Dicta Boelcke

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Le Dicta Boelcke est une liste de 8 règles fondamentales applicables en combat aérien, formulé par Oswald Boelcke durant la Première Guerre mondiale[1]:

Donnez-vous l’avantage avant d’attaquer et gardez si possible le soleil derrière vous[modifier | modifier le code]

Les "avantages" en combat aérien incluent (et/ou) : la vitesse, l'altitude, la surprise, les performances de l'appareil, la supériorité numérique.

La vitesse 
La vitesse est un facteur critique. Le pilote ayant la plus grande vitesse a le contrôle du combat. Il a le choix de cesser le combat et partir quand il veut . Le pilote ayant la plus faible vitesse est obligé de rester sur la défensive. Il ne peut cesser le combat sans risques. Un appareil rapide permet d'effectuer des manœuvres évasives et d'attaques plus élaborées, donnant ainsi à son pilote plus d'options. Un appareil proche de sa vitesse de décrochage ne peut guère faire plus qu'une ligne plus ou moins droite.

La vitesse des avions de 1914 et 1915, en moyenne 150 km/h, permettait juste de les faire décoller sans plus de fantaisie. La vitesse en vol horizontal était correcte mais l'ascension en altitude prenait plusieurs minute en divisant la vitesse de pointe par deux. Mettre son appareil en piqué permettait alors de récupérer près de 1 fois et demie sa vitesse de pointe. À partir de 1916, les progrès techniques firent que les avions de combat purent commencer à dépasser régulièrement les 200 km/h.

L'altitude 
Voler au-dessus de son adversaire permet au pilote de contrôler quand et où aura lieu l'affrontement. Il peut ainsi plonger vers son opposant, tirer avantage de sa vitesse de piqué et faire une passe de type Hit and Run. Si son adversaire possède plus "d'avantages" , le pilote peut alors rompre le combat en gardant une bonne longueur d'avance.

Au moment de la Première Guerre mondiale, les avions avaient un taux de montée très faible, et l'altitude, et l'énergie potentielle, ainsi durement gagnée devait être utilisée avec stratégie.

La surprise
être le premier à tirer avant que son adversaire puisse riposter est la plus sure et la plus efficace des méthodes d'attaque. De très nombreuses victoires en combat aérien furent obtenues durant la première passe d'attaque. À une époque où il n'existait pas de radar, un pilote pouvait surprendre son adversaire en se camouflant dans les nuages, la brume, en utilisant les angles morts de l'ennemi ou l'éblouissement provoqué par le soleil.
Les performances
Connaitre les forces, les faiblesses et les capacités de son appareil et celui de son ennemi est essentiel. Qui est le plus rapide, qui peut virer plus court, combien sont-ils… sont des questions essentielles que le pilote doit se poser avant toute chose. Un des élèves de Boelcke, Manfred von Richthofen, aussi connu sous le nom de Baron rouge devient le plus grand As de la première Guerre mondiale en appliquant ces règles (80 victoires homologuées).

Un exemple documenté permet de mettre en lumière l'efficacité des règles de Boelcke : Le 17 septembre 1916 au sud de Cambrai, Boelcke et son escadrille de chasse Jasta 2 croisèrent une formation de bombardier et de chasseurs ennemis au-dessus de leurs lignes. Boelcke choisit de ne pas foncer dans le tas, prit de l'altitude et se plaça entre le Soleil et la formation ennemi. L'escadrille allemande cercla au-dessus des ennemis et patienta pour attaquer au moment opportun. Au moment où les pilotes des bombardiers, leurs observateurs et les chasseurs d'escorte étaient plus préoccupés par les effets de leur bombardement que par surveiller les alentours, Boelcke donna le signal de l'attaque à sa Jasta. Bilan : de nombreux avions ennemis abattus contre aucune perte allemande. À noter que von Richthofen obtint sa première victoire homologuée durant cette attaque (F.E.2b du no 11 Squadron RFC) .

N’interrompez jamais une attaque en cours.[modifier | modifier le code]

Les pilotes novices sont prompts au combat mais la peur peut les pousser à rompre le combat et battre en retraite. Le résultat inévitable en combat aérien est que le chasseur devint la proie : l'ennemi se plaçant facilement dans les 6 heures du fuyard, celui-ci devint une cible facile . Boelcke apprit qu'il valait mieux rester au contact et attendre que son adversaire commette une erreur ou batte en retraite que rompre le combat. La fuite annule donc tous les avantages initiaux du pilote.

