Diamant bleu de la Couronne

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Réplique en zircone bleue du diamant bleu de Tavernier, taillée aux États-Unis par Scott Sucher sur la base des gravures de Tavernier de 1676.

Le diamant bleu de la Couronne de France, appelé aussi Bleu de France ou Bleu français (pour les anglophones, traduit de French Blue) ou encore Bleu de Tavernier, est un grand diamant bleu acheté par Louis XIV à Jean-Baptiste Tavernier qui l'a rapporté d’Inde en 1668. Louis XIV le fait retailler par Jean Pittan en 1672-1673, Louis XV l'inclut dans l’insigne de l’Ordre de la Toison d'or. Volé en 1792, sa trace est perdue jusqu'à la découverte accidentelle en décembre 2007 par François Farges de son modèle en plomb qui, après des recherches historiques, prouve que ce diamant de la Couronne est à l’origine du diamant Hope apparu en Angleterre après le vol. Il reste le plus gros diamant bleu jamais découvert à ce jour, même après la découverte des fabuleux gisements d’Afrique, de Sibérie, d’Australie, du Brésil ou du Canada. Néanmoins, deux autres diamants bleus encore plus gros (d’environ 120 et 250 carats) existeraient mais leur existence n’est pas totalement clarifiée[réf. nécessaire].

Histoire[modifier | modifier le code]

Sa découverte en Inde[modifier | modifier le code]

Gravure des mémoires de Tavernier, montrant le grand diamant bleu ramené des Indes, dessiné sous trois angles.

Dans les années 1668, le voyageur Jean-Baptiste Tavernier revient du sultanat de Golconde (maintenant une cité-forteresse en ruines près de la localité actuelle d’Hyderabad, dans l’État indien d’Andhra Pradesh) avec une série de très beaux diamants[1]. Le plus grand de ces diamants acheté vers 1650 pesait 112 et 3/16 carats de l’époque, soit 115,16 carats métriques modernes. Il s’agissait à l’époque du plus grand diamant bleu connu, également connu sous le nom de « diamant bleu de Tavernier ». La légende de malédiction du diamant rapportée par Tavernier est probablement créée par le propriétaire de la mine pour dissuader les voleurs de vouloir la dérober et enjolivée par la suite par les joailliers qui lui inventent toute une mythologie pour augmenter sa cote de vente. Cette légende veut que la pierre ait été volée sur une statue de la déesse Sitâ (ou sur le front d'une statue en or du dieu Vishnou selon une autre version) : le voleur s'étant laissé enfermer dans le temple pour le dérober pendant la nuit, mais au matin, à la réouverture des portes de bronze, alors qu'il s'apprête à s'enfuir, il est frappé par la foudre au seuil même du temple[2]. Malgré le fait qu’il est écrit que le diamant semble avoir été extrait dans les années 1610 de la mine Kollur (ou Gani en Telugu) près de Golconde, on n’en a aucune preuve. Le diamant avait été repoli suivant l’usage indien de l’époque, c’est-à-dire suivant les faces naturelles de cristallisation et de clivage du diamant. On cherchait à garder la gemme la plus grosse possible, aux dépens de la brillance. Tavernier acquit ce diamant bleu d'autant plus facilement qu'à l'époque moghole, les joailliers utilisaient des pierres aux couleurs de l'Islam, à savoir le rouge, le vert et le blanc, la couleur bleue étant jugée maléfique[3].

La retaille du diamant indien[modifier | modifier le code]

La taille du diamant bleu rappelle le symbolisme de Louis XIV (ici habillé en Apollon) voulu à Versailles : présence d’un soleil de facettes arrières de symétrie 7 : on y voit le culte d’Apollon (chiffre 7), le roi-soleil de droit divin (chiffre 7) brillant dans le ciel bleu (du diamant).

