptuosité de son train de vie, et n'attendant que la sanction d'un « mariage huppé «[142]. Carker the Manager déploie lui aussi des qualités typiques de ces nouveaux hommes d'affaire, la froideur du comportement, la maîtrise absolue de soi, l'inflexible détermination. Les deux hommes prisent leurs possessions matérielles et ont acquis la conviction de leur supériorité qui n'a que mépris pour ceux qu'ils croient leur être socialement inférieurs, en particulier la classe des ouvriers[142].

Ces derniers ne sont que peu représentés dans le roman, d'autant que les Toodle, Susan Nipper, Captain Cuttle, Mrs MacStinger ne constituent pas vraiment des types sociaux, ressortissant plutôt à la catégorie des personnages dits « humeurs », soit déterminés par une seule caractéristique, le plus souvent comique ou excentrique. Même les Toodle, pour toute leur bonté, n'emportent pas l'adhésion du réalisme, trop généreux, trop dévoués, trop aimants et aussi trop serviles envers la hiérarchie, bref à l'image de nombre de travailleurs décrits par Dickens[142].

Leur bonté sert d'antidote à l'omniprésente froideur de Dombey, raidie en une glaciation comique[142]. Cette frigidité émotionnelle, cependant, à la différence de celle du vieux Scrooge de Un Chant de Noël, ne semble pas avoir de soubassement étiologique dans l'enfance : sans rien avoir de naturel, elle lui vient pourtant comme naturellement, et tout se passe comme si, asservi à son humeur se nourrissant de son orgueil, Dombey régnait sur une Angleterre à son image, glacée par une carence quasi universelle de compassion. À ce titre, écrit Elizabeth Gitter, il devient « un personnage emblématique d'un ordre pré-bourgeois, une synecdoque du monde désolé qu"il habite[143] ».

L'émergence de valeurs nouvelles[modifier | modifier le code]

Dans cette société domine l'argent qui semble avoir engendré un nouveau système de valeurs, toutes aussi négatives les unes que les autres[142]. Ainsi, famille et relations humaines se voient dévaluées au rang de commodités : preuve en est la réaction de Mr Dombey alors qu'il considère l'éventualité du décès de son épouse, « il le regretterait, et il aurait l'impression que quelque chose serait parti, quelques chose qui prenait place parmi les assiettes et le mobilier, et tout les autres biens domestiques qui en valaient la peine, si bien que les perdre ne pouvait que susciter le regret[144]. » ; de même, quand il embauche Polly comme nourrice, il proscrit toute relation affective avec l'enfant qu'elle va allaiter, car, dit-il, « il ne s'agit que d'une transaction[145]. », et pour parachever la déshumanisation, raye son nom et, comme il était fait des esclaves, lui attribuant un patronyme sans prénom, habituellement dévolu à la gent domestique[146].

Les personnages secondaires qui gravitent autour de lui se trouvent eux aussi fondamentalement mus par le même égoïsme : aussi bien Major Bagstock, Mrs Skewton que Mrs Pipchin et Mrs Chick répondent à l'appât du gain, l'esprit de compétition, l'indifférence au bien-être d'autrui ; comme l'écrit E. D. H. Johnson, le monde du « dombeyisme » n'est qu'un « système économique cynique engendrant tous les vices et toutes les cruautés de la société[147]. »

Si bien qu'il a pu être considéré que Dombey et Fils présentait un monde mammoniste où la richesse corrompait jusqu'aux choses les plus traditionnellement sacrées, comme en témoignent, aux chapitres 5, 18, 31 et 57, les scènes se déroulant dans l'église grise d'où n'émanent que le froid glacial, l'humidité moisie et la poussière asphyxiante[146]. À ce titre, contrairement à Un Chant de Noël, fantaisie économico-sociale, le roman devient, par le biais de la fiction, une véritable étude de l'utilitarisme urbain du tout-puissant cercle des affaires, où la charité[N 19] n'est plus qu'une entreprise comme les autres, se devant d'être rentable et pour cela, broyant les êtres qu'elle est censée secourir[148],[N 20].

L'aliénation et la réification de l'individu[modifier | modifier le code]

Dombey et Fils illustre le processus d'aliénation et de réification de l'individu désormais réduit à une marchandise ; dans l'article précité, E. D. H Johnson fait remarquer que « les romans de la maturité de Dickens offrent le premier exemple d'un monde réifié, où les gens sont devenus des objets contrôlés ou manipulés, achetés ou vendus[147]. » : de fait, à en juger par les relations de Dombey avec sa première épouse, le marchandage présidant à l'élaboration du second, la friabilité des liens d'amitié aussi facilement noués que rompus, quoi de Dombey et Bagstock, de Mrs Chick et de Miss Tox, etc., la société est devenue une bourse d'échanges sans âme où l'on jongle avec les êtres comme avec les actions et les obligations[146].

Pour rendre palpable cette dégradation, Dickens a recours à plusieurs procédés, et d'abord ce que John Ruskin a appelé la pathetic fallacy, c'est-à-dire l'attribution à la nature et aux objets qui la peuplent de sentiments humains[149] : ainsi, la sombre froideur de la maison Dombey, la grisaille funeste de l'église ; de plus, la réification des êtres sert souvent de caractérisation : les gens sont décrits, voire nommés par leur attributs souvent non humains, la raide cravate, la sonore montre gousset, l'évidente chaîne d'or, les bottes de cuir grinçant de Dombey, les dents de Carker, relevant à la fois du chat et du requin[150] ; enfin, nombre de personnages sont réduits à un seul geste ou quelque idiosyncrasie les résumant tout entiers : tel est le cas de Cousin Feenix, de Major Badstock, tous les deux affligés d'une diarrhée verbale elle-même affublée de maniérismes très précis, doublon les caractérisant comme au carré[146]. Ils ne sont pas les seuls : quelle que soit la situation, Mr Toots répète invariablement « Cela n'a pas d'importance » (It's of no consequence), et Captain Cuttle exprime ses sentiments en une rigide alternance de pose et de dépose de son chapeau vernis[146].

Dans ce monde, la valeur suprême n'est plus la qualité mais la quantité, et les individus se voient rapetissés ou grandis en perte ou profit : aussi, au chapitre 36, est-il donné à lire : « [l]'arrivée suivante fut un directeur de banque ayant la réputation de pouvoir tout acheter, la nature humaine de façon générale, si toutefois il lui venait l'idée d'influencer le cours des changes dans cette direction[151]. »

Est-ce à dire pour autant que Dickens regrette le monde d'autrefois ? Dans La Maison d'Âpre-Vent, il mettra en parallèle les représentants de deux mondes, Sir Leicester Dedlock, le vieil aristocrate accroché à l'ordre ancien et Mr Rouncewell, le puisant et industrieux maître des forges du Nord, et dans l'ensemble, il fait pencher la balance pour ce que le second a de mieux à offrir, l'esprit d'entreprise, l'efficacité, l'appel du futur[152]. En outre, l'expression adjectivale old-fashioned (« démodé », « vieux jeu ») qu'il utilise souvent, tant à propos de Sol Gills et de l'« Aspirant de bois » que du Petit Paul, garde sa part d'ambiguïté[153] : certes, Solomon Gills n'est pas aussi sage en affaires que son prénom pourrait laisser accroire, « en retard sur le temps » (behind the times), incapable de s'adapter aux nouvelles contraintes économiques, à jamais passif, contrairement à Walter Gay dont l'activité est sans cesse soulignée ; pourtant, son commerce est sauvé de la ruine par l'argent, et qui plus est, celui de Dombey, grâce à la santé miraculeusement retrouvée de « vieux investissements », par celle aussi, non moins extraordinaire, du retour de la cargaison en perdition. Aussi le passé, du moins en termes économiques, représente-t-il peu, voire ne pèse-til rien, son rôle se réduisant à.insérer le tableau du bon vieux temps dans le schéma traditionnel du roman victorien, d'autant qu'il reste la clef de son dénouement forcément heureux[153] : en effet, avec sa simplicité, son naturel, il recèle un trésor de valeurs peu efficaces aujourd'hui, mais qui seront appelées à supplanter un jour, peut-être demain, le mercantilisme ambiant, car l'amour chrétien, l'harmonie domestique, l'innocence du cœur seront bel et bien les récompenses dispensées à tous les gardiens des saines valeurs d'antan ou à ceux qui s'y rallient, Mr Dombey lui-même après que son voyage d'initiation intérieure est parvenu à son terme[154].

