Discours épidictique

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Le discours épidictique (dénomination grecque) ou discours démonstratif (dénomination latine) est un registre qui fait partie des trois genres de discours distingués par Aristote[1]. Longtemps en retrait des deux autres genres, il connait sous la forme d'éloge un grand succès sous l'Empire romain.

Définition[modifier | modifier le code]

Le discours épidictique (en grec : epideiktikon, en latin demonstratiuum) loue ou blâme. Lorsqu'il loue, ce genre est aussi nommé laudatif (en grec : enkômiastikon, en latin laudatiuum) ou panégyrique (en grec : panêgurikon, en latin panegyricuum)[2]. Il distingue ce qui est noble de ce qui est vil, « le beau et le laid moral »[1]. Il se déploie essentiellement au présent, même si les faits exposés sont au passé[1], dans un éloge funèbre, par exemple. Il recourt fréquemment à l'amplification[1] et l'on peut notamment le trouver dans le "portrait".

Parfois au détriment de la vérité et de l'objectivité, le registre épidictique concerne :

  • des genres non littéraires (publicité, vanter un produit par l’éloge)
  • des genres littéraires (oraisons funèbres, portraits dans le récit, blasons…)

Il est souvent présent dans les portraits, donnant lieu à une idéalisation du modèle ou à sa caricature.

Historique[modifier | modifier le code]

Le genre épidictique est théorisé par Aristote, et abondamment illustré par Isocrate, mais il reste en retrait pendant les périodes de la Grèce classique et hellénistique, et sous la République romaine, au détriment des genres judiciaire et délibératif, plus employés. Sous l'Empire, avec le changement de régime, le genre épidictique connait un développement important. Les traités attribués à Ménandre le Rhéteur datant du milieu du IIIe siècle s'appuyent sur les expériences pratiques et les modèles classiques de rhétorique et formalisent l'enseignement de ce genre pour l'éloge en fournissant de nombreux plans-types pour chaque type de circonstance[3]. L'éloge est alors dans la société impériale un rite officiel important, affirmation du soutien et de l'adhésion aux valeurs morales, politiques et religieuses en place, exprimés par un orateur représentant d'un groupe social[4].

Un certain nombre d'éloges ont été conservés jusqu'à l'époque moderne, comme le Panégyrique de Trajan de Pline le Jeune, d'environ quatre heures de prononciation et le recueil de Panégyriques latins[5]. L'épigraphie latine fournit un exemple plus modeste, avec l'éloge funèbre (laudatio) dédié à une matrone par son époux[6].

Les procédés récurrents[modifier | modifier le code]

Le plan-type du discours épidictique suit de façon plus simple le plan de discours préconisé par les manuels rhétoriques : exorde, corps, péroraison[7]. Le corps du discours d'éloge adressé à l'empereur pouvait traiter des rubriques suivantes ( dites lieux ou topoï)[8] :

  • sa patrie
  • sa famille
  • les circonstances de sa naissance
  • sa nature, c'est-à-dire ses qualités physiques, à la naissance ou adulte
  • sa nourriture, c'est-à-dire la manière dont il a été élevé dans son enfance
  • son éducation
  • sa manière d'être, c'est-à-dire les qualités de caractère manifestées dans sa jeunesse
  • ses actions, à la guerre puis dans la paix, avec l'illustration de ses qualités vertueuses de courage, de justice, de tempérance et d'intelligence (au sens de prudence)
  • sa fortune, au sens de sa chance dans ses actions
  • sa mort, pour un éloge funèbre

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Aristote, Rhétorique, Livre I, chapitre III
  2. Pernot 2000, p. 286
  3. Pernot 2000, p. 230
  4. Pernot 2000, p. 236
  5. Pernot 2000, p. 238-239
  6. Dessau, ILS, 8393 et 8394
  7. Pernot 2000, p. 288
  8. Pernot 2000, p. 293

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Pernot, La Rhétorique dans l'Antiquité, Paris, Librairie Générale Française, coll. « Le Livre de poche / Antiquité »,‎ 2000 (ISBN 2-253-90553-4)