Diasystème roman de l'Est

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Le diasystème roman de l'Est (aussi appelé ensemble roman oriental) est la branche orientale des langues romanes qui comprend pour l’essentiel les quatre langues romanes orientales : d’une part le daco-roumain (officiellement appelé roumain de Roumanie et « moldave » en Moldavie) et l’istro-roumain (ou « istrien » ou « čičien ») au nord, d’autre part l’aroumain (ou « macédo-roumain », « valaque » ou « zinzare ») et le mégléno-roumain (ou « méglénite ») au sud. Les linguistes y incluent aussi le lexique latin présent en albanais et en grec. Certains linguistes roumains (notamment du XIXe et du XXe siècle, comme Alexandru Rosetti[1]) appellent « roumain » l’ensemble du diasystème roman de l'Est et considèrent le daco-roumain, l’istro-roumain, l’aroumain et le mégléno-roumain comme des dialectes d’une langue unique, mais d'autres, comme Alexandru Graur ou Ion Coteanu, les considèrent comme des langues autonomes : voir article "Roumain". Tous cependant s’accordent sur le fait que le diasystème roman de l’Est résulte de la division, entre le Xe et le XIIIe siècle, d’une langue commune initiale appelée « « roumain commun » ou « proto-roumain », issue de la romanisation des Thraces qui a produit le « roman oriental » parlé par les romanophones des Balkans, dont la présence au VIe siècle est mentionnée par les chroniqueurs Théophane le Confesseur et Théophylacte Simocatta.

Carte des langues romanes orientales.
L'évolution des langues romanes orientales avec les trois phases de la formation, de la dispersion et de la séparation.
Parmi les Valaques du bas-Danube et des Balkans (diasystème roman de l'Est), les linguistes reconnaissent une zone de rencontre inter-linguistique (transhumance) en gris, le daco-roumain en blanc, l’aroumain en jaune, le mégléno-roumain en orange et l’istro-roumain en vert-jaune; certains y comptent aussi le dalmate en bleu-vert (disparu).
Les diocèses romains de Dacie et de Thrace au VIe siècle.
La Ligne Jireček (du nom de Konstantin Jireček qui l'a déterminée) montre les zones de romanisation (au nord) et d'hellénisation (au sud) des Thraces : les Thraces du sud étaient hellénisés et non romanisés
La place des langues romanes orientales parmi les langues romanes, et les influences subies.

Le daco-roumain est à son tour divisé en deux groupes régionaux, du Nord (banatéen, transylvain, maramuréchois et moldave) et du Sud (olténien, munténien, et dicien de Dobrogée[2]).

Les locuteurs des langues romanes orientales se désignent par diverses variantes de l’endonyme « român », mais les étrangers les désignent traditionnellement par la dénomination de « Valaques » et leurs territoires ou pays sont appelés des « Valachies »[3].

Origines[modifier | modifier le code]

Les origines des langues romanes orientales sont discutées, parfois pour des raisons scientifiques, le plus souvent pour des raisons politiques, car les états actuels sur les territoires desquels ces langues ont évolué, tentent de s’approprier le passé en y projetant les nations modernes (comme si elles s’étaient constituées dès l'Antiquité tardive ou le haut Moyen Âge) et leur historiographie minimise ou occulte les apports qu'ils perçoivent comme exogènes (et qui leur semblent risquer de légitimer des revendications territoriales de leurs voisins : voir les notes et la bibliographie des articles Thraco-Romains, Proto-roumain, Origine des roumanophones, Romanies populaires et Valaques).

Les ouvrages historiques actuels tendent à ignorer l'existence des langues romanes orientales entre la fin de l'Empire romain et l'émergence des principautés médiévales de Moldavie et Valachie (soit pendant plus d'un millénaire), ce qui a fait dire à l'historien Neagu Djuvara, dans un entretien de 2008 : « Les arguments des thèses antagonistes peuvent tous être contestés, mais ils ont le mérite d'exister, tandis qu'aucun fait archéologique et aucune source écrite n'étaye l'hypothèse d'une disparition pure et simple des langues romanes orientales pendant mille ans... »[4].