En décembre 1668, Tavernier revint en France avec plus de 1 000 diamants de toute taille, dont le grand diamant bleu foncé et deux autres d’un bleu plus clair. En 1669, Tavernier vendit le diamant bleu à très bon prix (220 000 livres tournois — soit l'équivalent de 147 kg d'or pur — car un diamant coloré était jugé imparfait à cette époque) à Louis XIV qui lui acheta les 47 plus gros diamants pour une somme équivalente à une tonne d'or pur. Louis XIV fut en effet éduqué à la gemmologie par Mazarin qui possédait une collection importante de pierres précieuses (notamment des topazes)[2]. L'historien Richard W. Wise soutient quant à lui que le prix réel de la pierre était de 770 000 livres et que Tavernier la céda pour 220 000 en échange d'un titre de noblesse acquis auprès du contrôleur général des finances Jean-Baptiste Colbert (le titre étant évalué à 500 000 livres à l'époque)[4]. Le roi l'exposa d'abord dans son cabinet de curiosité du château de Saint-Germain-en-Laye, puis ordonna en 1671 que la gemme fût retaillée dans le goût occidental de l’époque, c’est-à-dire pour améliorer sa brillance. La lourde responsabilité de la taille du diamant bleu de Tavernier incomba à Jean Pittan, le joaillier de la cour qui mit deux ans pour mettre au point le dessin définitif et deux autres années pour exécuter la taille[5]. Jean Pittan a certainement proposé un dessin exceptionnel pour convaincre le roi et Colbert de financer la taille à un prix équivalent à un dixième environ du prix d’achat du diamant de Tavernier. Finalement, le diamant de Tavernier était retaillé sous une forme triangulaire selon une taille dite en « rose de Paris ». Selon l'historien Bernard Morel, le nouveau diamant aurait été appelé par Colbert le « diamant bleu de la Couronne de France » (« French Blue » pour les anglicistes). Il pesait 69 ± 0,02 carats[5]. Ce diamant était un chef-d’œuvre de travail lapidaire, dû notamment à ses 72 facettes, à sa double symétrie impaire (d’ordre 3 et 7) et la perfection de sa taille. Le diamant était serti dans une sorte de broche que le roi portait à son foulard (« cravate ») lors des fêtes[3].

La Toison d'or de la parure de couleur de Louis XV[modifier | modifier le code]

La Toison d’or de la parure de couleur (dessin par Lucien Hirtz pour Germain Bapst, 1889) montrant le diamant bleu de la Couronne, seule source connue jusqu’en 2007 de ce diamant mythique.

Pendant le règne de Louis XV, le diamant est délaissé jusqu'en 1749, le roi préférant sertir sa couronne de diamants incolores.

Il revient en grâce lorsque le roi est fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'or. En 1749 à cette occasion, Louis XV demanda au joaillier Pierre-André Jacquemin (1720-1773) d’inclure le diamant bleu dans l’insigne de l’ordre de la Toison d’Or de la parure de couleur du roi[5]. Louis XV possédait un certain nombre d’insignes de la Toison d’Or, mais deux étaient particulièrement magnifiques. La Toison dite de la « parure blanche » est composée de quatre grands diamants (dont le très beau second Mazarin de 25,37 carats) et de nombreux autres plus petits (175 ainsi que 80 rubis ; le tout évalué en 1791 à 413 000 livres). Quant à la Toison de la parure de couleur, elle présentait un feu d’artifice de grandes gemmes de couleur (jaune mais aussi bleu, blanc et rouge). M. Horovitz possède deux gravures de cette deuxième Toison dans lesquelles le dessin du diamant bleu est approximatif) qui semblent avoir été proposées par Jacquemin au souverain, dont une avec le diamant bleu. La version finale de la Toison d’Or de la parure de couleur contenant le diamant bleu est surtout connue par le moule en plomb que réalisa probablement Jacquemin après avoir fabriqué le joyau. C’est ce plomb que Germain Bapst (1853-1921) fera publier[6]. Malgré diverses recherches, cet objet majeur n’a pas encore été retrouvé. Cet insigne magnifique, chef-d’œuvre absolu de l’orfèvrerie rococo, comprenait le superbe diamant bleu qui, selon cette tradition chevaleresque, « protège » la toison d’or proprement dite (et ses 112 diamants peints en jaune) des flammes (serties de 84 diamants peints en rouge) crachées par un dragon taillé dans une spinelle de 107,88 carats nommée Côte de Bretagne . Cette pierre, retaillée ainsi pour cette occasion par Jacques Guay (1711-1793) est visible au Louvre, seul vestige de cet insigne. Le grand brillant « Bazu » de 32,62 carats et d’une « eau un peu céleste »[7], trois « topazes d’Orient » (saphirs jaunes), quatre diamants en forme de brillants de 4-5 carats et la bagatelle de 282 diamants décorent la queue et les ailes du dragon ainsi que les deux palmes qui entourent le dragon sans oublier les deux bélières de l’insigne. L’insigne avait été évalué à plus de trois millions de livres durant la Révolution, rien que pour les gemmes[7].

