Joyaux de la Couronne de France
Les joyaux de la Couronne, appelés aussi diamants de la Couronne, sont un ensemble de bijoux de la Monarchie française puis de la République française dont l'origine remonte à François Ier. On cite comme pièce célèbre : Le Régent. Ils sont aujourd'hui conservés en partie au musée du Louvre.
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[modifier] Bref historique
- 1530, constitution par lettres patentes de l'ensemble avec clause d'inaliénabilité, ce qui fait que les joyaux sont portés par les reines qui les remettent au trésor royal à la mort de leur mari. La collection des Diamants de la Couronne fut constituée de façon délibérée en 1530 par François Ier qui isola un petit groupe de huit pierres ou bijoux en sa possession (la plupart des parures provenant d’Anne de Bretagne qui les tenait de Marguerite de Foix) et les déclara inaliénables. De ce premier fonds ne subsiste que le spinelle dit la Côte-de-Bretagne. Ce fonds fut considérablement augmenté par la suite, particulièrement par Louis XIV.
- 1661, Mazarin lègue à Louis XIV 18 diamants magnifiques qui portèrent son nom. Le plus gros était le Sancy, subsistent aussi les Mazarins 17 et 18 insérés dans la broche-pendentif de l'impératrice Eugénie.
- Sous le règne de Louis XIV, augmentation notoire. Les pierres furent parfois mises en gage mais furent toujours récupérées. Un inventaire fut réalisé en 1691.
- Vol dans la semaine du 11 au 17 septembre 1792, d'une partie des Diamants, à l’hôtel du Garde-Meuble de la Couronne, à Paris, où le trésor était conservé. Mais il fut de nouveau augmenté sous Napoléon, de telle sorte qu’il comprenait, en 1814, 65 072 pierres et perles, la plupart montées en bijoux, soit 57 771 diamants, 5 630 perles et 1 671 pierres de couleur (424 rubis, 66 saphirs, 272 émeraudes, 235 améthystes, 547 turquoises, 24 camées, 14 opales, 89 topazes).
- Lors de la guerre de 1870, à l'annonce des premières défaites, les Diamants de la Couronne furent confiés à un contrôleur de la Banque de France, Léon Chazal[1] et transportés à l'arsenal de Brest, puis transférés sur un bateau de guerre, prêt à appareiller[2].
- 11 janvier 1887 loi d'aliénation votée par les Chambres à l'initiative de Benjamin Raspail.
- Du 12 au 13 mai 1887, vente d'une partie des Diamants, le Régent reste au musée du Louvre.
[modifier] Quelques pièces
[modifier] Le Régent
Diamant 140,64 carats.
Le plus beau joyau de la couronne de France, considéré comme le plus beau et le plus pur des diamants, il devint le symbole de la royauté et de sa magnificence.
Selon la légende un esclave aurait perdu la vie pour l'avoir caché et essayé de négocier sa liberté en échange. En réalité, il fut découvert en 1698 à Golconde, en Inde du sud, il pesait alors 410 carats. Thomas Pitt, alors gouverneur de Madras, l'acheta à un marchand indien en 1701 pour 19 200 livres sterlings. Il le fit tailler à Londres en brillant (technique vénitienne?) par le joailler Harris qui le réduisit à 140,5 carats et y travailla 2 ans, d'où son prix prohibitif. Pitt voulut le revendre, mais tous les souverains furent horrifiés par le prix, même Louis XIV le refusa en 1714.
Le 6 juin 1717, poussé par Saint Simon, Philippe duc d'Orléans et régent de France l'acheta pour 135 000 livres sterling, soit 2 millions de livres françaises (avec les intérêts 2,5 millions) (2% du budget de l'état). Depuis lors, on donna au diamant le nom de Régent et celui-ci fit partie du Trésor royal de France. Il fut porté pour la première fois par Louis XV en 1721 pour la réception de l'ambassadeur de Turquie, puis en 1722 sur sa couronne lors de son sacre, puis souvent par Marie-Antoinette comme bijou. Louis XV et Louis XVI le portaient régulièrement sur leur chapeau (séance d'ouverture des Etats-Généraux le 5 mai 1789).
En 1792, le diamant fut volé avec le Bleu de France mais fut vite retrouvé caché à Paris dans une poutre. Il fut surnommé le diamant du tyran par les révolutionnaires. En 1797, il fut mis en gage par le gouvernement pour financer la campagne d'Italie de Bonaparte, mais racheté cinq ans plus tard. En 1804, Napoléon Bonaparte arbore le diamant sur la garde de son épée lors de son sacre. L'impératrice Marie Louise l'emporta en 1814 lors de son exil de France mais l'empereur d'Autriche s'empressa de rendre ce bien inaliénable. En 1825, Charles X porta le Régent sur la couronne royale lors de son couronnement. L'impératrice Eugénie le fit monter sur un diadème à la grecque.