L'attitude de Dickens face aux problèmes socio-politiques[modifier | modifier le code]

Cette attitude, en conformité avec la tradition littéraire de époque victorienne, est souvent critiquée, les objections émises se trouvant résumées par Julian Moynahan, que cite Barbara Weiss et qui est loin de partager l'optimisme du romancier ; se référant au « petit salon de derrière » souvent mentionné à propos de l'« Aspirant de bois », il écrit : « "La petite société du boudoir de derrière" que Dickens promeut comme alternative à la dure réalité de cette moitié de XIXe siècle anglais et à sa révolution industrielle comprend deux servantes à la retraite, un quasi-faible d'esprit, un pilote de bateau aussi vertueux que drôle, un vendeur d'instruments de marine dépassés, et un jeune homme ennuyeux nommé Walter. Quant à Florence, elle fait moins partie de cette petite troupe qu'elle n'est l'objet de son adoration »[155],[N 21]. De fait, ce refuge, quelque chaleureux est-il, ne paraît pas particulièrement apte à se mesurer à l'avenir, ce que John Lucas exprime en ces termes : « [Dickens] prétend qu'en faisant des braves gens de l'« Aspirant de bois » un sanctuaire des valeurs d'autrefois, et en adoptant la posture qu'ils continueront cahin-caha à survivre et même à prospérer, il s'avère coupable d'une véritable "falsification des données" »[156].

Ainsi, il semblerait que, malgré sa dénonciation des maux accablant la société, Dickens se refusât à regarder les choses en face : son regret affiché pour les bons vieux jours du passé correspond bien à une position invariable chez lui, présente dans Dombey et Fils et retrouvée dans La Maison d'Âpre-Vent et Les Grandes Espérances, ce que Barbara Weiss appelle « le baume de l'espérance chrétienne »[156]. Il a cru, ou a feint de croire, que seuls la réaction des gens de bonne volonté pouvait venir à bout des bouleversements affectant son pays et, avec lui, l'Europe tout entière, que « les valeurs du cœur » suffiraient à vaincre la dureté mécanique à l'œuvre dans la société[157].

Son attitude envers l'argent reste plus claire sans pourtant se débarrasser de toute ambiguïté : au début du roman, il exerce sa satire à l'encontre de ce qu'il appelle « les valeurs mercenaires », mais s'il condamne le matérialisme, il réserve à l'argent une vertu salvatrice, car le dénouement en présente comme une version purifiée, puisque, avec Walter, l'entreprise devient plus humaine et le mercantilisme de naguère donne l'impression de s'être aseptisé par la bienveillance et même la charité[157]. Ainsi, la banqueroute, selon Barbara Weiss, « fonctionne comme une sorte de souffrance rédemptrice d'où le héros mercantile renaît moralement »[156].

Dans l'ensemble, Dickens semble, en les rendant compatibles, composer avec à la fois le capitalisme et les valeurs chrétiennes. C'est pourquoi le dénouement apparaît comme exemplaire de la veine sentimentale et, en même temps, des principes ayant la faveur de sa classe sociale, l'ardeur du foyer chez Solomon Cuttle, le respect de la hiérarchie chez les Toodle[N 22]. Ainsi, l'ultime réunion de tous les « bons » protagonistes autour de la bouteille de vieux Madère symbolise ce triomphe de la bonne volonté, sans doute peu vraisemblable mais quasi obligé[158].

Le 27 septembre 1869, quelques mois avant sa mort, Dickens faisait un discours à Birmingham devant le Birmingham and Midland Institute :

« Ma confiance dans les gouvernants est dans l'ensemble infinitésimale ; ma confiance dans le Peuple des gouvernés est dans l'ensemble illimitée[159]. »

Telle reste, à distance, la philosophie essentielle se dégageant de la vision globale qu'a Dickens de la société de son temps, telle qu'il la dépeint dans Dombey et Fils[158].

La vision de la féminité dans le roman[modifier | modifier le code]

Dickens n'était pas féministe et n'a jamais conçu ses romans, et en particulier Dombey et Fils, comme la démonstration consciente d'une quelconque doctrine concernant la condition des femmes. Pour autant, le roman recèle une puissante vision de la féminité qui en constitue l'un des thèmes majeurs, envahissant l'histoire et la dotant de ses impulsions les plus dynamiques et poétiques[160].

Le sang et l'argent[modifier | modifier le code]

Mr Dombey est très riche mais il ne s'est pas lui-même construit puisqu'il a hérité sa fortune de son grand-père, puis de son père, dont il vénère le nom, devenu le sien, ce que Major Bagstock, ce maître-flatteur, rappelle à satiété en le qualifiant de « grand nom » (great name)[161]. Il y a là une certaine ironie de la part de Dickens, car Dombey est tout sauf un « grand nom », un patronyme plutôt plébéien et phonétiquement très proche de donkey qui signifie « âne », ce qui le rend d'emblée quelque peu ridicule[160]. Rien n'est dit sur ces ascendants, mais leur nom laisse à penser que ce furent des parvenus de la bourgeoisie, en rien liés à l'aristocratie. Mr Dombey est tout à fait conscient de cette tare et, pour compenser cette infériorité innée, il mène grand train et se compose un masque de dignité glaciale qu'il espère conforme aux façons de la caste dont il est exclu. De fait, au XIXe siècle, la noblesse et la bourgeoisie restaient des classes antagonistes, l'une se considérant de droit l'élite héréditaire, imbue d'esprit chevaleresque et corseté par un code d'honneur, alors que l'autre se préoccupe de labeur et de rentabilité[160].

Dans Dombey et Fils, l'aristocratie est représentée par Mrs Skewton, sa fille Edith et leur cousin Feenix, manifestement symboliques d'une caste décadente et ruinée : la première s'avère être une mère mercenaire dont la seule préoccupation est de vivre aux dépens de la beauté et des relations aristocratiques de sa fille ; d'ailleurs, Dickens a pris soin de la doter du physique de l'emploi, décati, ruiné par l'oisiveté, portant le masque de l'élégance du comportement plaqué sur une noire hypocrisie calculatrice et fleurie. En cela, elle ressemble à Le bonne Mrs Brown » dont on dirait, tant elles se ressemblent, qu'elle la singe deux quartiers plus loin. Good Mrs Brown est une vagabonde acariâtre ayant vendu sa fille Alice Marwood à Mr Carker, en toute conscience du terrible sort qui l'attendait, la prostitution, la délinquance ; mais Mrs Skewton s'apprête à faire exactement de même en marchandant au sou près la valeur vénale de son enfant pour la jeter dans les bras de Dombey[160].

