Dialogues des carmélites

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Dialogues des carmélites est un opéra français en trois actes de Francis Poulenc. Le livret du compositeur est fondé sur un scénario posthume de Georges Bernanos inspiré de La Dernière à l'échafaud (Die letzte am Schafott) de Gertrud von Le Fort, et de son adaptation théâtrale réalisée en 1952 par Jacques Hébertot.

L'opéra fut créé le 26 janvier 1957 à la Scala de Milan dans une version italienne de Flavio Testi. La première de la version française eut lieu à l'Opéra de Paris, le 21 juin de la même année.

Personnages[modifier | modifier le code]

Elin Rombo dans le rôle de sœur Blanche (2011, production de l'opéra Royal Suédois)
  • Le marquis de la Force, baryton
  • Le chevalier de la Force, son fils, ténor
  • Blanche de la Force, plus tard « sœur Blanche de l'Agonie-du-Christ », sa fille, soprano
  • Thierry, laquais, baryton
  • Mme de Croissy, dite mère Henriette de Jésus, la première prieure, contralto
  • Sœur Constance de Saint-Denis, novice, soprano
  • Mère Marie de l'Incarnation, sous-prieure, mezzo-soprano
  • M. Javelinot, médecin, baryton
  • Mme Lidoine, dite mère Thérèse de Saint-Augustin, la nouvelle prieure, soprano
  • Mère Jeanne de l'Enfant-Jésus, contralto
  • Sœur Mathilde, mezzo-soprano
  • Le père confesseur du couvent, ténor
  • Le premier commissaire, ténor
  • Le second commissaire, baryton
  • Un officier, basse
  • Le geôlier, baryton
  • Deux vieilles, un vieux monsieur, rôles parlés
  • Carmélites, Foule, chœur

Argument[modifier | modifier le code]

L'action se situe à Paris et à Compiègne. Elle débute en avril 1789. Blanche de la Force annonce à son père son intention d'entrer au Carmel. La mère supérieure du couvent de Compiègne la reçoit et lui demande d'exposer les raisons qui la poussent à rejoindre cet ordre religieux. Devenue novice, Blanche va vivre les derniers jours de la congrégation mise à mal par la Révolution française. La troupe envahit le couvent, mais Blanche réussit à s'échapper. Les ordres religieux sont supprimés et les religieuses sont condamnées à mort. Elles montent à l'échafaud en chantant le Salve Regina. Après bien des hésitations, des doutes sur sa raison d'être, Blanche les rejoint.

Genèse[modifier | modifier le code]

La nouvelle de Gertrud von Le Fort parue en 1931 avait donné l'idée d'un scénario aux cinéastes Philippe Agostini et Raymond Leopold Bruckberger. Georges Bernanos en conçut les dialogues juste avant sa mort en 1948, mais le projet fut finalement abandonné[1]. Jacques Hébertot décide néanmoins de porter à la scène le travail de Bernanos et crée Dialogues des carmélites le 23 mai 1952 au théâtre Hébertot.

En 1953, le directeur des éditions Ricordi commande à Francis Poulenc un ballet sur sainte Marguerite de Cortone pour la Scala de Milan. Poulenc décline l'offre, mais s'arrête sur le livret que Flavio Testi a tiré de la pièce représentée par Hébertot l'année précédente. Malgré des problèmes de droits (ceux-ci ayant été entre temps rachetés par le dramaturge américain Emmet Lavery qui avait réalisé sa propre adaptation théâtrale) et de santé, Poulenc se lance à corps perdu dans un sujet qui ne tarde pas à l'obséder, les angoisses de Blanche face à la mort faisant écho aux siennes, confronté à la longue agonie de son compagnon, Lucien Roubert[2]. Il adapte lui-même le texte de Bernanos pour une version française et achève sa partition en août 1955.

Comme prévu par contrat, l'œuvre est créée en italien à la Scala le 26 janvier 1957 avec Virginia Zeani (Blanche), Leyla Gencer (Mme Lidoine), Gigliola Frazzoni (Mère Marie) et Eugenia Ratti (Sœur Constance) sous la direction de Nino Sanzogno. La version française originale est donnée, cinq mois plus tard, à l'Opéra de Paris avec Denise Duval (Blanche), Denise Scharley (Mme de Croissy), Régine Crespin (Mme Lidoine), Rita Gorr (Mère Marie) et Liliane Berton (Sœur Constance) sous la direction de Pierre Dervaux. La première américaine a lieu en septembre de la même année au San Francisco Opera avec Leontyne Price, qui fait sa première apparition sur une grande scène d’opéra dans le rôle de Mme Lidoine.

L'œuvre musicale[modifier | modifier le code]

L'opéra commence ex abrupto, sans ouverture ni prélude qui permettrait de deviner ce qui va suivre. Le spectateur, l'auditeur, se trouve soudain plongé, sans préparation, dans une scène de famille somme toute anodine : un fils parle à son père, apparaît la sœur. Toutes ces personnes vont se retrouver, à l'instar des autres protagonistes, prises dans un tourbillon qui va les transformer, bien malgré elles. Le catalyseur : la Révolution. L'opéra peut être lu comme un hymne à la Contre-Révolution. Il constitue surtout une évocation profonde et bouleversante du martyre, et une dénonciation de la terreur. Ce sont deux conceptions du monde qui s'opposent, « celui qui croyait au Ciel et celui qui n'y croyait pas », mais aussi et surtout, comme un drame personnel vécu par Blanche. Son choix d'entrer au Carmel n'est pas dicté par une foi inébranlable. Son père lui assène « on ne quitte pas le monde par dépit ». Si elle choisit au dernier moment de rejoindre ses compagnes, elle a longtemps hésité, assaillie par un doute quasi-récurrent, sur sa foi, et, principalement, sur son devenir terrestre. Qui n'a jamais été saisi par cette peur, cette terreur qui sommeille au plus profond de l'être ? Qui suis-je réellement ? C'est aussi, peut-être surtout, une méditation sur la bonne mort et sur la Grâce. La première prieure, Mme de Croissy, meurt dans la peur, après une vie exemplaire. Sœur Constance juge qu'elle s'est « trompée de mort ». Et c'est finalement Blanche, apeurée, qui accepte la mort.

L'opéra est découpé en trois actes et douze tableaux, liés par des intermèdes orchestraux que Poulenc a ajoutés après les premières représentations parisiennes de manière à laisser un temps aux changements de décors. La ligne de chant est très nette, très pure. Poulenc ne cherche pas à impressionner l'auditeur par des artifices ou des nouveautés sonores. Le tableau final est impressionnant, les voix des sœurs s'interrompant l'une après l'autre au fur et à mesure que la guillotine fait son œuvre.

Autres adaptations[modifier | modifier le code]

Le texte de Bernanos fut plusieurs fois adapté au cinéma et à la télévision, notamment :

Discographie sélective[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Agostini et Bruckberger tourneront finalement le film en 1960.
  2. James Harding, livret de Dialogues des Carmélites, Pierre Dervaux (dir.), EMI, réed. 1999 (CD).