Comme pour d'autres langues des Balkans et d'Europe orientale, l'essentiel de la controverse porte sur la notion de « droite ligne » : l'albanais descend-il en « droite ligne » de l'illyrien[5] ? Le roumain descend-il en « droite ligne » du dace romanisé ? Quelle est la part du superstrat slave dans les langues romanes orientales et en albanais, et du substrat partiellement ou entièrement romanisé dans les langues slaves des Balkans et en albanais ? Le consensus parmi les linguistes est qu'il n'y a pas de « droite ligne », mais des influences croisées multiples pour toutes les langues des Balkans, qui ont d'ailleurs mené à la constitution d'une « Union linguistique balkanique »[6] caractérisée, au-delà des origines différentes de ces langues, par une même typologie prédominante, avec des traits morphologiques, syntaxiques et lexicaux communs[7].

Selon ces chercheurs, dans les Balkans et au nord du Danube :

  • les lieux ayant conservé leur appellation antique ont évolué selon des lois phonétiques propres aux langues slaves, ce qui conclut à une occupation slave des piémonts et des plaines dans tout cet espace, les Slaves se mélangeant aux ancêtres des albanais et aux Thraco-Romains, et intercalant leurs « sklavinies » entre les « valachies » de ces derniers ;
  • l'albanais et les langues romanes orientales ont emprunté une bonne partie leur vocabulaire maritime et halieutique ancien au grec, ce qui indique que les locuteurs de ces langues vivaient à l'intérieur des terres, les régions côtières des Balkans et de la mer Noire restant à majorité grecque ;
  • les mots communs entre l'albanais et les langues romanes orientales ne proviennent ni du daco-thrace, ni de l'illyrien, langues dont on ne connaît presque rien car elles ont disparu en se romanisant, mais du thraco-roman et de l'illyro-roman qui se sont substituées aux langues antérieures à la manière du gallo-roman remplaçant le celtique en Gaule. Cela montre une implantation albanaise ancienne plus orientale qu'aujourd'hui, et une implantation des langues romanes orientales plus vaste qu'aujourd'hui, le contact entre ces deux ensembles se situant dans le Kosovo et la Serbie actuelle.

En conclusion, l'origine des langues romanes orientales est à rechercher :

  • sur le plan paléolinguistique, à la croisée des influences latines orientales ayant romanisé les populations thraco-illyriennes des Balkans, et des influences slaves, au contact du proto-albanais ;
  • sur le plan géographique, dans le bassin du bas-Danube, au contact à la fois des ancêtres des Albanais et des Slaves, dans une aire géographique à cheval sur les actuelles Serbie, Roumanie et Bulgarie, forcément au nord de la Ligne Jireček et au sud des anciennes frontières de l'Empire romain. L'étendue exacte de cette aire géographique ne pouvant être déterminée, et la probabilité qu'elle ait largement fluctué au cours du temps étant évidente, les historiens la représentent (quand ils ne l'ignorent pas) de manière très différente : les historiens des pays voisins de la Roumanie, mais aussi les historiens occidentaux et russes (Hans-Erich Stier, Westermann grosser atlas zur Weltgeschichte[8]) la réduisent à de tout petits territoires, soit en Serbie méridionale, soit au centre de la Valachie, soit dans le sud de la Transylvanie ; les historiens roumains lui donnent davantage d'étendue (mais surtout dans l'actuelle Roumanie), tandis que ceux d'origine aroumaine comme Neagu Djuvara dans Comment est né le peuple roumain[9] la placent, sans en préciser les contours, à cheval sur le Danube, en Dacie méridionale et dans les diocèses romains de Dacie et de Thrace. C'est ultérieurement (à partir du Xe siècle) que le proto-roumain a commencé à se différencier, les parlers du nord subissant une influence hongroise et germanique médiévale, tandis que les parlers du sud subissaient une influence grecque médiévale.