Car si Dombey n'appartient pas à l'aristocratie, il possède la richesse, ce qui explique que ce mariage est universellement considéré comme une « transaction », voire une « bonne affaire » (a bargain) : Edith vend son « sang », comme le dit si bien Major Bagstock qui s'est beaucoup dépensé que courtier, et son indéniable beauté en échange de la fortune d'un homme prêt à prendre femme sans autre dot que ses atouts naturels, ce qui, dans l'Angleterre victorienne, demeure inconvenant. Les deux époux ont tout à fait conscience de l'aspect commercial de leur union, que Dickens a voulu vouée d'emblée à l'échec par un vice de nature[160]. Pour autant, ce genre d'union n'est pas rare dans l'Angleterre victorienne, mais reste une cible de la satire littéraire qui, en dénonçant les abus acceptés, cherche à instiller plus de moralité dans les rapports humains[162].

Mr Dombey, en effet, représente la classe moyenne supérieure (« upper middle class ») ; c'est aussi un marchand de la Cité, symbole du capitalisme britannique triomphant. Pour autant, Dickens a voulu infliger au personnage comme une nimbe de décadence : au lieu de se contenter de la fierté de sa réussite, le puissant homme d'affaire aspire à l'élégance aristocratique et en cela montre qu'il a perdu le souffle énergique ayant animé les pionniers ; Dombey se complait à contempler sa grandeur qu'il entend de façon obsessionnelle transmettre à un fils. C'est ainsi qu'il a délégué son autorité à James Carker et ne fait pratiquement plus rien ; de plus, l'entreprise « Dombey et Fils » reste en soi dépassée, elle-même « démodée », comme le sera l'héritier présomptif, le Petit Paul[162].

La mer et le monde des femmes[modifier | modifier le code]

Or Mr Dombey est un homme puissant, à la tête d'une entreprise de transport maritime dont le siège se situe au cœur mercantile de Londres, la Cité, centre névralgique du capitalisme anglais ; il possède des agences et des comptoirs disséminés dans « un empire sur lequel le soleil ne se couche jamais »[163]. Voilà qui le relie au Major Bagstock, ancien officier des troupes coloniales : Dombey sait ce qu'il doit à l'armée et Bagstock au succès des marchands. D'ailleurs, ce dernier possède un « autochtone » (a native), ce qui pourrait laisser à penser que la fortune de Dombey a longtemps dépendu du commerce des esclaves, tout récemment aboli le [164]. Certes, la rigide dignité de Dombey tranche sur la rude vulgarité du major, mais il existe entre eux une réelle solidarité, car ils incarnent de concert une vision de l'Empire déjà dépassée[165]. Ainsi, d'une certaine manière, si Dombey est associé à la mer, paradoxalement, il ne la comprend pas : c'est une force de vie et de mort dont le Petit Paul, lui, apprécie la signification poétique et parle le langage ; il n'est pas le seul, mais comme lui, ce puer senex sans enfance, les amis de la mer restent décrits comme « vieux jeu », compliment à double-tranchant[165]. Dombey semble plus apte à entrer en sympathie avec le chemin de fer, cette incarnation destructrice de la nouvelle efficacité industrielle, car le chemin de fer non seulement tue, mais rappelle inlassablement au père, par son rythme lancinant lors des voyages à Leamington Spa, la mort de l'héritier de son nom, scandée à chaque longueur de rail. Il y a là comme deux forces, l'une féminine, l'autre masculine, symboliquement en guerre l'une contre l'autre[165].

La mer infinie représente la Nature et le Cosmos, elle parle un langage inconnu des hommes et des femmes enserrés dans les allées étroites de la société. Seul, l'enfant prématurément sensible sait se mettre à son unisson et deviner ce qui se dit par delà les vagues ; avec lui, quelques cœurs candides et ouverts, Captain Cuttle, « l'homme seiche », Solomon Gills, « l'homme aux branchies », Walter Gay, rappelant « le joyeux laboureur » ou « l'harmonieux forgeron[N 23], échappent à ses périls. Mr Dombey, lui, l'exploite sans y voir autre chose qu'un vaste néant et une prime d'assurance lorsqu'elle lui dérobe l'un de ses navires, sans qu'une larme ne soit versée sur le sort de l'équipage perdu ; il s'est approprié la mer avec son argent, mais il ne la possède pas, non plus que son argent puisse lui rendre son fils ou acheter l'amour de sa femme[165].

L'analogie thématique entre la mer et le monde des femmes éclaire l'un des aspects primordiaux du roman, la relation entre les hommes et les femmes et, plus précisément, entre l'autorité masculine et la soumission féminine. Dickens a doté Mr Dombey d'un orgueil incommensurable qui fait de lui à la fois un tyran et une victime, car s'il règne en maître sur sa maisonnée, il ignore tout du monde de l'amour, en particulier celui qu'offrent les femmes de son foyer, son épouse et sa fille. Il est d'ailleurs à noter que s'il mentionne en maintes occasions son père et son grand-père, pas une fois n'évoque-t-il sa mère. En quelque sorte, il est poussé par le système à perpétuer son nom par l'arrivée d'un héritier mâle, si bien que le statut d'infériorité qu'il octroie aux femmes s'impose à lui comme une évidence, tant il répond aux conceptions du monde dans lequel il gravite : transmettre la vie à une fille est certes sacré, mais la transmettre à un garçon l'est bien davantage. À ce titre, le roman présente un conflit fatal entre la nature et la société : puisque la société accorde la priorité aux mâles, l'aspect femelle de la nature se trouve moralement annihilé ; Mr Dombey, en suivant aveuglément le chemin prescrit, se trouve d'emblée condamné[166].

Dans Dombey et Fils, les femmes ne représentent pas seulement la maternité, mais hors de cet attribut essentiel, Dombey se coupe de tout le reste. Après la mort de sa première épouse, une tragédie pour Florence, une évidente carence de volonté pour Mrs Chick, une circonstance dérangeante pour Dombey, un sacrifice pour le lecteur et une perte heureusement réparée par la naissance d'un bébé mâle pour la société, une nourrice s'avère indispensable pour donner le sein manquant à cette progéniture bénie. C'est Miss Tox qui la trouve, non sans arrière-pensée puisqu'elle aspire à devenir la deuxième Mrs Dombey, sentiment sincère, cependant, que son récipiendaire est bien incapable de déceler, borné qu'il est à l'amour qu'il porte à sa personne et à sa projection en celle du petit héritier. De la même façon, il reste aveugle à la dévotion sans faille qu'entretient sa fille à son égard et reste indifférent aux efforts jamais relâchés qu'elle déploie pour le réconforter après la mort du Petit Paul[166]. La nourrice allaitante, Polly Toodle, symbolise la fécondité, comparée à une pomme ou à un pommier ; de fait, elle a d'innombrables enfants qu'elle chérit tous à égalité, même The Grinder pourtant corrompu par la générosité mercenaire de Mr Dombey[167]. Seule sa pauvreté l'oblige à les quitter pour s'occuper du Petit Paul, si bien qu'elle se trouve comme parasitée par son nouveau maître qui vampirise son lait tout en lui déniant le droit d'aimer l'enfant que cette manne alimente. Elle transgressera l'ordre imposé et ira voir ses enfants avec le Petit Paul, Florence et Susan Nipper, ce qui vaudra son renvoi et, du coup, scellera le sort du jeune garçon : privé de ce lait et de cet amour nourriciers, il s'étiolera à Brighton dans la pension de Mr Blimber et en mourra [167].

