Djokhar Doudaïev

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Djokhar Moussaïevitch Doudaïev (en russe : Джохар Мусаевич Дудаев, en tchétchène : Дудин Муса кант Жовхар) ( - ) est un ancien général de l'armée de l'air soviétique d'origine tchétchène, médaillé de l'Ordre de Lénine, premier président de la République tchétchène d'Itchkérie.

Jeunesse et carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il est né en février 1944; Staline ayant ordonné la déportation de nombreuses populations (Tchétchènes, Ingouches, Balkars, Kalmouks, Tatars de Crimée) cette même année au motif de collaboration avec les nazis, il naît et grandit au Kazakhstan soviétique. Sa famille vient du village de Ialkhoroï dans la République socialiste soviétique autonome (RSSA) de Tchétchénie-Ingouchie, dissoute par la même occasion.

Les déportés sont autorisés à rentrer en 1957 par Khrouchtchev, ce que fait sa famille. Il prend des cours du soir pour devenir électricien. Après deux ans à étudier l'électronique à Vladikavkaz, il entre en 1962 à l'école de pilotage militaire de Tambov et est diplômé en 1966. Il prétend à cette époque être ossète pour éviter les discrimination contre les Tchétchènes. Il rejoint le parti communiste en 1968 et étudie à la prestigieuse académie Gagarine de 1971 à 1974. Il épouse à cette époque Alla, une poétesse russe, avec qui il aura trois enfants.

Il sert dans une escadrille de bombardiers lourds de l'armée de l'air en Sibérie et en Ukraine, et participe à la guerre d'Afghanistan [1]. Il grimpe régulièrement les échelons, et devient commandant de la base de Tartu (Estonie) en 1987 avec le grade de major-général. Il apprend l'estonien et montre une grande tolérance pour le nationalisme local. Notamment lorsqu'il ignore l'ordre de fermer la télévision et d'arrêter les révolutionnaires avec le parlement estoniens.

En 1990, sa division est retirée de l'Estonie à la suite de la « Révolution chantante », prélude à l'indépendance de ce pays. Il démissionne de l'armée en mai et retourne à Grozny, pour se lancer en politique.

Carrière politique[modifier | modifier le code]

En novembre 1990, il est élu chef du Comité exécutif du Congrès national tchétchène, qui réclame la souveraineté tchétchène et la formation d'une république séparée de l'URSS pour la RSSA de Tchétchénie-Ingouchie (rétablie en 1957, bien qu'ayant des frontières différentes de celle de 1944).

En août 1991, Dokou Zavgaïev, le leader communiste de la RSSA exprime publiquement son soutien au putsch de Moscou contre Gorbatchev. Après l'échec du putsch, l'URSS va commencer à se désintégrer en républiques qui vont déclarer leur indépendance, sans que Gorbatchev puisse s'y opposer. Doudaïev va profiter de cette implosion pour s'en prendre à l'administration de Zavgaïev. Le , les militants du Comité exécutif du Congrès national tchétchène surgissent dans une session du Soviet de Tchétchénie-Ingouchie, entraînant la dissolution du gouvernement.

Indépendance[modifier | modifier le code]

Après une élection, en octobre 1991 qui confirme Doudaïev comme président de la nouvelle république tchétchène, il déclare unilatéralement l'indépendance en novembre 1991. Boris Eltsine envoie des troupes à Grozny, mais elles doivent se retirer au bout de seulement trois jours face à une résistance imprévue. La Russie refuse de reconnaître l'indépendance, mais hésite à utiliser la force contre les indépendantistes. De là, l'Itchkérie est de facto un état indépendant.

La Tchétchénie sécessionniste entretient rapidement des relations diplomatiques avec la Géorgie par son premier président Zviad Gamsakhourdia. Quand ce dernier est expulsé fin 1991, Doudaïev lui accorde l'asile et il assiste à son intronisation comme président. Alors qu'il est à Grozny, il participe à l'organisation de la première Conférence caucasienne à laquelle sont conviés des groupes indépendantistes de toute la région. L'Itchkérie n'aura aucune reconnaissance internationale en dehors de celle de la Géorgie. Les Ingouches forment la République d'Ingouchie, qui ne revendique pas son indépendance et est officiellement intégrée à la Fédération de Russie en 1992.

