Direction du Renseignement militaire

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Direction du Renseignement militaire
Création 16 juin 1992
Juridiction Gouvernement de la République Française
Employés 1 620 (2013)
Budget annuel 155 millions d'euros (2013)
Ministre responsable Jean-Yves Le Drian (Ministre de la Défense)
Direction Général de Corps d'Armée Christophe Gomart (Directeur du Renseignement militaire)
Précédent Centre d'exploitation du renseignement militaire

La direction du Renseignement militaire (DRM) est une direction du ministère français de la Défense et un organisme interarmées responsable du renseignement militaire et d'intérêt militaire pour l'ensemble des forces armées françaises. La DRM est chargée du recueil de l'information, de son analyse et de la diffusion du renseignement vers les armées, les forces en opérations et les organismes centraux de la défense. Elle fait partie de la communauté française de renseignement.

La DRM fut créée par le décret no 92-523 du 16 juin 1992 sur une initiative de Pierre Joxe, alors ministre de la Défense, pour rassembler les différents services de renseignement des armées. Elle fut créée dans les suites de la guerre du Golfe. Il est en effet apparu que le renseignement militaire était faible et ses services trop dispersés, rendant la France trop dépendante des sources américaines.

Dès 1992, le contre-amiral Yves de Kersauson de Pennendreff est appelé à assister le général Heinrich qui est chargé par le gouvernement de mettre sur pied la direction du Renseignement militaire. De 1998 à 2001, il fut le seul amiral à la tête de la DRM. Véritable « pape » de la communauté du renseignement, il a instauré des « dialogues » avec ses homologues américains, britanniques, allemands, canadiens, belges, espagnols et italiens qui ont permis d'installer la DRM en France et à l'étranger.

Elle est aujourd'hui régie par les articles D. 3126-10 à D. 3126-14 du code de la défense.

Structure[modifier | modifier le code]

Elle est composée de militaires et de civils répartis entre deux centres principaux, à Paris auprès de l'état-major des armées et à Creil, siège d'organismes techniques.

Le directeur du Renseignement militaire est un officier général (terre, mer ou air), placé sous l'autorité directe du chef d'état-major des armées (CEMA).

Ses éléments récoltent des renseignements d'intérêt militaire, concernant les forces et les systèmes de combat d'adversaires potentiels.

Le budget de fonctionnement de la DRM est de 126 millions d'euros, chiffre théorique, la DRM utilisant les moyens des trois armées.

Elle se décompose en trois sous-directions :

  • la sous-direction des opérations ;
  • la sous-direction de l'exploitation ;
  • la sous-direction « personnel-finances-capacités ».

Le pôle de renseignement de la DRM, situé à Creil, à 40 km au nord de Paris, comporte quatre organismes :

  • le centre de formation et d'emploi relatif aux émissions électromagnétiques (CF3E) ;
  • le centre de formation et d'interprétation interarmées de l'imagerie (CF3I) ;
  • le centre interarmées de recherche et de recueil du renseignement humain (CI3RH) ;
  • l'unité interarmées Helios.

À Strasbourg se trouve le Centre de formation interarmées au renseignement (CFIAR) autrefois appelé École interarmées du renseignement et des études linguistiques. D'autre part, près de 300 personnes sont réparties dans 9 détachements avancés des transmissions (DAT) installés en métropole (Giens), outre-mer (Guadeloupe, Mayotte, Nouvelle-Calédonie et Polynésie française), au Sénégal, au Gabon, à Djibouti et aux Émirats arabes unis[1]. Ces détachements participent aux interceptions de télécommunications[2]. Outre ses organismes directement sous sa responsabilité, la DRM dispose, au sein des armées, d'unités spécialement dédiées au recueil du renseignement.

Moyens dépendant de l'Armée de terre[modifier | modifier le code]

Unité dépendant de la Brigade des forces spéciales terre (BFST) :

Unités dépendant de la Brigade de renseignement (BR) :

Moyens dépendant de la Marine nationale[modifier | modifier le code]

À partir du 19 mai 1977, la Marine nationale exploite le navire collecteur de renseignements Berry[4]. Ce bâtiment, doté d'un ensemble de moyens pour le renseignement d'origine électromagnétique (ROEM), s'illustre particulièrement face à l'URSS en mer de Barents et en mer Noire ainsi que dans les zones de crise : mer Méditerranée et Golfe Persique.

