Dimitri Obolensky

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Sir Dimitri Obolensky, FBA[N 1] (1er avril 1918 à Saint-Pétersbourg en Russie - 23 décembre 2001 à Burford au Royaume-Uni) était un historien britannique d'origine russe.

Au cours de la révolution russe, sa famille qui appartenait à la grande noblesse se réfugia en France. Lui-même s’installa en Grande-Bretagne où il mena une carrière universitaire à Trinity College, puis à Oxford; spécialisé dans la littérature russe et l’histoire des Balkans, il devint un conférencier recherché et écrivit plusieurs volumes dont le plus célèbre, The Byzantine Commonwealth, contribua à faire mieux apprécier l’histoire, les valeurs et la civilisation de l’Europe de l’Est en Occident.

Les premières années[modifier | modifier le code]

prince Dimitri Dmitrievich Obolensky, celui qui devint Professeur Sir Dimitri Obolensky était le fils du prince Dimitri Alexandrovitch Obolensky (1882-1964) et de la comtesse Maria Chouvalova (1894-1973). Il comptait parmi ses ancêtres les plus grands noms de l’histoire russe : Riourik, Igor, Svyatoslav, saint Vladimir de Kiev, saint Michel de Tchernigov et le prince Mikhaïl Semionovitch Vorontsov. Toutefois, comme l’écrivit un de ses étudiants, « c’était un universitaire suffisamment lucide pour savoir que Riourik n’avait peut-être jamais existé[1] ».

Né à Petrograd un an après l’abdication du tsar, ses premiers mois se passèrent au château de Vorontsov à Aloupka en Crimée. L’année suivante, il quitta la Russie avec ses parents et divers membres de la haute noblesse russe à bord d’un navire de la Royal Navy. Ses parents s’établirent modestement à Paris où sa mère se remaria au comte André Tolstoï. Le jeune Dimitri fut d’abord envoyé à l’école de Lynchmere à Eastbourne (Angleterre) avant de revenir étudier au Lycée Pasteur à Neuilly-sur-Seine. Il retourna en Angleterre où il devait se fixer après avoir obtenu un fellowship au Trinity College de Cambridge (1942-1948)[2].

Sous l’influence de Dame Elizabeth Hill, il délaissa le département de philosophie où il s’apprêtait à s’inscrire et se passionna pour l’histoire de la Russie et des Balkans. Sa thèse porta sur les Bogomiles, secte hérétique des Balkans au Moyen Âge; elle fut publiée en 1948 sous le titre The Bogomils : A Study in Balkan Neo-Manichaeism[3].

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

C’est également à Trinity College qu’il commença sa carrière d’enseignant en 1948. Parmi les prédécesseurs qui influencèrent sa vision de l’histoire figurent le jésuite Francis Dvornik (1893-1975) et Sir Steven Runciman (1903-2000). Parmi ses contemporains, il fut particulièrement près de John Fennell qui devint son beau-frère en 1947 après qu’il eut épousé Elisabeth Lopoukhina, également émigrée russe dont il devait se séparer en 1989. Les deux hommes devaient collaborer à plusieurs publications au cours des ans[3],[4].

En 1949, il quitta Cambridge pour aller enseigner l’histoire de la Russie et des Balkans à l’université d’Oxford où il fut nommé titulaire de la chaire en 1961, professeur émérite en 1985 et Emeritus Student du Christ Church College (1985). En 1962, il publia la première édition du Penguin Book of Russian Verse qui devait contribuer à faire connaitre son nom. Ce livre fit découvrir au monde occidental des poètes et écrivains russes du XIIe siècle à la Révolution russe, tels Osip Mandelshtam et Anna Akhmatova[1],[4]. Demeuré très attaché à la Russie, il manifesta toujours une grande impartialité à l’endroit des évènements se produisant dans sa patrie d’origine ce qui lui permit d’y nouer de nombreux contacts comme D.S. Likhachov qui travaillait sur des sujets similaires et de faire venir Anna Akhmatova à Oxford pour y recevoir un doctorat en 1965[1],[4].