En 1787 le physicien de l’Académie Mathurin Jacques Brisson est le premier à mesurer précisément le diamant bleu (dimensions, poids)[8].

Le vol de 1792[modifier | modifier le code]

La Toison d’Or et son grand diamant bleu furent volés lors du sac dramatique de l’hôtel du Garde-Meuble entre les 11 et 16 septembre 1792 alors que des gardes nationaux font pourtant le guet. La très grande majorité des joyaux de la Couronne qui y étaient exposés ont été dérobés (9 000 pierres précieuses soit l'équivalent de sept tonnes d'or, ce qui représente un demi milliard d'euros de bijoux, orfèvrerie et pierreries[3]) pendant cinq nuits par une trentaine de brigands qui, bien renseignés, ne fracturent que les armoires principales qui contiennent les œuvres majeures de la réserve du plus grand trésor du monde de l'époque avec celui du Grand Moghol, ce qui constitue le « casse du millénaire »[9]. La publication et la diffusion de l’inventaire en 1791 par une première République un peu naïve a certainement fini de convaincre les voleurs d’agir en des temps troublés par la destitution du Roi, les massacres de Septembre et l’invasion par l’est des austro-prussiens commandés par le duc Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick et décidés à rétablir la monarchie en France. Bien que la majorité des grandes gemmes royales fussent heureusement récupérées (dont les diamants Sancy et Régent), les plus grands insignes royaux de chevalerie (les joyaux de la Toison d’Or et Saint-Esprit) ainsi que de nombreux objets majeurs (épée de diamant de Louis XVI, la « chapelle de Richelieu », etc.) disparurent définitivement[10]. Certains des voleurs arrêtés sur dénonciation sont guillotinés sur le lieu même de leur forfait Place de la Révolution.

La parure est retrouvée auprès des voleurs en 1795 mais reperdue peu de temps après. Les érudits du XIXe siècle retracent son parcours : un marchand forain du nom de Cadet Guillot[11] passe en Angleterre d'où la pierre aurait gagné Constantinople ou serait restée cachée à Londres. Le diamant bleu est alors vraisemblablement obtenu auprès du receleur Guillot par le banquier et collectionneur Henry Philip Hope (en)[2].

Origines obscures du diamant Hope[modifier | modifier le code]

Le diamant Hope (en bleu clair) s’insère parfaitement dans le modèle en plomb du diamant bleu du Muséum (en filigrane, environ 31 x 26 mm). Retaillé à la hâte, le diamant perdit pour toujours sa magnifique taille et sa masse et tout son art baroque.