Le Bougainville succède au Berry en juillet 1999[5]. Outre les 52 membres de l'équipage[6], le Bougainville embarquait 30 techniciens de la DRM chargés des interceptions COMINT (Communications Intelligence) et ELINT (Electronic Intelligence).

Le 23 juin 2006, un nouveau navire collecteur de renseignements est mis en service. Avec le Dupuy-de-Lôme un cap est franchi. Contrairement à ses deux prédécesseurs, il ne s'agit pas d'un bâtiment transformé pour le renseignement d'origine électromagnétique, mais d'un navire spécialement conçu pour être le nouveau MINREM (Moyen Interarmées Naval de Recherche ElectroMagnétique). Ses missions sont dans l'ordre de « l'interception, la goniométrie et l'analyse de tous types de signaux, y compris ceux émis ou reçus par des satellites[7] ». Mis en œuvre par la Marine nationale, le Dupuy-de-Lôme est mis à la disposition de la DRM qui définit ses missions et exploite sa production. À sa livraison, le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, soulignait le 28 octobre 2005 : « Ce bâtiment, qui pourra faire de l'interception satellitaire stratégique, doit nous permettre d'avoir une longueur d'avance dans la lutte contre le terrorisme[8] ». Aux côtés d'un équipage réduit à 30 membres, travaillent près de 80 spécialistes de la DRM et/ou de la DGSE[9].

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Moyens dépendant de l'Armée de l'air française[modifier | modifier le code]

Satellites de renseignement[modifier | modifier le code]

Satellite Helios 1 lancé en 1995.

L'armée de l'air française supervise l'utilisation des satellites de renseignement. Il existe deux types de satellites :

Le programme de renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) a débuté avec le lancement du démonstrateur Essaim le 18 décembre 2004. Essaim était constitué par quatre micro-satellites d'écoute électronique. Il a été désorbité en 2010. À la suite de ce premier système, un nouveau démonstrateur Elisa (Electronic Intelligence Satellite) a été lancé le 17 décembre 2011. Elisa, constitué également par quatre micro-satellites, a pour mission de localiser et caractériser les émetteurs radars. Elisa devrait rester trois ans en orbite. Ces deux démonstrateurs permettront, vers 2020, le lancement de Cérès (CapacitÉ de Renseignement Électromagnétique Spatiale), premier système opérationnel composé également de trois ou quatre micro-satellites, qui « devra permettre l'interception et la localisation des émissions électromagnétiques depuis l'espace (détection et localisation d'émetteurs radar ou de télécommunications)[10] ».

Le programme de renseignement d'origine image (ROIM) a débuté avec le programme Helios. Le premier satellite Helios 1A a été lancé le 7 juillet 1995, le deuxième Helios 1B, a été lancé le 3 décembre 1999. Une deuxième génération de satellites leur a succédé, qui, en plus de la capacité de prises de vues diurnes, a reçu une capacité infrarouge pour l'observation nocturne. Helios 2A a été lancé le 18 décembre 2004 et Helios 2B, le 18 décembre 2009.

Au mois de juillet 2010, la France a acquis une capacité tous temps en échangeant « un droit de programmation sur les satellites radar COSMO-SkyMed (Constellation of Small Satellites for Mediterranean basin Observation) de l'Italie et SAR-Lupe (Synthetic Aperture Radar) de l'Allemagne, en contrepartie de possibilités analogues pour ces deux pays sur Helios 2[10] ».

La DRM bénéficie aussi des images des satellites Pléiades. Le premier satellite de ce programme civilo-militaire a été lancé le 17 décembre 2011, le second devrait l'être début 2013.