Traits communs des langages du diasystème roman de l'Est[modifier | modifier le code]

Les ressemblances entre les langages du diasystème roman de l'Est consistent tout d’abord dans la profondeur des changements phonétiques qui s’y sont opérés par rapport au latin, puis dans leur structure grammaticale, enfin dans leur lexique fondamental.

Il y a non seulement des traits communs hérités du latin, mais aussi des innovations communes, datant de la période du proto-roumain et même ultérieures, parallèles, par exemple la désinence -m de la première personne du singulier de l’imparfait, ou la palatalisation des labiales.

Il y a davantage de ressemblances entre les trois langages sud-danubiens qu’entre ceux-ci et le daco-roumain. Parmi les parlers traditionnels de ce dernier, ceux de l’Ouest (banatéen, olténien) ressemblent davantage aux langages sud-danubiens que les autres.

Phonologie[modifier | modifier le code]

Évolution des voyelles[modifier | modifier le code]

L’ordre des langues dans les exemples est : latin | roumain | aroumain | mégléno-roumain | istro-roumain | français.

  • [u] et [uː][10] → [u] :
MUSCA > muscă muscã[11] muscă musche ’mouche’
  • confusion entre [i] et [e:][12] → [e] :
LIGŌ > leg leg leg leg ’je lie’
TRĒS > trei trei trei trei ’trois’
MEDIUM > miez ńedzu [nʲedzu] (m)ńez mež ’noyau, intérieur’
FERVEŌ > fierb hierbu ierb - ’je fais cuire’ (à l’eau)
  • diphtongaison de [e] tonique → ea ou [e] → [ε] sous l’influence d’un [a] qui suit :
LIGAT > leagă leagã leagă leghe ’il/elle lie’
  • diphtongaison de [o] tonique → oa ou [o] → [ɔ] :
NOCTEM > noapte noapte noapti nopte ’nuit’
  • fermeture des voyelles suivies de [n] intervocalique :
[a] → [ə], [ɨ] ou [ɔ] LĀNA > lână lînă lǫnă lărę ’laine’
[e] → [i] VENIT > vine vini vini vire ’il/elle vient’
[o] → [u] BONUS > bun bun bun bur ’bon’
  • fermeture des voyelles prétoniques[13] :
[a] → [ə] BARBĀTUS > bărbat bãrbat bărbat bărbǫt ’homme’ (mâle)
[o] → [u] DOMINICA > duminică duminicã duminică dumireche ’dimanche’
  • fermeture des voyelles atones finales :
[a] → [ə] ou [ε] CASA > casă casã casă cǫse ’maison’
[o] → [u] AFFLŌ > aflu aflu aflu oflu ’j’apprends’ (une nouvelle)
  • [i] atone final → [j][14] ou disparition de celui-ci :
LUPĪ > lupi [lupʲ] lup lup lup ’loups’
  • disparition de [u] atone final :
LUPUS > lup lup lup lup ’loup’

Évolution des consonnes[modifier | modifier le code]