Le 23 novembre 1916 au-dessus de Ligny-Thilloy, Manfred von Richthofen affronte en combat tournoyant l'As anglais Lanoe Hawker chacun essayant de se placer derrière son adversaire. Comme les deux pilotes appliquent la règle 2 de Boelcke à la lettre, ils cerclèrent sans fin, ne voulant pas céder le premier et finissent par arriver près du sol et des lignes allemandes. Hawker, à court de carburant, dut choisir entre atterrir et se faire capturer ou fuir. Choisissant la fuite, von Richthofen put passer derrière lui et l'abattre, obtenant sa 11e victoire confirmée.

Tirez seulement quand vous vous trouvez près de l’adversaire et quand il est clairement en vue.[modifier | modifier le code]

L'erreur courante du pilote débutant sera de commencer à tirer dès qu'un avion ennemi est en vue. Un tir effectué à une distance de 1 000 m aura peu de chances d'atteindre sa cible. De plus l'éclair et le bruit de la mitrailleuse alertera le pilote ennemi qui aura le temps de mettre en place sa riposte.

Les mitrailleuses équipant les avions de chasse de la Première guerre mondiale n'étaient pas réputées pour être précise à longue portée. En ajoutant le fait que le pilote devait ajuster une cible mouvante, que lui-même était en mouvement et que la mitrailleuse de capot avait tendance à bouger lors des tirs, c'était un miracle quand quelqu'un arrivait à toucher quelque chose. Boelcke préférait donc s'approcher à 100 m ou moins avant d'ouvrir le feu. Sachant que lorsque le bruit de son arme était entendu, il n'y avait plus d'effet de surprise, il valait mieux que les premiers tirs soient les plus efficaces.

Un autre aspect à ne pas négliger pour expliquer que chaque tir compte est le nombre limité de munitions qu'un appareil de l'époque pouvait embarquer, à savoir une centaine de balles (plus ou moins 60 s de tir soutenu). Recharger son arme en vol était dangereux voire impossible. Tirer au jugé n'étant pas une option viable, chaque tir devait être fait avec attention. Au début de la Guerre, lorsqu'un certain esprit chevaleresque régnait encore, il n'était pas rare que des pilotes laissent leurs adversaires à court de munitions partir . Cependant, avec la Guerre Totale, ce genre de courtoisie ne dura pas longtemps.

Surveillez toujours l’adversaire et ne vous laissez jamais duper par ses ruses.[modifier | modifier le code]

Le fait de toujours surveiller son adversaire peut paraitre une évidence mais doit être rappelé. Dans un combat aérien se déroulant en 3 dimensions, il est assez facile de perdre de vue son adversaire. Une reformulation de cette règle pourrait être : "ne présumez jamais que vous savez où est ou sera votre adversaire". Si un pilote perd son adversaire, c'est l'adversaire qui a l'avantage.

Un pilote victorieux ne se laisse jamais distraire par son adversaire. Une ruse courante consistait à faire croire à son adversaire que l'on avait été touché en faisant partir son avion dans une vrille incontrôlée, du moins en apparence, avant de repartir afin de se sortir d'une situation délicate. Cette pratique se basait sur le fait qu'à l'époque, il n'était pas chevaleresque ou fair-play, de continuer à tirer sur un adversaire en perdition. Boelcke reconnut par la suite que trop d'adversaires purent s'en sortir et revenir combattre par le biais de cette ruse. Mais faire la Guerre pour son pays n'est pas un sport. Boelcke alla donc contre le principe de l'époque qui voulait que l'on passe à autre chose quand l'avion ennemi partait en vrille. S'il s'agissait d'une ruse le pilote ennemi pouvait, en se rétablissant au dernier moment, s'enfuir ou revenir à l'attaque, et même gagner avec l'avantage de la surprise. Boelcke voulait que ses élèves suivent leur adversaire jusqu'au bout en s'assurant qu'il était bien hors d'état de combattre ou de finir le travail le cas échéant.

Quelle que soit l’attaque, il est important de surprendre l’adversaire par derrière.[modifier | modifier le code]

Faire feu sur un avion qui croise sa trajectoire nécessite une certaine technique, car il faut compenser la vitesse de sa cible mouvante en tirant en avant de sa position. Même si de nombreux pilotes sont capables de faire le calcul mental nécessaire pour ajuster leur tir, la plupart ne s'aventurent à cela en combat. Prendre en compte la vitesse de sa cible, sa propre vitesse, la balistique de ses munitions ainsi que les calculs de trajectoires en plein milieu d'un combat aérien peuvent être fastidieux voire mortels.

