Die Weltbühne

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Couverture de la Weltbühne du 12 mars 1929

Die Weltbühne (littéralement en allemand : La Scène mondiale) était un magazine hebdomadaire allemand consacré à l'art, à la littérature, à la politique et à l'économie, qui est paru de 1905 à 1933.

Fondé par Siegfried Jacobsohn sous le nom Die Schaubühne (La Scène), il paraît le 7 septembre 1905, et est alors une publication consacrée à la vie théâtrale. Dès l'année 1913, le magazine traite également de sujets ayant trait à la politique et à l'économie. Il change de nom pour Die Weltbühne le 4 avril 1918. À la mort de Siegfried Jacobsohn en 1926, la publication est dirigée par Kurt Tucholsky, puis à partir de 1927 par Carl von Ossietzky.

Paraissant sous forme de petits cahiers de couleur rouge, l'hebdomadaire s'affirme pendant la République de Weimar comme un espace d'expression de démocrates de la gauche allemande de l'époque. De 1905 à 1933, 2 500 auteurs apportent leur contribution : outre Siegfried Jacobsohn, Kurt Tucholsky et Carl von Ossietzky, on y compte de nombreuses personnalités du monde journalistique, intellectuel et artistique : Lion Feuchtwanger, Moritz Heimann, Kurt Hiller, Erich Mühsam, Else Lasker-Schüler, Erich Kästner, Alfred Polgar, Carl Zuckmayer, Arnold Zweig, Rudolf Arnheim, Julius Bab, Erich Dombrowski, Axel Eggebrecht, Hellmut von Gerlach, Richard Lewinsohn, Fritz Sternberg, Heinrich Ströbel.

Peu après l'incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933, nuit lors de laquelle le directeur Carl von Ossietzky et d'autres de ses collègues sont arrêtés, le magazine fait l'objet en mars 1933 d'une interdiction de publication par le pouvoir national-socialiste. Après une dernière publication le 7 mars 1933, Die Weltbühne est contraint à l'exil.

Histoire[modifier | modifier le code]

1905 - 1913[modifier | modifier le code]

Jusqu'en 1913, le magazine est consacré à la vie théâtrale. Siegfried Jacobsohn écrit à ce sujet dans l'introduction du premier cahier de la Schaubühne que : « l'esprit d'un peuple et d'une époque précise trouve plus son expression sur la scène du théâtre que dans le reste de la littérature »[1].

1913 - 1918[modifier | modifier le code]

L'écrivain Kurt Tucholsky, alors étudiant en droit, apparaît en 1913 dans le magazine sous trois pseudonymes : Ignaz Wrobel, Theobald Tiger et Peter Panter. L'influence de Tucholsky, devenu un étroit collaborateur de Siegfried Jacobsohn, se fait vite sentir dans la ligne éditoriale : en mars 1913 sont publiées les premières Réponses, une rubrique dans laquelle on répond à des lettres de lecteurs, réelles ou imaginées ; en septembre 1913, Siegfried Jacobsohn ouvre la publication à des thèmes politiques et économiques.

Pendant la Première Guerre mondiale, Siegfried Jacobsohn réussit à maintenir la parution du magazine malgré les restrictions. Dès août 1914, chaque cahier débute par un éditorial politique où s'exprime un point de vue « patriote ». En novembre 1915, le journaliste Robert Breuer entame une série d'articles où il critique la politique du gouvernement du Reich et la situation politique du Reich allemand, et qui culmine le 23 décembre avec un article intitulé « La crise du capitalisme » qui vaudra au magazine une interdiction de publication que Siegfried Jacobsohn évitera de justesse en acceptant une censure préalable de la publication. Le magazine publiera aussi des demandes d'illustrations pour les obligations de guerre. Les choix éditoriaux de cette époque seront l'objet de critiques de la part de Franz Pfemfert et de Karl Kraus.

Le 4 avril 1918, Die Schaubühne devient Die Weltbühne, « magazine de politique, d'art, d'économie » (Zeitschrift für Politik, Kunst, Wirtschaft).

