Dialectique du maître et de l'esclave

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Selon une interprétation d' Hegel dans La Phénoménologie de l'Esprit, la dialectique du Maître et de l'Esclave  : l'esclave est l'être qui, transformant la Nature, accède à l'objet dans son côté actif et passif. Le maître, qui pour sa part ne travaille pas mais fait réaliser vit immédiatement dans la jouissance de l'objet consommable : il ne connaît que son aspect passif. Il apparaît que l'esclave, travaillant (réalisant) à transformer le monde humain, se transforme lui-même et revendique son autonomie au monde naturel dans sa transformation humaine du monde, tandis que le maître se rend étranger à son monde, qu'il ne reconnaît plus dans la reconnaissance qu'en fait l'esclave. En effet, celui-ci, s'appuyant sur le produit de son travail, peut renverser le rapport de domination pour se retrouver dans l'accomplissement du monde humain : l'égalité.

Le conflit est inhérent à la condition humaine. Hegel dit d'ailleurs de la naissance de l'enfant qu'elle est « la mort des parents ».

Deux hommes entretiennent donc des relations tendues, il y a donc conflit et l'un d'eux va accepter de prendre des risques et va devenir le maître : « la vie vaut ce que nous sommes capables de risquer pour elle ». Il n'y a de liberté que par l'acte même de libération : celui qui ne veut pas risquer sa vie risque fort la servitude. Cependant, une fois maître, l'individu devient passif/inactif. C'est son esclave qui travaille, qui s'accomplit. Ainsi le maître devient dépendant du travail de son esclave, il devient l'esclave de son esclave, car c'est en travaillant qu'on atteint la liberté.

Principales caractéristiques de la dialectique de Hegel[modifier | modifier le code]

• Hegel présente l'homme comme un individu immergé dans la nature à laquelle il appartient. Sa conscience n'est pas une pure conscience mais une conscience immergée dans la réalité.

• Confronté au réel, l'homme va progressivement distinguer l'en-soi (le réel objectif) du pour-moi (la réalité telle qu'il la saisit dans sa subjectivité sensible).

• La conscience prend ensuite conscience d'elle-même, non par l'introspection mais plutôt par l'action. La conscience devient conscience pratique, qui veut s'approprier les choses. Le monde sensible lui apparaît comme l'Autre qu'elle veut assimiler. C'est ce qu'on nomme le désir. Or le désir est actif, il veut transformer l'objet du désir. Le désir de transformation de la nature se manifeste dans le travail.

• Mais le désir est aussi désir d'être reconnu par un autre. La conscience veut qu'une autre conscience la reconnaisse comme conscience sinon elle n'est pas pleinement conscience de soi. L'homme est un être social et commencement de la relation sociale est affrontement des désirs (jusqu'à la mort s'il faut). Chacun veut donc asservir l'autre pour être reconnu par lui.

• Pour être reconnu, l'un des sujets va accepter de risquer sa vie, préférant la mort à l'éventualité de n'être pas reconnu. L'autre, au contraire, va ressentir la peur et préférer vivre soumis. Le premier est le maître, le second, l'esclave. Le premier n'est plus soumis au travail, le second travaille pour le premier.

• Pour Hegel, le porteur de la continuation de l'histoire n'est pas le maître mais l'esclave. Le maître se sert du corps de l'esclave comme s'il était son propre corps pour transformer la nature, pour travailler. Il n'a de rapport avec la nature que par l'intermédiaire de l'esclave. Il ne lui impose plus par le travail une forme propre à satisfaire ses besoins. Il jouit sans transformer et est donc comme l'animal. Il dépend de l'esclave.

• La lutte des consciences aboutit donc au rapport maître/esclave. Si le maître est conscience de soi, il ne l'est pleinement que parce que l'autre l'a reconnu. Quant à l'esclave, dans cette relation à l'autre qui est une relation de lutte, il a éprouvé la disparition possible, la fragilité de son existence et a donc pris conscience aussi de lui-même. Dans les deux cas la conscience de soi passe par autrui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hegel, Phénoménologie de l'esprit
  • A.Kojève, Introduction à la lecture de Hegel, Leçon sur la phénoménologie de Hegel, France, Gallimard, 1947
  • Olivier Tinland, Hegel, Maitrise et servitude, phénoménologie de l'esprit B, IV, A, Ellipses, 2003

Articles connexes[modifier | modifier le code]