Cette mort représente la punition que la justice immanente inflige à Dombey, victime de son propre isolement qu'a induit ses préjugés sociaux : son mépris des femmes, de la sienne, de sa fille, de la nourrice de son enfant, l'a rendu aveugle à la fertilité de la nature que représentent l'amour maternel et l'affection féminine ; désormais victime de son aliénation, il subira la rébellion de sa seconde épouse, la fugue de sa fille aimante, autant de tourmentes semblables à celles qui, écrit Dickens, « secouent les flots », rappel imposé de la petitesse humaine au regard de la puissance métaphysique générant la naissance et la mort, parlant ce langage mystérieux qu'ignorent les petits esprits et enfin nourricière comme le lait de la féminité[167].

Le statut littéraire des femmes[modifier | modifier le code]

Dans Dombey et Fils, certes une œuvre d'art et non un traité, Dickens a voulu s'exprimer sur la condition féminine et affirmer ses opinions de façon à être compris. À ce titre, ce roman est l'un des plus explicites qu'il ait jamais écrit[168].

Manifestement, le personnage de Florence Dombey a été créé par Dickens pour servir de démonstration : le contraste est en effet abyssal entre cette enfant débordant d'amour, d'angélique bonté, de fervent oubli de soi, prémices aux qualités d'autres héroïnes comme Esther Summerson, voire Biddy, et la fin de non-recevoir systématique opposée par son père qui affirme ainsi sa conviction de l'être de la masculinité et du non-être de la féminité. Au vrai, cet antagonisme, d'autant plus douloureux qu'il est à sens unique, que le lecteur ne peut contempler sans souffrance, devient emblématique d'une situation générale[168] ; ainsi, la sœur de Dombey, femme stupide mais partageant l'orgueil borné de son frère, se voit traitée par lui, sans qu'elle ne s'en aperçoive toujours, avec le même mépris, ce qu'elle accepte non par affection ou générosité, ni même par résignation, mais parce qu'elle se trouve à son insu soumise au système qu'il a instauré et auquel elle adhère jusqu'à sacrifier son amie Lucretia Tox[167].

Alice Marwood et Edith Granger participent de la même démonstration[167]. Alice relève d'un type de femme souvent exploité dans le fiction du XIXe siècle anglais, surtout dans sa seconde moitié, celui d'une jeune fille ayant subi la séduction, la corruption et l'abandon d'un homme fortuné, condamnée à sombrer dans la délinquance et la prostitution. Edith étant conçue en parallèle avec Alice, Dickens implique que son mariage avec Dombey relève lui aussi de la prostitution. D'ailleurs, Alice Brown est devenue Alice Marwood, nom comprenant mar, c'est-à-dire le gâchis, le dommage, la corruption de l'intégrité ; quant à Edith, c'est le parcours de la vie qui la change de Skewton en Granger, puis en Dombey ; et si Polly Toodle devient Mrs Richards, c'est qu'elle participe également du symbolisme voulant qu'en perdant leur nom, les femmes abandonnent leur identité[167].

D'autres femmes sont présentées comme des victimes dans le roman, Mrs Wickam que sa condition servile rend doublement malheureuse, puisque servante, elle est mariée à un valet qui en a fait sa propre domestique. L'un des personnages les plus pathétiques du roman est Berry, alias Berinthia, la nièce et l'esclave de Mrs Pipichin dans l'institution de Brighton, au point que lorsqu'un honnête épicier demande sa main, il est rejeté avec mépris (contumely and scorn, écrit Dickens de façon redondante), par la maîtresse des lieux : orpheline dépourvue de tout bien, physiquement et socialement séquestrée, Berry ne peut qu'accepter ce que cette tante décide en son nom, et encore le fait-elle avec la reconnaissance d'un cœur conditionné à voir en elle sa bienfaitrice[169].

Le badinage entre Mrs Skewton and Major Bagstock s'avère n'être qu'un jeu diplomatique, car sous la surface plaisante, se tapissent la méfiance mutuelle et la dureté des affaires. Dans cette guerre entre les sexes, les femmes prennent quelquefois l'avantage, l'exemple le plus amusant restant celui de Mrs MacStinger, avec un dard (sting) dans le nom, la propriétaire de Captain Scuttle, qui mène tout son monde à la baguette en mégère confirmée : avec ce marin au cœur tendre, sa méthode ne varie pas, c'est celle du terrorisme qui le réduit à l'obéissance et au silence, et son mariage avec le capitaine Bunsby, au nom de « petite brioche » (bun) vouée à être vite engloutie par l'acariâtre dame, s'apparente à un véritable kidnapping. Pour autant, le grotesque bouffon de ces situations ne saurait dissimuler l'amas de douleur que dénonce Dickens : ce sont bel et bien, en effet, la peur et l'humiliation qui gèrent les relations entre les sexes[169].

Pour autant, il faut bien que femme se marie, la vieille fille et la veuve se trouvant condamnées à la précarité : aussi, la course au mari devient une préoccupation de tous les instants, même lorsque, telle Mrs MacStinger, la chasseresse déteste manifestement le sexe opposé, ce qui offre à Dickens l'occasion de scènes d'un comique relevant de la farce répétitive qui, par son insistance, finit, sous la surface burlesque, par révéler une véritable souffrance[169]. De toute façon, comme souvent chez lui, en leur grande majorité, les couples se déchirent ou taisent leur malheur dans une frustrante résignation. Dans Dombey et Fils, seuls Walter et Florence connaissent le bonheur, mais il s'agit là d'un couple d'exception, idéalisé à l'extrême, à jamais bénéficiant de l'incorruptible innocence des jeunes années. À l'opposé, Mr et Mrs Chick se livrent un combat permanent, sans compter l'opposition qui s'installe entre Mr Dombey et Edith, tous conflits générés par le système matrimonial vicié de l'époque victorienne[170].

La vie quotidienne de la femme[modifier | modifier le code]

Famille souvent pléthorique[modifier | modifier le code]

Presque toujours, les familles sont grandes, ce que confirment les données démographiques relevées par les historiens[171]. Ainsi, Mrs Perch, la femme du messager de Dombey enchaîne les grossesses les unes après les autres. En cela, elle ne diffère pas de la propre épouse de Dickens. Certains critiques ont avancé l'idée que Dickens avait voulu souligner la fertilité des classes populaires, à la différence de celles qui avaient la charge les destinées du pays, comme il le montrera avec insistance lorsqu'il décrira la stérilité décrépite des Dedlock, à laquelle fait face dans La Maison d'Âpre-Vent, la fructification saine et joyeuse des Bagnet[172]. Même si Dickens exerce son humour bienveillant à l'encontre de ces familles pléthoriques, le lecteur moderne ne saurait rester indifférent aux rudesses qu'impliquent ces successions de grossesses, d'accouchements difficiles, de fausses-couches mutilantes, les morts en couches, comme celle de la première Mrs Dombey. D'ailleurs, Dickens n'a eu de cesse de dénoncer l'hygiène déplorable, souvent induite par une tradition de pudeur incongrue lors des accouchements, alors que la parturiente, par fausse décence, reste à moitié debout sur une sorte de tabouret, le bébé se trouvant enfin soutiré d'innombrables jupons protecteurs[173].