1918 - 1926[modifier | modifier le code]

Les positions politiques de Siegfried Jacobsohn se rapprochent alors de celles de l'USPD. Durant la Révolution de novembre, le magazine n'adopte pas de ligne conforme à un parti politique précis. De mars 1919 à octobre 1920, les éditoriaux sont signés par le social-démocrate Heinrich Ströbel.

Le 13 mars 1919, Kurt Tucholsky y publie le texte : « Wir Negativen » (qui peut se traduire par Nous disons non) pour se défendre du reproche de ne pas voir des aspects positifs à la jeune république de Weimar et y déclare : « Nous ne pouvons pas dire oui à un peuple qui aujourd'hui encore est dans une telle disposition, que si par hasard l'issue de la guerre avait été favorable, il aurait pu commettre le pire. Nous ne pouvons pas dire oui à un pays qui est accaparé par des organisations et où le groupe écrase l'individu. »[2]

Dans les années qui suivent, le magazine adopte un ton résolument pacifiste et antimilitariste, et s'engage en faveur d'une réconciliation entre les anciens belligérants. Le magazine dénonce notamment dès août 1925 les nombreux meurtres politiques commis à l'époque, les Fememorde.

L'action de Carl von Ossietzky, rédacteur et éditorialiste depuis avril 1926, oriente le magazine de façon déterminante dans ses choix éditoriaux. Á la mort de Siegfried Jacobsohn le 3 décembre 1926, est posée la question de la survie du magazine qui est alors publié à 12500 exemplaires.

1927 - 1933[modifier | modifier le code]

Rudolf Procès Ossietzky 1932
Carl von Ossietzky et ses avocats devant la prison Berlin-Tegel en 1932. De gauche à droite: Kurt Grossmann (de), Rudolf Olden, Carl von Ossietzky, Alfred Apfel (de), Kurt Rosenfeld (de)

Á la mort de Siegfried Jacobsohn, Kurt Tucholsky abandonne son poste de correspondant à Paris, revient à Berlin et prend pour un temps la direction de la publication avant que Carl von Ossietzky en devienne responsable en 1927 « en collaboration avec Kurt Tucholsky »[3]. Des dissensions subsistent entre eux, mais les deux journalistes se rapprocheront lors des dernières années du magazine.

Au début des années 1930, la publication atteint un tirage de 15 000 exemplaires. Die Weltbühne a alors une répercussion significative chez ses lecteurs de nombreuses villes allemandes et jusqu'en Amérique du Sud. Au-delà de son lectorat, le magazine est connu pour ses démêlés judiciaires avec le Ministère du Reich à la Guerre en raison de son travail d'investigation antimilitariste, et notamment pour le Procès de la Weltbühne à la suite duquel Carl von Ossietzky et le journaliste Walter Kreiser sont condamnés à 18 mois de détention.

Même si le magazine continue à traiter de la vie culturelle et artistique, il mène de plus en plus un combat contre ce que Kurt Tucholsky appelle « le voyage vers le troisième Reich »[4]. En 1932, Kurt Tucholsky ne contribue plus qu'épisodiquement. Hellmut von Gerlach prend la direction de la publication en mai 1932 en raison de la détention de Carl von Ossietzky, qui est libéré en décembre 1932 malgré une nouvelle inculpation à la suite du texte de Kurt Tucholsky publié sous le titre : « Les soldats sont des assassins »[5].

Après l'incendie du Reichstag et l'arrestation de Carl von Ossietzky et d'autres journalistes, Hellmut von Gerlach fuit à l'étranger ; Walther Karsch, futur cofondateur du quotidien Der Tagesspiegel prend alors la direction de la rédaction. L'édition du 14 mars 1933 est imprimée mais ne peut être distribuée. La dernière publication officielle de Die Weltbühne est le numéro 10 du 7 mars 1933, dont l'exemplaire se conclut par l'affirmation : « Car malgré tout l'esprit finit par s'imposer. »[6].

