Dolly de Ficquelmont

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Comtesse Dorothea de Ficquelmont

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Portrait de la comtesse de Ficquelmont par Piotr Sokolov

Nom de naissance Comtesse Daria Fiodorovna von Tiesenhausen
Naissance 14 octobre 1804
Flag of Russian Empire for private use (1914–1917) 3.svg palais Kutuzov, Saint-Pétersbourg, Empire de Russie (auj. Fédération de Russie)
Décès 10 avril 1863
Flag of the Habsburg Monarchy.svg palais Ficquelmont, Venise, Lombardie-Vénétie, Empire d'Autriche (auj. Italie) (à 59 ans)
Nationalité russe, autrichienne
Conjoint
Famille

La comtesse Dolly de Ficquelmont, petite-fille du maréchal prince Koutouzov, née comtesse Dorothée (Daria Fiodorovna en russe) von Tiesenhausen le 14 octobre 1804 et morte le 10 avril 1863, est une aristocrate germano-balte sujette de l'Empire russe de naissance et autrichienne par mariage.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeune aristocrate russe[modifier | modifier le code]

Portrait de jeunesse de Dolly

Le père de la comtesse Dolly von Tiesenhausen est le comte Ferdinand von Tiesenhausen. Descendant de l'une des plus illustre famille de la noblesse germano-balte installée en Livonie à la suite des chevaliers teutoniques au XIIIe siècle, le comte Ferdinand est le fils du comte Hans Heinrich von Tiesenhausen (1741-1815), grand propriétaire terrien et de son épouse la comtesse Catherine von Stackelberg (1753-1826). Ferdinand fut l'aide-de-camp d'Alexandre Ier et mourut à Austerlitz. Cette fin qui aurait fait dire à Napoléon Quelle belle mort! inspira à Tolstoï l'épisode de celle d'André Bolkonski dans Guerre et Paix.

La mère de la comtesse Dolly von Tiesenhausen est la princesse Élisabeth (surnommée Lisa ou Élisa) Mikhailovna Koutouzova, fille du maréchal prince Mikhail Koutouzov, héros russe des guerres napoléoniennes, c'est sous son commandement que le comte Ferdinand, époux d'Elisa combattu et perdu la vie à Austerlitz. La princesse, devenue veuve, se remarie en 1811 avec le général comte Nicolas Khitrovo. Ce dernier est nommé chargé d'affaires russe à Florence, auprès du Grand-Duc de Toscane.

Ainsi, à partir de 1815, la jeune Dolly von Tiesenhausen passe son enfance, orpheline de père, entre Reval et Saint-Pétersbourg avec sa mère et sa sœur Catherine (future demoiselle d'honneur à la cour impériale russe), puis son adolescence et sa jeunesse à Florence avec sa mère, son beau-père et sa sœur.

L'épouse de l'ambassadeur comte de Ficquelmont[modifier | modifier le code]

Elle épouse le 3 juin 1821 le comte Charles-Louis de Ficquelmont, héritier de l'une des plus grandes familles de la noblesse européenne, est alors ambassadeur d'Autriche auprès des Habsbourgs-Toscane, et de vingt-sept ans plus âgé qu'elle. Le comte est nommé peu après son mariage comme ambassadeur auprès de la cour de Ferdinand Ier des Deux-Siciles à Naples. C'est une période brillante pour la comtesse dont la beauté devient légendaire au point que court dans la haute société le jeu de mot: "Vedi Napoli, la Ficquelmont e poi muori !" ("Voir Naples, la Ficquelmont, et mourir !").

Portrait de la jeune Elisabeth-Alexandrine de Ficquelmont par Brioullov (1837)

Malgré la révolution dans le royaume des Bourbons-Sicile et les relations qui se tendent entre Italiens et Autrichiens, Dolly et sa mère s'assimilent parfaitement à la haute société napolitaine. Elles retournent néanmoins en Russie à Saint-Pétersbourg en 1823. L'empereur y accorde une pension à sa mère, la princesse Khitrova, et la famille est souvent reçue à la cour. Une correspondance fournie existe entre les Khitrovo et l'empereur Alexandre qui éprouve une amitié certaine pour le brillant couple Ficquelmont.