Sœurs célibataires au service de leur famille[modifier | modifier le code]

Un autre ensemble d'épisodes renseigne le lecteur d'aujourd'hui sur la vie d'une catégorie de femmes bien particulières, les sœurs non mariées, telle celle de Polly Toodle, poétiquement nommée Jemima ([dʒe'maimə]), vivant chez le couple et dont la mission est de veiller au bien-être et à l'éducation de ses neveux et nièces alors que Polly est engagée comme nourrice par Dombey ; certes, Jemima fait partie intégrante de la famille mais en compensation s'acquitte, sans la moindre rémunération, des devoirs dévolus à une servante. Une fois de plus, la comparaison s'impose avec la situation personnelle de Dickens dont la belle-sœur Georgina Hogarth passa toute sa vie adolescente et adulte au service de son illustre beau-frère qu'elle choisit de suivre après sa séparation d'avec son épouse, sa propre sœur[174]. Harriet Carker semble, elle aussi, s'être sacrifiée pour son frère John, Carker L'Aîné : ce dernier, ayant commis un petit larcin dans sa jeunesse, non seulement ne saurait espérer la moindre promotion, mais, à jamais voué à la pauvreté, se voit condamné à une vie de repentir et de mortification ; comme tout naturellement, Harriet est donc venue lui servir de gouvernante. Certes, ses deux frères lui portent une affection particulièrement appuyée[N 24], mais il n'empêche que sa vie est vouée à l'abnégation, à l'expiation par procuration du « crime » de son frère, au célibat et à la privation de la maternité. Ce cas particulier illustre le sort dévolu à bien des femmes faisant table rase de leur vie personnelle pour se consacrer à leurs parents, leurs frères et sœurs, voire leur tante ou leur oncle, ce qui constitue une différence affirmée avec le statut des garçons qui, eux, dès qu'ils atteignent leur majorité, accèdent à l'indépendance et à la liberté[175].

Mariage, surtout de convenance[modifier | modifier le code]

Certaines femmes jouant un rôle mineur se marient au cours du roman : tel est le cas de Cornelia Blimber qui convole avec Mr Feeder pour de simples raisons professionnelles, semble-t-il. Plus gaie est l'union de Susan Nipper et de Mr Toots, sans que pour autant, ne demeurent des interrogations quant à la réelle sincérité de l'engagement : Susan est vive, intelligente, avec de la répartie, mais reste inculte ; Toots, quant à lui, sot mais riche, s'est en quelque sorte rabattue sur la bonne après avoir convoîté la maîtresse, Florence, qui certes n'a pas voulu de lui. Aussi Toots n'a-t-il de cesse de justifier son choix, tant il exagère la pertinence des jugements de sa femme : lui, homme de bien, s'est allié à une servante, et cela impose, en quelque sorte, qu'on s'en excuse par excès[176]. Et pourquoi Edith Granger, présentée comme une femme de caractère, intelligente et même rebelle, tout à fait consciente, en adulte déjà âgée de trente ans, des implications morales de sa conduite, ne se révolte-t-elle pas contre son odieuse mère à laquelle, pourtant, elle sait dire ses vérités ? Pourquoi ne refuse-t-elle pas le rôle auquel, à son cœur défendant, elle est obligée ? La question même implique sa réponse : semblable aliénation souligne la pesanteur des conventions sociales et morales qui, à de très rares exceptions près, par leurs interdits, leurs tabous, les inhibitions induites, écrasent la gent féminine jusqu'à lui dénier sa liberté identitaire[175].

Véritable franc-maçonerie féminine[modifier | modifier le code]

Reste à examiner le thème de la solidarité féminine qui parcourt le roman[177] : ces filles et ces femmes souffrantes se comprennent et s'entraident, car elles, à la différence de bien des hommes qui les entourent, savent ce que signifient l'amour, l'affection, l'empathie, le réconfort. Tant et si bien qu'on a pu évoquer une sorte de franc-maçonnerie féminine dans Dombey et Fils, dépassant le plus souvent les clivages sociaux et même outrepassant la hiérarchie. Il y a là plus que de la connivence ou qu'un concours d'émotion : la formidable capacité d'amour que dispense la majeure partie des femmes du roman s'avère être une force rédemptrice qu'illustre bien la conclusion : le fier et intraitable Dombey a enfin cédé son orgueil contre la plus humble des bienveillances, et ce miracle, qui ailleurs, relèverait de l'utopie, retrouve ici un semblant de normalité tant en est inflexible, indomptable et, par là, convaincante la puissance d'affection des femmes de son dernier entourage, au premier chef sa fille Florence, qu'accompagne Susan Nipper, la nouvelle Mrs Toots[178].

Folklore et éléments populaires dans le roman[modifier | modifier le code]

Douglas William Jerrold.

Certains critiques appellent les romans de Dickens des contes de fées réalistes[179]. Déjà, son ami John Forster parlait d'un « rendu fantaisiste de la réalité », c'est-à-dire « imaginatif », comme le signifie l'adjectif « fanciful » qu'il emploie[180].

Sans se référer directement aux histoires, il en emprunte les mythes pour nourrir son imaginaire, et cela se retrouve d'abord en Dombey et Fils avec les personnages de Susan Nipper et surtout Walter Gay, inspirés par deux pièces contemporaines, Susan au regard noir (Black-Eyed Susan; or, All in the Downs) de 1829 et Dick Whittington (Dick Whittington and his Cat), la première de Douglas Jerrold[N 25], l'autre d'Albert Smith[N 26], deux amis de Dickens[181].

Walter Gay et Dick Whittington[modifier | modifier le code]

Richard Whittington and his Cat, (The New Wonderful Museum, and Extraordinary Magazine, 1805).

Bien des critiques, écrit Louis Gondebeaud, ont reconnu en Walter Gay « un contrepoint à Dick Whittington »[179]. De fait, sa carrière comporte une série de parallèles et aussi de variations sur le célèbre bougre passé dans la légende populaire. Les allusions directes sont pourtant rares, sept en tout, mais elles se situent à des moments décisifs de l'aventure mercantile de Walter alors qu'il est porté disparu en mer et aussi à la fin du roman quand il jouit modestement des efforts consentis tout au long de sa vie[181].

Ce qui est moins connu est que Dick Whittington and his Cat fut joué au théâtre du Lyceum à partir du , soit au moment précis où germait l'idée du roman en l'esprit de Dickens, et de telle façon que la version qui était donnée de la légende annonçait de plusieurs manières la façon dont Dickens allait s'emparer de son mythe. Albert Smith cherchait avant tout à créditer l'origine du conte en le dépouillant de son grotesque traditionnel : ainsi le marchand vaguement bon-enfant, un certain Mr Fitz-Warren, change de statut et au lieu de se réduire à une figure de pantomime[N 27],[182], devient un homme d'affaires se consacrant à son commerce au point d'en négliger son épouse et sa fille. Albert Smith ajoute à la famille une irascible cuisinière, Ursula, issue tout droit de la pantomime pour servir de façon burlesque la solitude de la dame de céans, mais aussi un certain Hugh Dottell, aussi hypocrite qu'ambitieux, commis (clerk) ayant conquis la confiance de son patron, mais ne manigançant que de le supplanter et finalement de le dépouiller ; il a également pour dessein de détruire l'apprenti Dick Whittington qui s'est pris d'un intérêt romantique pour Alice, la fille de la maison, qu'il convoite pour lui-même[183].

