Domaine viticole

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Un domaine viticole est un territoire comprenant des vignes et, en général, un lieu où le vin est élaboré et vendu.

Origine du regroupement des vignes en domaines[modifier | modifier le code]

En France, l'utilisation de ce nom est soumise à un décret en date du 30 septembre 1949. Pour apposer sur son étiquette ce terme, le domaine doit remplir trois conditions :

  • Le vin doit avoir une appellation d'origine.
  • Il doit provenir de l'exploitation agricole ou des ses analogues.
  • Ce nom est limité à la seule production de l'exploitation.

Cette définition fait suite, en le reprenant, à un jugement du tribunal civil de Bordeaux, en date du 8 mai 1939, donnant la définition d'un château viticole. Dans les faits, rien n'interdit à une coopérative viticole de recevoir les vendanges d'un domaine ou d'un château (sélection au terroir), de les vinifier à part, et de commercialiser les vins sous leur nom d'origine. La mention "mise en bouteilles au château" ou "mise en bouteilles au domaine" étant légale puisque le propriétaire est un coopérateur porteur de parts dans une exploitation collective prolongement de son château ou de son domaine[1].

Selon la définition internationale qu'en donne Frank Schoonmaker, calquée sur celle adoptée en France, un domaine viticole est le nom donné à des vignobles d'un seul tenant ou à un ensemble de parcelles sur différents terroirs (climats en Bourgogne) qui constituent une propriété viticole appartenant en nom propre ou en nom collectif à un ou des propriétaires. Ce terme - avec ses déclinaisons : château, clos, mas, etc. - a été pendant longtemps réservé aux seuls vins d'appellations, il s'est actuellement étendu à des terroirs viticoles produisant des vins labellisés[2].

Le vignoble entre le IXe et le XIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le Cartulaire de l'Église d'Apt (IXe siècleXIIe siècle), donne des indications très claires sur la constitution de la propriété viticole. En effet, le vignoble y tient une place très importante puisque plus de cinquante chartes ont trait uniquement à la vigne, à sa plantation, à ses façons culturales ou à sa propriété[3].

C'est d'abord une redistribution du pouvoir sur la terre qui a lieu entre la fin du IXe siècle et la première moitié du Xe siècle :

  • En 897, alors qu’il vit retiré au monastère de Carpentras, Louis III l'Aveugle, roi de Provence, à la demande du comte Thibert d’Apt, donne à l’église Sainte-Marie et Saint-Castor d’Apt le monastère de Saint-Martin-de-Castillon avec ses vignobles et deux églises (C. VI).
  • En 909, Rostaing, primat de Bourgogne, premier Vicaire des Gaules et archevêque d’Arles (869-913), donne à l’Église d’Apt sa villa de Fastignane et ses vignes sises au confluent du Calavon et de la Dôa (C. VIII).
  • En 931, noble Garibald et son épouse Aviorda, donne à l’église cathédrale d’Apt deux vignes situées près des rives du Calavon (quartier Viton). Il est précisé que la première est un enclos de vignes hautes palissées sur des noyers et des saules, tandis que la seconde est une vigne basse (C. XV).

Vient ensuite, entre le Xe siècle et le XIIe siècle, le complant qui permet à un noble, laïc ou religieux, de tisser les premiers liens de vassalité dans une société féodale qui se met en place :

  • En 988, Teudéric (Théodoric), évêque d’Apt, concède à Allard et à son épouse Auzille, une terre pour une durée de sept ans avec charge de bien planter, provigner et mener avec ardeur le vignoble. Passé ce temps, l’évêque en récupèrera la moitié et le couple restera propriétaire de l’autre (C. XXXVIII).
  • En 997, le même évêque concède, contre compensation et en contrat de précaire, au noble Samuel et à son épouse Bélildis, une dîme sur les terres et vignes de Croagnes, hameau de Saint-Saturnin-lès-Apt, et de Clavaillan, hameau de Roussillon (C. XLVI).
  • En 1110, le Chapitre de l’Église d’Apt baille à Guillaume Robert et à ses fils la Volta del Molin afin qu’ils y plantent une vigne. Au bout de dix ans, trois parts du vignoble resteront leur propriété, la quatrième reviendra aux chanoines (C. CXII).

