Didier Daeninckx

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Didier Daeninckx

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Didier Daeninckx à la Fête de l'Humanité en 2006.

Activités Romancier, scénariste
Naissance 27 avril 1949 (65 ans)
Saint-Denis (France)
Langue d'écriture Français
Genres Roman policier
Distinctions Trophées 813 du Meilleur roman 1984
Grand prix de littérature policière 1985
Prix Mystère de la critique 1987
Prix Eugène Dabit du roman populiste 1990
Prix Goncourt de la nouvelle 2012

Œuvres principales

  • Meurtres pour mémoire (1984)
  • La mort n'oublie personne (1989)
  • Histoire et Faux-Semblants (2007)
  • Le chat de Tigali (1988)
  • Cannibale (1998)
  • Le Reflet (1994)

Signature

Signature de Didier Daeninckx

Didier Daeninckx, né le 27 avril 1949 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), est un écrivain français, auteur de romans policiers, de nouvelles et d'essais.

Issu d'une famille modeste, Didier Daeninckx prend le parti d'orienter son œuvre vers une critique sociale et politique au travers de laquelle il aborde certains dossiers du moment (la politique des charters, le négationnisme, etc.) et d'autres d'un passé parfois oublié (le massacre des Algériens à Paris le 17 octobre 1961). Ancien communiste et proche des milieux d'extrême gauche, Didier Daeninckx s'est engagé à de multiples reprises dans des polémiques médiatiques qui lui ont valu en retour les vives critiques de plusieurs écrivains et journalistes.

Un auteur reconnu[modifier | modifier le code]

Écrivain qui place au cœur de ses fictions la thématique sociale et l'enquête historique sur un passé travesti ou caché, son engagement prend sa source dans son environnement familial partagé entre le courant anarchiste, antimilitariste et le courant communiste. Son arrière-grand-père Sabas Séraphin Daeninckx, originaire de Gand, a déserté l'armée belge en 1884 et s'est installé dans la communauté flamande de Lille, à l'époque où le belge Pierre Degeyter y compose la musique de L'Internationale. Son grand-père paternel Ferdinand, a lui aussi déserté l'armée en 1917 et, une fois menuisier, a acquis une parcelle à Stains appartenant à Émile Grindel, le père du poète Paul Éluard, où il a élevé son petit-fils. Son grand-père maternel, issu de la petite paysannerie charentaise, a quitté sa terre pour devenir un cheminot qui conduisait les Pacific, avant de devenir en 1935 maire communiste de Stains puis conseiller général de la Seine[1]. Sa mère, travaillant dans la confection puis dans les cantines municipales d'Aubervilliers, a milité dans le parti communiste, comme son père tôlier dans l'usine de construction automobile Hotchkiss. Elle a été notamment traumatisée par le matraquage de deux de ses amies dans l'Affaire de la station de métro Charonne laissant l'une morte, l'autre aphasique, ce qui fera s'interroger le futur romancier sur le rôle trouble du préfet Papon qui a ordonné de réprimer cette manifestation[2].

Après le divorce de ses parents, Didier va vivre avec sa mère à Aubervilliers où il adhère aux Jeunesses communistes en 1963. Orienté dans le lycée technique Le-Corbusier, il abandonne ses études à seize ans[2]. Il est tout d'abord ouvrier imprimeur à partir de 1966, pendant douze ans (montant notamment une section CGT dans l'entreprise Johnson)[3], puis animateur culturel et enfin journaliste localier qui lui fait découvrir le fait divers dans lequel il peut puiser sa matière romanesque. C'est au cours d'une période de chômage qu'il écrit en 1977 un premier roman, Mort au premier tour, où l'on voit apparaître le personnage névrosé de l'inspecteur Cadin. Refusé par dix éditeurs, il est finalement publié en 1982 par les Éditions du Masque mais passe complètement inaperçu[4]. Le second, Meurtres pour mémoire (1984) qui, bien avant le procès Papon, plaçant doublement sous les feux de la rampe la dérive sanglante de la manifestation FLN du 17 octobre 1961 et la collaboration en 1940[5] est en revanche bien accueilli. Cet ouvrage publié dans la Série noire lui ouvre les portes de la notoriété[6].

Suivent la même année le Géant inachevé, toujours avec Cadin, dans lequel il s'attaque à la corruption du milieu politique, et Le der des der, dédié à son grand-père anarchiste et déserteur en 1917, où il dénonce la pratique du fusillé pour l'exemple. Dans Lumière noire (1987), où Cadin apparaît peu, il prend pour cible la politique de reconduction par charters des Maliens expulsés hors des frontières.