Leurs homologues dans le roman montrent à l'évidence qu'ils se rapprochent plus du burlesque de Smith que de l'histoire traditionnelle : l'aveugle mercantilisme de Dombey qui le conduit à détester sa fille orpheline de mère relève certes d'une psychologie plus complexe que le stéréotype de Smith, mais le père indigne apparaît néanmoins comme un réel héritier de son prototype Fitzwarren. De plus, la jeune abandonnée Florence, tout comme son ancêtre Alice, trouve une réelle amitié chez une domestique pourtant irascible mais irrésistiblement comique, la farouche Susan Nipper, son inconditionnelle partisane ; enfin, l'affection croissante entre Florence et Walter Gay se voit elle aussi menacée par un hypocrite patenté qui, à l'instar du personnage de Smith, complote contre son employeur dont il manigance la perte et rumine en secret une passion aussi grotesque qu'inacceptable envers la jeune héroïne : pour parvenir à ses fins, il s'emploie à éloigner le jeune apprenti dès qu'il soupçonne qu'il commence à lui faire ombrage[183].

De plus, la pièce aussi bien que le roman s'approprient plusieurs éléments relevant de la fable afin de les domestiquer et les rendre compatibles avec la vraisemblance ou leur conférer un relent d'actualité. Ainsi, tel son prototype, Walter Gay est un orphelin originaire de la campagne s'étant frayé un chemin dans la vie des affaires avec l'optimisme conquérant de la jeunesse, mais condamner à ne d'abord rencontrer que persécution et complot auprès de ses prétendus protecteurs et guides[183]. Pour autant, les deux œuvres s'écartent de la légende, puisque, le héros de Dickens trouve la fortune dans la mer, épouse la fille de son patron et mène une belle carrière de son propre chef, alors que dans le conte de Smith, c'est son chat que Dick envoie s'aventurer sur les flots tandis que sur la terre ferme, lui poursuit son existence d'éternel persécuté, avec pour seul encouragement un message prophétique égrené par les cloches de l'église de Bow : c'est qu'entretemps, en effet, le chat, voguant sur le navire de son maître, gagne une fortune miraculeuse en débarrassant un royaume infesté de rats[183].

Dans Dombey et Fils, demeure donc une bonne part de l'imaginaire de la légende, tantôt marqué de réalisme, tantôt traduit en images. Hormis une brève allusion aux cloches de Bow, formulée par Solomon Gills[N 28],[184], rendue nécessaire par la proximité de l'« Aspirant de Bois », où demeure Walter, les rats, eux, se retrouvent bel et bien présents dans le roman, mais, comme l'écrit Louis Gondebeaud, « leur rôle est inversé »[185] ; en effet, lorsque le danger menace, ils fuient la demeure de Dombey et leur disparition scelle, en quelque sorte, la chute de la maison. En revanche, le chat se retrouve chez Carker sur lequel s'accumule l'imagerie féline : et c'est ce chat-là qui, pour s'en débarrasser, envoie l'apprenti sur un cargo branlant, « The Son and Heir » (« Le Fils-héritier ») vers une destination lointaine et menaçante ; le sauvetage du jeune homme tient du miracle, puisque, seul survivant du naufrage, il est aussitôt remis sur la route du succès par le bateau marchand de passage auquel il doit son salut[186].

Pour autant, si la teneur du roman ne saurait se réduire au conte folklorique ou au rendu burlesque de Smith, les relations centrales entre Dombey, Florence, Gay et Carker, comme l'imagerie qui les accompagnent, relèvent, comme l'a noté Dickens dans sa correspondance, des conventions régissant le théâtre populaire. Au-delà, la légende de Dick Whittington s'est vue adaptée, modernisée, universalisée en une histoire contemporaine, et surtout, enrichie des valeurs spirituelles chères à l'auteur dont la légende est totalement exemptée[187].

Dombey et Fils et le stéréotype Jolly Jack Tar de la chanson et du mélodrame nautiques[modifier | modifier le code]

Jack Tar (ou Jacktar, Jack-tar ou encore Tar)[N 29] a d'abord désigné les marins de la Marine marchande ou de la Marine royale britanniques (British Merchant Navy ou Royal Navy), particulièrement pendant la période de l'Empire britannique[188]. Aussi bien le public que les marins eux-mêmes s'en servent pour identifier les gens de la mer[189]. Par extension, Jolly Jack Tar est une chansonnette de marin[N 30], [190]. Elle évoque un jeune aspirant plutôt sûr de lui qui triomphe en héros d'incroyables difficultés, épouse la fille de l'amiral et, ainsi, donne une fin glorieusement patriotique à sa rocambolesque aventure personnelle[187].

De fait, Dombey et Fils regorge d'images nautiques centrées autour du personnage de Walter Gay, pourtant ironiquement traité sur le mode réaliste, elles-mêmes enchâssées dans celles qui surgissent du petit monde de « L'Aspirant de bois ». Dès le début (chapitre IV), la boutique de Solomon Gills est décrite comme s'il s'agissait d'un vaisseau insubmersible, flottant sur les marées aléatoires de la Cité ; le petit salon du fond (the back parlour) en reste l'inaltérable cabine du commandant, et Walter Gay se fait l'homologue en chair et en os du « plus ligneux des aspirants de bois »[191] trônant au-dessus de la coursive d'entrée[187]. Le nom du jeune héros, Gay, surtout mis en référence dans les premiers chapitres avec la compagne de Florence Black Eyed Susan Nipper, aurait rappelé à nombre de Victoriens le chant de marin de John Gay[N 31], très populaire à l'époque, Sweet William's Farewell to Black-Eyed Susan (« L'adieu du gentil William à Susan aux regard noir »)[192], datant de 1720, et aussi le mélodrame de la même veine, alors exceptionnellement apprécié, de Douglas Jerrold[193].

La ballade de Gay se présente sous la forme d'un duo dramatique entre William, généreux et loyal gabier de misaine, et Susan, l'innocente et pure jeune fille qu'il laisse derrière lui alors que le devoir l'appelle. S'y retrouvent nombre de clichés traditionnels au genre, l'opposition entre l'amour fidèle et la mer changeante, l'union entre la jeune demoiselle, délicate et sensible, et le marin traditionnellement bourru, finalement, l'idée que l'amour triomphe de l'adversité. Le mélodrame de Jerrold, quant à lui, insiste plutôt sur l'humilité de la vie domestique de la petite fiancée et la rudesse de traitement subie par le marin sous le joug d'une discipline aussi draconienne qu'injuste[193]. Or, la plupart des personnages mis en scène dans le mélodrame, tout comme leurs relations, se retrouvent dans le roman : le marchand père indigne, l'associé hypocrite, l'héroïne rejetée, le comique de son humble vie, l'amoureux perdu dans les flots. En effet, tel le marchand Doggrass, Dombey réduit les rapports humains en parts de marché et chasse sa fille ; comme lui, il complote pour exiler le héros vers des terres lointaines, et tous les deux s'abîment aussi dans un gouffre de solitude et de justice immanente : Dombey survit mais à quel prix ! Et son faux complice Carker trouve la mort sous le boggie d'une train. La grande différence, cependant, est que dans le roman, le marchand perdu est finalement sauvé par son enfant restée aimante ; de plus, le modeste succès de Walter n'est dû qu'à ses propres vertus, le jeune couple finissant par remplacer le père déchu dans la Cité, mais sur de fermes bases spirituelles[193].

Bien d'autres traits rapprochent Dombey et Fils des stéréotypes du mélodrame nautique, encore qu'ils soient souvent aménagés pour servir les desseins de l'auteur. Ainsi, Susan Nipper est nantie d'un quasi simple d'esprit, ce Mr Toots qu'elle épouse, rappelant le Gnatbrain (littéralement « cerveau de moucheron ») de la fable ; Toots, cependant, d'abord éperdument amoureux de Florence, transfère son sentiment sur la Susan au regard noir qui défend sa maîtresse avec tant de véhémence. Cette Susan Nipper, quant à elle, ressemble beaucoup à Dolly Mayflower, la compagne de la Susan du conte, jeune fille au nom fleuri, dont Dickens reprend la floraison dans celui de Florence. Quant à Walter Gay, sans doute le seul héros du livre, il est entouré de son propre « équipage », les loyaux Solomon Gills et Commandant (Captain) Cuttle dont la chaleureuse spontanéité rappelle le chœur des marins de la convention : à vrai dire, Captain Cuttle, à lui seul, devient le chœur du roman avec ses éruptions verbales extraites du Livre de la prière commune ou du répertoire de chants nautiques, à chaque fois célébrant dans une incohérence enthousiaste les principaux événements jalonnant l'action[194].