L'exil : 1933 - 1939[modifier | modifier le code]

Il existait déjà à Vienne une publication affiliée, la Wiener Weltbühne, à laquelle participaient des émigrés berlinois, dirigée par le journaliste William S. Schlamm, disciple de Karl Kraus et de Léon Trotski. Cette publication déplaça son siège à Prague en 1933 à la suite des événements en Autriche. D'avril 1933 à août 1939 paraissent 4000 articles sous le titre Die neue Weltbühne (La nouvelle Weltbühne). Dans les dernières années, des problèmes financiers conduisent la veuve de Siegfried Jacobsohn, Edith Jacobsohn à se séparer de ses droits sur la maison d'édition. En juin 1938, la maison d'édition est transférée à Paris car les exemplaires du magazine sont confisqués en raison d'articles critiques à l'égard de l'Allemagne. Les autorités françaises interdisent la publication qui paraît pour la dernière fois le 31 août 1939.

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Maud Hester von Ossietzky, épouse de Carl von Ossietzky, et Hans Leonard reprennent le titre et la publication Verlag der Weltbühne (Éditions de la Weltbühne) à Berlin-Est en 1946. Pendant les années d'après-guerre, la publication trouve aussi un écho dans les zones d'occupation occidentales, et est considérée comme un lien avec les cercles intellectuels d'Allemagne de l'ouest.

Réception et critique[modifier | modifier le code]

Auteurs d'articles dans Die Weltbühne[modifier | modifier le code]

Le magazine a reçu de nombreuses contributions de journalistes, artistes, et intellectuels allemands de l'époque ; dont[7] :

  • Nom (dates de contributions, numéro de l'article)
Pseudonyme journalistique
Fero (1905–1923, 27)
Karl Knerz (1931, 2)
Cunctator (1915, 7)
Germanicus (1916–1918, 117)
Ulrich Schweitzer (1933, 1)
Johannes Fischart (1918–1926, 128)
Conrad Schulter (1926, 1)
J. L. Wetcheek (1926–1927, 2)
Lorarius (1917–1918, 20)
Dr. Balduin (1905–1912, 2)
Heinz Jäger (1929, 2)
Olf (1918–1919, 32)
Morus (1921–1931, 389)
Celsus (19271933, 31)
Thomas Murner (1932, 9)
Lucius Schierling (1927–1928, 16)
K. L. Gerstorff (1930–1933, 57)
Thomas Tarn (1931–1933, 18)
Paulus Bünzly (1915–1922, 2)
Kaspar Hauser (1918–1932, 183)
Theobald Körner (1926, 1)
Peter Panter (1913–1933, 525)
Theobald Tiger (1913–1932, 405)
Ignaz Wrobel (1913–1932, 449)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « daß der Geist eines Volkes und einer bestimmten Zeit eindringlicher als in der übrigen Literatur im Drama zum Ausdruck kommt ».
  2. « Wir können nicht zu einem Volk Ja sagen, das, noch heute, in einer Verfassung ist, die, wäre der Krieg zufälligerweise glücklich ausgegangen, das Schlimmste hätte befürchten lassen. Wir können nicht zu einem Land Ja sagen, das von Kollektivitäten besessen ist, und dem die Korporation weit über dem Individuum steht. » Die Weltbühne, 13 mars 1919
  3. « unter der Mitarbeit von Kurt Tucholsky », précisé en page de couverture jusqu'en 1933.
  4. « die Reise ins Dritte Reich »
  5. « Soldaten sind Mörder »
  6. « Denn der Geist setzt sich doch durch. »
  7. (de)Joachim Bergmann : Die Schaubühne – Die Weltbühne 1905–1933, Bibliographie und Register mit Annotationen. Saur, Munich, 1991