La Tchétchénie réaffirme son indépendance « totale » en 1993. Les deux frères envoyés en Grande-Bretagne pour faire imprimer la monnaie tchétchène seront assassinés à Londres.

Difficulté du régime[modifier | modifier le code]

Un exode massif des populations non-tchétchènes (estimé à 38 % de la population totale) est provoqué par la non-réaction du gouvernement face à des mouvements anti-russes[2]. Ainsi plus de 310 000 russes et juifs qui s'étaient installés en Tchétchénie après leurs déportation en mai 1944, ont quitté la Tchétchénie entre 1991 et 1993[réf. nécessaire].

En 1993 le parlement essaie d'organiser un référendum sur la confiance que les Tchétchènes accordent à Doudaïev, pour prouver qu'il a échoué à consolider l'indépendance. Ce dernier réplique en dissolvant le parlement et d'autres organes de pouvoir. Des groupes armés tchétchènes se forment, et à plusieurs reprises au cours de l'année 1994, plusieurs coups de force, soutenus par les Russes, sont tentés contre Doudaïev mais ils échouent, notamment en novembre (opération appelée première bataille de Grozny). Devant ces échecs, la Russie prépare une nouvelle opération militaire.

Première guerre (1994-1996)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : première guerre de Tchétchénie.

Le 1er décembre 1994 les forces fédérales russes bombardent l'aéroport de Grozny et détruisent l'aviation (avions d'entrainement réquisitionnés en 1991). En réponse l'Itchkérie déclare la guerre à la Russie et mobilise ses troupes. Le , cinq jours après que Doudaïev et le ministre de la défense russe Pavel Gratchev sont tombés d'accord pour désamorcer le conflit, les troupes russes envahissent l'Itchkérie.

Avant la chute de la ville en mars 1995, Doudaïev, dont un des deux fils est tué tôt dans la guerre, se replie dans le sud avec ses forces et continue à mener la guerre jusqu'en 1995, depuis, d'après ce que l'on sait, un silo à missiles proche de la capitale historique tchétchène, Vedeno (55 km au sud-est de Grozny). Malgré la défaite, il continue à croire à la victoire de ses troupes après la fin de la guerre conventionnelle en juillet 1995, et la guérilla tchétchène continue à attaquer troupes fédérales russes. Un jihad est déclaré à la Russie par le mufti d'Itchkérie, Akhmad Kadyrov, et des volontaires étrangers débarquent en masse dans le pays, la plupart venant des républiques à forte majorité musulmane du Caucase (comme le Daghestan).

Mort[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative à l'hôtel Barclay de Tartu.

Il est tué le , plusieurs versions de cette mort existent, et la Russie n'a jamais clairement donnée sa version détaillée des faits. La version communément admise est celle de deux missiles guidés par laser alors qu'il utilisait un téléphone par satellite. Sa localisation aurait été faite par un avion de reconnaissance russe qui avait intercepté le signal du téléphone. D'autres avions déployés (un Su-24 MR et un Su-25) pour le localiser et tirer le missile. Doudaïev aurait été en conversation avec un député libéral de la Douma, Konstantin Borovoï. Des avions de reconnaissance russes dans la zone surveillaient depuis quelque temps les communications satellite, cherchant à identifier sa voix, à partir d'extraits de ses discours.

En dépit du rejet des assassinats par les États-Unis, une théorie avance que la NSA serait impliqué, par l'usage d'un de ses satellites ROEM pour faire la triangulation[3].

Une autre théorie évoque l'attaque combinée d'un missile et d'un "booby trap" [4].

Sa mort est annoncée trois jours plus tard par Chamil Bassaiev[5]. Son vice-président Zelimkhan Iandarbïev lui succède temporairement, avant Aslan Maskhadov, vainqueur des élections de 1997.

Références[modifier | modifier le code]

1994-1998 Encyclopædia Britannica

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]