Vingt ans après le 19 septembre 1812, un diamant bleu de 45,5 carats et de forme ovale apparaît outre-Manche. La gemme est décrite par John Francillon (1744-1816), un lapidaire londonien, avec la permission d’un certain Daniel Eliason (1753-1824), un négociant de diamants de la même ville[5],[12]. Cette « apparition » correspond exactement à vingt ans et deux jours après le sac du Garde-Meuble, c’est-à-dire deux jours après la prescription légale du vol de 20 ans. Le délai de prescription de recel étant plus long, il a été retaillé pour faire disparaître la véritable identité de la pierre (le Blocus continental, qui dévalue la livre sterling de 90 %, oblige probablement Hope ruiné à gager le diamant pour récupérer des liquidités)[13]. Étonnamment, il a fallu attendre Barbot en 1856 pour lire que ce « nouveau » diamant aurait possiblement été retaillé depuis le « diamant bleu de la Couronne ». Le premier propriétaire véritablement reconnu de ce « nouveau » diamant bleu est Henry Philip Hope (1774-1839), qui l'achète en 1824 et donnera donc son nom à la gemme. Son petit-fils, Henry Francis Hope Pelham-Clinton-Hope, en hérite sous la forme d'une assurance-vie ; il ne peut ainsi se séparer de la pierre qu'avec l'autorisation du tribunal. Il vit au-dessus de ses moyens et cause la banqueroute de sa famille. Sa femme, l'actrice May Yohe, subvient seule à leurs besoins. Le temps que le tribunal l'autorise à vendre la pierre afin de l'aider à régler ses dettes, en 1901, May est partie avec un autre homme pour les États-Unis. La pierre est successivement vendue en 1901 au joaillier Joseph Frankel, en 1908 à Selim Habib, marchand et collectionneur turc, en 1909 au joaillier français Rosenau, en 1910 à la Cartier. La milliardaire américaine Evalyn Walsh McLean (en)[14] (propriétaire de 1911 à sa mort, en 1947) craque pour le diamant maléfique, déclarant « s’il porte malheur aux autres, il me portera bonheur » : elle se le fait offrir en 1911 par son mari qui l'achète à Paris chez Pierre Cartier, un des trois fils d'Albert Cartier, chargé de la clientèle américaine dans la maison Cartier[2]. Enfin Harry Winston (propriétaire de 1949 à 1958) le rachète et en fait don au Smithsonian Institute de Washington en 1958. Afin de rendre le transport de la pierre le plus discret et sûr possible, Winston envoie la pierre au Smithsonian par la poste, dans une simple enveloppe kraft. Restant le plus gros diamant bleu jamais découvert à ce jour, le diamant est toujours visible dans le National Museum of Natural History, se trouvant à Washington, D.C., où il bénéficie d'une pièce réservée : c'est l'objet d'art le plus visité dans le monde après la Joconde au Louvre[15].

Recherches sur l'origine du diamant Hope et du diamant bleu de la Couronne[modifier | modifier le code]

Recherches en France et aux États-Unis[modifier | modifier le code]

De nombreuses recherches ont cherché à déterminer si le diamant Hope fut effectivement retaillé à partir du diamant bleu de la Couronne pour dissimuler son origine française[5],[16]. Dès 1856, le joailler Charles Barbot fait le rapprochement entre les deux diamants en consultant l'ouvrage de l'historien Germain Bapst dans lequel figure la seule représentation connue à l'époque du diamant bleu (deux gravures imprécises de Lucien Hirtz, représentant recto verso le joyau en taille réelle)[17]. Cependant, le diamant Hope n'« entre » pas complètement dans le diamant bleu. Dans son anthologie des Joyaux de la Couronne de France, l'historien Bernard Morel s’essaie à une reconstitution de ce diamant, en se basant sur ces deux gravures de Bapst. Morel part de l'hypothèse que ces deux gravures sont approximatives et a légèrement mais significativement étiré le dessin de Hirtz du diamant bleu aux dimensions de Brisson pour qu’il puisse contenir le diamant Hope[8]. Dès lors, les études récentes américaines montrant que le Hope était « définitivement » retaillé à partir du diamant bleu de la Couronne[16] sont assujetties aux erreurs intrinsèques de Brisson. Kurin en 2006 signale que ces imprécisions suggèrent qu’un modèle fiable du diamant bleu de la Couronne doit être connu pour définitivement trancher cette question[12].

Dernières découvertes[modifier | modifier le code]

Le modèle en plomb retrouvé au Muséum national d'histoire naturelle par Farges à Paris fin 2007 (environ 31 × 26 mm).
Reconstitution sur ordinateur du diamant bleu de la Couronne, tel que taillé par Jean Pittan pour Louis XIV en 1673 et serti dans l’or (environ 31 × 25 mm).
La Toison d’or de la parure de couleur, version 1 de 2008, gouache de Monney pour Horovitz et Farges (environ 16 × 6 cm) montrant une reconstruction possible : le diamant bleu montre une « rose centrale » au-dessus d'une dépouille de bélier sertie de 115 diamants.
Présentation de la Toison d’or de la parure de couleur, version 2010, par H. Horovitz (gauche) et F. Farges (droite) à l’hôtel de la Marine à Paris le 30 juin 2010.
La Toison d’or de la parure de couleur, version 2010 : une dépouille de bélier attachée par le milieu du corps à un collier d'or composé de « fusils » ou briquets, stylisés en forme de B (Bourgogne), encadrant le diamant bleu d'où jaillissent des étincelles, l'ensemble est surmonté par un dragon représentant un combat allégorique.