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Joachim Bergmann : Die Schaubühne – Die Weltbühne 1905–1933, Bibliographie und Register mit Annotationen. Saur, München 1991, ISBN 3-598-10831-1
  • Istvan Deak : Weimar Germany’s Left-Wing Intellectuals. A Political History of the Weltbühne and its Circle. Berkley, Los Angeles 1968
  • Alf Enseling : Die Weltbühne, Organ der intellektuellen Linken. Fahle, Münster 1962
  • Axel Eggebrecht, Dietrich Pinkerneil : Das Drama der Republik. Zum Neudruck der Weltbühne zwei Essays. Athenäum, Königstein 1979
  • Alexander Gallus : Heimat Weltbühne. Eine Intellektuellengeschichte im 20. Jahrhundert. Wallstein Verlag, Göttingen 2012, ISBN 978-3-8353-1117-6.
  • Friedhelm Greis, Stefanie Oswalt (Hg.) : Aus Teutschland Deutschland machen. Ein politisches Lesebuch zur "Weltbühne". Lukas Verlag, Berlin 2008, ISBN 978-3-86732-026-9; umfangreiche Website
  • W. B. van der Grijn Santen: Die Weltbühne und das Judentum, eine Studie über das Verhältnis der Wochenschrift Die Weltbühne zum Judentum, hauptsächlich die Jahre 1918 – 1926 betreffend. Königshausen und Neumann, Würzburg 1994, ISBN 3-88479-953-3, Online lesen bei google-books
  • Heidemarie Hecht : Von der „Schaubühne“ zur „Weltbühne“. Der Entstehungsprozeß einer politischen Zeitschrift. Dissertation, Jena 1991.
  • Philipp Heyde : „Die Weltbühne“: Ein kleines, radikales Zorn- und Lustbrevier. in: Damals. 5.1993, S.64–68.
  • Elmar Holly : Die Weltbühne 1918–1933: ein Register sämtlicher Autoren und Beiträge. Berlin 1989, ISBN 3-7678-0749-1
  • Ann-Katrin Silke Horst : Ein vernachlässigter Aspekt der Berliner Pressegeschichte. Die Journalistinnen der Zeitschrift 'Die Weltbühne' in der Weimarer Republik. Magisterarbeit Univ. München. München 1998.
  • Siegfried Jacobsohn : Der Fall Jacobsohn. Verlag der Schaubühne, Charlottenburg 1913.
  • Dieter Lang : Staat, Recht und Justiz im Kommentar der Zeitschrift Die Weltbühne. Lang, Frankfurt am Main 1996, ISBN 3-631-30376-9
  • Ursula Madrasch-Groschopp : Die Weltbühne. Porträt einer Zeitschrift. Buchverlag Der Morgen, Berlin 1983, Bechtermünz im Weltbild Verlag, Augsburg 1999 (Repr.). ISBN 3-8289-0337-1
  • Gunther Nickel : Die Schaubühne – Die Weltbühne, Siegfried Jacobsohns Wochenschrift und ihr ästhetisches Programm. Westdeutscher Verlag, Opladen 1996, ISBN 3-531-12810-8
  • Stefanie Oswalt : Siegfried Jacobsohn. Ein Leben für die Weltbühne. Bleicher Verlag, Gerlingen 22001, ISBN 3-88350-665-6
  • Oswalt, Stefanie (Hrsg.) : Die Weltbühne, zur Tradition und Kontinuität demokratischer Publizistik. Röhrig, St. Ingbert 2003, ISBN 3-86110-336-2
  • Peter Queckbörner : „Zwischen Irrsinn und Verzweiflung“. Zum erweiterten Kulturbegriff der Zeitschrift Die Schaubühne/Die Weltbühne im Ersten Weltkrieg. Lang, Frankfurt am Main 2000, ISBN 3-631-35701-X
  • Elke Suhr : Zwei Wege, ein Ziel – Tucholsky, Ossietzky und Die Weltbühne. Weisman, München 1986, ISBN 3-88897-026-1
  • Toralf Teuber : Ein Stratege im Exil. Hermann Budzislawski und „Die neue Weltbühne“. Lang, Frankfurt am Main 2004, ISBN 3-631-52742-X

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]