Ding Zilin

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Dans ce nom, le nom de famille, Ding, précède le nom personnel.
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Ding Zilin

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Ding Zilin.

Naissance 20 décembre 1936 (77 ans)
Shanghai
Nationalité Chinoise
Profession
professeur de philosophie à l'université du peuple de Pékin
Autres activités
membre du parti communiste chinois (1960-1992),
fondatrice et leader des mères de Tiananmen
Distinctions
Conjoint
Jiang Peikun
Famille
Jiang Jielian, son fils, tué le 3 juin 1989

Ding Zilin (chinois : 丁子霖), née le 20 décembre 1936, ancienne professeur de philosophie, est la fondatrice des mères de Tiananmen[1],[2] association qui demande, en vain, que les auteurs de la répression des manifestations de la place Tian'anmen en 1989 soient poursuivis en justice et des réparations accordées aux familles des victimes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jiang Peikun et Ding Zilin (2009 ou 2010).

En 1989, Ding Zilin est professeur de philosophie de l'université du peuple de Pékin et membre du parti communiste chinois depuis 1960. Ding Zilin indique à propos de son fils de 17 ans :

« Ce printemps-là, mon fils a passé beaucoup de temps sur la place. Il s'occupait du service d'ordre lycéen, distribuait des vivres et des boissons aux étudiants, se souvient-elle. Moi, à cette époque, j'étais plutôt conservatrice. J'essayais de le retenir, mais il n'y avait rien à faire : chaque soir, il attendait que je dorme pour quitter la maison et filer sur la place.  »[3].

Le 3 juin vers 23 h 10, son fils Jiang Jielian est tué d'une balle dans le dos, dans le quartier de Muxidi, lors des manifestations de la place Tian'anmen[4],[5]. Ding Zilin récupérera ses cendres[6]. Celles-ci sont dans un coffre sur lequel sont posés un morceau du mur de Berlin, une photo du mémorial d'Auschwitz et un bronze offert par la Fondation Danielle Mitterrand - France Libertés[7].

Membre du parti communiste chinois de 1960 à 1992, se décrivant elle-même comme ayant été une « communiste sincère », elle considère le gouvernement de Beijing comme une dictature et appelle à un changement de régime[8].

Malgré la surveillance policière, le licenciement de son travail en tant que tuteur universitaire et son expulsion du parti communiste, elle est devenue, selon la journaliste Susan Jakes du Time Magazine, le « leader symbolique de nombre de gens en Chine qui veulent que le gouvernement rende compte de ses actions cette nuit-là »[9]. Placée en résidence surveillée dès les années 1990, Ding a été à l'initiative d'une plainte contre l'ancien premier ministre Li Peng, responsable, selon elle, des 3 000 morts du 4 juin 1989. Ding Zilin tente, depuis, de recenser toutes les victimes de ces manifestations de cette journée[10],[11]. Par ailleurs, Ding Zilin souhaite la construction à Pékin d'un mémorial pour les victimes du 4 juin : « Tous les noms y seront inscrits comme cela a été fait à Auschwitz »[3] .

L'écrivain Liu Xiaobo travaille avec Ding Zilin [note 1] et demande qu'elle soit retenue pour le prix Nobel, ignorant que c'est lui qui en sera le lauréat. Les anciens leaders des étudiants du 4 juin, Wuer Kaixi et Wang Dan, toujours en exils, contacteront téléphoniquement Ding Zilin afin de lui exprimer leurs regrets pour la mort de son fils[12]. Quand le dissident Wei Jingsheng est libéré en septembre 1993, sa première sortie est consacrée à Ding Zilin[13].

Lors de la quatrième conférence mondiale sur les femmes organisée par l'ONU en 1995 à Pékin, Ding est retenue pendant six semaines, avec son mari, pour empêcher les journalistes venus en Choine à cette occasion de la rencontrer[14]. En 2000, Lois Wheeler Snow, épouse d'Edgar Snow, souhaitait remettre un message de soutien à Ding Zilin, des policiers l'ont empêché d'accéder à son logement[15],[16]

En 2004, Amnesty International demande la libération de Ding Zilin et deux autres mères de Tian'anmen, Zhang Xianling et Huang Jinping[note 2], emprisonnées certainement pour les empêcher de commémorer le 15e anniversaire des événements du 4 mai 1989 selon l'organisation non gouvernementale[17],[18]. En 2005, Ding Zilin a adressé une lettre ouverte au président Hu Jintao lui demandant des excuses : « Vous et vos prédécesseurs avez effacé la mémoire du 4 juin des livres. En cela, vous avez bien réussi. Vous avez été plus méthodiques que ces comploteurs japonais de l'aile droite qui ont tenté d'effacer l'histoire du massacre de Nankin »[19]. Après la mort de Zhao Ziyang[note 3] en 2005, Ding Zilin demande à participer à la cérémonie à sa mémoire, sa présence est refusée par les autorités chinoises[20].