Le seul et unique modèle en plomb[18] du diamant royal français a récemment été découvert en décembre 2007 par le professeur de minéralogie François Farges lors du récolement d’une collection minéralogique dans les réserves du Muséum national d'histoire naturelle. La face arrière du plomb présente une corolle de 7 pétales caractéristique de la taille en « rose de Paris » du diamant bleu de Tavernier[19].

François Farges fait alors des recherches historiques sur ce plomb : il retrouve dans les collections minéralogiques l'étiquette originale du plomb qui a été donné vers 1850 par le joaillier parisien Charles Achard qui a donné des informations capitales sur ce moule : il y est inscrit que « Mr Hoppe de Londres »[20] a bien possédé le diamant bleu sur Londres[2].

Cette découverte a pu montrer que le diamant bleu était bien mieux taillé que ce que l’on pensait auparavant. Le modèle montre aussi que le diamant Hope en est issu, retaillé entre 1792 (date du vol du diamant français) et 1812 (date d’apparition du diamant bleu anglais)[21]. Finalement, d’après les archives du Muséum, c’est Henry Philip Hope qui a possédé le diamant volé et le diamant retaillé à sa mort en 1839. Il apparaît donc comme la personne au centre de la retaille du diamant bleu entre 1792 et 1812 ; les joailliers londoniens Eliason et Françillon ayant servi de prête-nom pour dissimuler le propriétaire effectif du diamant volé.

Reconstitution du diamant et de la Toison d'Or[modifier | modifier le code]

À la redécouverte du chef d'œuvre de l'art lapidaire baroque français[modifier | modifier le code]

L’étude précise du plomb montre que le diamant a été taillé de manière quasi optimale pour valoriser l’éclat naturel du diamant bleu, en créant des facettes autour du mythique angle de 41°, réputé être le plus favorable pour la taille des diamants et qui est censé avoir été introduit avec le diamant dit Régent. Les proportions de la taille de ce diamant en font un précurseur des diamants modernes taillés en brillant bien que cette taille reste typiquement baroque. Contrairement à ce que les experts américains pensaient, le diamant est beaucoup plus brillant grâce à la technique de Jean Pittan. Son chef-d’œuvre, bien que massacré entre 1792 et 1812 a pu être reconstitué sur ordinateur grâce à un scan laser et différentes technologies de CAD du modèle en plomb à Anvers, associés à une colorisation issue du diamant Hope de Washington, gracieusement fournie par la Smithsonian Institution (Jeffrey Post) et qui fut mesurée en spectroscopie optique. La réplique exacte en zircone du diamant bleu a été réalisée par Scott Sucher, lapidaire et spécialiste mondial des copies des grands diamants historiques, qui a reconstitué l'ordre dans lequel Jean Pittan avait taillé les différentes facettes[22].

À la redécouverte du bijou fondateur de la haute joaillerie française : la grande Toison d'Or de Louis XV[modifier | modifier le code]