[k] FOCUS > foc foc foc foc ’feu’
[p] CAPU(T) > cap capu cap, cǫp cǫp ’tête’
[t] TOTUS > tot tot tot tot ’tout’
  • conservation de [s] intervocalique :
CASA > casă casã casă cǫse ’maison’
  • disparition de [b] et de [v] intervocaliques :
CABALLUS > cal cal cał co ’cheval’
OVIS > oaie oae oaiă oie ’mouton’
    • exception commune :
HABĒRE > avere aveare veari (a)ve ’avoir’
MOLA > moară moarã moară more ’moulin’
  • évolution de /ll/ intervocalique:
/ll/ → [w] ou [v] STĒLLA > stea(uă) steao steuă stęwu ’étoile’
/ll/ → [l] CALLIS > cale cale cali cǫle ’voie’
[k] → [ʧ] ou [ʦ] CAELUM > cer ţeru ţer cer ’ciel’
[t] → [ʧ] (istro-roum. → [ʦ]) °FETIOLUS[15] > fecior ficioru fičor feţor ’jeune homme’
[t] + /ia/ ou /iu/ atone → [ʦ] TITIA > ţâţă ţãţã ţǫţă ţiţe ’mamelle’
[g] → [ʤ], [ʣ], ou [z] GENERIS > ginere dzinere ziniri žiner ’gendre’
[d] → [ʤ], [ʒ] ou [z] °DEOSSUM jos (d)gios (an)jos jos ’en bas’
  • évolution de [kʷ] et [gʷ] + [e] ou [i] pareille à celle de [k] et [g] :
[kʷ] + [e] ou [i] → [ʧ] ou [ʦ] CINQUE > cinci ţinţi ţinţ cinc ’cinq’
[gʷ] + [e] ou [i] → [ʤ], [ʣ], ou [z] SANGUEM > sânge sîndze sǫndz sănje ’sang’
  • [kʷ] + [a] → [p] :
AQUA > apă apã apă, apu ape ’eau’
  • [gʷ] + [a] → [b] :
LINGUA > limbă limbã limbă limbę ’langue’
  • conservation des groupes [bl], [pl] et [fl] :
°BLASTEMŌ > blestem blastim blastim bl’astim ’je maudis’
PLĒNUS > plin plin ạmplin pl’ir ’plein’
FLŌRE > floare floare floari - ’fleur’
  • palatalisation de [l] dans les groupes [kl] et [gl] → [kʎ] et [gʎ], sa disparition en roumain :
CLĀMŌ > chem (a)cl’em cl’em cl’em j’appelle
°INGLUTTŌ > înghit (î)ngl’it (ă)ngl’it - ’j’avale’
  • [gn] → [mn]:
LIGNUM > lemn lemnu lemu lęmnę ’bois’ (le matériau)
  • [ks] → [ps]:
COXA > coapsă coapsã - - ’cuisse’
  • [kt] → [pt]:
LACTEM > lapte lapte lapti lǫpte ’lait’
°CUBIUM > cuib cul’bu cul’b cul’b ’nid’

Accentuation[modifier | modifier le code]

L’accent est libre, ayant une valeur phonologique : cântă ['kɨntə] ’il/elle chante’ vs. [kɨn'tə] ’il/elle chanta’.

Morphologie[modifier | modifier le code]

  • conservation du genre neutre, mais réorganisé, devenu au singulier identique au masculin, et au pluriel identique au féminin : un animal, două animale ’un animal, deux animaux’ ;
  • dans la formation du pluriel des noms et des adjectifs, les désinences -e et -le au féminin, -i au masculin, -uri au neutre : case ’maisons’, stele ’étoiles’, lupi ’loups’, locuri ’lieux’ ;
  • conservation de la désinence -e de génitif-datif au féminin singulier et de vocatif au masculin singulier : unei fete ’d’une fille / à une fille’, Hei, băiete ! ’Hé ! Le garçon !’ ;
  • nombreuses alternances phonétiques[16] : băiat ’garçon’, băii ’garçons’ ;
  • article défini postposé et déclinaison des articles : lupul ’le loup’, lupului ’du loup / au loup’, un lup ’un loup’, unui lup ’d’un loup / à un loup ’ ;
  • existence de l’article démonstratif (cel, cea, cei, cele) et de l’article possessif-génitival (al, a, ai, ale) : Alexandru cel Mare ’Alexandre le Grand’, Casa noastră este mică, dar a părinţilor mei este mare. ’Notre maison est petite, mais celle de mes parents est grande.’ ;
  • formation du comparatif avec mai : mai mareplus grand(e)’ ;
  • formation des numéraux cardinaux de 11 à 19 avec spre: doisprezece ’douze’ ;
  • formation des numéraux ordinaux : article possessif-génitival + numéral cardinal avec article défini : al doilea ’le deuxième’ ;
  • déclinaison des pronoms personnels : par exemple, les formes toniques d’accusatif évoluées de *MENE, *TENE : mine ’moi’, tine ’toi’ ;
  • la désinence de féminin-neutre pluriel -le des adjectifs-pronoms possessifs : mele ’mes/miennes’, tale ’tes/tiennes’, sale ’ses/siennes’ ;
  • conservation des quatre conjugaisons du latin : a cânta ’chanter’, a părea ’paraître’, a bate ’battre’, a dormi ’dormir’ ;
  • le subjonctif avec  : Vreau mă asculţi. ’Je veux que tu m’écoutes.’ ;
  • verbes appelés « à suffixe » à l’indicatif présent et au subjonctif présent, 1re et 4e conjugaisons : capturez ’je capture’ (1re conj.), mă căsătoresc ’je me marie’ (4e conj.) ;
  • le passé composé avec l’auxiliaire a avea ’avoir’ pour tous les verbes : am mâncat ’j’ai mangé’, am venit ’je suis venu(e)’ ;
  • le futur avec l’auxiliaire a vrea ’vouloir’ : voi bea ’je boirai’ ;
  • la voix pronominale à valeur passive : Se face uşor. ’Ça se fait facilement.’ ;
  • les formes am ’j’ai’ (1re personne du singulier) et are ’il/elle a’ (3e personne du singulier) du verbe a avea.