La domaine viticole nommé avant son propriétaire[modifier | modifier le code]

Certains de ces vignobles sont identifiés par un nom alors que leur propriétaire n'est désigné que par son prénom :

  • Entre 966 et 972, deux vignes sous Bonnieux sont désignées sous les noms d’Airavedra et de Rohlannada (C. XXII). La villa Calmejane, au sud-est d'Apt, possède un vignoble appelé Murra (C. XXXVII). Une vigne sise sur le terroir de Joucas porte le nom de Ruvoria (C. LXXXI).
  • À la fin du XIe siècle, Girard Théoric fait dresser la liste de ses biens. Il est propriétaire de champs, prés, jardins, ferrages et condamines et de trois vignes qui sont appelées Fraxenete, Balsana et Puy-Gibaud (C. CIII). Pour la même période, l’église Saint-Pierre d’Agnane, près de Saint-Saturnin-lès-Apt, possède dans sa manse deux vignobles dénommés Galburgis et Cavalera (C. CIV).

Il fallut donc attentre la fin du XIe siècle pour que les familles commencent à être désignées par un patronyme alors que la propriété viticole l'était depuis le Xe siècle.

La bourgeoisie terrienne[modifier | modifier le code]

Le contrat de mezzadria est une forme particulière de contrat lié à l'activité agricole apparu en Italie au Moyen Âge. Dès le début du XIIIe siècle dans la péninsule italienne, les communes avaient entrepris une conquête impressionnante sur les campagnes environnantes, formant ainsi le contado, une conquête qui permit d'affirmer leur pouvoir respectif et de tisser avec l'espace rural des liens étroits, politiques ou commerciaux. Grâce à de nombreuses méthodes, ces liens se sont davantage resserrés, au début du XIVe siècle, permettant ainsi à la ville, plus soucieuse du ravitaillement et peuplée de négociants en produits alimentaires, de dominer entièrement l'économie rurale. Dans ces campagnes, se généralisa très précocement ce que l'on appelle le contrat de mezzadria, un contrat qui prévoyait entre les deux contractants le partage des bénéfices issus de la terre par moitié comme son nom l'indique. Il va prendre en France la nom de contrat à mi-fruit.

À la limite des vignobles[modifier | modifier le code]

Dès le Haut Moyen Âge, il y eut des tentatives plus ou moins avortées d'introduire une viticulture dans des pays où le raisin avait peine à atteindre sa pleine maturité. Le cas du comté de Hainaut est exemplaire à cet égard. Les comtes réussirent à maintenir quelques domaines viticoles à Valenciennes et à Mons. En dépit des soins minutieux qui étaient apportés au vignoble celui-ci eut toujours plus tendance à fournir du verjus que du vin. Quelques vignobles monastiques, dont celui de Bonne-Espérence, semblent avoir eu un terroir plus propice à Ath, qui produisait du vin en 1479, et à Huy, dans la vallée de la Meuse, qui resta en production jusqu'en 1914[4].

Dans le même temps, grâce à la proximité de vignobles au terroir viticole mieux exposé et se trouvant assez proches géographiquement, les abbayes et les chapitres canoniaux devinrent propriétaires de ces domaines viticoles plus privilégiés. Le chapitre de Sainte-Aldegonde de Maubeuge eut un vignoble à Soissons, le prieuré d'Aymerie un domaine à Laon, l'abbaye de Liessies dans ces deux secteurs. Cette pratique eut un temps qui, au cours du bas Moyen Âge, ne résista pas à la guerre de Cent Ans. Plutôt que de s'encombrer à continuer d'exploiter pour leur compte des domaines lointains, les ecclésiastiques jugèrent préférable d'acheter leurs vins à l'exemple des moines de Liessies qui se fournirent à Avesnes, Chimay et Laon en 1405. L'abbaye de Maroilles renonça, elle aussi, à ses domaines viticoles dans le Vermandois, en particulier à ceux de Mézières-sur-Oise, qu'elle possédait depuis le haut Moyen Âge. À partir des années 1419 / 1420, elle se mit à acheter ses vins. Elle mandata, pour cela, Outard, un négociant en vins, qui se fournit à Nouvion, en 1419[5], puis, en 1420, il se procura à nouveau des vins à Nouvion et à Valenciennes, tandis qu'un serviteur de l'abbaye en fut chercher à Braye-en-Laonnois [6].