Après l'attribution du prix Nobel de la paix à l'écrivain chinois Liu Xiaobo en octobre 2010, Ding Zilin et son époux Jiang Peikun sont incarcérés puis détenus en un lieu tenu secret[21]. Zhang Xianling, autre membre de l'association des Mères de Tiananmen, condamne alors « le gouvernement qui prive de sa liberté Ding Zilin »[22].

En 2011, des milliers de manifestants se rassemblent à Hong Kong afin de commémorer les événements du 4 juin. Wang Dan, un des leaders des étudiants de l'époque et Ding Zilin se sont adressés à la foule par liaison vidéo[23].

En mai 2014, Ding Zilin est de nouveau placée en résidence surveillée à l'approche du vingt-cinquième anniversaire des évènements[24].

Opinions[modifier | modifier le code]

Depuis la mort de son fils, Ding Zilin milite pour un régime démocratique en Chine[25]. Elle est l'une des 303 intellectuels chinois signataires de la charte 08, manifeste publié le 10 décembre 2008, pour promouvoir la réforme politique et le mouvement démocratique chinois[26].

En 1994, Ding Zilin estime les victimes de Tiananmen à « un millier de morts et des milliers de blessés graves »[27]. En 2005, elle produit une liste de 186 personnes tuées lors des manifestations et publie, à Hong Kong un livre de 417 pages racontant les récits des familles en deuil[28].