La mythique toison de Louis XV a également été reconstituée en gouache. Ce bijou est le chef-d’œuvre ultime de la bijouterie française du XVIIIe siècle dont il ne reste pas grand-chose. Chef d’œuvre composé de chefs d’œuvre, elle comprend le mythique diamant bleu de Jean Pittan taillé en 1673 ainsi que le dragon dit « Côte de Bretagne » retaillé par Jacques Guay en 1750 pour cet insigne. L’ensemble du bijou comporte un autre diamant bleu sommital, appelé « Bazu » et de couleur légèrement bleutée pesant 32 carats, qui fut aussi volé en 1792 et dont on ne sait pas ce qu’il est advenu. Trois topazes d’orient, une demi douzaines de brillants de 4-5 carats ainsi que pas moins de 472 brillants de plus petite taille finissent le bijou. Les brillants des flammes du dragon étaient peints en rouge à leur envers ainsi que ceux de la toison, peints en jaune selon une technique bien particulière (issue du fait que les diamants de couleur, notamment rouges, étaient fort rares à l’époque). Cette toison a été portée par Louis XVI lors des États généraux de 1789. Louis XV s’est fait faire une autre toison, dite de la parure blanche et composée uniquement de diamants blancs (dont les grands diamants Pinder et Richelieu) ou faiblement teintés sauf les flammes qui étaient en rubis. Cette toison a également été volée en 1792 et retrouvée partiellement démontée sur Paris quelque temps après mais pas gardée. On ne possède aucun dessin de cette toison, tout aussi fabuleuse.

Au milieu des années 1980, le père de Herbert Horovitz, joaillier genevois, acquiert en vente publique une gouache originale représentant la grande Toison d’Or de Louis XV, témoignage de l’art français des périodes baroques et rocaille. Cette gouache a servi de base pour reconstituer le bijou qui a été présenté le 30 juin 2010 par Horovitz et François Farges, professeur au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, après trois ans d’un complexe travail au sein des archives, sur ordinateur et dans divers ateliers en Suisse, France, Inde et aux États-Unis. La nouvelle Toison fut donc présentée dans les locaux de l’hôtel de la Marine, exactement là où elle fut volée en septembre 1792 (voir ci-dessus). Quelque 218 ans après ce vol - qui aliéna les trésors de grands maîtres français de la joaillerie, tels Jean Pittan, Jacques Guay et Pierre-André Jacqumin - le mal était en partie réparé. Le bijou fini fut conçu avec les meilleurs artisans lapidaires, sertisseurs, doreurs, gainiers. Un écrin en maroquin cramoisi, aux armes de Louis XV de la maison Simiez fut également conçu pour présenter ce sublime insigne. En face d’un auditoire prestigieux, tous remarquèrent l’extraordinaire beauté du bijou, son élégance dans les proportions et ses asymétries florales typiquement rocaille. Chef d’œuvre composé de chefs d’œuvre tels le diamant bleu de la Couronne, témoigne de l’extraordinaire savoir-faire d’artisans des XVIIe et XVIIIe siècles dont très peu d’œuvres ont survécu aux vols, aux retailles et aux dégradations du XIXe siècle.

Livres et films inspirés de ces découvertes[modifier | modifier le code]