Syntaxe[modifier | modifier le code]

  • restriction de l’emploi de l’infinitif et son remplacement par le subjonctif dans les propositions subordonnées ayant le même sujet que la proposition principale : Vreau să plec. ’Je veux partir.’, Am venit ca să rămân. ’Je suis venu(e) pour rester.’ ;
  • possibilité de ne pas exprimer le sujet par un pronom personnel, mais de l’inclure, de l’exprimer par la désinence du verbe : Vorbeşte. ’Il/Elle parle.’ ;
  • expression du même complément d’objet personne par un nom et par le pronom personnel complément d’objet conjoint qui lui correspond : O iubeşte pe Maria. ’Il/Elle aime Marie.’, Îi arată directorului dosarul. ’Il/Elle montre le dossier au directeur.’ ;
  • ordre des mots relativement libre ;
  • concordance des temps relativement libre.

Lexique[modifier | modifier le code]

  • régionalismes ou créations lexicales propres au roumain :
    • ADMINACIAREamenința « menacer », comparable au sicilien amminazzari, espagnol amenazar, portugais ameaçar
    • A(D)STERNEREașterne « étendre » (un tissu sur une surface) : contre STERNEREromanche sterner, piémontais sterni, sarde isterriri
    • COTTIZAREcuteza « oser », comparable à l'albanais guxoj, istriote cutisa, vénitien scotezàr
    • LINGULAlingură « cuiller » : contre LIGULA → espagnol, portugais legra « grattoir, racloir »
    • MIKKÓS (grec sud-italien) → mic « petit », comparable au calabrien miccu, sicilien nicu ;
  • conservatismes :
    • DEXTRAE « serment solennel » → zestre « dot »
    • HAEDUSied « chevreau » (aussi en sarde edu, vieil italien eghio)
    • PLANGEREplânge « pleurer » ; contre le sens populaire de « se plaindre », cf. dalmate plungre, italien piangere, espagnol plañir
    • TRAICEREtrece « traverser » (aussi en provençal tragir « marcher péniblement, traîner », vaudois treize) ;
  • glissements de sens :
    • propres au roumain : ANIMA « âme » → inimă « cœur », APPREHENDERE « saisir » → aprinde « prendre feu, mettre le feu », ARBORE « arbre » → mégléno-roumain arbur « chêne », MARIS « mâle » → mare « grand », MINOR « menacer » → mâna « aiguillonner », PAVIMENTUM « plancher battu » → pămînt « monde », RECENS « récent » → rece « froid », TENER « tendre » → tânăr « jeune » ;
    • propres au roumain et à l'albanais : CONVENTUS « accord, séance » → alb. kuvend « discours », roum. cuvânt « mot », CUNEUS « coin » → alb. kunj « piquet », roum. cui « clou », FALCEM « faux » → alb. fëlqinjë, roum. falcă « mâchoire », HORRERE « être terrifié » → alb. urrej, roum. urî « détester », PALUDEM « marais » → alb. pyll, roum. pădure « forêt », SKLÁBOS (grec) « Slave » → alb. guègue shqah, shkja, roum. șchiau « Bulgare », SESSUM « assise » → alb. shesh « place (d'une ville) », roum. șes « basse terre »
  • mots et morphèmes lexicaux d’origine albanaise :
    • abur « vapeur », cătun « hameau », copac « arbre (non fruitier) », ghimpe « épine », mânz « poulain », sâmbure « noyau (de fruit) », țap « bouc », viezure « blaireau » ;
    • le suffixe -oaie, formateur de noms féminins à partir de noms masculins : lupoaie « louve », de lup « loup », comparable à l'albanais shqiponjë, de shqipe « aigle ».
  • mots et morphèmes lexicaux d’origine slave :
    • babă « vieille femme », coasă « faux », mătură « genêt », melc « escargot », nevastă « épouse », a plăti « payer », rană « blessure », slab « maigre », sută « cent » ;
    • le préfixe négatif ne- : nefericit « malheureux »
    • le suffixe -iță, formateur de noms féminins à partir de noms masculins, et de diminutifs féminins : școlăriță « écolière », fetiță « fillette ».