Au travers de ses nouvelles (En marge, Zapping), il trace une chronique douce-amère du monde contemporain, « un regard de localier » plus habitué des événements qui ne font pas la une des journaux, mais remplissent les colonnes de faits divers, quand ils ne passent pas complètement inaperçus (Yvonne, la madone de la Plaine).

Déçu par le militantisme politique, il quitte le PC en 1981 et se reporte sur les mouvements antiracistes comme Ras l'Front[7].

Avec Le chat de Tigali (1988) il publie son premier livre pour la jeunesse, une histoire dénonçant le racisme.

Dans La mort n’oublie personne (1988), considéré comme son ouvrage le plus abouti, il s'éloigne du roman policier et raconte l'histoire tragique d'un jeune résistant condamné pour meurtre après la guerre. En 1990, Cadin est à bout de souffle et il se suicide dans Le Facteur fatal qui retrace le parcours de l'inspecteur de Strasbourg en 1977 à Aubervilliers en 1989 jusqu'au moment de la chute du mur de Berlin en 1989.

Le prix Paul Féval de Littérature populaire lui est attribué en 1994 pour l'ensemble de son œuvre. Ses romans sont aujourd'hui traduits dans une vingtaine de langues.

Avec Cannibale (1998), il réveille le souvenir des « zoos humains » de la IIIe République, en racontant l'histoire des Kanaks exposés comme des animaux dans un zoo lors de l'exposition coloniale de 1931. Il dit s'être intéressé à la Nouvelle-Calédonie à la mort du dirigeant indépendantiste Éloi Machoro. Il revient sur ce thème avec Le Retour d'Ataï (2002) qui évoque la revendication du peuple kanak de voir revenir au pays la tête du grand chef Ataï.

Polémiques[modifier | modifier le code]

Convaincu qu'en oubliant le passé, on se condamne à le revivre, Didier Daeninckx s'attache au problème de la mémoire historique en dénonçant avec obstination ce qu'il considère comme relevant du négationnisme. Il a poursuivi cette démarche hors de ses romans notamment dans le cadre d'Amnistia.net, un site internet « d'information et d'enquêtes » aujourd'hui disparu, animé par d'anciens membres italiens des Brigades rouges, et dont il a été l'un des principaux rédacteurs[8],[9].

Il est ainsi au centre d'une polémique en 1997 à la suite de la parution du Goût de la vérité qui répond à un ouvrage de Gilles Perrault, Le Goût du secret. Daeninckx reproche dans ce texte à Gilles Perrault qui a été parachutiste en Algérie de faire l'apologie du colonialisme, avant d'évoluer vers un engagement politique de gauche. Il accuse Perrault d'être manipulé par la DST et les intégristes musulmans. Cette polémique est liée aussi aux litiges au sein de l'association Ras l'Front, à laquelle appartenait Daeninckx, qu'il a quittée depuis, et dont Gilles Perrault fut porte-parole.

Attaqué en justice par Vladimir Jirinovski à la suite du livre qu'il a publié en collaboration avec Pierre Drachline, Didier Daeninckx a fait débouter l'homme politique nationaliste russe.

De même, Didier Daeninckx a fait condamner pour diffamation le militant négationniste Serge Thion.

Serge Quadruppani se plaint de l'acharnement de Didier Daeninckx qui l'accuse de négationnisme, ainsi que des pressions qu'il exercerait pour lui interdire toute tribune médiatique et tout festival (cf. liens externes).

Patrick Besson, plusieurs fois attaqué par Daeninckx, a publié un roman traçant le portrait d'un délateur compulsif sous le titre transparent de Didier dénonce (éditions Gérard de Villiers, 1997).

En juin 2001, un colloque auquel participait Didier Daeninckx a été interrompu avec virulence par un groupe de personnes militants gauchistes et de gauche, dont plusieurs écrivains (Gérard Delteil, Thierry Jonquet, Maurice Rajsfus, Jean-Pierre Bastid, etc.). Lors d'un festival du roman noir à Paris d'autres écrivains (Jean-Bernard Pouy, Frédéric H. Fajardie, Jean-Jacques Reboux, Roger Martin, Jean-Hugues Oppel, Dominique Manotti, Daniel Prévost, etc.) lui ont au contraire manifesté leur solidarité personnelle en cette occasion[10].