Ce mouvement porte déjà en lui la prépondérance sur le marché de l'Europe du Nord de négociants en vins capables de sélectionner des domaines viticoles produisant des vins au goût de leur clientèle. Cette pratique était déjà celle de l'Angleterre avec le Bordelais depuis 1242 et l'imposition du claret[6]. Elle fut celle de la Hollande au XVIe siècle avec leur prédilection pour des vins de chaudière issus du vignoble nantais (Marcel Lachiver), et au XVIIIe siècle de la Suisse qui n'achetait que des vins distillés dans la basse vallée du Rhône car ils n'étaient pas soumis aux mêmes droits de péage en remontant le fleuve (Robert Bailly). Elle porta quelques fois des fruits inattendus, en particulier à Monbazillac, quand les Hollandais découvrirent les premiers vins liquoreux et ne voulurent plus, dès lors, que ce type de production (Hugh Jonhson).

Domaines viticoles[modifier | modifier le code]

Château d'Orschwihr

France[modifier | modifier le code]

Alsace[modifier | modifier le code]

Château d'Orschwihr, Domaine Zind-Humbrecht,

Beaujolais[modifier | modifier le code]

Château de Montmelas, Domaine de la Grange-Charton, Château de la Chaize, Château de Pizay,

Bordeaux (crus classés et assimilés)[modifier | modifier le code]

Château Cos d'Estournel
Château Margaux

Château d'Armailhac, Château Batailley, Château Belgrave, Château Beychevelle, Château Bonalgue, Château Bouscaut, Château Boyd-Cantenac, Château Branaire-Ducru, Château Brane-Cantenac, Château Calon-Ségur, Château de Camensac, Château Cantemerle, Château Cantenac-Brown, Château Carbonnieux, Château Chasse-Spleen, Château Cheval Blanc, Château Haut Selve, Château Lafite Rothschild, Château Latour, Château Mouton Rothschild, Château Clerc-Milon, Clos du Clocher, Clos Haut-Peyraguey, Château Cos d'Estournel, Château Cos Labory, Château Couhins, Château Couhins-Lurton, Château Croizet Bages, Château Dauzac, Domaine de Chevalier, Château de Fieuzal, Château Desmirail, Château Ducru-Beaucaillou, Château Durfort-Vivens, Château Duhart-Milon-Rothschild, Château Ferrière, Château Giscours, Château Grand-Puy-Ducasse, Château Grand-Puy-Lacoste, Château Gruaud-Larose, Château Haut-Bages Libéral, Château Haut-Bailly, Château Haut-Brion, Château Haut-Batailley, Château Haut-Marbuzet, Château d'Issan, Château Kirwan, Château La Lagune, Château La Tour Carnet, Château Labegorce-Zédé, Château Lafon-Rochet, Château Lagrange, Château Langoa Barton, Château Lascombes, Château Latour-Martillac, Château Laville Haut-Brion, Château la Mission Haut-Brion, La Tour-Blanche (Sauternes) , Château la Tour Haut-Brion, Château Les Hauts-Conseillants, Château Les Ormes de Pez, Château Lynch-Bages, Château Lynch-Moussas, Château Léoville Barton, Château Léoville Las Cases, Château Léoville Poyferré, Château Malartic-Lagravière, Château Malescot St. Exupéry, Château Margaux, Château Marquis d'Alesme Becker, Château Marquis de Terme, Château Montrose, Château Olivier, Château Palmer, Château Pape Clément, Pétrus (vin), Château de Pez, Château Phélan Ségur, Château Pichon-Longueville Baron, Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande, Château Pontet-Canet, Château Potensac, Château Pouget, Château Poujeaux, Château Prieuré-Lichine, Château Pédesclaux, Château Rauzan-Gassies, Château Rauzan-Ségla, Château Saint-Aubin, Château Siran, Château Smith Haut Lafitte, Château Suduiraut, Château Talbot, Château du Tertre, Château d'Yquem