Le cliché théâtral reformulé en mythe[modifier | modifier le code]

Dans Dombey et Fils, Dickens exploite le contraste entre mer et terre-ferme, marin et terrien, humanité et matérialisme. Ainsi, au long des chapitres initiaux, la maison Dombey, rivée au sol mais dépendant des flots, s'oppose à son contraire, la boutique de Solomon Gills, toute entière tournée vers le large mais sise en plein milieu des turbulences marchandes ; métaphoriquement pourtant, la première, conquérante, moderne, regardant l'avenir, paraît invincible mais sombrera, alors que la seconde, fragile, obsolète, tournée vers le passé, sera le vaisseau insubmersible de l'esprit humain surnageant au-dessus des turpitudes mal sises de la vie mercantile. Les valeurs matérialistes restent à la merci de la chance et du changement, appartenant corps et âme, ou ce qu'il leur en reste, aux ancrages de la de la Cité et de la province ou de l'étranger à la mode, le quartier londonien des affaires, la ville d'eau de Leamington, la station balnéaire de Brighton, la villégiature chic de Bath, la fascinante et dangereuse Paris ; en revanche, la solidarité humaine appartient à ceux que les instruments moraux de navigation de la vie conduisent vers la prudence, l'humilité, l'altruisme, ou à ceux qui, jetés sur les récifs, reprennent pied dans un apparent désert matériel, en réalité une île du salut et de la bonté, que peuplent Sol, Cuttle, Flo, Walter, Susan, Toots et même, à la fin du parcours, Mr Dombey en personne[195]. C'est pourquoi, à des degrés divers, la mer sert de toile de fond permanente au roman, avec ses connotations symboliques, ce qui incite John Hillis-Miller à écrire : « La mer de la mort […] est le symbole authentique d'une puissance non humaine dont les principales caractéristiques sont la réconciliation et la continuité, [.…] le symbole de ce royaume d'au-delà les terres où […] la réciprocité de l'amour devient possible »[196].

Ainsi, la mort de la première Mrs Dombey se trouve décrite comme un naufrage, mais l'agonisante est reliée à l'espoir par « la lumière à laquelle elle s'agrippe »[197], l'amour de sa fille Florence. De même, le décès du Petit Paul meurt à neuf ans est vu par Mr Dombey comme la perte corps et biens de son vaisseau « Le Fils héritier », première amorce de la faillite finale, mais pour d'autres personnages, il prend la forme d'un voyage vers le rivage immortel sur un océan d'amour que le jeune garçon comprenait si bien, dont lui seul - et peut-être le vieil excentrique de la plage de Brighton - connaissaient le langage ; Florence entend un message semblable émanant des vagues lors de son voyage de noces, et même Sol Gills en arrive à la conclusion qu'« en vérité, les vaisseaux perdus [de ses instruments nautiques] sont revenus au port, et désormais lestés d'or »[N 32],[198],[199].

Dans l'ensemble, presque tous les personnages entreprennent une sorte de voyage sur les flots, puis s'en reviennent au rivage, ce qui conduit à un formidable contraste : les matérialistes, Dombey, Carker, Alice Marwood, Edith Granger, rencontrent invariablement le désastre, l'humiliation ou la mort ; les humanistes eux, retrouvent avec la terre-ferme, une prospérité relative mais heureuse, car ils n'ont cessé de s'allier aux forces morales[199]. Ainsi, Dickens s'est servi du merveilleux de la légende nautique des contes ou de la teneur des mélodrames populaires et, alors qu'Albert Smith et Douglas Jerrold ne visaient qu'à en tirer des parodies burlesques, lui en fait une parabole chargée de symbolisme et de signification mythique sans pour autant altérer la substance de l'action[199].

John Forster a noté, il est vrai à propos des contes de Noël de son ami, que « personne n'éprouvait une affection plus intense que Dickens pour les comptines et les contes, et il ressentait une secrète délectation à penser qu'il leur conférait un statut plus noble »[200].

Conte de fées, archétypes et mythes dans Dombey et Fils[modifier | modifier le code]

(à suivre)

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • 1917 : film muet avec Norman McKinnel dans le rôle de Paul Dombey et Hayford Hobbs dans celui de Walter Gay.

Télévision[modifier | modifier le code]

  • 1969 : mini-série télévisuelle de Joan Craft, avec John Carson dans le rôle de Paul Dombey et Derek Seaton dans celui de Walter Gay.
  • 1983 : mini-série télévisuelle de Rodney Bennett, avec Julian Glover, Lysette Anthony et Shirley Cain.
  • 2007 : Le roman a été adapté en français pour France 3 par le réalisateur Laurent Jaoui en 2006 sous le nom de Dombais et Fils, drame en deux épisodes de 1h30, avec Christophe Malavoy dans le rôle de « Charles Dombais » (Paul Dombey)[201],[202],[N 33].
  • En septembre 2009, l'écrivain Andrew Davies a fait savoir son intention de ne plus participer à la rédaction d'un scénario pour un projet d'adaptation télévisuelle du roman par la BBC[203].

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Harry Hamilton Johnston a écrit une suite à Dombey and Son intitulée The Gay-Dombeys[204].
  • Dans le roman Velocity (2005) de Dean Koontz (1945-), l'épouse qui est dans un état comateux fait souvent allusion de façon incohérente à l'œuvre de Dickens, la plus énigmatique venant de Dombey and Son : « I want to know what it says, the sea. What it is that it keeps on saying » (« Je veux savoir ce qu'elle dit, la mer. Ce qu'elle n'arrête pas de dire »)[N 34],[205].
  • La devise de la revue Notes and Queries, fondée en 1849, « When found, make a note of », est empruntée au texte de Dombey and Son[206],[207].

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Texte[modifier | modifier le code]

  • (en) Charles Dickens, Dombey and Son, Ware, Wordsworth Editions Limited,‎ 1995, 772 p. (ISBN I 85326-257-9)
  • (en) Charles Dickens, Dombey and Son, Hardmonsworth, Penguin Classics,‎ 2002, 8e éd. (ISBN 978-0-14-043546-7 et 0140435468), révision, notes et introduction par Andrew Sanders.
Traductions en français
  • (fr) Charles Dickens (trad. Mme Bressant sous la direction de P. Lorain), Dombey et Fils, Paris, Hachette, 999 p., édition de référence.
  • (fr) Charles Dickens (trad. Georges Connes, Andhrée Vaillant), Dombey et Fils, Paris, Gallimard, coll. « Pléiade Bibliothèque, numéro 118 »,‎ juin 1966, 1376 p. (ISBN 2-07-010168-1), couplé avec Les Temps difficiles, édition Pierre Leyris.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

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  • (en) Andrew Sanders, The Oxford History of English Literature (Revised Edition), Oxford, Oxford University Press,‎ 1996 (ISBN 0-19-871156-5).