Positionner son attaque de face et par derrière nécessite peu ou pas de calculs de correction de tir. À rappeler qu'attaquer son adversaire de face, expose son propre appareil aux mitrailleuses ennemis. Il est donc plus sur et plus efficace de surprendre son ennemi par derrière.

Pour contrer cette tactique, les bombardiers et biplaces mirent en place des armements défensifs tirant vers l'arrière.

Quand l’adversaire pique vers vous, n’essayez pas de l’éviter mais volez dans sa direction.[modifier | modifier le code]

La réaction instinctive des pilotes novices face à un adversaire qui fond sur eux, est de virer pour fuir. Cette action n'a pour résultat que d'exposer la partie arrière de son appareil avec les conséquences décrites dans la règle précédente. Boelcke explique qu'un pilote doit maitriser son instinct. La seule solution face à une attaque est de faire face à son ennemi. Au mieux l'attaquant est ainsi forcé de passer sur la défensive, au pire la situation reste incertaine mais cela est toujours mieux que de présenter ses 6 heures .

Même si la montée pour répondre à cette attaque engendre une perte de vitesse, il est préférable de maintenir cette contre attaque car cela permet de riposter et de réduire le laps de temps au l'ennemi peut faire feu (en raison de l'augmentation de la vitesse relative entre les deux appareils). Pour finir, si aucun des deux appareils n'est abattu après cette passe frontale, l'attaquant est obligé de manœuvrer pour sortir de son piqué tandis que le défenseur est en position favorable pour faire le tour et contre attaquer.

Quand vous volez au-dessus des lignes ennemies, n’oubliez jamais votre itinéraire de repli.[modifier | modifier le code]

Si un pilote choisit de fuir face à un ennemi supérieur en nombre ou doit rentrer avec un appareil endommagé, il est essentiel de ne pas perdre son temps à trouver la bonne direction. Même si cela peut sembler une lapalissade, Boelcke trouvait nécessaire de l'inclure. De nombreux pilotes à l'époque furent abattus derrière les lignes ennemies parce qu'ils s'étaient trompé de direction. C'est le non suivi de cette règle qui fut fatal à Von Richthofen le 21 avril 1918. Durant la première Guerre mondiale, la navigation aérienne était exclusivement basée sur l'observation de repères au sol. Ainsi, prendre des points de repères régulier permettait au pilote de se repérer rapidement, faisait ainsi la différence entre sécurité et captivité.

Pour les escadrilles : agissez toujours par groupes de quatre ou six. Quand le combat s’éparpille, évitez que plusieurs avions attaquent un seul adversaire.[modifier | modifier le code]

Au début de la Première Guerre mondiale, les combats aériens étaient plutôt des duels . Les premiers As, comme Adolphe Pegoud, Roland Garros, Oswald Boelcke, ou Max Immelmann faisaient des sorties de combat uniquement en solo. Au fur et à mesure de l'avancée de la Guerre, le nombre de machine occupant l'espace aérien s'accentua. Les appareils de reconnaissance sortaient en formation pour s'assurer d'une protection mutuelle ou étaient escortés par des chasseurs. Boelcke reconnu que l'ère du chasseur solitaire était révolue. Ceux qui ne s'adaptaient pas étaient voués à faire face à trop d'ennemi en même temps. Boelcke enseigna à ses élèves, la nécessité de travailler en équipe et n'hésitait pas à réprimander celui qui agissait trop indépendamment. Attaquer en équipe permettait au leader de se concentrer sur sa cible, tandis que ses ailiers assuraient sa protection.

Les batailles aériennes vers la fin de la Guerre virent s'affronter en même temps plusieurs dizaines d'appareils. Lorsque votre côté était désavantagé sur le plan numérique, il était alors important de ne pas choisir la même cible qu'un coéquipier. Dans un premier temps, il est impossible à deux appareils de faire feu en même temps en poursuivant la même cible et dans un second temps, cela laisse une opportunité à un adversaire de se glisser derrière.

C'est ainsi que la tactique leader-ailier est devenue une des clés de succès et de la survie dans les combats aérien.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dave English, The Air Up There,‎ 2003, 62 p. (ISBN 0-07-141036-8)