En 1998, elle cosigne, avec son mari Jiang Peikun, un chapitre de Tibet Through Dissident Chinese Eyes: Essays on Self-Determination[29], ouvrage collectif sous la direction de Changqing Cao, Chʻang-chʻing Tsʻao et du professeur James D. Seymour[30] de l'université Columbia et professeur associé de l'université chinoise de Hong Kong. Ding Zilin et son mari y indiquent « Les Chinois ont droit à la dignité, pourquoi doit-on croire que les Tibétains n'y ont pas droit? La lutte chinoise pour le droit est raisonnable, pourquoi doit-on dire que la lutte tibétaine ne l'est pas? ». Pour Jack Lu, docteur en géopolitique, comme certains autres intellectuels chinois, Ding Zilin défend la cause tibétaine[31]. En 2008, elle cosigne[32] le texte, Douze propositions pour gérer la situation au Tibet[33], à l'initiative de Wang Lixiong demandant au gouvernement Chinois d'infléchir sa politique au Tibet, de supprimer la censure des informations sur les régions tibétaines et soutenant l'appel à la paix du dalaï-lama[34],[35].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 1996, Ding Zilin reçoit le prix de la Mémoire, décerné à Paris par Danielle Mitterrand[14]. En 1999, elle reçoit, avec son mari Jiang Peikun, le prix Alexander Langer (en)[36].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • The Factual Account of a Search for the June 4 Victims Éditeur Nineties Monthly, 1995, 33 pages ; publié en français Compte-rendu factuel d'une recherche des victimes du 4 juin Éditeur Selio, 1995, 38 pages[37].
  • Colophon title. - Liu si shou nan zhe xun fang shi lu Éditeur Jiu shi nian dai za zhi she, 1994, 244 pages[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En 2010, Liu Xiaobo dédia son prix Nobel aux « âmes perdues du 4 juin ».
  2. Zhang Xianling a perdu son fils âgé de dix-neuf ans et Huang Jinping son mari pendant les manifestations de la place Tian'anmen.
  3. Zhao Ziyang est l'ancien secrétaire général du Parti communiste chinois, favorable au dialogue avec les étudiants durant les manifestations de la place Tian'anmen. Il est placé en résidence surveillée en juin 1989 jusqu'à sa mort en 2005. Il désignera Deng Xiaoping comme le principal responsable de la répression.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Ding-zilin, 72-ans fondatrice des mères de Tian Anmen, Arte. Tv.
  2. (en) China Detains 3 Relatives Of Victims At Tiananmen, The New York Times, 30 mars 2004.
  3. a et b Charlie Buffet, Tian Anmen mémoire interdite France5.fr, 31 mai 2009
  4. (en) Tiananmen figures: Victim's mother, BBC News, 28 mai 2009.
  5. (en) Testimony of Ding Zilin, Jiang Jielian's mother, HRIC, 31 janvier 1999 :« Jiang Jielian, male, born in Beijing on June 2, 1972, had just passed his 17th birthday when he died. He was a junior at the High School attached to People's University. Around 11:10 p.m., on June 3, 1989, he was killed behind the flower bed in front of Building 29, on the north side of Fuwai Street, Muxudi. A bullet hit him from behind and passed through his heart. His ashes are kept at a mourning altar in his home. »
  6. Guy Sorman, Wonderful world. Chronique de la mondialisation (2006-2009) novembre 2009
  7. Tiananmen, 25 ans après : l'ignorance de la jeune générationFrance Info, 4 juin 2014
  8. Frédéric Koller, La révolte de Ding Zilin, L'Express, 12 septembre 2009.
  9. Susan Jakes Mother Courage, Time Magazine, 5 avril 2004 : « Despite police surveillance, dismissal from her job as a university tutor and expulsion from the Communist Party, she has become the symbolic leader for many people in China who want the government to account for its actions that night. »
  10. Michel Bonin, La Chine oubliée, Persée, Accueil critique de l'ouvrage Chine : on ne bâillonne pas la lumière de Marie Holzman et Noël Mamère, 1997.
  11. Jean-Philippe Béja et Merle Goldman, L’impact du massacre du 4 juin sur le mouvement démocratique in Perspectives chinoises, février 2009 « Ce mouvement est mené par Ding Zilin, professeur à l’Université du peuple, dont le fils unique a été tué alors qu’il se rendait sur la place Tiananmen. Bravant les pressions exercées par le gouvernement, Ding a lancé seule une campagne pour recueillir les noms de tous ceux qui ont été tués le 4 juin, pour établir la vérité des faits, et pour déterminer les responsables du massacre. »
  12. Christophe Deloire, L'Homme qui ne se retourne pas Flammarion, janvier 2014
  13. Marie Holzman, Chine: la longue marche de Wei L'Express, 17 février 1994
  14. a et b Franklin Romain, Ding Zilin, ne pas oublier Tian AnmenLa dissidente chinoise recense depuis 1989 les victimes du massacre de Pékin., Libération, 20 décembre 1996.
  15. Lois Wheeler Snow malvenue en Chine. Libération, 3 avril 2000
  16. Mia Turner, 'Tiananmen Just Woke Me Up The widow of celebrated writer Edgar Snow returned last week to a very different China CNN.com,
  17. Françoise Guillitte, Chine : Arrestation de trois Mères de Tiananmen, Amnesty International, 14 avril 2004
  18. China frees Tiananmen mothers BBC News, 2 avril 2004
  19. Pékin calme pour les 16 ans de Tiananmen Le Nouvel Observateur, 6 juin 2005
  20. Madame Ding Zillin interdite de participer à la cérémonie en mémoire de Zhao Zyiang EpochTime, 31 janvier 2014
  21. « Plusieurs militants proches de Liu Xiaobo auraient été arrêtés », Le Monde,‎ 18 octobre 2010 (lire en ligne)
  22. Chine: Des militants pro-démocratie réprimés, Europe 1.fr, 18 octobre 2010.
  23. Des milliers de personnes soulignent l'anniversaire de Tiananmen 4 juin 2011
  24. Chine : les persécutions visant des militants de Tiananmen trahissent les mensonges du président à propos des réformes, Amnesty international, 28 mai 2014.
  25. Pékin rend la liberté à Wei Jingsheng. L'Humanité, novembre 1997 « «L'annonce de la libération de Wei est surprenante et représente un grand événement pour la vie politique en Chine», a estimé Mme Ding Zilin, professeur à l'Université du peuple à Pékin, qui milite en faveur de la démocratie depuis que son fils a été tué par l'armée lors du massacre de la place Tiananmen en juin 1989 »
  26. Charte 08, Le Figaro.
  27. Marie Holzman, Chine: la longue marche de Wei, L'Express, 17 février 1994.
  28. (en) Perry Link, Ding Zilin, Time magazine, 13 novembre 2006.
  29. (en) Ding Zilin et Jiang Peikun, Tibetans' Rights and Chinese Intellectuals' Responsibility, in Tibet Through Dissident Chinese Eyes: Essays on Self-Determination, ed. Changqing Cao, Chʻang-chʻing Tsʻao, James D. Seymour, M.E. Sharpe, 1998, (ISBN 1563249235), 138 p.
  30. (en) Columbia University : James D. Seymour.
  31. Jack Lu, Les Deux visages du Tibet.
  32. Marie Holzman, Comment les intellectuels chinois parlent-ils du Tibet ?, in Perspectives chinoises, « Par ailleurs, des intellectuels de divers horizons, tels Wang Lixiong, Liu Xiaobo, l’écrivain chrétien Yu Jie, le Professeur Ding Zilin, mère d’une victime de la place Tiananmen, quelques dizaines en tout, se sont mobilisés pour faire circuler une pétition intitulée « Douze propositions pour gérer la situation au Tibet », qui demande entre autres de mettre fin à la censure de l’information concernant la réalité de la répression dans les zones tibétaines. »
  33. Pierre Haski, Douze propositions d'intellectuels pour résoudre la crise au Tibet Rue89, 22 mars 2008
  34. (en) Wang Lixiong, Twelve Suggestions for Dealing with the Tibetan Situation, by Some Chinese Intellectuals, in The New York Review of Books, 15 mai 2008.
  35. Tibet : Trente intellectuels chinois s'engagent Courrier International, 27 mars 2008
  36. Prix Alexander Langer
  37. Compte-rendu factuel d'une recherche des victimes du 4 juin
  38. Colophon title. - Liu si shou nan zhe xun fang shi lu

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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