Ouvrages spécifiques[modifier | modifier le code]

Vie et œuvre de Charles Dickens[modifier | modifier le code]
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Notes[modifier | modifier le code]

  1. Phiz est un mot à la mode en cette moitié du XIXe siècle ; abréviation de physiognomy, il est devenu légèrement argotique avec le sens de « visage ». Il est utilisé par Fra Lippo Lippi dans le poème du même nom de Robert Browning : « Already not one phiz of your three slaves/ Who turn the Deacon off his toasted side ».
  2. Marguerite de Blessington, 1789-1849, née à Paris Margaret Power, est un écrivain irlandais. Elle épousa en février 1818 Charles John Gardiner, comte de Blessington.
  3. Pour une analyse complète des feuillets relatifs à Dombey, voir Sylvère Monod 1953, p. 236-242.
  4. Par exemple, le numéro 1 est prêt le 23 juillet alors que sa parution est programmée pour le 30 septembre.
  5. James Kay Shuttleworth fut un ami dévoué de Charlotte Brontë.
  6. John Russell est entré en politique en 1826 et a eu plusieurs postes ministériels avant et après ses mandats de premier ministre. Il a été secrétaire pour les colonies de 1839 à 1841 et en 1855. C’est lui qui, lors de ce mandat, approuva l’octroi du gouvernement responsable à la province du Canada. Il était très connu comme libéral et un fidèle partisan de la réforme ayant pour but d’étendre le droit de vote à un nombre plus grand d’hommes issus des classes inférieures du Royaume-Uni.
  7. L'enseigne en bois représentant un aspirant de marine avec un sextant a été sculptée telle qu'elle est décrite dans le roman et figure aujourd'hui au musée Charles Dickens de Londres.
  8. « Élève de Terminale assurant certaines responsabilités ».
  9. Curieusement, l'édition Wordsworth omet cette phrase à la fin du chapitre 16.
  10. Le Complexe d'Électre , parfois utilisé pour les relations père-fille, est un concept théorique de Carl Gustav Jung qui, en 1913, l'a nommé ainsi en référence à l'héroïne grecque qui vengea son père Agamemnon en assassinant sa propre mère, Clytemnestre. Il pensait ainsi avoir créé un équivalent du complexe d'Œdipe de Freud, mais ce dernier n'a pas accepté cette proposition : « Il nous semble sur ce point que ce que nous disons du complexe d'Œdipe ne s'applique en toute rigueur qu'à l'enfant de sexe masculin, et que nous sommes fondés à refuser l'expression de complexe d'Électre qui insiste sur l'analogie du comportement des deux sexes ». En effet pour Freud, il n'existe pas de « Loi de la Mère » et on ne peut donc pas régler la question par une simple équivalence tirée de la mythologie.
  11. Non plus, d'ailleurs, que pour Alice et Edith.
  12. La réapparition régulière de la bouteille de madère, outre sa fonction symbolique, peut s'expliquer aussi par les contraintes de la publication en feuilleton mensuel, imposant des références et des jalons sans cesse rappelés au lecteur.
  13. Dans Le Curé de Wakefield, William Thornhill, oncle de Squire Thornhill, contribue à révéler la vilenie de son neveu.
  14. Defoe dans Moll Flanders, Fielding dans Joseph Andrews ou Tom Jones ou encore Smollett dans Roderick Random ou Humphrey Clinker.
  15. L'expression est souvent traduite par Anthropomorphisme, ce qui n'est pas vraiment lui rendre grâce puisqu'il s'agit non pas d'attribuer une émotion à un objet inanimé, mais d'opérer un transfert du sujet vers l'objet, avec projection du sentiment de l'un vers l'autre.
  16. miffed signifie « courroucé, vexé ».
  17. Henry Fielding considérait qu'il avait deux sortes de lecteurs, l'un intelligent et cultivé qui, de tout façon, ne saurait se laisser prendre à de tels pièges et pouvait d'emblée décoder son message, soit un ignare médiocre qui méritait bien qu'on se moquât un peu de lui.
  18. monied middle class en anglais. « Classe moyenne », en français, correspond plutôt à ce que les Anglais appellent lower middle class.
  19. Charité qui sera raillée sous les traits des philanthropes acharnées que sont Mrs Jellyby et Mrs Pardiggle dans La Maison d'Âpre-Vent.
  20. Référence est ici faite à l'expression charitable grinders dont Dickens s'est servi pour décrire les résidents des hospices si mal nourris qu'ils en sont réduits à broyer des os pour s'alimenter.
  21. Les personnages nommés ici sont Mrs Toots, Susan Nipper, Polly Toodle, Mr Toots, Captain Cuttle, Solomon Gills et Walter Gay.
  22. À part Susan Nipper, dont la langue est aussi acérée que ses yeux sont noirs, tous les domestiques restent soumis et respectueux envers leurs maîtres. Ce n'est qu'à la cuisine et dans les combles qu'ils se laissent gentiment aller à dire ce qu'ils pensent ; d'ailleurs leur propre individualisme se voit souvent contrarié par des rivalités ancillaires se développant en parallèle de celles des puissants qui les emploient. À ce titre, le sous-sol est bel et bien à l'image des étages
  23. cuttle, gills, gay signifient respectivement : « seiche », « branchies » et « joyeux ».
  24. Le XIXe siècle a été un siècle très émotif ; on y pleure beaucoup et on affiche sans retenue ses sentiments, particulièrement entre frère et sœur. En témoignent les attachements très forts entre Edmund et Fanny dans Mansfield Park de Jane Austen, voire ceux, très privilégiés, de Wordsworth et de Dorothy, de Chateaubriand et de Lucile ou de Felix Mendelssohn et de Fannyetc.
  25. Douglas Jerrold (1803-1857) a fait carrière dans le théâtre et dans le journalisme.
  26. Albert Smith est l'un des nombreux auteurs de théâtre ayant repris le mythe et la légende qui, eux, datent du XVIIe siècle et sont fondés sur un personnage ayant prospéré au XIVe siècle et étant devenu Lord-Maire de Londres pour trois mandats.
  27. « La pantomime anglaise est un spectacle musical traditionnel, mettant en scène un conte de fée, avec des règles incongrues, comme par exemple, le rôle du gentil garçon joué par une jeune-fille et celui de la mère ou de la tante par un garçon ; la dualité du Bien et du Mal est respectée, ce à quoi concourt le public et encourageant les bonS et hunant les méchants ».
  28. «  'Yes, yes, yes,' cried Solomon, cutting instantly into a leg of mutton, as if he were catering for a giant. 'I'll take care of her, Wally! I understand. Pretty dear! Famished, of course. You go and get ready. Lord bless me! Sir Richard Whittington thrice Lord Mayor of London ».
  29. Tar signifie « goudron ».
  30. Once was a sailor / Ship of the line / Came to my duty / Serving my time // Far, far away from you I must go / Ne'er to return - I do not know / If I return to tell you my tale / I'll sing of gunsmoke and blood-stained sails // Stand by my shipmates / We will not fall / Jolly Jack Tars, brave men and all
  31. John Gay est surtout connu pour L'Opéra du gueux (The Beggar's Opera) (1728).
  32. Citation originale : « Why yes, yes - some of our lost ships, freighted with gold, have come home, truly ».
  33. La francisation qui a été effectuée du nom original (['dombei]) avec « ais » comme terminaison paraît superflue, car elle ne se rapproche pas plus de la diphtongue [ei] que ne l'aurait fait « ey ».
  34. Il s'agit d'une allusion au chapitre XVI : « What the Waves were always saying » (« Ce que n'arrêtaient pas de dire les vagues »).

Références[modifier | modifier le code]

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