Un nouveau système européen MUSIS (Multiuser Satellite Imagery System) avec des capacités optique et radar devrait à terme remplacer tous les satellites actuellement en exploitation : Helios, COSMO-SkyMed, SAR-Lupe, Pléiades. Cependant, « en l'absence d'accord de coopération finalisé, afin d'éviter tout risque de rupture capacitaire, la France a décidé de lancer en national la réalisation de la composante optique, sur la base de 2 satellites (sur un total de 3 satellites optiques prévu à terme). Le premier satellite assurera la mission de reconnaissance (THR), alors que le deuxième, en orbite plus basse, assurera la mission d'identification en réalisant des images de plus haute résolution (EHR). La commande de ces 2 satellites est intervenue à l'automne 2010 […]. Leur mise en service est prévue en 2016 pour le premier satellite et en 2017 pour le second[10]. »

Avions de guerre électronique[modifier | modifier le code]

DC-8 Sarigue (Système Aéroporté de Recueil d'Informations de GUerre Électronique) au Musée de l'air et de l'espace du Bourget.

L'armée de l'air française a mis en œuvre deux escadrons d'avions spécialisés dans le renseignement d'origine électromagnétique (ROEM) :

Du 12 décembre 1977 au 17 septembre 2004, l'escadron électronique 51 Aubrac a mis en œuvre un seul appareil : le DC-8 Sarigue (Système Aéroporté de Recueil d'Informations de GUerre Électronique) à partir de la base aérienne 105 Évreux-Fauville. L'équipage se composait de deux pilotes, un officier-mécanicien navigant et de quinze à vingt-quatre opérateurs travaillant dans les domaines COMINT (Communications Intelligence) et ELINT (Electronic Intelligence). Un second DC-8 dénommé Sarigue-NG (Nouvelle génération) a été mis en service le 25 juillet 2001 pour succéder au premier DC-8 Sarigue actif pendant près de 23 ans. Il a été retiré du service dès le 17 septembre 2004 et non-remplacé. Le ministère de la Défense a justifié ce retrait anticipé « par l'évolution du contexte stratégique, le retour d'expérience des engagements opérationnels les plus récents et des considérations de coût d'exploitation[11] ».

Le 1er janvier 1964, l'escadrille électronique 54 Dunkerque est créée sur la base aérienne 139 Lahr en Allemagne. Elle est transférée en 1967 sur la base aérienne 128 Metz-Frescaty. Rapidement, elle passe de trois avions Nord 2501 Gabriel à sept. Ces avions seront définitivement retirés du service le 26 octobre 1989 et remplacés par deux C-160 Transall Gabriel dont l'équipage se compose de deux pilotes, un navigateur, un mécanicien navigant et de neuf à quatorze opérateurs travaillant dans les domaines COMINT (Communications Intelligence) et ELINT (Electronic Intelligence). Depuis le 1er septembre 2011, l'escadron électronique aéroporté 1/54 Dunkerque est stationné sur la base aérienne 105 Évreux-Fauville. Les deux C-160 Transall Gabriel ont fait l'objet d'une rénovation. Le premier a été livré en 2010, le second devrait être disponible en 2012[10].

Effectifs[modifier | modifier le code]

En février 2013, la DRM emploie, 1 620 personnes dont 24 % de femmes et dont la moyenne d'âge est de 38 ans[12].

En 2012, la DRM emploie 1 592 personnes à temps plein[13] appartenant aux trois armées (terre, air, marine) et à la direction générale de l'Armement (DGA). En 2009, l'effectif est de 1 677 personnes.

Budget[modifier | modifier le code]

Le budget annuel en 2013 est de 155 millions d'euros, inscrits dans le programme 178 du ministère de la Défense, dont 34 millions hors dépenses de personnels et finançant pour l'essentiel des équipements nécessaires à la conduite des opérations. Les grands programmes d'équipement pour le renseignement, dont les satellites et les drones, ne sont pas à la charge de la DRM mais de l'état-major des armées[12].

Coopération en opérations[modifier | modifier le code]

La France semble coopérer au réseau Majiic.

Directeurs du Renseignement militaire[modifier | modifier le code]

Benoît Puga a été directeur du Renseignement militaire entre 2008 et 2010.