Avec le maire Jacques Salvator et le député Daniel Goldberg à la commémoration du 17 octobre 1961.

À la suite des incidents de la Bastille, Daeninckx a accusé Gérard Delteil d'avoir triché pour obtenir le prix du Quai des Orfèvres, dix ans auparavant. Delteil a engagé un procès en diffamation contre Daeninckx qui a été condamné en première instance par la 17e Chambre correctionnelle du Tribunal de Paris et en appel. Jugement confirmé en appel.

En juillet 2001, le journal Politis, titre sur « L'affaire Daeninckx » en accusant l'écrivain de procédés staliniens et dénonce « le délire d’un écrivain qui organise des procès de Moscou à Paris », ce qui lui a valu un droit de réponse publié en octobre.

Il parraine le Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale d'Arras.

Guy Dardel a consacré un livre à Didier Daeninckx, Le Martyr imaginaire (2005). L'écrivain se sentant diffamé a engagé une procédure judiciaire contre Guy Dardel et a été débouté en première instance et en appel.

Didier Daeninckx, ex-adhérent, puis compagnon de route du Parti communiste, a soutenu lors des élections municipales de mars 2008 la liste socialiste de Jacques Salvator à Aubervilliers contre la liste communiste. Il s'en explique en soulignant que sur cette liste figurait le communiste orthodoxe Jean-Jacques Karman, ainsi que des amis du chercheur Claude Karnoouh pour qui « les chambres à gaz n'ont pas existé » (Le Monde, 30 juin 1981). Aux élections européennes, il a en revanche soutenu publiquement la liste du Front de Gauche de Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Prix de la Presse des jeunes, du Salon du livre et de la presse jeunesse et du Syndicat de la presse des jeunes, Salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil, 2009
  • 2009 : Nos ancêtres les Pygmées, dessins de Jacques Ferrandez, (Rue du Monde)- (ISBN 2355040796) ;
  • 2009 : La Rumeur d'Aubervilliers[13], (Le Temps des Noyaux) ;
  • 2009 : L'Affranchie du périphérique, Éditions de l'Atelier - (ISBN 2708240676) ;
  • 2009 : Debussy, éditions BD-Musik, dessins de Joe Pinelli - (ISBN 978-2-84907-381-0)
  • 2010 : Rue des Degrés - édition Verdier - (ISBN 978-2-86432-602-1) ;
  • 2010 : Galadio - édition Gallimard - (ISBN 978-2-07-012953-9) ;
  • 2010 : Le maître est un clandestin, dessins de Jacques Ferrandez, édition Rue du Monde - (ISBN 9782355041181) ;
  • 2010 : Dernière station avant l'autoroute adaptation du livre de Hugues Pagan, dessins de Mako, éditions Casterman-Rivages noirs / Prix Polar 2010 du Meilleur One Shot décerné au Festival Polar de Cognac / 15/10/2010 ;
  • 2010 : Avec le groupe Manouchian : Les étrangers dans la Résistance - éditions Oskar - (ISBN 978-2350005874) ;
  • 2010 : Gens du rail, photos de Georges Bartoli, éditions Privat - (ISBN 978-2708917613).
  • 2010 : Mémoire noire - éditions Gallimard, collection Omnibus - intégrale des romans avec l'inspecteur Cadin.
  • 2011 : Texas Exil, dessins de Mako, EP éditions
  • 2011 : À louer sans commission, Mauvais Genres
  • 2011 : Octobre noir, dessins de Mako, préface de Benjamin Stora, Ad Libris éditions
  • 2011 : Bagnoles, tires et caisses, Jérôme Millon éditeur
  • 2011 : Weepers Circus, N'importe où, hors du monde (2011). Il s'agit d'un livre-disque dans lequel participe une quarantaine d'invités aux titres d'auteurs ou d'interprètes: Didier Daeninckx y signe un texte inédit (non mis en musique) consacré à sa propre interprétation de ce titre énigmatique de "N'importe où, hors du monde".
  • 2012 : La Prisonnière du djebel, éditions Oskar - (ISBN 978-2-357-54086-6)
  • 2012 : L'Espoir en contrebande, Le Cherche midi - (ISBN 978-2-7491-2431-5)
  • 2012 : Le Banquet des affamés, éditions Gallimard - (ISBN 978-2-07-013787-9)
  • 2012 : Louise du temps des cerises, dessins de Mako, Rue du Monde - (ISBN 978-2-35504-216-4)
  • 2012 : Les négatifs de la Canebière, illustrations Loustal, Le Monde éditions
  • 2013 : Têtes de Maures, L'Archipel (ISBN 978-2-8098-1038-7)
  • Prix Polar du Parisien 2013
  • 2013 : La Différence, dessins de Mako, Casterman
  • 2013 : La Main rouge, dessins de Mako, postace de Pascal Blanchard, Ad Libris éditions
  • 2013 : Une oasis dans la ville, Larousse
  • 2013 : Voiles de mort, illustrations de Loustal, Le Monde éditions
  • 2013 : Mortel smartphone, Oskar éditions
  • 2013 : La Sueur d'une vie, dans le recueil Femmes en colère, IN8, collection Polaroïd
  • 2013 : La pub est déclarée, éditions Hoebeke
  • 2014 : La grande échappée, Ska éditions
  • 2014 : Le tableau papou de Port-Vila, illustrations de Joe G. Pinelli, Le Cherche midi
  • 2014 : L'esclave du lagon, éditions Larousse
  • 2014 : La chute d'un ange, dessins de Mako, Casterman
  • 2014 : 80' Le grand mix, photographies de Pierre Terrasson, éditions Hugo-Desinge
  • 2014 : Retour à Béziers, éditions Verdier
    • Prix du livre numérique 2014