Bourgogne[modifier | modifier le code]

Domaine viticole d'Aloxe-Corton

Château du Clos de Vougeot, Château de Lavernette, Maison Faiveley, Château de Chasselas,

Champagne[modifier | modifier le code]

Château de Boursault,

Corse[modifier | modifier le code]

Clos Clementi,

Île-de-France[modifier | modifier le code]

Clos Bruneau, ancien vignoble de Paris,

Château d'Arlay

Jura[modifier | modifier le code]

Château d'Arlay, Château Pecauld,

Languedoc-Roussillon[modifier | modifier le code]

Château de Donos, Château Langlade, Château de Valmy, Domaine de Pailhès, Mas de Daumas Gassac, Château de Libouriac, Château de Pennautier, Domaine de La Rectorie,

Poitou-Charentes[modifier | modifier le code]

Logis de la Mothe

Château de Beauregard, Château Chesnel, Logis de la Mothe,

Provence[modifier | modifier le code]

Château de Crémat, Château Volterra, Domaine Saint-Jean de Villecroze, Domaine du Clos Lamalgue, Château de Miraval, Listel,

Savoie[modifier | modifier le code]

Château de Ripaille, Château Bayard,

Château Labastidié

Sud-Ouest[modifier | modifier le code]

Château de Lacquy, Château Labastidié, Château de Mons, Château de Tariquet, Château de Caïx

Vallée de la Loire[modifier | modifier le code]

Château de Goulaine, Château de l'Oiselinière, Château de Targé, Château Gaudrelle, Château de Valmer, Domaine Huet,

Vallée du Rhône[modifier | modifier le code]

Château Unang
Château la Nerthe

E. Guigal[7], M. Chapoutier, Paul Jaboulet aîné, Château-Grillet, Château La Rolière, Château la Nerthe, Château de Beaucastel, Chartreuse de Bonpas, Château de la Selve, Château de Val Joanis, Les vins Skalli, Cellier des Dauphins, Prieuré de Montézargues, Château Unang, Château de l'Hers, Campagne de Bacchus de Carpentras

Allemagne[modifier | modifier le code]

Domaine Johannisberg, Château de Proschwitz, Château de Rattey,

Belgique[modifier | modifier le code]

Le vignoble de Genoels-Elderen entre le château et la ferme castrale

Clos des Zouaves, Clos du Germi, Château de Genoels-Elderen,

Italie[modifier | modifier le code]

Château de Verrazzano, Château de Vicchiomaggio, Villa Costanza,

Suisse[modifier | modifier le code]

Chartreuse de La Lance,Château de Luins, Château de Mestral, Château de Duillier, Château de Vincy, Château des Crêtes, Château du Châtelard (Vaud), Château de Valeyres,

Californie[modifier | modifier le code]

Beaulieu Vineyard, Stag's Leap Wine Cellars, Kendall-Jackson,

Autres pays[modifier | modifier le code]

Al Este Bodega y Viñedos à Médanos, Buenos Aires

Château Roslane (Maroc),
Château Musar, (Liban),
Château Golan (Israël),
Domaine de Massandra, (Ukraine),
Al Este Bodega y Viñedos, (Argentine)
Concha y Toro, (Chili)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Yves Renouil, (sous la direction de), Dictionnaire du vin, Éd. Féret et fils, Bordeaux, 1962, p. 328.
  2. Frank Schoonmaker, Le livre d'or du vin, Éd. Marabout, Vervins, 1964, rééd. 1970, p. 112.
  3. Au cours du XXe siècle, il va donner naissance aux Ventoux (AOC) et aux Côtes-du-luberon (AOC)
  4. Gérard Sivéry, op. cit., p. 38.
  5. Gérard Sivéry, op. cit., p. 41
  6. a et b Gérard Sivéry, op. cit., p. 42.
  7. Cette firme, fondée par Étienne Guigal, est propriétaire du château d'Ampuis et des crus prestigieux La Turque, La Mouline et La Landonne, considérés comme faisant partie des plus grands vins du monde.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard Sivéry, Les comtes de Hainaut et le commerce du vin au XIVe siècle et au début du XVe siècle, Lille, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1969.