En 1971 devait paraitre « The Byzantine Commonwealth »[N 2] dont le titre était un hommage indirect au pays dont il avait pris la nationalité en 1948. S’inspirant d’un article paru en 1950 dans le Oxford Slavonic Papers, « Russia’s Byzantine Heritage », le livre visait à montrer comment, par un phénomène d’acculturation, les peuples d’Europe de l’Est soumis à l’empire byzantin ou en contact lui, en reconnaissant la primauté de l’Église orthodoxe et de l’empereur byzantin, purent participer et, ultimement, contribuer à une tradition culturelle commune, tout en conservant leur identité propre et, dans une mesure variant suivant les cas, leur autonomie politique. Le livre se distinguait par son approche géopolitique analysant dans un long chapitre d’introduction comment la géographie et le climat de la région avaient influencé le développement culturel de ces peuples. Après avoir créé une certaine surprise, l’approche fut adoptée et servit à modifier considérablement l’attitude occidentale à l’endroit de l’histoire, des valeurs et de la civilisation de l’Europe de l’Est[3],[4].

S’il publia peu de livres, Dimitri Obolensky fut un conférencier infatigable, faisant de fréquents séjours à Dumbarton Oak (Washington, EUA) où il avait fait des recherches dans les années 1950 en compagnie de Francis Dvornik et au Wellesley College (Massachusetts, EUA). Il organisa ou présida de nombreux congrès internationaux, tel le congrès des Études byzantines qui se tint à Oxford en 1966 au cours duquel il fit une conférence où il démontra grâce au film du couronnement d’Élizabeth II les influences byzantines sur la cérémonie du sacre[4],[3].

Il fut fait fellow de la British Academy en 1974; il en devint le vice-président de 1983 à 1985 et fut fait chevalier en 1984[2].

Chrétien convaincu, maintenant le contact avec les théologiens orthodoxes de Paris et travaillant avec la communauté d’Emmaüs, il retourna en Russie en 1988 après avoir été élu délégué officiel laïc au sabor (concile) lors des fêtes marquant le millième anniversaire du baptême du prince Vladimir. Il fut également très actif comme vice-président du Keston Institute, un centre d’étude sur le rôle de l’Église en pays communistes[2],[1].

Le jour de son quatre-vingtième anniversaire, il compléta son dernier ouvrage qui devait paraitre l’année suivante, Bread of Exile, une collection de six mémoires venant de parents plus âgés auxquels il ajouta ses propres souvenirs. Toujours modeste, il évita d’utiliser le titre de « prince » lui venant de sa famille, ne mentionna pas que sa grand-mère avait été courtisée par le futur Nicolas II et préféra parler des liens unissant sa famille aux lointains ancêtres riourikides plutôt qu’aux Romanov contemporains[3].

Il s’éteignit à Burford, Oxfordshire, le 23 décembre 2001 et est enterré au Wolvercote Cemetary.

Personnalité[modifier | modifier le code]

D’un naturel effacé, quelque peu timide, et sachant écouter, Dimitri Obolensky détestait le carriérisme. Parfaitement trilingue et aussi à l’aise en anglais qu’en français et en russe, il était doté d’une voix grave et mélodieuse dont il savait jouer avec élégance dans ses conférences; ses talents de comédien enchantaient ses auditeurs. Ses lectures de poésie, particulièrement de Pouchkine sont demeurées célèbres. Ses talents musicaux, aussi bien pour la musique sacrée que profane, étaient également mémorables[1],[4].

Il se distinguait particulièrement par la parfaite courtoisie et l’extrême politesse avec lesquelles il traitait aussi bien ses collègues que ses étudiants et qui l’empêchèrent toujours de tenir quelque propos blessants que ce soit à l’endroit de quiconque[4].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • The Bogomils : A Study in Balkan Neo-Manichaeism (1948)
  • The Penguin Book of Russian Verse (editor, 1962, souvent réédité depuis)
  • The Christian Centuries, vol 2: The Middle Ages (1969)
  • Byzantium and the Slavs (1971)
  • The Byzantine Commowealth (1971)
  • Companion to Russian studies, 3 vol. (Joint editor 1976-1980)
  • The Byzantine Inheritance of Eastern Europe (1982)
  • Six Byzantine Portraits (1988)
  • Bread of Exile (1999)

Note et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Fellow of the British Academy
  2. Dimitri Obolensky, The Byzantine Commonwealth, Eastern Europe. 500-1453, London, Phoenix Press, 1971

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e The Independent, 31 Dec. 2001
  2. a, b et c Michael Bourdeaux, « Sir Dimitri Obolensky », The Gardian, 4 Jan. 2002
  3. a, b, c, d et e « Professor Sir Dimitri Obolensky », The Telegraph, 7 Jan 2002.
  4. a, b, c, d, e, f et g « Professor Sir Dimitri Obolensky, 1918-2002 », The Society for the Promotion of Byzantine Studies

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]