Diodore Cronos

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Diodore Cronos, en grec ancien Διόδωρος Χρόνος / Diódôros Chrónos (mort en 296 av. J.-C.), philosophe grec de l'école mégarique. Le théoprastéen Phanias était opposé à Diodore Cronos, adepte de la dialectique éristique. Il fut le maître de Zénon de Cition.

Son surnom de « Χρόνος » (chronos : « temps ») viendrait d'une joute verbale disputée devant Ptolémée Ier Sôter avec Stilpon, l'un de ses condisciples : à l'une de ses questions, il avait réclamé plus de temps pour répondre. Ptolémée se serait alors moqué de lui et lui aurait donné ce sobriquet. Selon la tradition, il serait mort de dépit. Son grand principe était l'impossibilité du mouvement.

La logique[modifier | modifier le code]

L'argument dominateur[modifier | modifier le code]

Énoncé[modifier | modifier le code]

Diodore est à l'origine de l'argument dit Dominateur qui est un ensemble de trois propositions où il y a obligatoirement conflit avec l'une d'entre elles, quelle qu'elle soit.

Épictète[1] nous en livre une des rares formulations qui soient parvenues jusqu'à nous :

  1. « Toute proposition vraie concernant le passé est nécessaire. »
  2. « L'impossible ne suit pas logiquement du possible. »
  3. « Est possible ce qui n'est pas actuellement vrai et ne le sera pas. »

Épictète poursuit en notant que Diodore en déduit la fausseté de la troisième proposition.

Essai de formalisation de l'argument[modifier | modifier le code]

Ceci est un essai pour donner à l'argument une forme mathématique. L'on a été contraint de modifier les axiomes pour faire entrer le raisonnement dans cette forme.

Théorème à prouver[modifier | modifier le code]

Seule la nécessité existe.

Définitions[modifier | modifier le code]

Contingence : ce qui peut ne pas être. Nécessité : ce qui ne peut pas ne pas être.

Axiomes[modifier | modifier le code]

Tout ce qui appartient au passé est nécessaire.

Tout ce qui appartient au présent appartiendra au passé.

Tout ce qui appartient au futur appartiendra au passé.

Tout ce qui n'appartient ni au passé, ni au présent, ni au futur n'existe pas.

Démonstration[modifier | modifier le code]

Tout ce qui appartient au passé est nécessaire, donc tout ce qui appartiendra au passé sera nécessaire (principe d'intemporalité de la vérité).

La contingence est ce qui peut ne pas être, or la nécessité est ce qui ne peut pas ne pas être, donc la contingence et la nécessité sont contradictoires (principe du tiers exclu).

Cas 1[modifier | modifier le code]

La contingence appartient au passé, or, tout ce qui appartient au passé est nécessaire donc la contingence est nécessaire.

La contingence est nécessaire, or, la contingence et la nécessité sont contradictoires, donc la contingence n'appartient pas au passé (principe de non-contradiction).

Cas 2[modifier | modifier le code]

La contingence appartient au présent, or, tout ce qui appartient au présent appartiendra au passé, donc la contingence appartiendra au passé.

La contingence appartiendra au passé, or, tout ce qui appartiendra au passé sera nécessaire, donc, la contingence sera nécessaire.

La contingence est nécessaire, or, la contingence et la nécessité sont contradictoires, donc la contingence n'appartient pas au présent.

Cas 3[modifier | modifier le code]

La contingence appartient au futur, or, tout ce qui apppartient au futur appartiendra au passé, donc la contingence appartiendra au passé.

La contingence appartiendra au passé, or, tout ce qui appartiendra au passé sera nécessaire, donc, la contingence sera nécessaire.

La contingence est nécessaire, or, la contingence et la nécessité sont contradictoires, donc la contingence n'appartient pas au futur.

Conclusion[modifier | modifier le code]

La contingence n'appartient ni au passé, ni au présent, ni au futur, or, tout ce qui n'appartient ni au passé, ni au présent, ni au futur n'existe pas, donc la contingence n'existe pas.

La contingence n'existe pas, or la contingence et la nécessité sont contradictoires, donc seule la nécessité existe.

Réactions et pérennité de l'argument[modifier | modifier le code]

Réactions contemporaines[modifier | modifier le code]

Certains auteurs rapportent que cet argument « dominait » la vie publique grecque.

Il est probable qu'Aristote en ait eu connaissance car le chapitre IX du De Interpretatione semble en être une réfutation.

Il semble que le débat qui ait eu lieu par la suite ne soit causé que par les difficultés morales posées par l'argument.

Exploitation moderne de l'argument[modifier | modifier le code]

Jules Vuillemin s'est intéressé de près à cet argument dans son Nécessité ou contingence. L'aporie de Diodore et les systèmes philosophiques. Il utilise cet argument pour classer systématiquement les systèmes moraux selon leurs choix explicites ou implicites dans les prémisses de l'argument (idée proposée par Epictète dans les Entretiens). Il obtient ainsi trois types de philosophies morales.

Jacques Bouveresse, citant d'ailleurs Jules Vuillemin[2], commente ainsi l'aporie de Diodore, l'étude qui en est faite par Vuillemin et les systèmes qui en découlent :

Il faut toujours prendre en considération les quatre prémisses suivantes : Irréversibilité : Le passé est irrévocable en ce sens que les choses qui ont été faites ne peuvent être rendues "pas faites" Corrélation : Du possible à l'impossible le possible ne suit pas, ou plus simplement on ne peut déduire logiquement l'impossible du possible et vice-versa, Contingence : Il peut y avoir du possible qui ne se réalise jamais, Stabilité : Ce qui est ne peut pas ne pas être pendant qu'il est.

De là, il nous faut choisir et les systèmes philosophiques dépendent des choix effectués.

Selon notre choix nous aurons à considérer si la vérité nous semble, ou non, soumise à la question de la temporalité et aux limites de la démarche axiomatique mises en lumière par l'aporie de Diodore.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Entretiens, II, XIX ; la mise sous forme de liste est de ma main.
  2. Conférence Collège de France du 6 février 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sedley, David. Diodorus Cronus and Hellenistic Philosophy. Proceedings of the Cambridge Philological Society 203, N.S. 23 (1977), p. 74-120.
  • Vuillemin, Jules. Nécessité ou contingence. L'aporie de Diodore et les systèmes philosophiques. Paris 1984.

Liens externes[modifier | modifier le code]

[PDF] Le problème du futur contingent dans l’antiquité et la solution aristotélicienne, d'Étienne Giard pour les textes d'Epictète et d'Aristote et aussi une critique gratuite de l'argument.