En 1887, les joyaux de la Couronne française furent vendus aux enchères à l'exception du Régent qui est aujourd'hui au Louvre. Pendant la seconde guerre mondiale, on le dissimula dans du plâtre, derrière le marbre d’une cheminée du château de Chambord. Après les hostilités, il a repris sa place initiale
[modifier] Le Sancy
Diamant jaune pâle de 55,23 carats, estimé à 600 000 livres en 1691, c'est le plus gros et le plus beau des diamants de Mazarin.
D'origine indienne, c'est le premier diamant taillé avec facettes symétriques, acquis en 1594 en Turquie par Nicolas de Harlay de Sancy, ambassadeur à Constantinople, puis plus tard surintendant des finances d'Henri IV. Vendu à Jacques Ier d'Angleterre en 1604, revendu par la reine Henriette-Marie, épouse de Charles Ier d'Angleterre, au cardinal Mazarin en 1657, qui le légua en 1661 à Louis XIV avec 18 autres diamants. Louis XIV le portait au chapeau. Racheté par les musées de France en 1978.
[modifier] Le diamant bleu de la Couronne ou Bleu de France
69 carats, aujourd'hui connu comme le Hope estimé à 400 000 livres en 1691.
C’est en 1671 que Louis XIV ordonne la retaille de son diamant brut d’environ 115 carats, ramené des Indes en 1668 par Jean-Baptiste Tavernier, le célèbre voyageur français. Le nouveau diamant ne pèse que 69 carats. Mais sa taille exceptionnelle renforce sa couleur bleue saphir unique. Après le « Sancy », le diamant devient le deuxième plus important joyau de la Couronne de France aux yeux des rois mais certainement le plus unique d’entre tous. Monté tout d'abord sur un bâtonnet d'or émaillé, Louis XIV le porte comme épingle à cravate de dentelles. Il orne ensuite le grand insigne de l’Ordre de la Toison d’Or de Louis XV, chef d’œuvre de la joaillerie baroque. En 1792, la Toison est volée lors du sac de l’Hôtel du Garde-Meuble (actuellement Hôtel de la Marine, place de la Concorde à Paris). Le diamant bleu disparaît alors pour toujours. Ce n’est qu’en 1812 qu’un diamant bleu foncé apparaît chez un joaillier londonien, puis dans la collection d’Henry Philip Hope, grand banquier de Londres. Ce diamant bleu, rond, pèse 45,5 carats. Dès 1856, des doutes allaient être émis sur l’origine précise de ce diamant anglais. Il ne manquait juste qu’une réplique du diamant bleu français pour clore l’enquête... La découverte en 2007 d'une réplique en plomb du diamant bleu de Louis XIV à permit de lever définitivement le doute sur la disparition du diamant bleu. Après étude le diamant Hope est le diamant bleu retaillé.
[modifier] Le Grand Saphir de Louis XIV
Connu aussi sous le nom de Ruspoli, nom de la famille romaine qui le possédait auparavant.Saphir bleu transparent parallélipédique que Louis XIV affectionnait et qu'il portait sans doute en épingle à cravate. C'était le plus beau saphir connu au monde à l'époque, et il devient le 3eme plus important joyau de la couronne au yeux de Louis XIV. Il pèse 27,10 gramme (135,80 carats)et vaut 40 000 livres en 1691. On n'est pas sûr de son origine, mais il semble provenir de Ceylan.
[modifier] Une grande Chaîne formée de 45 diamants
Décrite dans l'inventaire de 1691, chaîne de diamants tous taillés en table, sauf une pointe de 8,5 carats, série de chatons reliés par des crochets qui portaient quelques uns des plus beaux diamants de la couronne : le De Guise, le Second Mazarin, le Miroir de Portugal, le Grand Mazarin, et les Mazarins VIII, X, XII, XIII, XIV, etc. Les 45 diamants de la chaîne étaient évalués à 1 996 000 livres.
[modifier] Le spinelle dit Côte-de-Bretagne
Cette pierre a appartenu à Marguerite de Foix, duchesse de Bretagne, puis à sa fille, Anne de Bretagne, reine de France. C'est la seule pierre d'origine subsistante de la liste de François Ier. Elle ne prit sa forme actuelle que sous Louis XV. La pierre fut alors taillée en forme de dragon et montée sur une décoration de l'ordre de la Toison d'Or, en diamants et pierres de couleur.
[modifier] Le diamant rose dit Hortensia
21,32 carats.
