Divination des runes

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Bracteate G 205 (ca. 5th to 7th century), portant l'inscription alu.

Il y a des preuves historiques établissant que les runes ont été utilisées à des fins magiques en plus d'être un système d'écriture. C'est le cas depuis les premières traces épigraphiques de l'âge de fer romain à l'âge du fer germanique, avec des inscriptions non-linguistiques et le mot Alu. Un Erilaz semble avoir été une personne versée dans les runes, y compris dans leurs applications magiques, selon les sources médiévales, surtout l'Edda poétique. Le Sigrdrífumál mentionne des « runes de victoire » à graver sur une épée viking, « certaines sur la poignée et certaines sur l'incrustation, et appeler Tyr à deux reprises ».

Au début de l'ère moderne, le folklore et la superstition liés aux runes nous sont parvenus sous la forme des symboles magiques islandais. Au début du XXe siècle, l’ariosophie a forgé de nouvelles formes de « magie runique », dont certaines se sont prolongées chez les adeptes contemporains de néo-paganisme nordique. Les systèmes modernes de « divination runique » se fondent sur l’hermétisme, l’occultisme classique, et le Yi Jing.

Preuves historiques[modifier | modifier le code]

L'inscription sur la pierre de Kylver se termine avec une rune liée qui associe six Tiwaz pour invoquer le dieu Tyr et quatre Ansuz pour invoquer Æsir[1].

En plus des « runes de victoire » mentionnées dans le Sigrdrífumál, l’Edda poétique semble aussi corroborer l'importance magique des runes, l’HávamálOdin mentionne les runes dans un contexte de divination, de guérison et de nécromancie :

« Certain est ce que l'on cherche dans les runes / que les dieux très grands ont créées / et le Maître-Poète a peintes » (79)
« Des runes j'ai entendu les mots, sans que soient désirés des conseils / à la salle de Hor » (111)
« L'herbe guérit la plaie / et les runes les blessures de l'épée » (137)
« Si du haut d'un arbre / je vois un pendu se balancer / Ainsi j'écris et colorie les runes / Car dorénavant il passe / et me parle ». (158)

Historiquement, il est connu que les peuples germaniques employaient plusieurs formes de divination et de moyens d’interpréter les présages. Tacite (Germania, 10) donne un témoignage de seconde-main détaillé :

« Aucun peuple ne pratique avec plus d'assiduité les augures et la divination. L'usage de la cléromancie est simple. Une petite branche est coupée d'un arbre fruitier, et taillée en petits morceaux ; ces derniers sont différenciés par certaines marques, et jetés négligemment et au hasard sur un vêtement blanc. Pour les questions publiques, le prêtre de l'état particulier, en privé, le père de famille, invoques les dieux, et, les yeux tournés vers le ciel, prend chaque morceau de bois trois fois, et trouve en eux un sens d'après la marque qui y a été précédemment gravée. Si l'augure est favorable, il n'y a plus d'autre consultation sur le sujet dans la journée ; s'ils l'autorisent, la confirmation de l'augure est encore requise »[2].

Il est cependant peu probable que le texte de Tacite fasse référence aux runes, qui ne semblent pas avoir été en usage à l'époque où il écrivait.

D’autres sources citées sont le chapitre 38 de la saga des Ynglingar de Snorri Sturluson, où Granmar, le roi de Södermanland, voyage vers le temple d'Uppsala pour le sacrifice saisonnier. « Là, les copeaux tombèrent d'une manière qui disait qu'il ne vivrait pas longtemps »[3].

Systèmes modernes[modifier | modifier le code]

Divination runique avec des carreaux de céramique

Les runes d'Armanen « révélées » à Guido von List en 1902 ont connu un usage magique par des occultistes nazis, autour de la Seconde Guerre mondiale. Plus récemment, des occultistes néo-païens se sont fondés sur le système de List.

Plusieurs systèmes modernes de magie runique et de divination runique ont été publiés dans les années 1980 et 1990. Le premier livre sur la divination runique, écrit par Ralph Blum en 1982, mena au développement du jeu de runes conçues pour plusieurs systèmes semblables de bonne aventure, dans lesquels les runes sont incisées dans l'argile, des carreaux de pierre, des cristaux, des morceaux de résine, de verre, ou de pierres polies, puis tirées une à une d'un sac fermé ou jetées au hasard avant d'être lues. Les sources de Blum pour ses interprétations reposent largement sur les livres décrivant la divination du Yi Jing en Chine.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Spurkland, Terje, Norwegian Runes and Runic Inscriptions, Boydell Press, 2005, page 16, (ISBN 1-84383-186-4)
  2. Tacite, Germany and its Tribes, Perseus.
  3. Ynlinga Saga, Wikisource

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dominique Agnus, Les Runes : Approfondir la divination, Cosmogone, 2006.
  • Ralph Blum, Les Runes divinatoires, Robert Laffont, 1999.
  • Ralph Blum et Susan Loughan, Les runes de guérison. Pour soigner le corps, l'esprit, le cœur et l'âme, Guy Trédaniel, 2002.
  • Ralph Blum, Le Coffret des runes, Contre-Dires, 2007.
  • Richard Gandon, Le Grand Livre des runes, Dervy, 1997.
  • Nigel Pennick, Runes et magie, L'Originel, 1995.
  • Jean-Paul Ronecker, ABC des runes, Grancher, 1993.
  • Edred Thorsson, Futhark : Manuel de magie runique, Pardès, 1992.
  • Edred Thorsson, Runelore : Manuel de runologie ésotérique, Pardès, 1999.
  • Tony Willis, Les Runes, art divinatoire des peuples nordiques, Flammarion, 1989.