Dioscorea alata

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Ube.

L'Igname ailée, grande igname (Dioscorea alata) est une espèce de plantes du genre Dioscorea et de la famille des Dioscoreaceae. C'est une plante lianescente cultivée traditionnellement de l'Inde à l'Asie du Sud-Est en passant par Madagascar. Elle a été cultivée pour ses tubercules comestibles partout sous les tropiques.


Description[modifier | modifier le code]

Cette liane dioïque est caractéristique avec ses tiges à 4 angles ailés, dextrogyres[1], jusqu'à 10 m de long, glabres, portant souvent des petits bulbes aériens (elle est dite bulbifère). Ces bulbilles apparaissent à l'aisselle des feuilles; en général leur poids va de 20 à 100 g.

Les feuilles opposées dans le haut (et alternes pour celles du bas) sont entières, glabres, ovales, à base cordée (avec un sinus profond), à apex brusquement acuminé, de 12 × 8 cm.

Feuille de D. alata (Hawaii)

Les fleurs mâles sont disposés en longues panicules composées d'épis flexueux verticillés, les fleurs femelles en épis simples. Les individus femelles sont moins fréquents que les mâles. La pollinisation et fécondation naturelle est pratiquement inexistante mais des fruits parthénocarpiques sont parfois observés.

Le fruit est une capsule rigide, luisante, à 3 larges ailes, de 2-3 cm de diamètre.

Le tubercule comestible a une chair blanche ou jaune-crème ou mauve suivant la variété ; sa taille et sa forme sont aussi très variables. Dans la variété "Pacala", la tête s'élargit à son diamètre maximal (8 à 15 cm) et le corps cylindroïde à fusiforme, s'atténue progressivement dans le tiers inférieur. Il fait de 20 à 40 cm de long et pèse de 2 à 5 kg. Il est remplacé chaque année.

Écologie[modifier | modifier le code]

Cette Dioscorea est originaire d'Asie du Sud-Est mais serait inconnue à l'état sauvage. Elle partage de nombreux caractères avec une espèce typiquement mélanésienne, D. nummularia, si bien que certains auteurs[2] pensent que la Nouvelle-Guinée serait son centre de diversité et qu'elle aurait été aussi domestiquée dans cette région puis distribuée dans tout le monde tropical.

Elle fut introduite en Amérique par les Portugais et les Espagnols dans les années 1500. La plupart des variétés connues en Afrique de l'Ouest ont été aussi introduites au XVIe siècle.

Dénomination et utilisation[modifier | modifier le code]

Au Cambodge, elle est appelée ដំឡូងឈាមមាន់ (littéralement "tubercule sang de poulet", allusion à la coloration du tubercule), et elle est principalement utilisée pour confectionner des soupes et des salades.

En Chine, on parle de shenshu (参薯 shēnshǔ)。 Ce végétal pousse à l'état sauvage dans la province du Hubei, où il est consommé comme légume ou utilisé en médecine chinoise traditionnelle.

Elle est connue aux Antilles françaises sous le nom de igname Saint-Martin[3]. A La Réunion où actuellement, elle n'est plus cultivée et utilisée dans la cuisine réunionnaise, elle est appelée cambarre, kambar[4] ou kãbar[5]. Utilisée comme le manioc en pâtisserie, elle donne des gâteaux d'une couleur rouge peu commune. Encore parfois cuisinée par les personnes âgées, elle fait partie des ingrédients traditionnels que l'on trouve dans les Hauts de l'île. Cette racine n'est plus guère utilisée.

On peut encore la trouver sur les marchés, notamment dans la ville du Tampon dans le Sud de l'île. C'est une racine qui se reconnait par ses petits points violets visibles sur la chair plutôt blanchâtre.

Elle peut être frite, bouillie et peut personnaliser les apéritifs.

  • = Dioscorea aculeata L.
  • = D. fasciculeata Roxb.
  • = D. sativa auct.
  • D. esculentus Lour.
  • Dioscorea colocasiifolia Pax
  • Dioscorea sapinii De Wild.