Les Ficquelmont sont de retour à Naples en 1825 et la comtesse y donne naissance à leur fille unique Élisabeth-Alexandrine-Marie-Thérèse de Ficquelmont, comtesse de Ficquelmont de naissance et princesse Clary und Aldringen par mariage et dont l'empereur Alexandre est le et l'impératrice Elisabeth sont les parrains.

En 1829, Charles-Louis est nommé ambassadeur d'Autriche à Saint-Pétersbourg. Le couple acquiert alors le palais Saltykov, devenu Palais Ficquelmont, au 4 quai du palais, qui devient leur résidence et servit alors d'ambassade à l'Empire d'Autriche.

La comtesse Dolly, qui s'intéresse vivement à la littérature, aux questions philosophico-religieuses et à la politique y tient un salon de grande renommée. Ses familiers se nomment Tourguéniev, Pierre Wiazemsky, Ivan Kozlov ou encore Pouchkine qui fréquente aussi le salon qui sera décrit par le prince Wiazemsky comme étant un lieu de sagesse et d'esprit[1].

La princesse Élisabeth Khitrovo habite un appartement particulier du palais et y tient également salon de sorte que le Palais Ficquelmont devient l'un des lieux les plus couru du grand monde pétersbourgeois « [Le Palais Ficquelmont de Saint-Petersbourg] était le cadre des deux salons les plus fameux des années 1830, que dominait la figure de la comtesse de Ficquelmont (petite-fille du Prince Kutuzov) » [2].

Retour en Autriche et ministère Ficquelmont[modifier | modifier le code]

En 1838, le comte de Ficquelmont est rappelé à Vienne pour suppléer au prince Metternich en tant que ministre des Affaires étrangères, la comtesse quitte donc la Russie accompagnée de sa mère et de sa fille. Cette dernière fait son entrée dans le monde et à la Cour au cours de la saison 1840 où elle devient l'une des débutantes les plus en vue; le 5 décembre 1841 elle épouse le prince Edmund Moritz Clary und Aldringen, descendant de l'une des plus illustres familles princières austro-hongroise[3].

Portrait de SAS Elisabeth-Alexandrine de Ficquelmont, princesse Clary-Aldringen par Franz Schrocberg
La comtesse de Ficquelmont en 1853

Son mari, le comte de Ficquelmont devient Ministre-Président de l'Empire au moment des troubles révolutionnaires de 1848. Resté proche de la Russie, il est accusé de recevoir des subsides du gouvernement russe.

La comtesse, en séjour pendant les troubles révolutionnaires dans son palais de Venise (la Vénétie fait alors partie de l'Empire d'Autriche), est arrêtée deux fois par la garde civile vénitienne et doit quitter la ville avec sa fille, son gendre et ses petits-enfants à bord d'un navire anglais. La famille retournera pourtant occuper son palais vénitien après la fin des troubles, le comte de Ficquelmont y décède en 1857.

Après la mort de son époux en 1857, la comtesse poursuit sa correspondance et la classe afin d'en préparer une édition future. Celle-ci traite essentiellement de questions philosophiques et politiques. Elle tient aussi un Journal en français, qui sera publié dans les années 1950 en traductions italienne et russe. Les deux cahiers de la période pétersbourgeoise seront annotés et étudiés par l'historien Antony Florovski (1884-1968).

La comtesse de Ficquelmont décède le 10 avril 1863 en son palais de Venise. Elle est enterrée dans l'église familiale des Clary und Aldringen à Dubi, près de Teplitz.

La comtesse Dolly est la grand-mère du Prince Siegfried von Clary-Aldringen, l'un des principaux diplomates austro-hongrois de la Belle Époque, et du comte Manfred von Clary-Aldringen, homme d'État austro-hongrois et 28e ministre-président de l'Empire. Tous deux ayant donc suivi les traces de son époux, le comte Charles-Louis.

La comtesse et Pouchkine[modifier | modifier le code]

Alexandre Pouchkine fait la connaissance de la comtesse de Ficquelmont à l'automne 1829.

Par la suite le grand poète, qui s'est lié d'amitié avec les Ficquelmont et la princesse Khitrovo, est souvent invité à au palais Ficquelmont dont il est devient un familier des Salons.

Lorsque le philologue Mstislav Tsiavlovski publie en 1922 les écrits du poète Nachtchokine (ami de Pouchkine), selon les notes de Barteniev, il est fait mention d'une réflexion de Pouchkine à propos d'une dame du monde brillante tenant salon à Saint-Pétersbourg, vis-à-vis de laquelle il éprouve une amitié romantique. Bien que son nom ne soit pas mentionné, il s'agit sans doute de la comtesse de Ficquelmont.

Le Palais Ficquelmont de Saint-Pétersbourg aurait aussi servi, selon divers sources, de modèle pour le palais de la vieille comtesse de La Dame de pique et Pouchkine aurait dépeint ses propres sentiments envers la comtesse en évoquant la nostalgie d'Hermann vis-à-vis de Lise. Cependant Leonid Grossman estime que Pouchkine aurait plus joué le rôle d'un nouveau Boccace à l'égard de cette nouvelle. D'autre part, l'entente de la comtesse et de son époux était parfaite.

Résidences[modifier | modifier le code]

La jeune comtesse Dolly von Tiesenhausen née au palais pétersbourgeois de son grand-père, le maréchal prince Mikhaïl Koutouzov.

Elle passe son enfance entre le palais Koutouzov de Saint-Pétersbourg et les domaines familiaux des Tiesenhausen en Livonie et en Estonie (Château de Rokischken, palais Tisenhausen de Reval et Vilnus, Manoir de Groß-Sauß). À la suite du remariage de sa mère avec le comte Nicolas Khitrovo, chargé d'affaire russe auprès du Grand-Duc de Toscane, la jeune comtesse réside au palais qu'occupe la délégation russe à Florence.

À la suite de son mariage, Dolly, devenue comtesse de Ficquelmont s'installe à Naples, entre 1821 et 1829 elle réside ainsi dans le palais de l'ambassade d'Autriche.

Puis, à leur arrivé en Russie en 1829, son époux, le comte Charles-Louis fait l'acquisition du Palais Ficquelmont de Saint-Pétersbourg au 4 quai du Palais qu'elle transforme en l'un des lieux les plus courus de la capitale impériale, véritable centre de la vie mondaine, politique, artistique et littéraire pétersbourgoise des années 1830.

Lorsque le couple quitte la Russie en 1838, ils s'établisent principalement entre leurs palais de Vienne et Venise (Palais Ficquelmont-Clary) et les résidences de leur fille, la princesse von Clary und Aldringen, le palais Mollard-Clary à Vienne et le château de Teplitz à l'exception de l'année 1847, durant laquelle le comte et la comtesse de Ficquelmont résident au Palais royal de Milan. En revanche, les Ficquelmont refuseront d'habiter le palais de Ballhausplatz, siège de la chancellerie impériale, lui préférant leur palais viennois.

Portraits[modifier | modifier le code]

La comtesse Dolly et sa sœur Catherine par Karl Brioullov
La comtesse Dolly par Skyvoni
La comtesse Dolly par Filippo Agricola

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Tiesenhausen[modifier | modifier le code]

Ficquelmont et Clary-Aldringen[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au début des années 1820 la comtesse lit en version originale Salluste, Cicéron, Virgile, Térence, Dante, Pétrarque, Manzoni, Goethe, Byron, Schiller, Jean Paul, Hofmann, Milton, Fénelon, La Rochefoucauld, Madame de Genlis, Chateaubriand, Madame de Staël, Lamartine, Victor Hugo, Benjamin Constant, Lamennais, Montalembert, etc. d'après l'étude de N. Kauokhtchichvili qui prépara la première édition des extraits de son Journal en traduction russe.
  2. dans : Simon Dixon, Personnality and Place in Russian Culture, Essays in Memory of Lindsey Hughes, 2010, History Voir le texte source.
  3. http://patricus.info/Rodokmeny/Clary.txt

Source[modifier | modifier le code]