Différences[modifier | modifier le code]

La compréhension mutuelle entre les langages du diasystème roman de l'Est n’est que partielle, alors que celle entre les parlers du daco-roumain est quasi totale, y compris dans les formes traditionnelles aujourd'hui en voie de disparition. L'isolement prolongé entre langages sud-danubiens et le daco-roumain explique cela. Au sud du Danube, seuls l’aroumain et le mégléno-roumain sont relativement proches l’un de l’autre. Par conséquent, les langages du diasystème roman de l'Est ont subi des influences étrangères différentes, surtout en ce qui concerne le lexique : grecque et albanaise sur l’aroumain, slave macédonienne sur le mégléno-roumain, croate sur l’istro-roumain, slave, hongroise et celle des autres langues romanes (latin savant, français, italien) sur le daco-roumain.

En détail sur les différences, voir les articles Roumain, Aroumain, Mégléno-roumain et Istro-roumain.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sala, Marius et al., Enciclopedia limbilor romanice, E. Ş. E., Bucarest, 1989

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alexandru Rosetti, Istoria limbii române [« Histoire du roumain »], 2 vol., Bucarest, 1965-1969
    • Ion Penişoară, « Aspects dialectaux du parler de Dobroudja », in : Annales du Xe symposium d'onomastique, Cluj, 26-28 octobre 1993 ;
    • George Vâlsan, Graiul românesc, I, 1927, nr. 7, p. 142 et Œuvres posthumes, Bucarest, 1936, p. 49;
    • T. Mateescu, « Les paysans de Dobroudja », in Annuaire de l'institut d'histoire et d'archéologie A.D.Xenopol, XIX, 1972 d'après M. Guboglu, Catalogue des sources primaires ottomanes, I, Bucarest, 1960 ;
    • D. Şandru, Les Mocans en Dobroudja, Bucarest, 1946, p. 13;
    • E. Mateş, Les pasteurs transylvains dans les Principautés et en Dobroudja, Arad, 1925, p. 187-188.
    • En outre, les « Diciens » sont mentionnés dans ces deux ouvrages : [1], [2].
  2. Selon les historiens Giurescu, Iorga et Xenopol, il y a eu historiquement une dizaine de Valachies : les trois principautés à majorité roumanophone de Transylvanie, Moldavie et Valachie jadis respectivement cartographiées « Valachie intérieure », « Bogdano-Valachie » et « Hongro-Valachie », et par ailleurs le despotat de Dobrogée, les « Vlašina », « Vlašić », « Vlahina » et « Romanja Planina » de l’ancienne Yougoslavie, la « Megali Valacheia » de Grèce septentrionale et de Macédoine, et la « Valachie morave » (Moravsko Valaško), à l’est de l’actuelle République tchèque. Toutefois il faut remarquer que les trois principautés à majorité roumanophone résultent elles-mêmes de la fusion de Valachies antérieures plus petites (nommées ţări ou ţinuturi en roumain et Vlachföldek en hongrois) telles que les voévodats ou pays de Maramureş, Oaş, Crasna, Lăpuş, Năsăud, Gurghiu, Bihor, Montana, Amlaş, Cibin et Făgăraş en Transylvanie, Onutul, Străşineţul, Baia (Mulda), Soroca, Hansca, Bârladul et Tinţul (Tigheciul) en Moldavie, Severin, Motru, Jaleş, Gilort, Lotru, Argeş et Muscel en Valachie.