  • Un diamant ressemblant beaucoup au diamant bleu de la Couronne (et non au diamant Hope dont la retaille à partir du précédent est plus petite) apparaît dans le film Titanic de James Cameron en 1997, sous le nom de « Cœur de l’océan »: Oceani Cor (latin).
  • Un roman historique, Le diamant bleu par François Farges et Thierry Piantanida édité par les Éditions Michel Lafon en 2010 sous le (ISBN 978-2749913070) raconte ce triple polar scientifico-historique autour du plus fabuleux diamant de l’histoire, qui attisa passions et peines, fidélités et trahisons sur trois siècles et trois continents.
  • Un documentaire de 90 minutes À la poursuite du diamant bleu, également réalisé en 2010, par Thierry Piantanida et Stéphane Bégoin a été diffusé le 30 avril 2011 sur Arte.
  • La version américaine Secrets of the Hope diamond (écourtée à 52″) a été projetée en décembre 2010 sur National Geographic Channel[23].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • R.-J. Haüy, Traité des caractères physiques des pierres précieuses, Courcier, 1817.
  • J. Mawe, A treatise on diamonds and precious stones, Longman, 1823.
  • B. Hertz, A Catalogue of the collection of pearls and precious stones formed by Henry Philip Hope Esq., William Clowes and Son, 1839.
  • H. Roset (in fact, J.R. Paxton), Jewelry and the precious stones, Penington, 1856.
  • J. Babinet, Études et lectures sur les sciences d’observation et leurs applications pratiques, vol. 3, Mallet-Bachelier, 1857.
  • C. Barbot, Traité complet des pierres précieuses, Morris, 1858.
  • M.T. Winters, J.S. White, Lapidary Journal, nº 45, p. 34-40, 1991.
  • H. Tillander, Diamond Cuts in Historic Jewelry 1381-1910, Art Books Intl. Ltd., 1996.
  • B. Morel, Les diamants des monarchies européennes, Muséum national d'histoire naturelle, 2001.
  • F. Farges & T. Piantanida, Le Diamant Bleu, Michel Lafon, 2010.
  • Annie Pietri, "Le Grand Diamant Bleu", T. 3 de la série "Les miroirs du palais", Bayard, 2012 (roman jeunesse).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Baptiste Tavernier, Les six voyages de Jean-Baptiste Tavernier : Ecuyer baron d'Aubonne, qu'il a fait en Turquie, en Perse et aux Indes, t. 2, Paris, Gervais Clouzier et Claude Barbin,‎ 1676 [détail des éditions] (lire en ligne)
  2. a, b, c, d et e Franck Ferrand, « La malédiction du diamant bleu » dans l'émission Au cœur de l'histoire, 27 avril 2011
  3. a, b et c Thierry Piantanida et Stéphane Bégoin, documentaire À la poursuite du diamant bleu, 2011
  4. (en) Richard W Wise, The French Blue, Brunswick House Press,‎ 2010, p. 581
  5. a, b, c, d et e B. Morel, Les Joyaux de la Couronne de France, Fonds Mercator, 1988.
  6. G. Bapst, Histoire des Joyaux de la Couronne de France, Hachette, 1889.
  7. a et b J.-M. Bion, F.-P. Delattre, C.-G.-F. Christin, Inventaire des diamants de la couronne, perles, pierreries, tableaux, pierres gravées, et autres monumens des arts & des sciences existants au garde-meuble […], Imprimerie nationale, 1791.
  8. a et b M.J. Brisson, Pesanteur spécifique des corps, Imprimerie Royale, 1787. lire en ligne, p. 63
  9. Franck Ferrand, « le casse du millénaire » dans Sans l'ombre d'un doute, 4 décembre 2011
  10. Pour la Science, « La poursuite du diamant bleu », no 398, déc. 2010.
  11. Nom mentionné sur les Actes du procès de 1797 des voleurs de 1792, déposés aux Archives nationales : dénoncé par un de ses complices, il est arrêté en possession de la seconde grande gemme de la Toison d’or, le dragon en spinelle de 107 carats.
  12. a et b R. Kurin, Hope Diamond: the legendary history of a cursed gem, Harper Collins, 2006.
  13. Winters, 1991
  14. Perdant tôt ses deux enfants et son mari interné, les drames de sa vie relancent la légende de la malédiction du diamant
  15. « Hope, le plus gros et le plus cher diamant du monde se dote d'une nouvelle monture », sur France 24,‎ 21 novembre 2010
  16. a et b N. Attaway, Lapidary Journal, no [précision nécessaire], nov. 2005, p. 24-28.
  17. Charles Barbot, Traité complet des pierres précieuses, éd. Morris, 1858, Livre en ligne
  18. Le modèle en plomb est une copie qui peut servir pour réaliser un test de facettage, de sertissage, pour présenter le modèle au commanditaire ou pour garder la trace du diamant original précédant sa taille.
  19. F. Farges, S. Sucher, H. Horovitz et J.-M. Fourcault, « Deux découvertes majeures autour du diamant bleu de la Couronne », Revue de gemmologie, no 165, p. 17-24, 2008.
  20. Malgré la mauvaise transcription orthographique du nom, il s'agit bien d’Henry Philip Hope puisque Charles Achard lègue dans le même temps un saphir qu'il avait vendu à Henry Philip Hope.
  21. (en) « Communiqué de presse du Muséum national d'histoire naturelle de Paris », F. Farges (consulté le 2008-11-18)
  22. [PDF] Découvertes majeurs autour du diamant bleu de la couronne Communiqué de presse du MNHN
  23. (en) Secrets of the Hope diamond

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