Les directeurs du Renseignement militaire ont été successivement[14] :

Directeur du renseignement militaire Grade Décret de nomination
Jean Heinrich général de division 30 juin 1992 [nom 1]
Bruno Élie général de division 23 novembre 1995 [nom 2]
Yves de Kersauson de Pennendreff vice-amiral 22 janvier 1998 [nom 3]
André Ranson général de division 31 mai 2001 [nom 4]
Michel Masson général de corps aérien 13 mai 2005 [nom 5]
Benoît Puga général de corps d'armée 2 juillet 2008 [nom 6]
Didier Bolelli général de corps d'armée 19 mars 2010 [nom 7]
Christophe Gomart général de corps d'armée 1er août 2013 [nom 8]

Polémique[modifier | modifier le code]

En septembre 2011, l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné révèle que la Direction du Renseignement militaire a été sollicitée pour aider à la formation de « surveillants » libyens sous le régime de Mouammar Kadhafi, en vue de traquer et, à terme, d'éliminer ses opposants et d'organiser le monitoring de l'ensemble des communications sur les réseaux Internet, téléphonie mobile et satellite du pays[15].

Depuis, une information judiciaire a été ouverte à la suite d'une plainte pour « complicité de torture » déposée par la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen (LDH).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Arrêté du ministre de la Défense du 8 février 2012.
  2. Projet de loi de finances pour 2003
  3. [PDF]« Les principaux équipements en service en 2003 dans les forces terrestres », sur Centre de doctrine d'emploi des forces,‎ 2003 (consulté le 6 décembre 2012)
  4. Bâtiment de renseignement Berry sur netmarine.net.
  5. Histoire du Bougainville sur netmarine.net.
  6. Présentation du Bougainville sur le site de la Marine nationale.
  7. Jean-Marc Tanguy, « Un espion très "Royale" », Raids, no 239,‎ avril 2006, p. 11 (ISSN 0769-4814)
  8. « Thales et La Compagnie Nationale de Navigation livrent le Dupuy de Lôme à la DGA », communiqué de presse de Thales et de la Compagnie nationale de navigation, 22 décembre 2005.
  9. Présentation du Dupuy de Lôme sur le site de la Marine nationale.
  10. a, b, c et d Avis présenté au Sénat par MM. Xavier Pintat et Daniel Reiner sur le projet de loi de finances pour 2012.
  11. Retraits de service de plusieurs systèmes d'arme essentiels à la défense nationale : Réponse du ministère de la Défense.
  12. a et b Commission de la Défense nationale et des Forces armées, « Séance de 18 heures 30 - Compte rendu no 55 », sur assemblee-nationale.fr,‎ 19 février 2013 (consulté le 2 mars 2013).
  13. Avis présenté à l'Assemblée nationale par M. Jean-Michel Boucheron sur le projet de loi de finances pour 2012.
  14. « La direction du renseignement militaire : Historique », ministère de la Défense, 3 juillet 2012.
  15. Des experts des services secrets français ont aidé Kadhafi à espionner les Libyens Le Canard enchaîné, 7 septembre 2011

Décrets de nomination, dans le Journal officiel de la République française (JORF), sur Légifrance :

  1. Décret du 30 juin 1992, JORF no 152 du 2 juillet 1992, p. 8759, NOR DEFM9200015D.
  2. Décret du 23 novembre 1995, JORF no 276 du 28 novembre 1995, p. 17369, NOR DEFM9500037D.
  3. Décret du 22 janvier 1998, JORF no 22 du 27 janvier 1998, p. 1259, NOR DEFM9800002D.
  4. Décret du 31 mai 2001, JORF no 132 du 9 juin 2001, p. 9196, NOR DEFM0100010D.
  5. Décret du 13 mai 2005, JORF no 114 du 18 mai 2005, texte no 51, NOR DEFM0500009D.
  6. Décret du 2 juillet 2008, JORF no 156 du 5 juillet 2008, texte no 89, NOR DEFB0815545D.
  7. Décret du 19 mars 2010, JORF no 68 du 21 mars 2010, texte no 27, NOR DEFB1007173D.
  8. Décret du 21 juin 2013, JORF no 143 du 22 juin 2013, texte no 42, NOR DEFB1007173D.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]