  3. Neagu Djuvara sur [3]
  4. Hypothèse formulée dès 1709 par Leibniz, qui appelle l'albanais « la langue des anciens Illyres » ; plus tard, le linguiste Gustav Meyer (1850-1900) déclara qu'« appeler les Albanais les nouveaux Illyres est aussi juste que d'appeler les Grecs actuels "Grecs modernes" ». Mais depuis l'échec de Hans Krahe à circonscrire dans les Balkans un substrat illyrien distinct des langues indo-européennes et de donner un sens aux traces de l'illyrien dans une perspective paleolinguistique ou phylogénétique de l'indo-européen, les hypothèses relatives à un ensemble cohérent de langues thraco-illyriennes et à l'origine illyrienne de l'albanais ont été graduellement abandonnées par des linguistes comme Alföldy (1964), Duridanov (1976), Georgiev (1960a, 1960b, 1961, Hamp (1957, 1966), Katičić (1964, 1976), Kortlandt (1988), Krahe (1925, 1929, 1955), Kronasser (1962, 1965), Neroznak (1978), Paliga (2002), Polomé (1982), Sergent (1995), de Simone (1964), Rădulescu (1984, 1987, 1994), Russo (1969), Untermann (1964, 2001), Watkins (1998) et Wilkes (1992), qui pensent que l'albanais ne peut descendre phylogénétiquement en ligne directe de l'illyrien.
  5. Pollo & Buda (1969) et Pollo & Arben (1974) rapportent que « le mythe de la droite ligne, hérité du XIXe siècle a été élevé au statut de "dogme" durant les régimes communistes ». Kersaudy, historien et traducteur, décrit des langues qui « formées sur un fond thraco-illyrien vers le VIe siècle, ayant subi des processus successifs de latinisation puis de slavisation encore sensibles dans les langues modernes. » Enfin le collectif Schwandner-Sievers (2002) réduit les hypothèses de la « droite ligne » au rang de simples mythes.
  6. Les faits linguistiques de l’« Union linguistique balkanique » s’expliquent dans un ensemble phylogénétique daco-thrace (groupe satem de l’ensemble thraco-illyrien) selon Georgiev (1960a, 1960b, 1961, Kortlandt (1988 ), Russu (1969), Sergent (1995).
  7. Hans-Erich Stier (dir.), Westermann Grosser Atlas zur Weltgeschichte, 1985, ISBN 3-14-100919-8
  8. Neagu Djuvara, Comment est né le peuple roumain, éd. Humanitas, 2001, ISBN 973-50-0181-0
  9. [u] long.
  10. Pour l’écriture de l’aroumain nous appliquons l’alphabet adopté au Symposium pour la standardisation du système d’écriture aroumain de Bitola (1997), et pour le mégléno-roumain – la notation de Theodor Capidan dans Meglenoromânii, vol. III, Dicţionar meglenoromân, Bucureşti, Monitorul Oficial şi Imprimeriile Statului, Imprimeria Naţională, Depozitul General Cartea Românească.
  11. [e] long.
  12. Située avant la voyelle accentuée du mot.
  13. [j] à peine perceptible, appelé aussi « chuchoté ».
  14. Le degré marque les mots non attestés et reconstitués par les linguistes.
  15. Changement de la nature de certains sons du radical d’un mot au cours de la flexion (déclinaison et conjugaison).

Voir aussi[modifier | modifier le code]