Bibliographie critique[modifier | modifier le code]

  • Gianfranco Rubino, Lire Didier Daeninckx, Paris : Armand Colin, coll. Lire et comprendre, 192 p., 2009, (ISBN 978-2-200-24328-9) ;
  • Thierry Maricourt, Daeninckx par Daeninckx, Paris, Le Cherche Midi, 310 p., 2009, (ISBN 978-2749110967) ;
  • Dominique Jeannerod, « Mort du détective et fin de l’Histoire chez Didier Daeninckx », Australian Journal of French Studies, XLIV, 1, 2007, 32-43 ;
  • Josiane Peltier, « Didier Daeninckx and Michel de Certeau : a historiography of affects », Mullen, Anne, O'Byrne, Emer, Crime scenes, detective narratives in European Culture since 1945, Atlanta, Rodopi, 2000, 268-77 ;
  • Revue Hopala no 40 (septembre 2012) : la rubrique artiste invité est consacrée à Emmanuel Reuzé et à Didier Daeninckx. Pascal Rannou analyse le travail qui conduit « De Daeninckx à Reuzé » et mène avec Daeninckx une interview intitulée « Le travail sur le réel peut provoquer des réponses » (p. 41-46).

Filmographie[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Scénarios[modifier | modifier le code]

Présentations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Didier Daeninckx, Didier Collobert, Les baraques du globe, Terre de brume,‎ 2008, p. 11
  2. a et b Didier Daeninckx se met à table, « Marty Laforest », Nuit blanche, le magazine du livre, no 35,‎ 1989, p. 52-55
  3. Thierry Maricourt, Didier Daeninckx, Daeninckx par Daeninckx, Le Cherche Midi, 2011, 191 p. (ISBN 978-2749124858) [EPUB] emplacement 535 et suiv. sur 3756.
  4. Gianfranco Rubino, Lire Didier Daeninckx, Armand Colin,‎ 2009, p. 17
  5. « Il ranime les crimes de la collaboration, bavures policières et politiques notamment dans Meurtres pour mémoire (Gallimard, 1996) qui raconte le massacre de Français musulmans en octobre 1961 par la police française », Didier Daeninckx, franceinter.fr.
  6. « Aubervilliers mon amour », Nouvel Observateur,‎ 30 octobre 2008 (consulté le 31 octobre 2008)
  7. Nadège Compard, Immigrés et romans noirs (1950-2000), Harmattan,‎ 2010, p. 18
  8. Guy Dardel, Le martyr imaginaire, Éditions No Pasaran, 2005, page 74
  9. Corse: l'auto d'un reporter plastiquée, Le Figaro, 26 août 2009
  10. « Série noire chez les auteurs de polars », Jacques Moran, L'Humanité, 5 juillet 2001.
  11. « Mort au premier tour », sur Lecture/écriture (consulté le 16 janvier 2010)
  12. « La repentie », sur éditions Verdier (consulté le 16 janvier 2010)
  13. a et b « Cités perdues », sur Éditions Verdier (consulté le 16 janvier 2010)
  14. Didier Daeninckx, besogneux Goncourt de la nouvelle, Baptiste Liger L'Express, publié le 11 mai 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]

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