Diamant de couleur pêche acquis par Louis XIV qui le portait à sa boutonnière, taillé en 1678 à 5 pans, baptisé du nom de la reine de Hollande, Hortense de Beauharnais, qui le porta.
Pour donner une idée de l'étendue de ce trésor, l'inventaire de 1691 fait état de 5885 diamants, 1588 pierres de couleur dont le plus beau saphir connu du monde (le grand saphir) et 488 perles, dont la plus belle perle ronde connue en Europe la Reine des Perles de 112,25 grains métriques. À cette époque les 3 principales pierres à l'usage de Louis XIV étaient le Sancy, le Diamant bleu, et le Grand Saphir de Louis XIV. Valeur totale en 1691: 11 430 481 livres, les plus beaux joyaux d'Europe.
[modifier] Vol des joyaux de la Couronne
Les joyaux de la Couronne sont volés lors du sac de l’hôtel du Garde-Meuble entre les 11 et 16 septembre 1792 malgré la présence de gardes nationaux : leur guérite est à l'opposé de la cour donnant sur la Salle des bijoux et ils ne font plus de ronde depuis la pose des scellés après la prise des Tuileries, de plus le général Restout, nouvel intendant du Garde-Meuble insuffisament gardé, réclame des renforts au Ministre de l'Intérieur Roland[3]. La publication et la diffusion de l’inventaire en 1791 par une première République un peu naïve a certainement fini de convaincre les voleurs d’agir en des temps troublés par la destitution du Roi, les massacres de Septembre et l’invasion par l’est des austro-prussiens commandés par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick et décidés à rétablir la monarchie en France. 9 000 pierres précieuses soit l'équivalent de sept tonnes d'or, ce qui représente un demi milliard d'€ de bijoux, orfèvererie et pierreries, sont dérobés pendant cinq nuits par une trentaine de brigands qui, de plus en plus nombreux à chaque « visite », organisent des orgies en faisant venir des femmes légères. La nuit du 16 septembres à 23 heurs, une patrouille de gardes alertée par des bruits suspects repère des voleurs qui, fouillés, ont leurs poches remplies de pierres précieuses. Le Ministre de l'Intérieur Roland chargé de l'enquête obient rapidement la peine capitale pour les voleurs pris sur le fait et les fait passer pour des contre-révolutionnaires. Ces derniers obtiennent le sursis en échange de dénonciations[4]. Les malfrats, avec à leur tête Paul Miette, sont essentiellement de petits voleurs relachés des prisons lors des massacres de septembre, associés à des rouennais, bande de voleurs professionnels[5]. Douze sont condamnés à mort, cinq sous-fifres sont guillotinés sur le lieu même de leur forfait Place de la Révolution[6].
Après deux ans d'enquête, bien que les trois quarts des grandes gemmes royales soient récupérées (dont les diamants Sancy et Régent retrouvés précisément lors du procès de Danton qui est soupçonné d'être impliqué dans ces vols), les plus grands insignes royaux de chevalerie (les joyaux de la Toison d’Or emportés à Londres par les rouennais et Saint-Esprit) ainsi que de nombreux objets majeurs (épée de diamant de Louis XVI, la « chapelle de Richelieu », etc.) disparaissent définitivement[7]. not
[modifier] Notes
- Fils d'Antoine Chazal.
- Sources: Maxime Du Camp, Les Convulsions de Paris, tome deuxième, cinquième édition, p. 155, consultable sur Gallica.
- Rapport de Restout concernant sa demande de renforts autour du Garde-Meuble, adressée à Santerre : Archives Nationales AN F7-4774-90 V, p.11
- Franck Ferrand, « 1792, le casse du millénaire » dans Sans l'ombre d'un doute, 4 décembre 2011
- Rapports officiels sur arrestations dans diverses municipalités organisées par le comité de recherches des joyaux : Archives Nationales AN DXXIX, 36, dossier 375
- Agnès Callu, La réunion des musées nationaux, 1870-1940, Librairie Droz, 1994, p. 105
- Pour la Science, « La poursuite du diamant bleu », no 398, déc. 2010.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Bibliographie
- Gérard Mabille, Les Diamants de la Couronne, éd. Gallimard, 2001 (ISBN 2070761258), (ISBN 978-2070761258).
[modifier] Liens internes
- Ruspoli (saphir)
- Joyaux de la Couronne britannique
- Joyaux de la couronne iranienne
- Joyaux de la couronne (Suède)
[modifier] Liens externes
- Le vol des diamants de la Couronne
- Article de Daniel Alcouffe sur le site La Tribune de l'Art : « Une catastrophe nationale : la vente des Diamants de la Couronne en 1887 ».