Il existe des centaines de cultivars.

Composition[modifier | modifier le code]

Une variabilité importante existe dans la composition des différents cultivars. Les variétés anciennes très riches en anthocyanes ont une chair colorée en rose, mauve ou violet.

Les tubercules contiennent un alcaloïde toxique et amer, la dioscorine[6] qui impose une cuisson avant leur consommation. Il a été mis aussi en évidence 35 composés volatils[1] : terpènes, cétones, aldéhydes, hydrocarbures aromatiques, composés sulfuriques et alcools.

Une étude menée sur 16 variétés cultivées à Ibadan au Nigéria par Baah et als[7] (2009), a donné une variation pouvant aller du simple au double dans la composition en protéines brutes (4,3 à 8,7 % ms) des tubercules.

Le taux d'humidité qui varie de 66 % à 78 % influe sur la texture et la capacité de conservation. Cette étude a donné les résultats suivants pour la composition moyenne en protéines, sucres, amidon et fibres alimentaires totales, en % de matière sèche de la farine :

Composition chimique moyenne (en %) de D. alata
Farine
Protéines Sucres Amidon Fibres al.
6
6
68
7

Cette étude a montré que le taux d'humidité et de protéines de cette igname est relativement élevé comparé à d'autres racines ou tubercules et qu'elle possède un taux appréciable de phosphore, calcium, potassium, zinc, manganèse, et cuivre. Le taux de sodium est bas.

Elle est une source de vitamine B1 (thiamine), B6 (pyridoxine) et C.

Utilisations[modifier | modifier le code]

Les ignames sont d'une grande importance économique et alimentaire dans les régions tropicales des pays en développement.

Quoique cultivée en moindre quantité que les ignames d'Afrique, D. alata a la plus large répartition de toutes les ignames puisqu'elle est cultivée en Asie, dans les îles du Pacifique, en Afrique et dans les Caraïbes[8].

L'igname a une grande valeur nutritive en raison de sa richesse en glucides, en fibres alimentaires et minéraux. Mais ce n'est pas un produit alimentaire équilibré[7]. Elle est riche en vitamine C mais pauvre dans les autres micronutriments.

Aux Philippines où elle est appelée ube (en pilipino), elle est la source d'un pigment violet.

En Nouvelle-Calédonie, l'igname D. alata est le légume sacré des Kanaks. De la préparation des champs à la récolte, la culture de l'igname détermine les grands événements comme le sacre du chef, les mariages ou les alliances[9]. Elle est à la base des chants, des danses, des légendes et des fêtes qui rythment l'année (voir L'igname dans la société kanake).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lucien Degras, L'igname, plante à tubercule tropicale, Maisonneuve & Larose,‎ 1985, 408 p.
  2. Annie Walter, Vincent Lebot, Chanel Sam, Jardins d'Océanie, IRD,‎ 2003
  3. en créole comme ziyanm, ziyanm blan, ziyanm Sen Marten
  4. Dictionnaire du créole mauricien
  5. Dictionnaire étymologique des créoles français de l'océan Indien
  6. il provoque des convulsions
  7. a et b (en) F.D. Baah, B. Maziya-Dixon, R. Asiedu, I. Oduro, W.O. Ellis, « Nutritional and biochemical composition of D. alata (Dioscorea spp.) tubers », Journal of Food, Agriculture & Environment, vol. 7, no 2,‎ 2009
  8. *Mignouna, H.D., Abang, M.M., & Asiedu, R. (2003). Harnessing modern biotechnology for tropical tuber crop improvement: Yam (Dioscorea spp.) molecular breeding. Available online
  9. « http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/sections/la_revue_de_presse_l/la_revue_de_presse_l5618/revue_de_presse_loca2959/downloadFile/file/REVUE_PRESSE_LOCALE_DES_13_ET_14_FEVRIER_2010.pdf?nocache=1266206330.66 » (ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :